‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 2)Chapitre 41 sur 98 · xv. Pollux. Suidas · texte numérisé non relu

xv. Pollux. Suidas

FÊTES DU FEU. 167

quels leur verdure éternelle , symbole du principe qui l’entretient , est consacrée.

LE PE ÊTRE

Dans les Apollonies (a) , vous attendez le retour d’Apollon , de même que nous attendons celui d’Osiris. Vous cherchez Apollon et Diane, et le nombre mystérieux des acteurs égale celui des jours d’une révolution lunaire (6). Tout indique l’esprit cyclique (i)de Cet usage.

Cet esprit se retrace partout dans vos distributions politiques et religieuses , dans vos fêtes , dans vos processions, dans vos mystères, dans l’ordonnance et la décoration de vos temples, dans les statues et les images symboliques de vos dieux, dans vos hymnes et dans vos chants sacrés ; enfin , dans vos danses , dans vos jeux et jusque sur vos théâtres.

MÉNÉCLIDÈS.

En effet , quelques écrivains retrouvent ,

REMARQUES

(a) Fête a Sycione.

(b) Le nombre 7.

AUTORITÉ

(1) Boulanger , antiq. dév> t. Il, l. IV.

l68 LIV. I. LA CRÉATION, etc.

dans le jeu inventé par Palamcde, le tableau de l’univers et de ses principales divisions (i) , d’autres prétendent que la marche des chœurs au théâtre , représente les mouvemens du ciel et des planètes (2) , et que la strophe et l’antistrophe (3) sont une imitation du mouvement des astres.

Ainsi le poëte étale l’univers sur le bouclier d’Achille, Sa forme orbiculaire retrace celle du monde : le mélange des métaux est analogue à la nature des élémens qu’il représente : on y admire les flots de l’Océan et les feux du soleil, autour duquel sont rangées les constellations (4).

Ouvrez les yeux , et ne cherchez plus vos divinités hors de la nature.

AUTORITÉS

(1) Cedrenus. — (2) Kircher , OEdip. t. T. — (3) Aristoxène, (4) Philostrate , icon . Héracl. Pont, opus mytholog.

SECTION II

Fêtes de Minerve (a), vierge-mère du Soleil. — Essence de la Lumière. — Fêles diverses. — Arréphories. — Panathénées.

Diogcnes Babylonius in eo libro qui inscribitur de Minervâ, partum Jovis, ortumque Virginis ad physiologiam traducens, disjungit à fabula.

Cic. de Nat. Deor. I. i, c. xiv.

Suite de la conversation entre Ménéclidès et un prêtre égyptien. — Tablettes d'un Grec de la confrérie de la Vierge. — Scolie d’ Harmodius et d' Aristogiton.

LE PRÊTRE

Je vais achever de soulever les voiles.

Analysant dans le feu éternel deux propriétés principales, celle d’échauffer et celle

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) On retrouve Minerve dans Y Astyris des Syriens ,

d’éclairer, nous en avons faitdeuxdivinités, ou une divinité masculo-féminine ; l’une capable d’engendrer, et l’autre toujours vierge. Le feu, en tant qu’il échauffe et brûle , est mâle dans le système religieux des Egyptiens ; en tant qu’il éclaire , il est du sexe féminin (i).

Le feu générateur porte le nom de Phia ou de Vulcain ; la lumière prend celui de JSehh ou Minerve (2).

Minerve est cette substance pure et lumineuse , toujours vierge , en ce qu’elle ne produit, n’organise rien, et que , toujours séparée de la matière génératrice, elle nous en montre simplement les formes (a).

REMARQUE

(a) Hæc dea specierum irradiât generationes (3). MYTHOLOGIE COMPARÉE.

ta Chang-Ko , la Kuon-In-Pu-Sa des Chinois; Y I. sis , la Néith des Egyptiens; la Snotrcfàes Scandinaves, la Siga ou YOgga des Phéniciens; la Durga , la Surussouadi des Indiens, la Vierge des Chrétiens, etc. etc.

AUTORITÉS

(1) Srnec. queest. nat. 1. IU, C. XIV Dupuis , Lettres sur Minerve. — (u) Jiorus - Apoll. I. i , c. XII. — (5) Proc. in. Tint. p. 3o.

Ceite vierge est la mère du Soleil; cette inscription est placée sur la porte de son temple à Sais (1). Elle est la substance pure dont il emprunte sa lumière, qui jaillit de la partie, la plus élevée de l’éther (2).

