PREMIÈRE PARTIE. lv
des fêtes , et il n’a point dû publier l’histoire des courtisanes.
Le caractère , la profession de l’auteur, le sentiment des convenances , celui de ses rapports , et peut-être, oserai-je le dire , sa faiblesse physique et morale , la gravité du sujet, tout lui fit une loi d'épaissir le voile que sa pudeur a laissé retomber sur la piquante nudité de ces objets. A l’exemple de Socrate , il donna une ceinture aux Grâces.
L’écrivain aimable auquel on doit les T^oyages d' Antenor, secoua le premier le joug de ces pusillanimes bienséances , et dessina les mœurs grecques à nu , mais de fantaisie. Conteur charmant, il mit les fictions dans l’histoire; mais léger dans son érudition comme dans son style , mêlant tout , confondant les temps , les lieux et les physionomies , il forma de ces portraits la plus brillante etla plus chimérique desSirènes. Il trouva le succès dans ses défauts mêmes ; et il est peut-
lvj INTRODUCTION.
être aussi difficile d’enlever une rose à Ante-
nor {a) , qu’une branche de laurier à Ana-
charsis.
Telle est la sublimité du génie de l’antiquité : celui de ses orateurs et de ses poètes transpire à travers les traductions les plus insipides , comme celui de ses statuaires se manifeste dans la copie même la plus informe de leurs chefs-d’œuvre. On se colore en se promenant au soleil , disait Cicéron. Heureux celui dont la tête s’échauffe , dont le cœur s’embrase au feu de l’antiquité !
REMARQUE
(a) Il a cependant singulièrement parodié le costume : c’est du grec travesti; nulle connaissance des usages antiques. Il est question, dans ce roman bourgeois, des poches des Grecques, des mouches d’Alcibiade. On y trouve à chaque page les termes modernes de pavillon , balustrade , papier , etc. Il y est question
de Y oraison funèbre d’Orphée Enfin , on y nomme les
jours de la semaine comme ceux du calendrier romain, j eudi, vendredi ; et, à l'égard de ce dernier, on le fait regarder comme malencontreux, par Lasthénie , qui ignorait apparemment que c’était le jour de Vénus.