PREMIÈRE PARTIE
Le législateur n’a pas songé à comprimer ces passions : il a donné à ces énergiques ressorts une direction brillante et utile.
Le commerce des femmes , leur insatiable désir de plaire , leur inextinguible vanité , leur soif de la parure , cette coquetterie qui leur tient lieu d’âme , leur enfance éternelle , leur mobile sensibilité , leurs désirs vagues ou effrénés , tout servit d’instrument à la politique et à la morale elle-même.
Les moeurs se polirent , le courage cessa d’être farouche , les cœurs s’ouvrirent à des sentimens tendres , et tous les sentimens généreux en découlèrent ; ce besoin de plaire se communiqua : semblable aux premiers rayons du jour, il s’étendit en éclairant tous les objets, en les revêtant des formes et des couleurs brillantes ; la nuit des préjugés et de la barbarie fit place à l’aurore du goût, et les arts naquirent.
I)e là cette langue harmonieuse et riche de ces expressions qui peignent les nuances les
INTRODUCTION
plus délicates , qui déterminent les transitions les plus impercetibles , qui dévoilent les mouvemens les plus secrets , qui fixent les formes les plus volatiles de la pensée ; cette langue, qui paraît être le miroir de l’esprit et l’écho du cœur. De là ces chefs-d’œuvre de la peinture et de la statuaire , que l’on peut regarder comme des hymnes inspirés par la beauté, dont la lyre, le pinceau et le ciseau éternisaient les charmes (1) ; le culte rendu à la beauté en imprima le sentiment et l’image sur toutes les productions du génie.
Cette beauté , dont la nature libérale fit présent aux habitans de ces heureuses latitudes , conserva son type et son caractère sous un gouvernement qui , loin de la flétrir , à l’exemple de notre Europe gothique et barbare, par des lois ridicules et ineptes , en divinisa l’empire..
AUTORITÉS
(i) Vid. Platon et JVinkelm .