Celte conclusion une fois admise, tout s’explique dans l’histoire mythologique de Minerve , ses attributs , l’objet de ses fêtes , etc.

On voit pourquoi il y a une illumination générale en Egypte le jour de sa fête (3) ; pourquoi , dans son temple, à Athènes , on tenait une lampe perpétuellement allumée ; pourquoi on institua en son honneur la course aux flambeaux ; pourquoi les lampes et l’huile , aliment naturel de la lumière , et l’olivier qui produit le fruit dont on exprime cette liqueur, lui furent consacrés, ainsi que la chouette («), le seul des oiseaux qui est à lui -même sa lumière au sein des ténèbres.

REMARQUE

[a) Sa face à ligne droite s’éloigne moins de Ja face AUTORITÉS.

(1) Herodot. Cic. de Nat. Deor. 1. III. — (2) Macrnb. Satura. 1. 1, c. XVII. Arnob. conl. genl. I. III. — (3) Herodot. 1. il , c. IXI.

172 LIY. I. LA CRÉATION.

Mais la physique ne peut pas seule nous expliquer toute la nature de cette divinité, ni la raison de ses fonctions et de ses attributs , si nous n’y joignons le secours de la métaphysique , et surtout de l’astronomie sacrée.

La lumière , dans la théologie ancienne , était non seùlement une substance pure et vierge , mais encore une substance intelligente (1), la source et le principe des autres intelligences (a).

Minerve , considérée comme la lumière intelligente, présida à tous les ouvrages qui supposent l’intelligence , aux arts, aux sciences , aux sages conseils, et elle exerça sur la lu-

REMARQUE

humaine, que celle des autres animaux. Voilà pourquoi elle parut propre, ainsi que la face de l’éléphant, à indiquer l’intelligence.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) De là le logos des Platoniciens, et le verbe des Chrétiens, cette lumière qui illumine tout homme venant au monde (2).

AUTORITÉS

(1) Plotin , Enncad. 2 , /. IX , c. 1 , II. Marsil. Ficin. ad Ennead. 4, /. m, c. xvn. Athénagore. Orphée, lamblique , c. XXXIX, Proc/us. — (2) Evangile de saint Jean.

mi'ere de T esprit le même empire qu’elle exerçait sur la lumière physique.

Il reste à la considérer sous le rapport astronomique.

Le siège de Minerve fut placé dans le bélier, au signe équinoxial du printemps (i).

De là le culte de la vierge uni à celui de l’agneau qui porte sur ses Jlancs le triangle boréal.

C’est pour cette raison que l’animal portelaine et l’art de travailler la laine furent, par suite , sous la protection de Minerve.

Si nous portons maintenant nos regards sur les constellations qui avoisinent le bélier, nous verrons qu’elles ont fourni à Minerve ses principaux attributs. Les deux constellations placées sur le bélier sont : Persée aux talonnières, qui porte la tête de Méduse, et le cocher qui tient entre ses mains la chèvre Amalthée. Or, la tête de Méduse et l’égide formée de la peau de la chèvre Amalthée, composent la parure

AUTORITÉS

(i) Hor. Apoll. I. i , c. XII. Procl. , in Tint. , l. i, p. 5o. Kircher. OEdip. t. il, part, n, p. 206. Euslhat. in lliad. A. Scaliger , notœ ad Mani/ium e p. 336. Maniiius , /. II. Calendrier romain.

174 Liv. I. LA CRÉATION.

de Minerve ; comme le cocher céleste, elle passe pour l’inventeur des chars (i).

Non seulement le ciel des fixes lui donna son bélier, sa gorgone , son égide , mais elle emprunta aussi du ciel planétaire une parure toute nouvelle et presque étrangère à sa première nature. Le bélier céleste , où elle fixa son siège , était le domicile de la planète de Mars. Minerve , unie à Mars, prit le casque et la pique du dieu des combats, et sortit tout armée (a) du sommet de l’éther (2).

MÉNÉCL1DÈS.

Mes yeux s’ouvrent , mon intelligence s’éclaire, mon génie s’échauffe en vous écoutant.

REMARQUE

(a) Les Perses armèrent ainsi Mithras (3).

AUTORITÉS

(1) Cicer. de Nat. Deor. 1. m , c. xxm.

(2) Extrait d'une lettre de Dupuis sur Minerve , insérée au Journal des Savans.

