SECTION FETES DU FEU
SECTION PREMIERE
FÊTES DU FEU («)
Ephaïstos o tdn tliertn patér (i).
V ulcain est le père des dieux.
Types égyptiens perfectionnés par les Grecs. — Origine et effets du feu. — Culte qu’on lui a rendu. — Course des flambeaux.
Conversation entre un prêtre égyptien et le sage Ménéclidès.
Le philosophe d’Alhènes errait depuis longtemps dans les souterrains de la grande pyra-
REMARQUE
(«) Les Indiens instruisirent les Egyptiens, les Egyptiens instruisirent les Juifs, les Grecs, les Romains, les Chrétiens. De la le rapprochement de leur culte. Conférez ainsi le lamistne avec le catholicisme, et les différentes cérémonies religieuses. ( V . Cazalius develerum ritibus, p. 2 1-93-1 58, etc.)
AUTORITÉ
(1) Trad. grerq . de V inscription du grand obélisque égyptien transporté à Rome par les soins de Sixte-Quint.
LTY. I. LA CRÉATION, mide. Après un long silence mêlé d’étonnement et d’effroi , il se retourna vers l’Hiérophante qui lui servait de guide , et lui dit :
MÉNÉCLIDÈS.
Nous avons embelli vos graves allégories. Les Egyptiens ont consacré , dans un langage savant etmystérieux, les résultats d’une science ou plutôt d’une observation profonde. Les Grecs vous admirent, mais vous comprennent peu. Vos figures grossières et sans art, ces ébauches informes du ciseau , où les sexes , les contours et les extrémités sont à peine indiqués (i), ces monstres, ces panthées , ces attributs bizarres de vos divinités au corps d’homme, à la tête d’Anubis', ont effrayé le goût délicat de nos Athéniens. Ils ont poli vos monumens ; à ces lignes droites , monotones et sans expression variée , ils ont substitué des contours ondoyans : le mouvement a succédé à leur roideur, la grâce à leur âpreté. Alors , revêtue de dignité et d’élégance , la figure des dieux a commandé l’hommage.
(i) Winkehnann. Caylus . Mon! faucon.
FETES DU FEU
LE PRÊTRE
C’est-à-dire que vous avez altéré la valeur des signes, en les frappant au coin de l’imagination. Nos signes n’étaient peint , comme votre statuaire, une imitation matérielle ; ces signes étaient un langage composé de formules qui avaient un exact rapport avec tous ceux de l’objet que nous voulions définir.
11 y a donc , entre votre manière d’exprimer et la nôtre , cette différence qui existe entre la définition complète de toutes les faces sensibles et rationnelles d’un objet, et la peinture incomplète de quelques unes de ses faces superficielles.
Votre statue n’est qu’une statue , elle ne dit qu’un mot ; mais notre emblème est une phrase , est un discours. Pesez maintenant l’acquisition de l’art. En donnant plus aux yeux , il a donné moins à l’esprit.
MÉNÉCLIDÈS.
Les avantages de l’écriture alphabétique ont détruit ceux de votre écriture hiéroglyphique : tandis que cetie découverte répandait les bienfaits de la pensée et de la raison , l’imagination s’emparait des arts comme de signes sensibles , à l’aide desquels on pouvait
l34 LIV. I. LA CRÉATION.
faire passer dans le cœur de l’homme des
émotions , des plaisirs et des leçons.
La Divinité ne s’étant jamais manifestée à nos regards, et notre imagination ne pouvant que combiner des formes connues, nous fîmes les dieux à l’image de l’homme ; mais nous embellîmes ses traits , et nous ajoutâmes de la grandeur à l’ensemble , par le choix épuré et par la noble disposition des parties.
Nous avions remarqué d’ailleurs que les formes extérieures captivent nécessairement la multitude, et que des images agréables sont plus puissantes que des signes mystérieux.
