‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 90 sur 228 · PEUR EE RENE · texte numérisé non relu

PEUR EE RENE

Kiang!, qui monte au même char que son amant, est dite aussi belle que les fleurs de cirier : voilà le portrait le plus précis de nos chansons ; encore la belle Mong Kiang n’est-elle pas une personne définie ; on la retrouve bien des fois et, si elle a un nom, c’est un nom générique qui ne dit rien de plus que la belle princesse.

Ces amoureux sans personnalité n’expriment que des sentiments impersonnels. À vrai dire, ce qu’on trouve dans les chansons, ce sont, plutôt que des sentiments, des thèmes sentimentaux, la rencontre, les accordailles, les fâcheries, les séparations ; dans ces situations communes tous et toutes sentent uniformément : nulle émotion singulière dans les cœurs; point de cas particulier, aucun n’aime ou ne souffre de façon originale. Toute individualité est absente, on ne cherche à dire les choses que de la manière la plus générale.

Le décor lui-même est aussi peu varié que possible. Ce sont les thèmes champêtres qui le fournissent ; sans doute ils sont fort concrets, mais ce sont des thèmes, des formules qu'on introduit toutes faites dans la chanson. Ils composent une espèce de paysage obligatoire et, s’ils sont liés aux sentiments exprimés, ce n’est point pour les spécifier, mais plutôt, on l’a vu, pour les rattacher à des usages généraux ?.

On ne se soucie pas du particulier : cela explique d’abord que les chansons puissent s’emprunter des vers ou des quatrains les unes aux autres? ; cela fait aussi comprendre combien il a été facile de prêter à chaque pièce tel ou tel sens à sa guise; mais, surtout, cela démontre qu’il ne faut point chercher dans chacune de ces poésies la personnalité d’un auteur. Ce n’est pas l'imagination des poètes qui a inventé ces amoureux sans individualité ressentant uniformément les émotions les plus générales de l’amour dans un paysage ri-

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