Par exemple la formule des Pa Tcha, voir p
2. Voir par exemple l'interprétation symbolique des pièces LVI, LIX et LXVIIB en fonction des pratiques nouvelles du rituel du mariage noble.
3. La rosée des chemins, XI, voir App. I. Comp. les concours de dictons poétiques en usage chez les Malgaches. Peut-être SMT, IV, 63, fournit-il un exemple de duel homérique. Il est notable qu’il ait eu lieu au cours d’une fête sur l’eau.
versaires s’efforce d'établir une correspondance entre la proposition qu’il veut faire triompher et une série de dictons consacrés qu'on ne saurait nier sans soupçon d’irrévérence à l'égard de la sagesse nationale‘. Il dresse sa preuve grâce à ce que j’appellerai le rythme analogique et accable son adversaire sous une abondance ? de formules vénérables : celuilà est vaincu qui se trouve à bout de formules, celui dont la science traditionnelle est plus courte ou qui ne sait pas trouver, dans le fonds populaire, des preuves valables, une correspondance efficace 3. Que tel est bien le principe de l’art de prouver, c’est ce que montre le rôle capital qu’a joué dans la pensée de la Chine ce que l’on a nommé le sorite chinois!. Un tel sorite consiste dans une chaîne de propositions dont la correspondance est affirmée par le rythme analogique du développement. Dans les primitives correspondances naturelles, le lien formel établi par le rythme analogique n’était pas autre chose que l’expression naturelle et sensible d’un lien interne résultant de l’accouplement traditionnel, imposé,
1. Cette méthode se décompose en deux procédés : tantôt l’on utilise directement la force contraignante des formules consacrées parallèles : c'est le raisonnement par analogies exactes (ou présentées comme telle) tantôt on utilise indirectement cette force : c’est le raisonnement par fausses analogies qui prend la forme suivante : Soutiendriez-vous que... ce serait comme si l'on soutenait (telle analogie absurde). Raisonnement par l'ironie; par l'absurde.
2. Le concours de proverbes assure la victoire au concurrent le mieux pourvu en armes logiques fournies par la sagesse traditionnelle. Il oblige chacun des adversaires à un développement abondant. Cette abondance — la copia est une qualité nécessaire à l’orateur — est par elle-même facteur de preuve, facteur logique.
3. L'art, dans le raisonnement par analogie, dans le concours de dictons, consiste à fournir des analogies riches en résonnances.
4. Voir l’étude de M. Masson-Oursel. Esquisse d’une théorie comparée du sorite. Rev. de Métaphysique et de morale, nov. 1912. Voir Rev. philos. juillet 1917 et février 1918. M. Masson-Oursel a eu le tort, à mon sens, de ne considérer le sorite que du point de vue d'une logique strictement formelle. Ce qui constituait la force des sorites primitifs c'était la solidarité réelle, la parenté réelle des formules rapprochées cette solidarité se manifestait par le rythme analogique du développement, mais le lien formel, qui, plus tard, devint l'essentiel, n’était
origine que l'aspect sensible d’un lien réel.
nécessaire des faits traduits par les formules accouplées. Dès lors, ce lien interne devrait être forcément supposé dès que le rythme faisait apparaitre le lien logique qui en était solidaire, qui en était le signe infaillible et la manifestation certaine. C’est pourquoi {oute correspondance, même artificielle, de par la force même du rythme analogique‘ qui sert à l'établir, unit les formules qu’elle rapproche d’un lien à tel point intime qu’il laisse supposer entre elles un accouplement naturel. Il en résulte qu’une proposition que l’on veut imposer, en établissant délibérément, par un développement analogique, une correspondance entre elle et des formules consacrées, emprunte tout aussitôt à celles:c1, par une solidarité qui, bien que formelle, semble tenir à la nature des choses, leur caractère de vérités traditionnelles et sacrées. Aïnsi un adversaire est mis au défi de nier celle des propositions que l’on insère dans la chaîne, sans nier du coup les plus respectables et les plus puissantes des formules consacrées.
