‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 2)Chapitre 88 sur 98 · DES TROIS DIANES. — EXPLICATION DE LEURS · texte numérisé non relu

DES TROIS DIANES. — EXPLICATION DE LEURS

EMBLÈMES PAR l’aSTB ONOMIE. — FABLE

d’europe.

Si le sentiment divinisa l’astre des nuits , la raison ordonna les différentes parties de son culte. On compte trois Dianes (1) , so par allusion à ses phases ternaires (2) , soit parce qu’elle a trois mouvemens dans les cieux (a) , soit parce qu’elle préside aux trois saisons (b) ; opinion que j’embrasse. En effet, on suppose que la première Diane est fille de Jupiter et de Proserpine. Cette fille du soleil et de la lune d’automne devient la lune du printemps. Voilà

REMARQUES

[a) In altitudinem, latitudinem et longitudinem (3).

(b) Les saisons orientales étaient au nombre de trois : printemps, été et automne.

AUTORITÉS

(i) Cic. de Nat. deor. I. III , ad finem. — (2) Macrob. Phurnut. Cleomed. de mundo , /. II. Horat. Orph. — (3) Varron. Interpr. fat. Arat.

pourquoi une tradition ajoute qu’elle enfanta Cupidon (1); et c’est ainsi que ses fêtes se confondent avez celles de Venus. Voilà pourquoi on trouve les statues de Diane libératrice ou de la Vierge, auprès de celle de Bacchus sauveur (2).

La seconde Diane, nommée hiicine (a) ou Junon , est la lune d’été, qui semble assister la nature en ses productions , au moment où elles atteignent leur maturité.

Enfin la troisième Diane , qu’on appelle Ops , et qui , par ce nom, semble se confondre avec Pihéa, Cybèle (b) ou la Nature-mère , est la lune d’automne.

Tout ce qui est dit de la Diane terrible , d’Hécate , se rapportera aux rigueurs de l’hiver. Vous aurez alors l’énigme de toutes les

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Les Romains honoraient Lucine dans leur Nascio , et les Celtes en honoraient plusieurs dans leurs Mayrs.

(b) Dubayba , Cybèle des Américains.

AUTORITÉS

(1) Cicer. de Nat.deor. I. ni, adfmcm. — (2) Pausam

pratiques absurdes inventées par la superstition , qui considéra cette divinité, tantôt comme un génie bienfaisant, et tantôt comme un démon redoutable.

Vous sentirez la justesse des expressions dont se sont servis les poètes («).

Si vous interrogez l’astronomie , elle vous expliquera l’histoire et les emblèmes de Diane.

La chèvre est une des constellations qui brillent au printemps. L’épisode lascif, l’hymen de cette vierge et de Pan, sont les tableaux de la fécondation de la nature à cette époque. Scs chiens sont Procyon et Sirius , placés sous le signe du cancer, dans lequel la lune a son domicile. Ainsi la flèche céleste, qui fixe les derniers degrés du même signe, arma ses mains redoutables. En prenant son exaltation dans le signe du taureau, elle devient Diane, ou Vénus Tauropole, Isis, lo, Europe, etc.

(a) At triviæ lenis faciès et multus in ore Pliœbus erat (i).

AUTORITÉ

(i) Cîaudian.

On célèbre, en Crète , la fête d’Europe (a).

Tandis que l’on promène en pompe le tombeau dans lequel est renfermée , dit-on , sa dépouille mortelle , et que l’on porte à sa suite une immense couronne de myrte, dont le contour a dix coudées (i) , l’astronome vous fait remarquer que cette couronne est celle que l’on voit parmi les astres , que ce taureau ravisseur, sur lequel on remarquait le croissant de la lune ;■ est placé dans les cieux ; qu’on y voit se lever le soir le serpentaire Cadmus , et qu’enfin cette fable exprime le moment où le soleil entre dans le signe du taureau , où la lune a son exaltation.

Yous préférerez , sans doute , à ces résultats de la science, le roman du poëte.

A l’heure que Phébé, reine silencieuse,

Dispute encor les airs à l’aube paresseuse ,

Que Morphée à nos sens enivrés de repos ,

Verse à longs traits le miel de ses derniers pavots,

REMARQUE

(a) Ellolia , à verb. ellotis ; vierge , en langue phénicienne.

(i) Alhèn. I. xv. Hesych.

Que des songes dorés la foule prophétique Se joue innocemment d'une aile fantastique , Vierge timide, Europe à ses jeux ingénus Voit briller un fantôme envoyé par Vénus.