Nous vous laissâmes donc vos Anubis , vos sphinx, vospanthées, votre Isisetson voile ; votre Osiris et son épervier , toutes ces représentations lugubres, mélancoliques , inintelligibles. Le ciseau enfanta un nouveau peuple ; ce fut aux sons de la lyre des poètes que l’Olympe (a) fut bâti : à peine ses portes
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) On retrouve l’Olympe d’Homère dans Y A sgard des Scandinaves , forteresse bâtie par les dieux des Celtes au centre du monde ; dans le Cailasa des Indiens ,
FETES DU FEU. l35
d’or et d’azur s’entr’ouvrirent, que des trônes animes s’élevèrent pour recevoir douze divinités.
Au milieu d’elles domine le grand Jupiter (a) ; on le reconnaît à son front auguste , au jet de ses cheveux ondoyans , disposés comme la crinière du lion (i) , à l’orbe de ses yeux, à l’ombrage de leurs sourcils, dont le mouvement ébranle l’univers. La foudre
montagne dont chaque éclat de roc est une pierre précieuse ; dans la Jérusalem de l’Apocalypse ; dans le Girnle ou Vingolf , le G/adheim , le Himinborg , Y Ida des Celtes ; dans le Hanan-Pacha des Péruviens ; dans le Melanpadan des Indiens ; dans le Nireupan des Siamois ; dans le Paradis des Chrétiens ; dans le Gennat-Adu des Musulmans ; dans le Flath—Innis des Gaulois; dans le Walhalla d’Odin; le Ëehestht des Parsis; les Juifs avaient leur Edeu ; leurs descendans leurs Gan-Héden ; la religion d’Ossian ses palais mobiles au sein des nuages, etc. etc.
(a) Indra était le Jupiter des Indiens; Casyapa leur Uranus.
AUTORITÉ
(i) Winkelmann.
ï 36 LIV. I. LA CRÉATION.
est dans sa main. Un aigle déploie ses ailes
sous ses pieds.
Près de lui est le plus parfait des dieux , Apollon , dont les formes brillantes et empruntées de l'adolescence, étincellent comme Féclat naissant des beaux jours qu’il dispense. Il s’ arme tour à tour de la lyre harmonieuse, ou d’un arc terrible. Tantôt il préside au milieu du choeur des Muses , qui répètent ses chants immortels ; tantôt il s’élance dans les cieux sur un char enflammé et traîné par quatre coursiers, qui font un pas et touchent aux bornes du monde ; les Heures forment un cercle autour de lui , et l’escortent en dansant ; l’Aurore le précède , en répandant des larmes et des roses ; Phébé le suit d’un pas inégal : pale souveraine des nuits , elle verse la mélancolie et le demi jour de la rêverie sur la Nature qui repose en silence.
Remontons dans l’Olympe, et assistons au banquet des dieux. La jeunesse, sous les traits d’Hébé, leur verse le nectar ; Vénus les enivre d’un sourire et de ces baisers qu’envient les hommes et les immortels ; Vénus qu’accompagnent toujours le désir et les grâces , Vénus dontia ceinture renferme lesaltraits décevansi
FÊTES DU FEU. I 87
les désirs enflammés , les plaisirs folâtres, les discours séduisans et furtifs , les ruses innocentes , et les caprices charmans
LE PRÊTRE
Je reconnais ici l’ Athénien , dont l’adolescence a sacrifié aux Muses et à Ténus.
MÉNÉCLIDÈS.
Mes cheveux blanchis neles effraient point, et elles daignent me sourire encore.
LE PRÊTRE
Ainsi le sage
MÉNÉCLIDÈS.
Le fou est le véritable sage. L’homme est naturellement avide de plaisirs : il faut que , par les soins du législateur, il les trouve rassemblés en foule autour de lui ; il en aimera mieux la patrie qui les lui donne, et, dans l’occasion, il saura mieux la défendre. Votre religion fait de l’homme un être faible et triste ; la mienne en fait un être aimable , plein de grâce et de courage. Tel est l’ Athénien.
