PREMIERE partie; Ux
que la première loi , comitie le premier dieu de la natàre , est Tiam^aùr ; cette âkh^ hniv^r-^ selle , ce lien des sociétés , dont il est à la fois le créateur et le conservateur ; cet amour éternel , te térm^ H Tèxpressiôn du bonhtëur des dieux y dôtat s'approche lé rare mortel iasset sage pour lui tonsacrek" toute sa \ie , assez héureuli: potir Tinspit-er toujours.
Et retaiali'quez K|ue la vertu elle-même ne se compose ïjife d'aïfections. Toté les sehtimens , ceux ihém^ de la sagesse, se l'édàiseht a chérît ses semblables, ^ rechercher leur bonheur : de manière qu'être vertueux , c'est aimer.
La ^twâété , par tin effort continuel , tendant à â*îtïdre ces sentimens, Tintéret, Tambitioil , fàmour-proprè , Tenvîe , amenant à ietir suite f égb*fem« , et desséchant tous les coeurs, il fallait de^ barrières sacrées pour artrètèt Ife défeotéement âe tous ces fiéaux , et retèHk* rhômMre dans la nature.
Ix INTRODUCTIOTT.
Prendre alors la nature elle-même pour but et pour moyen , fut le chef-d^œuvre de la politique.
La religion des sentimens fut créée ; le cœur eut ses jouissances ; les travaux mêmes de Fhomme rustique eurent leurs plaisirs.
Au lieu de faire sentir aux malheureux humains le poids des priçaiions sous lequel ils gémissent , au lieu de leur présenter les souffrances et les peines, comme composant Fessence de leur destinée ( point de vue désolateur, et qui fait la base d'une religion ténébreuse et presque infernale), une bienfaisante magie fait éclore partout les illusions.
Partout des dieux amis , des déesses bienfaisantes , qui non seulement empruntent les formes de Fhomme , mais qui partagent encore ses passions, ses.goûts,s«$ besoins même, et quelquefois ses souffrances.
Le laboureutr le pâtre , songent à Triptolème ensemençant la terre, au bel ÂpoUon
PR£MIKR£ PARTIE. Ix)
devenu berger ; Tartisan qui élève les murs des cités, se rappelle que Neptune a bâti les remparts de Laomédon ; le héros , dans ses traverses , s'encourage de Texemple d'Hercule.
On rencontre toujours les regards d'une divinité tutélaire. Les plantes mêmes reconnaissent des bienfaiteurs. Bacchus vit dans ces grappes , Cérès dans ces épis ; les Nymphes naissent avec les chênes ; elles se réjouissent quand la rosée les ranime ; et pleurent quand ils dépouillent leur feuillage ( i).Un dieu réside à la source des fleuves, et sa voix s'exhale en doux murmures. Le vieux Océan lui-même a, dans son palais , des grottes humides , où les filles de Nérée composent sa cour; elles y reçoivent, après le naufrage, les victimes de la tempête.
AUTORITÉ, (i) CatUmach,
Ixij INTRODUCTION.
Les impressions même les plus douloureuse^ perdent aias^ Içur' caractère. Qu^un bçl adplesceat périsse , il est, dit-on, enlei^é par les Nymphéa ; qu'ni^e yierge s'étçigae ça son printemps , on retrace sur son tombeau Psydi,e' dérobée à sa famille par TAmour. Le trépas, le plus af&eux est même einbelli par des métamorphoses; la rose est née du san^g d'Adonis, et Tanémone de ses pleurs; lajacynthe, le narcisse rappellent , en les déguisant , d'autres malheurs , soit qu'en général op. ait choisi la fleur comme Temblèipie d'une yie passagère , soit qu'on veuille ainsi faire entendre qu'il ne faut pas appuyer sur des idées sombres , sur des regrets pénibles.
Enfin , pour compléter le charme, et pour ajouter un dernier anneau à cette longue chaîne d'illusions , on rendit sensibles les êtres abstraits eux-mêmes. Et quelle source alors de fictions charmantes ! les Grâces ingénues sont représentées avec les attributs de l'enfance ;
PREMIEBE PAETIE. Ixu)
la tendre Volupté naît de THymen , de TAnaour et de Psyché , c'çst-à-dire de Fumou des sena et de Tâme.. La Renommée, est un monstre conpipo^é d'yeux , de hoi^cl^e» et d'oreilles , fantôme aériem, do^t la tête est cachée daqs les i^iqçs , tm^ que sçs. piedsi parcourent la terre (^).