0/2 peut aussi consulter , sur V identité d'Isis et de Minerve , le Mémoire sur les attributs de Minerve , par Sainte- Croix , et couronné par V Académie des belles-lettres ; et le parallèle d’Isis et de Minerve , inséré dans les Re lier . lies sur les mystères du paganisme , p. 5i3. Parmi les anciens , Hérod. I. Il, c. LIX , c. VI. Plat, in Tim. Arnob. I. IV.

(3) Porph. de ant. nymph.

FÊTES DE LA LUMIERE. iy5

LE PRÊTRE

Allez, vous avez vu la lumière.

L’heure de la prière publique était arrivée. Le prêtre et le sage se séparèrent. L’hiérophante monta au temple d’Isis; Ménéclidès se plongea dans les rêveries, et se perdit dans la foule ,

§. ii.

Tablettes d'un Grec de la Confrérie de la Vierge , ou de Minerve ( a ) , — Scolie d’Harmodius et d' Aristogilon.

(On a trouvé dans un ancien tombeau, un rouleau .antique dont ces détails sont extraits.)

Au mois hécatombæon , à la lune qui suit le solstice d’été , je dois sanctifier le commencement de l’année en assistant à la solennité

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Les Gaulois adoraient Belisama ou Belisana , déesse inventrice des arts, et lui sacrifiaient des victimes humaines. Les Indiens la révéraient sous le nom de Sarassouadi , mais ne lui érigeaient aucun temple, et les Scandinaves sous celui de Snotra.

Les Celtes avaient leur Fylla , déesse vierge.

des Panathénées. Je revêtirai une tunique blanche, symbole de la lumière et de la pureté ; je fermerai la marche de la procession. Nous partirons du Céramique , et nous irons jusqu’à Eleusis («).

Je n’oublierai pas la fête pompeuse et„annuelle de l’Elévation (6) ou de Y Assomption de la Vierge ( 1 ). Cette fête se célèbre à Cos.

Je verrai à Corinthe les hellotia (c) , les jeux et les courses aux flambeaux (2).

J’assisterai aux fêtes militaires que les Arcadiens, que les Tégéâtes célèbrent en l'honneur de la déesse , les premières nommées alotia (J), les secondes, alaia (3).

REMARQUES

( a ) Voyez , plus bas, la description des Panathénées.

(b) Rabdou analepsis.

(c) Hellotis signifie une vierge en langue phénicienne. Voyez la fête d'Europe.

(d) Cette fête éternise le souvenir de la victoire remportée par les Arcadiens sur les fiers Spartiates.

AUTORITÉS

(1) Hippocrat. epist. ad S. P. Abd. — (2) Pindar. Schol.ad olyrnp. J 3. — (3) Pausàn. An ad. Pindar. o/ymp. od. n.

Je me ferai initier en Chypre aux mystères d’Agraule , surnom de Minerve , ou de l’une de ses prêtresses (a).

O déesse ! je frémis en me rappelant l’horrible sacrifice que tu recevais dans les premiers temps !

Des jeunes gens (a) traînaient , en courant autour de l’autel , une victime humaine (6). Trois fois ils en font le tour ; le sacrificateur frappe à la gorge la victime ; on la jette sanglante sur un bûcher où elle est brûlée vive (i).

On sacrifia ainsi à Diomède, dont le temple

REMARQUES

(a) C’est alors que les jeunes Athéniens prêtent le serment civique. Voyez-en la formule aux Fêles politiques.

[b) L’Antropomantie , ou divination par l'inspection des entrailles humaines , était connue long-temps avant Homère.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Neramédha , sacrifices humains à Cali , dans les Indes; en Afrique, chez les nègres, etc.; en Amérique, chez les Mexicains, etc. ; en Europe, sous le couteau des Druides, sous le poignard et dans les feux des inquisiteurs.

AUTORITES

(1) Athenag. in leg. Pausanias . in Alt. Porphyr. de absl. 1. 11. Cyrill. eont. Jul. . 1. iv.

178 LIY. I. LA CREATION.

est compris dans la même enceinte que celui d’Agraulc (c/) et de Minerve.

Mais ces horreurs , si communes parmi les barbares, devaient être bientôt inconnues chez un peuple aussi doux que les Athéniens. Grâces te soient rendues , ô Diphilus ! le premier tu abolis cet exécrable usage. On immole aujourd’hui un bœuf.