Je vous l’ai dit , Ménéclidès , vous êtes des
L1V. I. LA CRÉATION, enfans ; les enfans sont toujours aimables. Je n’entreprendrai point ici d’examiner les principes et les résultats de votre constitution politique ; elle chancelle , et Vous-même vous survivrez peut-être à votre ouvrage. Je ne défendrai, contre votre éloquence, que le système de nos fables. Vous prétendez que vous les avez embellies , et moi, j’assure que vous les avez dégradées. Votre Vénus n’est qu’une courtisane : notre Isis était l’emblème sacré de la nature (a) ; nous avons jeté un voile pudique sur son front.
Par exemple , l’hymen de Vénus et de Vulcain était une allégorie physique et exacte : nous avions voulu exprimer l’action du feu céleste , qui pénètre et anime le sein humide de la terre féconde. Ici, Vénus est l’emblème de la nature ; Vuîcain est celui du feu créateur (b). Vous avez substitué à cette belle allé—
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Lada , Vénus des Slavons , était adorée à Kiew. Puzza , l’Isis et la Cybèle des Chinois.
(b) Agni , dieu du feu chez les Indiens.
Viswacarman , id.
CJtrysor, Diamichius , id. chez les Phéniciens.
FETES DU FEU
gorie une fable inepte. Vuleain, selon vous, n’est plus que le dieu des forgerons ; il préparé , au fond des volcans , les foudres (a) de Jupiter : laid , boiteux (b) , il devient le ridicule mari de la plus belle et de la plus infidèle des femmes.
MÉNÉCLIDÈS.
Vous piquez ma curiosité , et je désirerais connaître les bases de votre théorie sur le culte du feu. Achevez d’écarter le bandeau qui couvre mes yeux ; je suis venu de la terre des illusions dans celle de la vérité , je la cherche en la redoutant.
Le prêtre sourit ; et après avoir fait , avec Ménéclidès , quelques pas en silence , il le fit
REMARQUES
(а) Vuleain, ou le dieu du feu, est alors le soleil d’été, ou de la saison des orages.
(б) A cette époque, il est le soleil d’automne , temps d’une fécondité trop fugitive , et où la marche des jours est inégale. C’est alors que le dieu prend le nom de KuUopodion , boitant d’un pied.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
Amanus ou Omanus , chez les Perses.
Xinlstécuhil , au Mexique.
Nerpou Tirounal , fête du feu chez les Indiens.
l/p) LIV. I. LA CRÉATION,
asseoir près de lui, sur une large pierre qui servait de base à la statue de Knèf. Une lampe lugubre éclairait l’entrée du souterrain , dont ils avaient franchi les premières profondeurs. Ce fut à cette mystérieuse clarté, et après s’ètre recueilli un instant , que le pontife continua en ces termes :
LE PRÊTRE
La flamme éthérée fut , selon les anciens philosophes (i) , le principe des êtres et l’âme du monde (a).
Tout dormait dans la nuit du chaos ; une étincelle brilla (2) à sa surface, et la nature s’anima.
Le feu existe et pénètre dans tous les corps (3), c’est lui qui leur imprime la forme, la couleur, le mouvement.
MVTHOLOGIE COMPARÉE.
(a) Znitsr.h , feu sacré et inextinguible des Slavons.
AUTORITÉS
(1) San lioniaton. Hermès. Zoroastre. Diodore , ch. VIII. Aristote. Pylhagore. Heraclite. Hippasus de Mètapont. Plutarque de plac. ph. Stobée , écl.pli. 1. i , ch. XIII. Diogène Laëree . , 1. VII , pag. 5i9. Varron , orig. 1. VIII , ch. VI. — (n) Poésies orphiques. — (5) Proc/us in Tim. Pline , 1. II , ch. cvii.
fêtes DU FEU. 1 4 1
Dans notre langue , la flamme est le synonyme de la vie , qu’on lui attribue et qu’on lui compare.
