PREMIERE PARTIE. Ixxii
Le législateur n'a pas songé à comprimer ces passions : il a doniië à ces énergiques ressorts une direction brillante et utile.
Le commerce des femmes , leur insatiable désir de plaire, leur inextinguible vanité, leur soif de la parure,. cette coquetterie qui leur tient lieu d'âme , leur enfance étemelle , leur mobile sensibilité, leurs désirs vagues ou efiirénés , tout servit d'instrument à la politique et à la morale elle-même.
Les mœurs se polirent, le courage cessa d'être farouche , les coeurs s'ouvrirent à des sentimens tendres , et tous les sentimens gêné-* reux en découlèrent ; ce besoin de plaire se comipuniqua : semblable aux premiers rayons du jour, il s'étendit en éclairant tous les objets , en les revêtant des formes et des couleurs brillantes ; la nuit des préjugés et de la barbarie fit place à l'aurora du goût , et les arts naquirent.
De là cette langue harmonieuse et riche de ces expressions qui peignent les nuances les
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plus délicates, qui déterminent les transit tiens les plus impercetibles , qui dévoilent les mouv^mens les plus secrets , qui fixent les^ formes le5 plus volatiles de la pensée ; cette langue, qui parait être le miroir de Tespirit et Fécho du cœur. De Jà ces chefs-d'œuvre de la peinture et de la statuaire , que Pon peut regarder comme des hymnes inspirés par la beauté , dont la lyre / le pinceau et le ciseau éternisaient les charmes (i) ; le culte, rendu à la beauté en imprima le sentiment et Timage sur toutes les productions du génie»
Cette beauté, dont la nature libérale fit présent aux habitans de ces heureuses latitudes, conserva son type et son caractère sous un gouvernement qui , loin de la flétrir , à Fexemple de notre Europe gothique et barbare, par des lois ridicules et ineptes , en divinisa l'empire.
AUtORITÉS.
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PREMlitti: PARTIE. IxXV
Le commerce , que sa situation commail-^ dâit à X Athènes , y gagna , et sçs rapports avec rOrient voluptueux augmentèrent sesr richesses.
Athènes , après avoir occupe TOrietit de sa gloire , le remplit de ses plaisirs. Lès cour^, tisanes et les artistes de la Grèce le consolèrent d'avoir été vaincu par ses héros.
Athènes , désarmant les peuples par de plus douces conquêtes > étendait ainsi les progrès de cette civilisation , qui , malgré quelques moralistes farouches, est le terme nécessaire que doit atteindre la^erfectibilité de Thomme : le voile de la barbarie sç repliait , et les t^è-^ bres disparaissaient de la face de la terre; Les étrangers se rendaient en foule à Athènes t Athènes était le temple de Findustrie et des arls, le sanctuaire des voluptés, Torade de la philosophie, le théâtre du goût et Fécok du monde.
Opposez au tableau de ces mœurs faciles et libres, il est vrai, mais brillantes^ celui de
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la déprayation moderne. Nous ne savons ni être vicieux avec grâce , ni mettre de la dignité dans nos faiblesses.
Dépouiller quelques fripons bien vils, se livrer sans passion et par calcul , circuler entre iHneptie et la frivolité , amante-d^un jour, que dis-je ? d'une heure, d'un moment ; flétrir la tendre volupté , rechercher avec fiïreur le scandale et le bruit , s'envelopper de basses intrigues, croire les cacher en multipliant leur nombre , partager, alimenter , exciter la corruption publique, recevoir dans ses bras des êtres qui n'y apportent et n'y puisent aucune vertu : voilà le,portrait de vos courtisanes , sans caractère , sans dévouement , et dont le cœur, vide de sentimens et de passions douloureuses, est mort et stérile.
En France , trois femmes de cette classe sont les seules qui retracèrent dans leurs mœurs quelques traits de celles de l'antiquité: telles furent la tendre Gaussin , actrice ; Louise Labbé , poète ; et Ninon , philosophe.
PREMIÈHE PARTIE. Ixx^îj
Le génie, le talent, et rhéroYsme avaient les premiers et toujours part à leurs faveurs ; elles étaient le prix de la supériorité sur les autres : cet orgueil était noble , ces jouissances étaient épurées ; il y avait dans cet abandon de soi du respect pour soi-même : ce commerce des sens était préparé , embelli et soutenu par celui de l'esprit et du cœur : celte alliance du génie et de la beauté obtint le sourire de la nature , et dut forcer les suffrages de la société.
Ijious avons vu les courtisanes gvecques inspirer et suivre les héros au milieu des combats , invoquer Venus dans les dangers et cou^ per leur chevelure : vous le? verrez dans la paix s'honorer par un luxe national , consacrer leurs richesses à embellir les lieux qui les virent battre , les lieux où elles aimèrent , où elles furent aimées ...
Ainsi Rhodope éleva , dit-on , une pyramide; ainsi Laïs embellit Gorinthe d'édifices magnifiques ; ainsi Phryné ne désira le plus
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bel ouvrage de Praxitèle que pour en faire un don à sa patrie , qui le déposa sur un autel : Phryné prop,Qsait de rel>âtir Thèbes à ses dépens y et d^ attacher cette inscription superbe :
ALEXANDRE DETRUISIT THEBES; PHRYNÉ li^A REBATIE.
C'est à la différence d'éducation (i) qu'il faut attribuer celle qui existait entre les courtisanes et les femmes grecques. Les courtisanes qui fréquentaient les écoles des philosophes étaient infiniment mieux élevées et plus instruites que le reste des femmes qui ne parlaient peut-être pas même exactement la langue
grecque Quel devait être le jargon des
femmes qui n'étaient pas encore sorties d'un appartement aussi inaccessible que le Parthàion ou le logement des vierges ? Rien ne perdit davantage les mœurs que cette supério-
AUTORIT^
(x) Jk JPiov , r. ri, p. 173.
PRKMliRE PARTIE. Ixxix
rite que les courtisanes d* Athènes avaient acquise sur les femmes honnêtes.
Cette r^Tolution dans les moeurs se rapporte à i^poque où le luxe et la mollesse de TOrient passèrent dans la Grèce ; à cet âge brillant cil la république athénienne , semblable à un flambeau prêt à sVteindre , projeta par intervalle les plus vives clartés.
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