Skeira, Skira (1) , double fête. Minerve se manifeste aux peuples de l’Attique : ce même jour éclaira la victoire de Mantinée. Ce fut le 12 du mois scyrophoriom

Je saluerai le soleil (a) porté sous le dais , ô déesse tutélaire de la brillante Athènes ! Alors on conduit en pompe ta statue : on croit voir une reine adorée de son peuple ; tout fléchit le genou devant la divinité.

Je veux paroître dans cette pompe en te-

REMARQUE

(a) Aglaure; radical : Aghi-ora , la saison brillante (a).

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) La Fête-Dieu des Catholiques.

AUTORITÉS

(i) Harpocrat. Hèsych. — (2) Court de Gibelin.

FÊTES DE LA LUMIERE. 17g

nant à la main une branche de vigne chargée de fruits (a).

C’est ainsi que j’ai vu dans l’Arcadie promener, sous un dais superbe, la statue du divin Bacchus couronné de rayons ; mais je ne pus expliquer le sens de cet oracle impertinent , qui prescrivit d’y donner la discipline aux dévotes ( b ).

Eh comment , ô déesse ! le lieu où l’on adore ta chaste divinité , est-il le théâtre de la plus affreuse débauche ? Les joueurs oht préféré atout autre le séjour de Scyrôs. De là cette expression : * Il est de Seyfos. » , pour exprimer un fourbe on un homme dissolu. Les courtisanes peuplent l'enceinte du temple d’une vierge. O puissante Minerve ! mets ton voile sur mes yeux, et sauve-moi de ces sirènes , près desquelles ma faible vertu fit trop souvent un triste naufrage !

REMARQUES

(a) Voyez Oschophories.

(b) Voyez ci-après, article Flagellations (1).

AUTORITÉS

(1) Oracles de Del ph. Court de Gébelin. Hist.du Calendrier.

Je descendrai , après le sacrifice au bénin Jupiter, chez le sacrificateur et le porte-flambeau (a). Je dois leur acheter les peaux des victimes qu’ils ont le privilège de se réserver.

Callyntéries (b). On les célèbre dans la brillante saison du printemps : on pare, on décore les temples. J’y porterai des fleurs.

Plynthéries ( i ) (c) , octave des Callyntéries. On détache , on lave les vêtemens de la déesse. Elle est nue ; et, pour ne pas offenser sa pudeur, on renferme sa statue,

Ce jour est malheureux. Lorsqu’on vit arriver en ce jour Alcibiade à Athènes , on en tira un mauvais augure ; on dit que la déesse s’éloignait de lui.

On étend une corde autour du temple : on porte une corbeille de figues, soit parce qu’elles commencent à mûrir, soit parce que le figuier

REMARQUES

(а) Le Dadouque.

(б) Rad. Kalluno , rendre beau.

(c) Rad. P/ino, blanchir.

AUTORITÉS

(i) Etymol. aut. Plut, in Alcib. Xcnoph, Pollux. I. via , c. 12. Pausan. Attic.

FÊTES DE LA LUMIERE. l8l

offrit le premier aux hommes la plus douce nourriture (x). En effet , Cérès , dit-on, donna la première figue à Phytalus (a) : les Athéniens ont consacré le lieu où naquit cet arbre fortuné (2).

ARREPHORIA (b). ERREPHORI A .

ERSEPHORIA (c).

La plus jeune de mes filles n’a que sept ans ; je la ferai inscrire au nombre des vierges (a) qui doivent porter , dans des

REMARQUES

(a) Epig. gr. assez insipide.

(b) Rad. arrêta : choses ineffables.

(c) A Hersé .

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) On retrouve des religieuses dans presque tous les cultes : les Romains eurent leurs vestales ; les Africains , leurs bétas; les Grecs, leurs égastines; les Chinois, leurs bonzesses; les Péruviens, leurs oëllo; les Japonais, leurs bihunis; les Siamois, leurs 1alapouin.es ; les Indiens, leurs bayadères ,e te.; les Chrétiens, leurs nonnes. Ce qui faisait dire à saint François : « J’appréhende, mes frères, que, AUTORITÉS.

(1) Alhèn. I. iii. — (2) Elian. Var. Hist. I. ni, c. XXXVIII et xxxix.

corbeilles voilées, les objets des mystères (i).

On ne reçoit ces vierges que depuis sept ans jusqu’à onze , et au nombre de quatre : deux d’entr’elles , choisies parmi les familles les plus distinguées , doivent avoir l’honneur de broder , sous les regards des prêtres , le voile sacré de la déesse.

