Par exemple : la Courge, XLIX
4. Tels le Kouo yu, le Lie niu tchouan, le Tsouo tchouan. La distinction des recueils historiques en recueil de harangues ou de gestes est chinoise.
venir le fondement de l’éducation du Prince et où ils mirent en abondance des citations empruntées aux chansons et associées à un événement historique‘. Dès lors l’Anthologie ellemême, servant à l’éducation, prit figure de Classique. Le caractère sacré des pièces qui la composaient passa à leur interprétation ; celle-ci devint irrévocable, intangible.
Voilà l’histoire du document? ; elle n’est qu’un aspect de l’histoire des faits dont le texte tire origine.
Les fêtes de la Chine antique sont de grandes assemblées qui marquent les temps du rythme saisonnier de la viesociale. Elles correspondent à de brèves périodes de congrégation où la vie de société est intense et qui alternent avec de longues périodes de dissémination où la vie de société. est quasi nulle. À chacune de ces assemblées, le pacte d’alliance unissant en communauté de petits groupes locaux reçoit une consécration nouvelle dans une orgie réglée par la tradition. L’orgie où, par l’effet d’une excitation collective, s’atténue l’occlusion de ces groupes ordinairement fermés,
1. Toutes les anecdotes qui composent le Lie niu tchouan se terminent par une citation du Che king. Rapp. les citations bibliques : thèmes allégoriques dont on prend texte pour faire passer dans un ACDEES ment leur force probante intime ou leur vertu moralisatrice.
2. Une étude systématique du Che king et de la poésie chinoise à ses débuts devrait noter que sur les formes inventées dans les joutes se sont développés plusieurs types de compositions poétiques. Il s’est créé : 1° Une poésie calendérique, du type des travaux et des jours, dont leichant du Septième mois est le meilleur exemple (cf. XXI et p. 56) et qui a fourni la matière des dictons arrangés plus tard en calendriers paysans; 2° Une poésie prophélique, gnomique et satirique dont Sseu-ma Tes’ien et le Tsouo tchouan donnent de nombreux exemples. Cf. SMT., V, 29; IV, 275 et dont l'invention semblait être réservée aux jeunes gens ; 3 Une poésie panégyrique, de type pindarique, sur les thèmes des légendes héroïques et généalogiques, Chang song, 3; Couv., 462; Ta ya, 25; Couv., p. 347 ; de
-Péloge nuptial, Ta ya, 3, 7; Couv., 403 et Wei fong, 3 ; Couv., 65; de la commémoration d’investiture, Ta ya, 3,5; Couv., 396 ; de la commémoration des fondations des villes seigneuriales; cf. Couv., 360 ; 4° Une poésie riluelle, consistant en chants de fête, Pin fong, 1; Couv., 160. /bid., pp. 439 441 ou en hymnes de temple. Cf. Couv., 459, 460; 5° Une ébauche de poésie dramatique, constituée par la joute primitive elle-même, avec ses chœurs alternants, coupés peut-être d’improvisations dialoguées, et la mimique de ses danses.
ouvre à chacun d’entre eux la possibilité d'échanges : ceux-ci portant sur les choses et principalement sur les personnes, mettent chacun des groupes en possession de gages et surtout d’otages qui sont une garantie permanente de fidélité au pacte fondamental. Les alliances matrimoniales forment l’'assise du système de garanties entre groupes fédérés : aussi les fêtes anciennes ont pour principal caractère de consister en une orgie sexuelle qui rend possibles les échanges matrimoniaux ; à leur occasion, tous les jeunes gens non mariés, c’est-à-dire qui ne sont point encore entrés dans le commerce de la communauté!, sont réunis afin de recevoir avec l’initiation sexuelle, la capacité de contracter les liens matrimoniaux qui, à travers leurs personnes, maintiendront la solidarité des groupes confédérés. Les fêtes ont donc l'as pect de fêtes de la jeunesse : le rite le plus saillant en est une joute de danses et de chants, tournois rythmique où naît l’amour entre ceux que les règles traditionnelles de la communauté prédestinèrent comme époux.
