PREMIÈRE PARTIE. lvij
Deux villes, Rome et Athènes, ont influé sur les destinées du monde: mais quelle différence dans les résultats !
Les souvenirs de Rome sortent du malheur des nations ; ceux d’Athènes se mêlent à leur prospérité. Les armes de Rome ont produit l’esclavage ; ses lois l’ont prolongé. Les arts d’Athènes , son génie , ont éclairé le globe , ont poli les mœurs , ont enfanté la liberté.
Berceau des lettres , et de la race , non seulement la plus ingénieuse , mais encore la plus humaine et la plus perfectionnée , ô Grèce ! d’autres ont retracé la supériorité de ton génie , développé l’énergie morale de tes institutions politiques , indiqué comment tu relevas la dignité et le caractère de l’espèce humaine : moi, j’aime à rechercher tes usages pleins de fraîcheur, tes mœurs élégantes ; à dire comment tu accordas les grâces et la force , l’austérité et la mollesse, la volupté et la vertu.
Tu étais plus rapprochée que nous de lana-
Ivüj INTRODUCTION,
ture ; tu suivis ses inspirations , tu écoutas sa douce voix , et ton heureux génie fut docile à toutes ses leçons.
Ce peuple , élu de la nature , doit être à jamais le modèle de toutes les nations civilisées.
Il me semble que personne n’avait encore saisi le secret de ses institutions sublimes; le voici :
Les institutions de la Grèce tendent à exciter et à développer la sensibilité de l'homme.
De là cette religion, ou plutôt cette féerie brillante qui anime toutes les parties de la nature , qui donne la vie à la matière , qui revêt tous les corps de sentiment, qui peuple les sphères , les élémens, les cieux, la terre, les eaux, les montagnes, les bois, les prairies, d’intelligences invisibles et protectrices ; qui rattache au cœur de l’homme la chaîne sensible de tous les êtres, pour le rapprocher lui-même de ses semblables, et lui apprendre