Le vêtement de ma chère Aglaé sera blanc et rehaussé d’or : tel est l’usage.

Pour moi, j’irai voir offrir les pains bénits («) (a), ou j’assisterai aux jeux , à la palestre , près de la citadelle (2).

Eudamas est, à son tour, et d’après la loi,

REMARQUE

(a) Mega/ar/os Amphiphànès.

Dieu nous ayant ôté les femmes, le diable ne nous ait donné des sœurs (3). »

(éQ Le pain bénit des Catholiques.

AUTORITÉS

(1) Etyrnol. aul. Suidas. Harpocrat. Hesychius. Aphorist. Lysist. Athénée , l. ni. Plut, in Isocr. Iysias , apol. — (2) Hesychius. Meurs. — (3) Superst. anc. et rnod , t. II , p. 180 bis.

FETES DE LA LUMIERE. l83

chargé des frais de la fête : Eudainas est mon ami , il fera recevoir ma fille , et j’espère être placé aux premiers rangs.

Panathénées («) (i). O Minerve ! chaste et puissante déesse, appesantis Ion bras sur l’impie dont la bouche vient de vomir ces blasphèmes ! Mes oreilles furent effrayées de l’entendre, et ma plume et ma main refusent de les retracer. Il me disait que ta fête est relative au renouvellement de l’année , au triomphe de la lumière , qui vient d’atteindre son apogée.

REMARQUE

(a) On distinguait les grandes et les petites Panathénées : les petites se célébraient toutes les années. C’était la même fêle queles quinquatres des Romains. Denys d’Halicarnasse et Pline rendent ces deux noms l’un par l’autre. Corsini , à la vérité, place les Panathénées, grandes et petites, dans le même mois, en juillet; mais Meursius prouve très-bien que les petites se célébraient en juin’, d’abord après les Bcndidçes ; ce qui les rapproche de bien plus des quinquatres romains, surtout des anciens, qui se célébraient en juin ; ce que Meursius paraît avoir ignoré. Les grandesPanathénées se célébraient en juillet, le 20 du mois hécatombæon (2).

(1) Meurs. Pana/h. Castel). Cors in , fasl. ait. Aristnph. etejusd. s ah in nub. Athénée , /. IV. Xénoph. symp. Id. de re equest. Demosth. de coron. Hésychius. P/ii/ost. , etc. (2) Court de Gébelin.

Thésée (1) lui-méme institua ces jeux : eh bien ! il nie que ce héros ait jamais existé, et il ne voit en lui qu’un personnage allégorique , le père des saisons. Je l’ai cependant conduit dans ce temple , où l’on montre encore la pierre sacrée sous laquelle Thésée retrouva l’épée de son père. Je lui ai fait remarquer le voile de la déesse , sur lequel on a brodé sa victoire et la chute des Titans (a) ( a ) , et ce vaisseau miraculeux (b) qui vogue sur la

REMARQUE

(a) Les combats desgéans ne sont que des allégories physiques. On peut réduire au nombre de quatre les phénomènes physiques figurés parles géans : les volcans, les inondations, les exhalaisons pestilentielles, et l’hiver avec ses frimas. Ces idées , comme l’observe Plutarque {de Isidc) , étaient la base de toutes les fables sacrées débitées dans les mystères. On les retrouve dans toutes les religions (2).

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Asura , Tilans des Indiens.

(b) L es Scandinaves avaient leur Skidbladner , ou vaisseau des dieux, construit par des nains, et si vaste, que

AUTORITÉS

(1) Dupuis , origine des cultes. — (2) Dionysiac. /. 1 . Nonn. Lact. instit. /. 11. Zend-Aves't. t. il. Boundesh Apocalyp. etc.

FÊTES DE LA LUMIERE. l85

terre (a) (a) , et qu’une foule de spectateurs religieux entoure au moment où , lancé par une machine, et gouverné par une infinité de rameurs , il traverse nos places puLdiques. Voyez , lui disais-je , ces monumens ; la piété de nos pères , et celle de leurs descendans , déposent contre vous. La pompe de la patrie se mêle à celle de la religion. C’est alors qu’on célèbre la réunion des peuples de l’Attique , dont le grand Thésée (b)

REMARQUES

(a) Emblème du vaisseau astronomique qui représentait le inonde ; il monte dans les cieux apres le lever de la Vierge. Parmi les constellations, il porte le nom du navire Argo.