Ces fêtes dont la nature s’explique par les formes mêmes de la société antique, et qui, dans leur principe, ne dépassent pas le cercle des intérêts humains, qui même ne semblent avoir pour but que de régler les rapports sexuels, marquent en fait un moment unique de la vie sociale : celuz où, élevée brusquement à la plus haute tension, elle peut, par son accroissement merveilleux, inspirer à ceux dont elle émane une foi irrésistible dans l'efficacité des pratiques qu’ils accomplissent en commun. Les membres des petits groupes locaux, quand, d’un soudain effort collectif, ils fondent à nouveau cette communauté qui sera leur force suprême, demeurent stupéfaits sous l'impression qu’ils touchent brusquement à cet idéal d'harmonie et de paix durables qui, sur le coup, leur apparaît dans son prestige rajeuni; chacun d’eux, pris d'enthousiasme, imagine que la vertu des actes
1. Un caractère important de ces fêtes est qu'elles sont des fêtes d'’initiation, voir p. 212 et la note.
auxquels il collabore est illimitée, dépasse le cercle des affaires humaines et s’étend à l’univers ; il lui semble que la pérennité et l’harmonie du monde ne sont qu’une conséquence de la stabilité et de la cohésion sociales qu’il sent être son œuvre. Dès lors, et bien que l’activité de tous, au cours des fêtes, se soit déployée sous les aspects les plus divers, et qu’elle ait eu un caractère global, son intensité étonnante, le prestige de sa manifestation solennelle, son succès surtout et sa puissance efficace, font distinguer cette activité singulière de l’activité de tous les jours: ele apparaît comme étant d'un ordre sublime et spécial, comme étant d’ordre religieux. Les pratiques des fêtes anciennes, simples gestes d’une collectivité pleine d'espoir, sont des pratiques sacrées ; elles constituent les éléments d’un culte. De même les sentiments de confiance dans la vertu des gestes qui sont capables, pense-t-on, d’exercer une influence décisive sur les destinées de l’homme et sur celles du milieu naturel où il vit, sont le principe des croyances qui ont formé le fonds dogmatique de la religion et de la pensée chinoises.
Grâce à l’étude des fêtes anciennes, il est possible de dire quelle fut à un âge reculé la forme de la société chinoise. Les habitants d’un pays formaient une communauté : groupement fondamental qui, par un effet de la division du travail, se trouve fractionné en groupes élémentaires de deux espèces, la vie sociale étant soumise à un plan d’organisation rythmée. Le premier principe de répartition est une division technique du travail entre les sexes. Hommes et femmes forment deux corporations dont chacune en son temps s’emploie à des travaux qui lui sont propres; chaque corporation sexuelle a son genre de vie aïnsi que des habitudes, des mœurs qui l’opposent à l'autre. L'autre principe de répartition est une distribution géographique du sol à travailler. Les membres de la communauté se partagent le pays par famille et dans chaque groupe familial, qui vit isolé, se déve-
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loppe un esprit particulariste. Sur chaque domaine domestique, les hommes et les femmes d’un groupe local poursuivent indépendamment leurs oceupations ; pendant la bonne saison, époque du gros travail des champs qui est le fait des hommes, les femmes n’ont qu’à recueillir dans les vergers les feuilles de müriers et qu’à soigner les vers à soie dans les maisons ; dans la saison où la rigueur du climat interdit tout travail champêtre, les hommes n’ont à faire que de menues besognes de réparation aux bâtisses : c’est la mortesaison, où pourtant les travaux féminins du filage et du tissage battent leur plein. Aënsi les sexes se relayent'pour le travail organisé sur le rythme alternant des saisons. La diversité d'occupation continue d’opposer hommes et femmes même en hiver où ils se trouvent rapprochés ; pendant l’été oùils se voient à peine, l’opposition atteint le maximum. C’est en hiver, au contraire, que l'opposition est la plus forte entre les groupes locaux qui se confinent alors dans le village familial. Mais, pendant tout le cours de l’année, la règle, c’est l'isolement, la vie monotone des petits groupes, bornée aux soucis quotidiens et privés. Il n'existe de vie sociale qu'aux moments où se marque l’alternance des genres de vie: occasions d'une assemblée générale où la communauté retrouve son unité première. L'assemblée de printemps à un caractère plus marqué d’orgie sexuelle parce qu’elle sert de prélude à la saison où l’antagonisme des sexes est le plus aigu; celle d’automne est plutôt une orgie alimentaire parce qu’elle précède la période où les groupes locaux, isolés, pourraient, en thésaurisant !, accroitre leur indépendance. Dans l’une comme dans l'autre, des concours et des Joutes dessinent le plan d'organisation de la communauté et-en impriment l’image dans tous les cœurs. Et c’est là la fonction essentielle de ces fêtes, uniques occasions de vie s0ciale dans une société où la densité est trop faible pour que se