Le feu naît et s’alimente de lui -même. Eternel dans le sein et sur le front des astres, roi de l’univers , il semble contempler comme un dieu puissant, et du haut d’un trône, l’immensité de l’espace, qu’il remplit de torrens de vie et de clarté : le monde est un vaste théâtre de sa puissance , où la matière qu’il colore et qu’il échauffe subit des métamorphoses sans nombre, qui ne doivent s’éteindre que dans lui : car, semblable au temps, la flamme céleste dévore ses propres créations : cet univers est menacé de périr (i) dans les feux qui l’ont animé.
Non-seulement on dut au feu tous les phénomènes de l’organisation et de la vie , mais encore tous les moyens d’existence.
Le feu fut l’occasion qui réunit les premiers hommes (2) en société. De tous les animaux , l’homme est le seul (3) qui sache faire usage
AUTORITÉS
(1) Vers sibyllins. Ovid. mèlam. 1. i , Jig. ix. Sénèque. Lucain. Lucrèce. — (2) Vi.truvc. — (3) S. Pierre.
l42 LIV. 1. LA CREATION,
du feu : lorsque le législateur voulut séparer à jamais de la société un membre coupable, il lui fit in terdire le feu et l’eau (a) , ces principes de la vie ; et cette peine équivalait à une sentence de mort.
Soit donc que l’on considère le feu comme la substance de l’éther et des astres , aux phénomènes desquels se lient ceux des saisons, qui rendent la terre .habitable et fertile ; soit qu’on examine sa brillante émanation , le feu élémentaire qui se retrouve dans tout et partout, dont l’analogie avec la vie est si marquée que la présence de sa chaleur en forme le caractère, de la même manière que son absence ou le froid établit celui de la mort; soit qu’on ne regarde, dans les bienfaits de cet agent universel , que ceux qui sont journaliers et qui
(a) Deux principes, dit Varron , concourent a former tous les êtres ; le feu , qui , comme le mâle, anime le germe , et l’eau . qui , semblable a la femelle, le développe et le nourrit. C’est ce que les anciens ont voulu désigner, en feignant que Vénus était sortie des eaux. De fi cet hymen mystérieux de Vénus et deVulcain (i).
AUTORITÉ
(i) Po/y/h. anal.
FETES DU FEU
sc rapportent à la conservation de la société qu’il a créée, tout justifie l’universalité de son culte.
Tous les peuples ont adoré le feu: ses temples s’élevèrent surles montagnes du Perse (t) et dans les profondeurs des forets qui s’étendent au-delà d’un Océan inconnu (2). Ce n’est pas seulement sur les pyrées de l’ïndostan (3), et sur les trépieds de Delphes etd’ Athènes (4), dans les sanctuaires d’Isis(5),et dans les pagodes de l’Inde , qu’il brille d’un éclat éternel : il se répand jusque dans les antres et sous les rochers des peuples du Nord (6).
En Oi'ient , des mages veillent sur le feu sacré ; en Occident , il est confié à des vierges.
C’est pour en éterniser l’image et le culte , que nous avons dressé des colonnes, et (j) élevé des obélisques et des pyramides.
(1) Hjd. de rel. Pers. Zend-Aoesta , /. i , p. 2, 86, Auquel. Monumens du culte mi.thriaque. — (2) Cœs. de Morib. Germ. Pe/oulier. — (3) Hyde. — (4) Euslhat. Uiad. I. VI. Xenoph. de rep. Laced. ch. XIII. — (5) Diodore. Eusèbe . prép. co. I. 1 , ch. VI , IX , XI. — (6) Cl cm . inprolrepl. Hcrod. I. iv, ch. cxxvn. — (7) De Paw.
MÉNÉCLIDÈS.
C’est pour retracer le mouvement et la circulation éternelle de ce principe de la vie , que les Grecs instituèrent la course aux flambeaux qui a lieu dans la fête de Vulcain , dans celle de Prométhée, et dans les solennités de Minerve (a) (a).
LE PRETRE
Selon les dogmes égyptiens (6), Vulcain est le feu, et Minerve est la lumière.
MÉNÉCLIDÈS.