Oui, j'aime à iç p?Q$er, riutenli,ç» des philosophes qui présidèrent au3( institutions de la Grèce , fut ^'eofaHer h ^ejnfiibiiiié de ïhommc.
Ils divinisèrent ici le monde pbysitpie et moral, toutes les parties de FuniTers ; et Vhommefui mis en rof^çri opec la nature : là , tous les modes du sentiment ^ et Vhomme fut mis en rapport a^eo hs. autres et avec luimême.
Tout alors , dans la nature , prend une
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AUTORITÉS, (i) Momèn, Fh^iU, Ovide, etc.
Ixiv INTRODUCTION.
voix et du sentiment. Le voyageur se prosterne sur la terre hospitalière ( A ) , il touche religieusement les portes (a) de lia ville ; il salue THermès (i) protecteur , aux pieds de la statue duquel la Bienfaisance , transformée en Piété , a déposé des alimens ; il attache une couronne à l'entrée des lieux témoins d'un bonheur secret (2) ; il adore les dieux du foyer domestique
Douce et ravissante religion de là reconnaissance ! malheur à l'esprit aride , à la raison étroite qui vous repousse !
Combien les misérables maximes des Galiléens, et ces préjugés ineptes que chacun
REMARQUE
(a) Tum portas propter , ahena Signa manus désiras ostendunt atteuuari Saepe salutantum tactu prœterque meantam (3).
Amplezseque tenent postes atque oscula fîgunt (4) .
(i) Suidas , p, 325. » (a) PoeL , passim. — (3) £]icr, L i. (4) r»y. £n. L II.
PREMliEE PAaXIE. ' Ixv
d'eux préconise comme règles de conduite , sans les adopter pour la sienne ; combien la sécheresse de leurs mœurs dénaturées /* dont tout le calcul consisté à mettre Thypocrisie dans la dépravation, sont loin de la simplicité touchante des mœurs antiques !
£noncerai-je ici Tinfluence que ce système exerça sur les mœurs? Celles des Athéniens lui durent cette expression particulière, qui est devenue celle du dernier degré de la politesse (a) et dé Télégance. 4
« Athènes voulait le plaisit (i) : la vie de Lacédémone était laborieuse.... Son empire était dur : on remarquait dans son peuple je ne sais quoi de farouche.
» Les Athéniens étaient naturellement plus
HEMAEQtJE.
(«) L*atti£isme (a).
AUTOMTÉS. •
(0 Sostwt. — (a) Ciear. de Orutor. QuùU. c. x, l. xii.
lx%T INTJIODUCTION.
doux. Il n^ avait rien de plus délicieux à voir que leur ville, où les festins et les jeux. étaient perpétuels, où l'esprit, où la liberté et les passions donnaient tous les jours de nouveaux spectacles.»
De tous les peuples , TÀthénienfutle moins cruel : sans doute ses passions Tegarèrent quelquefois ; mais il les expia par le plus solennel repentir.
Athènes , la première , érigea des autels à la Pitié. .
C'est là que le peuple, apprenant que les Argiens avaient massacré quinze cents de leurs concitoyens, fit apporter sur la place publique les sacrifice^ expiatoires (i), afin qu'il plût aux dieux de détourner du cœur des Athéniens une si cruelle pensée.
C'est là que,, sur la. proposition d'intro-
AUtORITÉ.
(l) Plut4irq.
PREMIERS PARTIE. Ixvij
duire , à l'exemple des Romains » les jeux fi^anglans des gladiateurs , le philosophe De* monax se leva (i)» ^>^ s'écrianl; : <c Athéniens^ renversez doïic les autels de la Pitié et de la Miséricorde! »
C'est là qu'on célèbre , par des chants , les triomphes sur ks barbares ; mais , par des pleurs et des lamentations (2), les victoires remportées sur les Grecs.
Les Grecs (3) ne souffraient point que les trophées fussent d'autre matière que de bois, afin que ces monumens de discorde, c'est ainsi qu'ils les appelaient , fussent bientôt détruits.
Cette bonté de caractère et cette douce simplicité se retrouvent jusque chez les écrivains imitateurs de ceux de l'antiquité. Racine, La Fontaine et Fénélon ont cherché
AUTORITÉS
(0 Athénée, Musonius. — (a) Piutanj. — (3) Diodore <U Sicite.
Ixviij INTRODUCTION.
et trouvé leurs succès dans la peinturé des sentimens tendres. Leur physionomie littéraire est aussi remarquable dans la foule , que celle d'nn buste antique au milieu d^une galerie de bustes barbares.