Lorsque les jeunes gens d’un pays étaient mis en présence pour la joute qui devait faire naître l’amour entre les époux prétendus, c'était en invoquant — tels deux plaideurs? — une double série de précédents poétiques qu’ils gagnaient chacun
1. Quand un auteur chinois développe sa pensée sous forme de sorite, son développement est toujours fortement rythmé. D’ordinaire le rythme est encore accentué par l'emploi d’une particule de liaison, EU la plupart du temps. C'est le rythme qui suggère l'idée que les formules rapprochées sont apparentées : la particule de liaison contribue à rendre cette impression plus intense. Le sorite se présente parfois sous une forme plus élaborée. Les concepts accouplés par les formules rapprochées sont alors rapprochés deux par deux et unis par une particule de liaison de façon que la deuxième formule emprunte l’un des concepts de la formule précédente. Il en résulte une espèce de raisonnement par échelons où la solidarité primitive entre les formules semble établie directement entre les concepts élémentaires. Le développement donne alors l'impression d’établir non plus une équivalence entre les formules mais des rapporis d'inclusion entre les concepts. Voir le magnifique sorite qui termine le Ta tchouan, Li ki; Couv., I, 787.
2. Voir la Rosée du chemin, XI et l’app. I. Les débats amoureux menés sous forme de chants alternés portent le même nom que les débats ju-
ridiques %À. Le duc de Chao passe pour avoir entendu de tels débats amoureux sous un arbre saint; cf. Chao nan, 5 et 6.
leur cause; c'était en tressant, face à face!, une double chaîne d’analogies vénérables qu’ils liaient leurs cœurs et qu'ils se persuadaient l’un à l'autre d’obéir aux règles traditionnelles qui commandaient leur union. Un effet d’enchantement mutuel sortait à la longue de leurs litanies? jumelles, ils n’avaient qu’à se chanter tour à tour les vieilles formules d'amour, ils n'avaient qu’à les répéter, les nuançant à peine à chaque couplet : leur improvisation était toute traditionnelle. Leur génie inventif n’était pas commandé par l'originalité de leurs sentiments ou de leur choix; il n’était pas excité par le besoin de gagner avec des arguments nouveaux une cause neuve; la leur était vieille et certaine ; par avance les débats en étaient réglés. Il suffisait aux jeunes gens, pour faire leur cour, de tenir leur partie dans la joute; s'ils improvisaient, leurs inventions sortaient simplement du rythme de la danse et n’allaient guère au delà de la trouvaille de quelques images concrètes, de quelques gestes vocaux. Lorsque la société changea de forme et que l’amour plus libre ? devintun sentiment personnel, alors seulement l’invention personnelle modifia l’art de la chanson. Comme les mœurs changèrent d’abord dans les milieux nobles, ce fut une poésie de cour * qui vint relayer la poésie populaire.
1, Chez les Thos, les amants sont placés dos à dos pendant cette incantation poétique; ils se font ensuite face pour le jeu de balles. Voir p. 149 et app. III.
2. Les observateurs ont noté la monotonie et le ton de mélopée de cette cour chantée. Chez les Thos, le galant peut se voir obligé à débiter toute une longue complainte, voire à la recommencer. Mais il finit /oujours par réussir à ses fins, cf. App. I. Il existe des chansons européennes où l’on retrouve un ton processif et un air delitanies, témoins les Chansons du type de Magali. Voir app. 1, p. 270, un exemple chinois.
3. Les premières poésies personnelles sont toutes sur le thème de l'épouse délaissée; cf. LXVI et Pei fong, 10; Couv., 39. C’est que l’organisation féodale du ménage polygame (cf. p. 213) impliquait tout un jeu de compétitions féminines qui permet l'apparition de sentiments personnels et qui donna une place à la fantaisie dans le domaine des sentiments de l'amour.
4. Poésie de cour, mais des cours rurales et paysannes : les seigneue ries chinoises sont toutes villageoises, les mœurs nobles restent rust-
La poésie de cour reçut de sa devancière les règles de l’art poétique. Incapable d'inventer encore des gestes vocaux, du moins elle tira du rythme des effets de correspondance, créateurs d'images nouvellest. Pour développer une idée elle enchâssa dans une composition plus souple des thèmes traditionnels?. Souvent elle se contenta, à l’aide d’une modification légère, d'introduire dans un développement ancien une allusion qui lui fit prendre un sens de circonstances. Leur
ques, c’est ce qui permet la transition. La plupart des chansons groupées sous la rubrique : les Amours de village, doivent être nées dans un tel milieu. Voir par exemple les chansons du type de l’aubade; cf. XLII notes in.f.(p.les sérénades de fiancés en usage à Formose,voir App.Hi).11 semble qu’au Japon cette poésie de cour a reçu un développement original. Témoin l’usage féodal du duel poétique dans une espèce de cour d'amour pour la conquête d'une belle (voir app. II et Kojiki, trad. Chamberlain, p- 530), adaplalion de la joute primitive aux mœurs féodales. Il y aurait là un ensemble de faits très intéressants pour une étude des origines de l'amour courtois.