NEUVIÈME LETTRE
APOLLON1DE A XENOPHANE.
Mes regards distraits tombent souvent sur les configurations étranges des divinités égyptiennes. J’admire ces monstres avec effroi, et mon esprit aime à déchiffrer l’énigme de ces sphinx. Ici, je retrouve, dans leur composition , les traits mêlés et confondus des héros, des princesses, et de tous les animaux du zodiaque.
Pour résoudre le problème , il suffit de dégager successivement tous ces élémens , et j’arrive alors à une solution qui me donne l’état du ciel et de la terre , selon la position de la sphère que je consulte (i).
AUTORITÉS
(i) Horus-ApoJl . Chérémon. Synésius. lambliq. Dupuis. Rabaut-Saint-Elienne.
Après avoir brouillé toutes les physionomies , les Egyptiens ont uni souvent les deux sexes dans la personne d’une seule divinité (i). Ils exprimaient alors, par le même emblème, l’union du principe actif et du principe passif, ou l’univers.
Ce système porte la lumière sur quelques uns de vos monumens (a).
Vous vous rappelez, sans doute , mon cher Xénophane , cette statue de Diane aux deux sexes (a) (2), sur la base de laquelle on avait gravé ce passage d’unhymne d’Orphée , adressé
REMARQUE
(a) Diana sine Jana , et Janus ; sicul Luna , ita et Lunus deus colebantur (3).
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Baal , divinité syrienne, dont le sexe n’était point déterminé (le soleil).
Hermupollon , statue composée de Mercure et d’Apollon.
Hermathênê , id. de Mercure et de Minerve.
Herméraclê , id. de Mercure et d’Hcrcule.
Hermarpocrate , id. de Mercure et d’Harpocrate.
Parashiva , dieu hermaphrodite des Indiens.
( i ) Eusèb. Diod. Serv. ad Æneid. I. il. Macrob. salurn, — (2) Pausan. — (3) /El. Spart ian .
à la lune : Je te salue , astre mâle et femelle. Vous vous rappelez encore cette Vénus barbue que nous vîmes dans l’ile de Chypre , où les mauvaises plaisanteries qui vous échappèrent alors, faillirent nous faire chasser du temple.
Vous n’avez pas oublié ce bel hermaphrodite, chef-d’œuvre du ciseau de Praxitèle, et dont les formes ravissantes ont excité tour à tour l’envie ou les désirs.
Cette union des deux sexes est le symbole expressif de l’union des deux forces de la nature, ou des deux principes de la création. C’est sur ce fond philosophique que nos poètes ont légèrement brodé les aventures de Tirésias , et l’anecdote un peu scandaleuse de la Nymphe Salmacis. Je vous souhaite une amante aussi passionnée.
P. S. Puisque j’ai commencé à vous expliquer les fables lunaires, je n’oublierai point celle d’Hypermnestre , dont la fête est célébrée à Argos.
On allume des flambeaux (a). Uper-men-
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Celte fête rappelle la fête égyptienne des Lan-
484 LIV. Il, LA RENOVATION.
estre signifie mot à mot la nouvelle lune de l’année, ou celle qui surmonte les autres (i) : telle est la fête de Yénus Nicéphore. Cela est plus exact , mais est moins dramatique , il faut en convenir , que la tragédie de Danaiis ; et si l’esprit gagne à cette explication , le cœur regrette un monument touchant et exemplaire de la piété conjugale.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
ternes (2). — Les Chandelles des Rois , qu’on allume en Angleterre sur le haut des collines. La Chandeleur , etc. AUTORITÉS.
(1) Court de Cébelin. — (2) Manétlion. Syncell.