Généralement les figures grecques (i)sont reconnaissables par le calme et là sérénité de leurs traits, par une expression de générosité et de bienveillance ; tandis que presque toutes les physionomies barbares n^expriment que des passions sombres et outrées , le mépris ironique, ou le dédain superbe.
Cela ne viendrait-il pas de la différence des religions et des gouvemçmens ? Mais que fais-je ? irai- je mêler les pavots d'une dissertation aux roses de mon sujet ? J'ai promU» . d'être plus frivolie. Abordons les courtisanes.
Nées sous un ciel de feu , avec des organes
AJJTORITÉ.
(i) fVùikelmann. ,
PRBMlÈRk PARTIE. Ixix
que la caressante Volupté avait formés pour son culte ; entourées des images du plaisir , des poètes qui le chantaient , des héros qui tombaient à leurs pieds, des, philosophes qui composaient leur cour, les femmes grecques, rivales de la belle Vénus, imitèrent cette divinité , objet des hommages universels.
Les femmes, leurs amours et les passions qa^elles allumèrent , ont troublé l'univers et la Grèce (i). Homère peint les cieux et la terre ébranlés , les dieux et les héros divisés , pour la cause dMIélène (2).
Si Apollon lance ses flèches et la peste sur le camp des Grecs, c'est pour venger le rapt de la fille de Chrysès.
L'enlèvement de Briséis est le sujet de la colère d'Achille , de toute l'Iliade.
Les guerres sanglantes de Mégare et du
AUTORITÉS
{i) Athénée, L xui. Musonius. — (a) Iliûde , pantisi.
]xt INTRODTTCTION.
Péloponèse n'eurent pas une autre origine. Au milieu d'une orgie , dit Aristophane (i) , des jeunes gens d'Athènes vantent les charmes de la courtisane Simoethe : ils volent à Mégare ; ils Fenlèvent. Irrités, les habitans de cette ville usent de représailles et ravissent deux femmes d'Aspasie. Une querelle de débauchés allume ainsi une des guerres les plus fatales à la Grèce. Périclès tonne, voilà tout le Péloponèse en feu. Il lança des décrets dont le style, ressemblait à des chanspiis: s'il le pouvait, Mégare- «'écroulerait de fond en comble pour satisfaire quelques courtisanes....
La guerre sacrée, qui dura dix ans entre les Thébains et les Phocéensi , ne fut- elle pas suscitée par l'enlèvement de la Thébaine Théano (2) ? et celui de Mégiste n'alluma-t-il
AUTORITÉS
(1) Jrist Acham* — {^yAthén: L xiix. Muson, ph.
PEfeMIERE PARTIE. Ixxj
pas une guerre semblable entre les Phocéen^ et les Gyrrhéens?
Deux femmes, Olympias et Eurydice (i), secouèrent les flambeaux de la discorde diez lesThesprotes..
Vous retrouvez, dans tous les grands événemens, la présence et Finflu^ence des femmes. Le songe d^une femme soulève TÂsie contre la Grèce (2). Atossa fait armer Darius et Xercès. Alors les courtisanes de Gorinthe se rendent au temple de Venus (3) ; et, les cheveux épars , élevant vers le ciel ces yeux et ces bras charmans consacrés à la volupté , elles implorant l'amante de Mars, et lui demandent à genoux la liberté de la Grèce. Une femme, Artémise, vient balancer et augmenter le triomphe de Thémistocle à
AUTORITÉS
(x) Athénée, L xiii. Âfuson, ph, Douris de Samos. — (3) HérodoU. — (3) Jtkén.
ixn] lîfTRODUCTION.
Salamine (i). Une femme conjure avec HarlAodius et Aristogiton (2). Digne amante de ces héros, elle sait conspirer, se taire et mourir avec eux. Athènes lui érige une statue.
Ces êtres délicats et faibles, après avoir figuré sur le théâtre de Théroïsme , régnent sur les écoles de la philosophie. Aspasie renseigne à Socrate , et conduit , en souriant , Péridès aux sommets de la politique : elle ouvre une école de plaisirs et d'éloquence. Hîpparète tient le compas d'Euclide , et Léontium trace avec Épicure le code des voluptés.
Tout est sublime dans Thistoire de la Grèce ; tout participe à ce degré d'élévation morale qui ne consiste point dans Tasservissement à de puérils préjugés , mais dans Télan des passions généreuses.
AUTORITÉS.' (i) Pbaarq. -^ (3) Meursùu, Pidit. Cécrop.