Au loin apparaissait une rive étrangère....

Deux femmes ausitôt s’élèvent sur la terre :

L’une étale aux regards sa sauvage beauté ,

L’autre d’un front connu montre la majesté.

« Arrêtez ! c’est ma tille , innocente , chérie ;

» Ma fille, mon trésor, que mon lait a nourrie !.... »

Elle dit , et la presse en ses bras maternels.

Mais l’autre : « Obéissez aux décrets immortels. »

Europe , respectant sa douce violerifce ,

S’étonne de céder, et la suit en silence.

Elle s’éveille alors , et sa morne terreur De la sombre étendue interroge l’horreur....

Il est là : de la nuit ce n’est pas un mensonge ;

Elle revoit l’objet que lui peignit un songe ;

Et tremblante , et muette en son saisissement ,

Frissonne, pâle encor d’un long étonnement.

Ces femmes, leurs discours, cette fuite empressée, Poursuivent ses regards, assiègent sa pensée.

Enfin sa faible voix laisse tomber ces mots :

« Qu’ai -je vu? Dieux puissans qui troublez mon repos,

» Que voulez-vous? quelle est cette seconde mère?

» Qu’elle s’embellissait d’un touchant caractère !

» Que j’écoutais trop bien son amour séducteur !

» Que je dois craindre, ô dieux , ce présage imposteur! «

Elle dit, et soudain s’élance impatiente.

Cependant, aux accens de sa voix diligente,

Du sonore palais les marbres sont émus ,

El je vois s’éveiller les fdles de Cadmus,

Les compagnes d’Europe et ses nobles égales,

Et toutes son amour, et pourtant ses rivales, Essaim doux et timide , admis à tous ses jeux ,

Soit qu’elle mène en pompe un chœur religieux , Soit qu’elle envie aux prés l’émail qui les colore , Ou plonge dans les flots de l’amoureux Anaure.

Les Nymphes près d’Europe ont couru se ranger; Emules de l’abeille el du zéphyr léger,

Elles volent.... On prend les corbeilles avides;

On descend vers ces bords aimés des Néréides, Théâtre de leurs jeux , délicieux berceaux ,

Où s’exhale la rose et soupirent les eaux.

Europe fait briller sa pompeuse corbeille ,

Doux présent d’une mère , éclatante merveille , D'images enrichie, étincelante d’or,

Et de l’art de Vulcain admirable trésor.

Le dieu l’avoit donnée à la Nymphe qu’il aime , Théléphasse ( a ) l’obtint de la Nymphe elle-même. Là, sur l’or animé, la fille d Inachus ,

D’un pied impétueux fendait les flots émus;

REMARyUr..

(a) Mère d’Europe.

Elle est génisse : on suit et sa course égarée ,

Et les replis mouvans de la vague azurée.

Ici , l’amant d’io, réparant ses malheurs,

De sa divine main vient essuyer ses pleurs;

Il lui rend et sa forme et sa grâce première.

Le Nil, précipitant son onde nourricière, Paraissait applaudir, et d’un cours mugissant, Superbe , roule et fuit par sept bouches d’argent. On distinguait , plus loin , le terrible Mercure ; Argus vient sous ses coups d’expier son injure; Tous ses yeux sont chargés d’un sommeil éternel. O prodige! semblable au phénix immortel,

Un oiseau s’élançait de la terre féconde.

Son plumage embrassa la corbeille profonde , Voile immense, étoilé de feux éblouissans,

Où les cent yeux d’Àrgus brillent en diamans.

Cependant, à l’envi , les Nymphes animées,

Se disputent des fleurs les moissons embaumées, Et du lis virginal la tige au front d’argent ,

Et du sombre souci le disque jaunissant,

Et l’éclatant pavot, et la triste hyacinthe,

Tendre fleur! où revit une amoureuse plainte; La pâle violette , ornement de Vénus ,

Parfume de leur sein les trésors demi -nus.

Belle , ignorant , hélas ! sa triste destinée ,

Europe s’avançait, de roses couronnée,

Et plus brillante encore, et reine de ses sœurs, Efface , en paraissant , les Nymphes et les fleurs.

4y8 LIV. II. LA RÉNOVATION.

C’est Vénus triomphante au milieu des Irois Grâces : Que l’innocence , Amour, désarme les menaces !

Jupiter, de son trône élevé dans les cieux ,

Sur ses jeunes attraits vient de jeter les yeux.

