‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 7 sur 228 · Voir Legge, ibid · texte numérisé non relu

Voir Legge, ibid

6. Voir dans Legge, Prolégomènes, et Chavannes, préface à la traduction de Sseu-ma Ts’ien, l'histoire de l'incendie des Livres.

7. Celle de Mao (conservée), celles de Lou, de Ts’i et de Han (dont on n’a que des fragments). Cf. HTKKSP, 1118 à 1156.

de l’une à l’autre que par des détails d’orthographe ; aussi sommes-nous sûrs de posséder un texte authentique. Il ne nous est parvenu qu'avec l’un seulement des systèmes d’interprétation, celui de Mao Tckang!; on le fait remonter à Tseu-hia?, disciple de Confucius; c’est à lui qu’on attribue une courte glose, formant préfaces: l’explication qu’on y trouve est toujours historique, morale et symbolique.

On peut voir que cette méthode d’interprétation était générale, d’après ce qui nous reste des autres traditions. Si on les avait conservées intégralement, la comparaison qu’on en aurait pu faire dans le détail aurait permis de comprendre l’état d'esprit des différentes écoles et de savoir au juste ce qu’elles avaient d’individualité ; en l’état des textes, le travail est encore possible, à condition d'utiliser toutes les citations qui sont faites du Che king dans les historiens, particulièrement dans le Tsouo tchouan et dans le Lie niu tchouan. Une telle étude apporterait une contribution notable à la critique des sources de l’histoire chinoise ; elle ne ferait point pénétrer dans la connaissance du sens original des chants et des chansons.

L'essentiel est de noter qu’à l’époque des Han l’interprétation symbolique est communément admise ; par elle était encore accrue la valeur pédagogique du recueil : on n’étudiait pas seulement le Che king pour connaitre l’histoire naturelle ou les antiquités nationales ; on l’étudiait pour apprendre Vhistoire politique du pays, — pour l’apprendre mieux que dans les Annales: car, à côté des faits, on trouvait, sous forme symbolique, des jugements de valeur.

On y trouvait même une méthode pratique pour formuler des jugements moraux : aux temps féodaux, un des devoirs les plus stricts du vassal était le Conseil &; c’était l’un des

moyens de manifester sa fidélité et de lier son sort au sort du maitre. Si le seigneur se conduisait mal, le vassal était tenu de le réprimander; les Remontranees 3% forment, en elfet, une grosse part de la matière historique!. Une remontrance, pour ne pas blesser la majesté du chef, ne doit pas être directe. Aussi était-ce un bon expédient que de citer, à propos et en mettant l’accent, quelques vers du Che king? qui, du coup, prenaient une valeur symbolique. Pour tempérer un pouvoir absolu, il faut bien des chansons. On continua à citer le Che king dans les Conseils impériaux. Mais, pour corriger les mauvais penchants d’un jeune prince que déjà rendait respectable son autorité future, la censure poétique était encore d’un bon emploi. Un peu avant l’ère chrétienne, il fallut détrôner un empereur qui régnait mal; on punit ses conseillers ; comme de juste, son précepteur aussi fut tenu pour responsable ; pourtant, il évita le châtiment: il invoqua, pour se sauver, qu’il avait fait servir à morigéner #% le prince les trois cent cinq pièces du Che king.

Pareille utilisation du symbolisme en éclaire à la fois l’origine et les destinées. Le Che king est devenu un livre scolaire et comme un manuel de morale à l’usage des jeunes gens ; les chansons d’amour elles-mêmes, à condition de ne pas les séparer de leur interprétation allégorique, contribuent à rendre la jeunesse vertueuse. Pour avoir servi pendant des siècles à inculquer la morale, l'interprétation traditionnelle, qui a fait du Che king un classique, est devenue intangible : il faut y rester fidèle ; il le faut, au moins dès qu'on parle officiellement, et partout où il convient de respecter l’orthodoxie. Peut-être en irait-il autrement si on lisait le Che king dans le privé et pour le plaisir.

1. Voir principalement le Kouo Yu. - , 2. Par ex. Tsouo Tchouan. Hi, 20 a; Legge, 177; ibid., Wen, 2° a; Legge, 234; ibid., Tcheng,; 12° a; Legge, 378.

- 8. Tsien Han chou, biog. de Æ 5, édit. de Changhai, 88, p. 8recto; Fà D = À hf

4, Voir plus loin, p. 25 sqq.

Un livre aussi ancien et mêlé de pareille façon à l’histoire de Chine peut exciter de diverses manières la curiosité des érudits occidentaux.

Les premiers missionnaires ont surtout senti la noblesse des chants rituels ; dans certains, ils retrouvèrent les vestiges d’une ancienne Révélation! ; ils parlèrent du livre tout entier avec sympathie. Le P. Couvreur a sûrement indiqué l'insuffisance de l’interprétation classique ; il a noté que les maitres n’expliquent point aux enfants toutes les pièces d’une Anthologie, qui, officiellement, ne contient pas de « vers licencieux » ; il s’est proposé de « faire connaître ce qu'était l’enseignement donné dans les écoles? » ; sa traduction est une image fidèle du Che king tel qu’on l'explique de nos jours : à ce titre elle est précieuse.

Legge parait s'être occupé des Classiques en songeant davantage à la Chine ancienne ; mais il faut dire qu'il les envisage d’un point de vue singulièrement étroit : il semble bien souvent ne s’être proposé d’autre fin que d'inventorier l’œuvre littéraire de Confucius et de déterminer si, vraiment, c'était un grand homme. Une critique un peu courte et qui n'aperçoit pas les problèmes véritables, une érudition trop laborieuse et où l’on ne sent pas de règles directrices, le désir de montrer tantôt l’absurdité des commentaires et de faire, d’autres fois, passer dans la traduction des gloses indiscrètement choisies, tout cela concourt à rendre peu utile une version faite pourtant dans les conditions matérielles les meilleures; les défauts indiqués sont particulièrement sensibles pour ce qui est des chansons locales.

Giles# et Grube, quand ils ont écrit leurs essais sur la littérature chinoise, ont êté surtout frappés des simples

1. Voir la note du P. Couvreur à sa trad. du Che king, pp. 317-348.

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