PREMIÈRE PARTIE. lix
que la première loi , comme le premier dieu de la nature , est l’amour ; cette âme universelle , ce lien des sociétés , dont il est à la fois le créateur et le conservateur ; cet amour éternel , le terme et l’expression du bonheur des dieux , dont s’approche le rare mortel assez sage pour lui consacrer toute sa vie , assez heureux pour l’inspirer toujours.
Et remarquez que la vertu elle -même ne se compose que d’affections. Tous les sentimens , ceux même de la sagesse , se réduisent à chérir ses semblables, à rechercher leur bonheur : de manière qu’être vertueux , c’est aimer.
La société , par un effort continuel , tendant à éteindre ces sentimens, l’intérêt, l’ambition , l’amour-propre , l’envie, amenant à leur suite l’égoïsme , et desséchant tous les cœurs , il fallait des barrières sacrées pour arrêter le débordement de tous ces fléaux , et retenir l’homme dans la nature.
INTRODUCTION
Prendre alors la nature elle -même pour but et pour moyen , fut le chef-d’œuvre de la politique.
La religion des senlimens fut créée ; le cœur eut ses jouissances ; les travaux mêmes de l’homme rustique eurent leurs plaisirs.
Au lieu de faire sentir aux malheureux humains le poids des privations sous lequel ils gémissent , au lieu de leur présenter les souffrances et les peines, comme composant l’essence de leur destinée ( point de vue désolateur, et qui fait la base d’une religion ténébreuse et presque infernale), une bienfaisante magie fait éclore partout les illusions.
Partout des dieux amis , des déesses bienfaisantes , qui non seulement empruntent les formes de l’homme , mais qui partagent encore ses passions, ses goûts, ses besoins même, et quelquefois ses souffrances.
Le laboureur, le pâtre , songent à Triptolème ensemençant la terre, au bel Apollon