(b) Selon les historiens, le fabuleux Thésée , parvenu à la souveraineté, ôta aux di fféren tes peuplades de T Attique leurs assemblées , leurs magistrats, et les ramena sous les lois du

MYTHOLOGIE COMPAREE

tous les dieux armés pouvaient y trouver place ; les Celtes , leur Naglefare , vaisseau fatal, fait d’ongles de morts.

(a) Ce vaisseau figure dans tous les cultes au nombre des signes adorés et religieux.

Chez les Egyptiens et les Germains, il est consacré à Isis; chez les Grecs, à Minerve : il appartient tour à tour à Jason et à Jésus , à Janus et à S. Pierre , à Osiris et à Noé.

a formé un seul peuple (E). On confond , dans ce tte fête, celle de raffranchissemenld’ A thènes; la reconnaissance unit les noms des héros et des dieux : c’est alors qu’on prononce l’éloge de ce Trasybule (i) qui chassa les trente tyrans ; que l’hymne de la liberté résonne sur la lyre, et que tous les Grecs, remplis de son enthousiasme , répètent en choeur la scolie d’Alcée , en l’honneur d’Harmodius et d’Aristogiton , qui immolèrent un des fds de Pisislrate. — La politique, ajouta l’impie, a trouvé ainsi le moyen de donner à ces solennités un véritable intérêt. Le nom d’Harmodius m’est plus cher que celui de Minerve. Le voile de la déesse ne vaut pas l’épée du guerrier ; et l’image d’ion , représenté dans toute sa majesté sur ce voile blanc et rehaussé d’or, attire beaucoup moins les regards , malgré son foudre inutile, que le portrait de Trasybule, dont le front

REMARQUE

magistrat unique et du conseil suprême d’une seule ville (2)* De là une fêle générale et consacrée à Minerve.

AUTORITÉS

(1) Vid. loc.prop. Fêtes de la liberté. — (2) Thucydide , l. 11. Stephan. Plut, in Thés.

majestueux est paré des lauriers de la victoire et des palmes de la reconnaissance. Alors il se mit à chanter la scolie d’Alcée (1).

Sous le rameau sacré du myrte favorable ,

Cachons, o mes amis! le glaive inexorable.

Tel Aristogiton, et tel Harmodius Frappèrent, un tyran de coups inattendus.

Leur bras sut relever la liberté flétrie,

Et du sceptre oppresseur délivra ma patrie.

Harmodius, salut! intrépide héros!

Tranquille, tu jouis d’un auguste repos,

Sous les ombrages verts de ces îles heureuses,

Où planent des guerriers les ombres généreuses ,

Assis auprès d’Achille et de ces morts fameux Qui domptèrent la Parque et vivent après eux.

Sous le rameau sacré du myrte favorable ,

•Cachons, ô mes amis! le glaive inexorable.

Tel Aristogiton , et tel Harmodius Frappèrent un tyran de coups inattendus.

AUTORITÉ

(1) ScHOLION Ai.KAIOU. En murtou kladi to xiphos phnréesô ôsper Armodios kai Aristogeiton.... etc.

De la Nause en a donné la traduction littérale dans les Mém. de V Acad, des belles-lettres . t. ix, p. 35.

O Minerve ! qu’alors ta fête fut sublime !

Le tyran à tes pieds vint tomber en victime!

O cher Ilarmodius , cher Aristogiton,

Que vous méritez bien un éternel renom !

Votre bras, relevant la liberté flétrie,

A du sceptre oppresseur délivré ma patrie.

En quittant cet enthousiaste fanatique , je me suis purifié. O déesse ! que tes cérémonies sont imposantes ! elles me pénètrent d’un saint respect. J’assiste à ces combats , où l’on donne en spectacle la guerre des Titans que tu précipitas de l’Olympe qu’ils envahissaient. J’assiste à ces jeux où se déploie la force (a) de nos athlètes : c’est là que l’on dispute le prix du courage qui élève les héros jusqu’à toi. J’assiste à de plus doux combats. La flûte qui s’anima autrefois par ton souffle divin, la lyre (b) dont Apollon fut l’inventeur, remplissent les airs d’une harmonie éclatante ; et

REMARQUES

(«) Le second jour de la fête était destiné aux jeux gymnastiques, sur les bords de l’Uissus. On appelait ce combat evandria.