Soudain de l’univers le maître redoutable Sent au fond de son cœur la flèche inévitable,

Il brûle. Il faut tromper la jalouse Junon,

De la Nymphe ingénue égarer la raison....

Et soudain, dépouillant la grandeur souveraine,

Le dieu-taureau mugit et bondit dans la plainej Il n’a point du lien subi l’indigne affront,

Ni sous un joug pénible humilié son front.

De son corps souple et fier la couleur jaunissante Semble étaler les feux de l’aurore naissante ,

Et sur l’or de son front une étoile d’argent Annonce au loin l’orgueil de son double croissant, Dont les contours polis, superbe diadème,

Pourraient être enviés par Diane elle-même.

Il approche : sa marche est calme.... dans ses yeux Brille languissamment un azur amoureux.

Les Nymphes folâtraient, et la troupe imprudente Sourit , et près du dieu vole sans épouvante.

Plus doux que les parfums qui s’épanchent des fleurs , Son corps de l’ambroisie exhale les odeurs.

On approche , on le flatte , il cède à son ivresse ;

Il a baisé les pieds de sa belle maîtresse,

Et sa langue amoureuse effleure mollement L’albâtre de sa main el de son cou charmant.

Europe ose essuyer l’écume de sa bouche ;

Elle imprime un baiser sur ce front moins farouche....

Le taureau fait entendre un doux mugissement ; L’harmonieux roseau frémit moins tendrement.

Fléchissant les genoux , et retournant sa tête ,

Il sourit à la Nymphe , objet de sa conquête ,

Et de son vaste dos étalant les contours,

Tranquille, semble offrir un trône à ses amours.

« Venez toutes, venez, mes fidèles compagnes,

» Sur ce facile char parcourons les campagnes ;

» Ce laureau s’offre à nous : son regard caressant » Est paisible, son front n’a rien de menaçant. «

Elle dit, et s’assied avec un doux sourire.

Le taureau fuit, déjà touche au liquide empire...

Les Nymphes ont pressé leurs pas trop incertains.

Europe leur tendait ses suppliantes mains.

Dans l’espace écumant le taureau qui s’élance,

Nouveau monstre des mers, franchit leur gouffre immense. De Neptune aussitôt le sceptre complaisant Aplanit sous ses pas le flot obéissant :

Le dieu guidait son frère, et sur leurs chars humides,

En pompe s’avançait le cœur des Néréides :

Les Tritons, élevant leurs conques dans les airs ,

Du cantique d’hymen réjouissaient les mers.

Europe, cependant, en triomphe portée,

Sur le divin taureau s’appuie épouvantée !

Et tandis que le flot timide et murmurant Vient jouer à ses pieds, qu’il baise en expirant,

Elle lient d’une main la corne menaçante ,

De l’autre ressaisit sa robe éblouissante,

Dont la pourpre mobile en ses plis inconstans ,

Semble une voile heureuse abandonnée aux venls.

« O palais de mon père ! ô ma douce patrie !

» O ma mère ! ô mes sœurs , troupe aimable et. chérie ! » Seule , hélas ! loin de vous , dans ma témérité ,

» Je ne vois que des mers la sombre immensité (u). »

« Belle Nymphe, calmez cette importune plainte,

» 11 est temps d’abjurer une Irop longue feinte , j> A tant d’éclat , surtout à l’excès de mes feux ,

» Europe , connaissez le souverain des dieux.

« Déjà du sein des mers je vois sortir la Crète » Où j’ai reçu le jour, où notre hymen s’apprête.

» C’est de là que vos fds, race d’un immortel,

» Etendront sur le monde un sceptre paternel. »

11 dit, touche à la Crète, et, quittant l’imposture, D’Europe qui soupire enlève la ceinture.

Les Heures ont dressé le lit mystérieux ;

Lucirie à leur amour sourit du haut des cieux,

El , bénissant bientôt leur ardeur fortunée,

\ oit de nombreux enfans couronner l’hyménée.

REMARQUE

(a) J'ai supprimé la partie faible de ce discours. Moschus est ici inférieur à lui-même. C’est dans Horace (i) qu’il faut lire et admirer le discours d'Europe.

AUTORITÉ

(i) Horace , /. ni , od. sxvii. ad Lœl. Gai/.

CULTE lunaire;

DE DIANE AUX DEUX SEXES, ET DE VENUS BARBUE. — DES HERMAPHRODITES. — DE SALMACIS. — EXPLICATION DE CETTE FABLE.

Page 1