On choisit pour le théâtre de la course un
REMARQUES
(«) Lampas Lainpado - plioriai , Lampado - dromicos , Dadis . Hephaistcia , Prome/heia , Ka/keia (fête commune avec Minerve ); Inunia ( Mystères a Leranos (i).
{b) Dans la théologie égyptienne , Vulcain est le premier ries dieux et des r^is. Le soleil est son fils (2).
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Hanuca , Chandeleur des Juifs.
Fcles des Lanternes , la plus solennelle des Chinois.
La Chandeleur des Chrétiens.
AUTORITÉS
(1) Andocid. orat. in ale. Arien. Æn. tact. pol. ch. XVII. Isœ. iriser, vet. Xenoph. Pol lux , /. VIII, ch. IX. — (2) /' oyez Diod. ch. vni’, p. i5.
FÊTES DU FEU. r/t5
lieu élevé et hors de la ville, le Céramique (i) , où se lient l’académie ; dans les Panathénées, la scène se passe au Pyrée (2).
Dans le Céramique s’élèvent les statues de Prométhée (3) et de Vulcain. Prométhée s’offre le premier sous les traits d’un vieillard; il tient un sceptre dans sa main : Yulcain le suit : tous ses traits ont l’éclat d’une jeunesse éternelle.
LE PRÊTRE
Symboles du soleil , qui meurt pour renaître.
MÉNÉCLIDÈS.
On y voit aussi l’image de l’Amour (4). On confond ainsi les symboles, on rapproche les divinités qui président à la flamme et à la vie.
LE PRÊTRE
Vous sacrifiez aux génies du feu et de la lumière (a) , à l’harmonie universelle.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Swa’/ia , femme d'Agni , dieu du feu chez les Indiens; la Vesta des Romains.
(1) Pausan. Alt . — (2) Platon. — (3) Pausan. — (4) PUtt. sol.
IO
MÉNÉCLIDÈS.
C’est-à-dire à Yulcain , à Minerve (i) et â Pan (2). Les flambeaux s’allument à celui de Promethée ou de l’Amour. La course commence. On doit faire circuler de main en main les flambeaux, sans les éteindre et sans interrompre la course.
De là cette belle image d’un poëte : les âges se succèdent , les générations se renouvellent et se transmettent, en courant (a), le flambeau de la vie.
Dans cette fête , les concurrens sont à pied : on les vit, dans les Panathénées, monter sur des chevaux (3).
On frappe du plat de la main l’athlète qui reste en arrière ; on le pousse en riant (4) : le vainqueur reçoit le nom de lampado-
REMARQUE
[a) Inque brevi spalio mutantur secla animantum ,
El quasi cursores vital lampada tradunt (5).
(i) Scol. Arist. in ran. Harpocralion. Hérodote , /. VIII. Thcrnislius , decl. th. — (2) Libanius , decl. xv. Hérodote ^ 1. vi. A poil . ap. scol. Sopli. OEdip. col. — (5) Platon de rep. (4) Hèsych. Scol. Arist. ad ran. — (5) Lucret.
FETES DU FEU
phore. Des officiers publics president aux jeux : il en est un suprême qui prend le nom de roi (i).
LE PRETRE
O Ménéclidès ! ainsi les jours se succèdent et se poussent comme des flots ; ainsi le dieu qui les dispense règne seul au milieu du peuple des astres. Convenez que cette allégorie , qui renferme quelques traits du grand tableau de la nature , est préférable au roman scandaleux qui fait de l’autel des dieux mêmes le piédestal de la licence ; à ces fictions qui importunent la raison, et qui blessent la morale.
ménéclidès.
La morale ne consiste pas dans une perfection à laquelle l’homme ne peut atteindre. Soyons indulgens pour les faiblesses ; à l’exemple des dieux , que la philosophie descende jusqu’aux hommes , pour les élever jusqu’à elle. Ne cherchons pas le meilleur ; contentons-nous de ce qui convient.
AUTORITÉ
(i) Pollux , l. vm ,-ch. IX, §. 3.