( b ) On lisait des vers formant quatre drames , dont le dernier devait être satirique : on y voyait aussi des chœurs

P<i<j ■ jlSS

CH(E U R , Musicjiie de Méhnl .

la mélodie des chants d’Homère, que l’on déclame, surpasse la douceur de leurs accords. Les vainqueurs reçoivent une couronne d’olivier, et un vase rempli de la liqueur qu’on en exprime. Tous ces objets m’ont frappé d’une terreur sacrée : je me crois transporté dans l’Olympe , au milieu des chœurs célestes , lorsque je contemple l’éclat de tes cérémonies , la marche imposante de cette procession solennelle , que tes regards conduisent.

Telles que les quatre saisons , que les artistes représentent groupées avec ordre autour du char d’Apollon, les quaLre âges s’avancent

REMARQUE

ronds qui coûtaient 3oo drachmes; ces chœurs ronds étaient, sans doute, des ballets chantans , . accompagnés de danses rondes, sur le modèle desquelles ont été formés nos ballades, nos virelais , nos rondeaux. Quant au drame satirique qui terminait les poèmes chantés ou lus a ces jeux, on peut les comparer à nos farces ou petites pièces qui se jouent après les grandes. Le mot satire , dans l’origine, Représentait pas strictement le sens que nous y attachons actuellement ; il désignait des poèmes qui avaient pour objets la campagne, ses travaux, ses beautés, les mœurs de ses habitans, leurs bons mots (1).

AUTORITÉ

(1) Court de Gébelin.

igo LIY. I. LA CRÉATION,

dans tes fêtes. Ici , de jeunes enfans , semblables à des boutons de rose ; là , des vierges (e/) ingénues, dont les mains et la tête soutiennent des corbeilles mystiques , et que Ton prendrait pour les nymphes qui dansent à la suite de Flore ; des esclaves étrangères s’avancent sur leurs pas , et leur offrent tour à tour un parasol pour les défendre des ardeurs du jour , et un pliant pour se reposer. D’autres portent les vases destinés aux libations. Là , des adolescens (fo) chantent des hymnes ; plus loin, des guerriers agitent la lance et le bouclier. Enfin on voit paraître des vieillards aux cheveux

REMARQUES

(a) Vid. Arréphories.

[b] Ils portaient seuls un vêlement de couleur amaranlhe, en mémoire de la mort de Kopréus. Kopréus signifie Y homme au fumier , ou un scarabée.

l.e scarabée entrait dans les mystères de l’Egypte; et dans son langage allégorique , il désignait le soleil : on portait le deuil de celui-ci dans les .fêtes d’Isis , la même que Minerve. C’est, sans doute, ce k quoi on faisait allusion. Hérode Atticus, k qui cette couleur déplaisait, ordonna qu’on aurait des habits blancs pendant cette fête, sans s’embarrasser de Kopréus, ni de l’ancien usage (i).

AUTORITÉ

(i) Court de Gébelin.

blancs , aux traits majestueux , à la marche lente et solennelle.

Une foule innombrable et parée les accompagne, les suit ou les précède , les palmes dans les mains, et les fleurs sur la tête. Des chœurs de musiciens , de rapsodes et d’athlètes , développent leurs talens rivaux : le vaisseau mystérieux marche , ou plutôt glisse comme un trait au milieu de la foule étonnée. Les nomophylaces («) , le front ceint de bandelettes blanches, président à la pompe, qui se dirige depuis le quartier du Céramique jusqu’à Eleusis.

C’est alors, ô que la véritable piété est respectable ! c’est alors que l’on délivre les prisonniers ; ils offrent à la déesse les fers qui tombent de leurs mains. La joie qu’ils éprouvent au sortir d’une longue captivité , les larmes, les caresses de leurs familles , ne sont pas la scène la moins intéressante de ce spectacle religieux.

Si je parais à cette fête , je ne porterai point de vêtemens teints ou de couleur, car ils sont

(«} Gardiens des lois.

192 LIV. I. LA CRÉATION, etc.

défendus ; je prendrai un long manteau de lin, dont la blancheur égale l’éclat de la lumière. L’étranger ïarbas ,„mon ami, veut y paraître : il faudra qu’il se précautionne d’un vase fait en forme de navire. Mais pourquoi m’arrêter? déjà le héraut annonce la fête, déjà je vois passer les victimes , ces taureaux couronnés de fleurs que chaque peuple de l’Attique doit y conduire.

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