‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 23 sur 101 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

SUR lA DIVISION GEMERAIiE DES FETES, ET SUR LEUR SYSTEME.

Les fêtes ont été , dans tous les temps et dans tous les lieux, le besoin de la multitude, passionnée.

Ce besoin preiidsa source d'abord dans celui des sensations , et dans cet instinct précieux de la sociabilité , qui porte les hommes à se réunir, à se communiquer leurs craintes ou leurs espérances , leurs peines ou leurs plaisirs ; ensuite dans cette curiosité mobile et inquiète , à laquelle il faut sans cesse de nouveaux élémens ; enfin dans ce principe dHmitation, qui nous porte à réfléchir toutes les impressions.

Depuis le sauvage qui danse en poussant des hurlemens autour des victimes de son abomi^

DigitizecTbyCiOOQlC

SECONDE PARTIE. Ixxxî

nable barbarie, jusqu^à l'homme civilisé qui va plem-er ou sourire au théâtre , tout obéit à cea irrésistibles impressions : une seule loi , semblable à celle de l'attraction, meuttousles , individus ; c'est le besoin de sensations , et de, sensations communiquées.

Ce besoin réunit les hordes errantes du désert, comme il groupe les cercles de nos socie'tés : mais là , il se repaît de spectacles atroces; ici, il recherche des images plus douces.

Chez les peuples guerriers , vous retrouvez les scènes du courage : les barbares, en défiant rhéroïsme de leurs prisonniers , semblent entretenir et exalter leur propre courage! C'est aux peuples guerriers , ou plutôt destructeurs^ qu'il faut attribuer l'horribk invention des sacrifices humains. La civilisation n'adoucit point ces mœurs féroces. Le Romain amolli , mais toujours cruel , se plaisait à voir couler, dans les cirques, le sang des.homme3 sous le I. 6

Ixxxij INTRODUCTION.

poignard des gladiateurs , et sous la dent des tigres et des lions.

Maïs chez les peuples pasteurs , ainsi que . chezies peuples agriculteurs^ les fêtes prennent le caractère de leurs innocentes mœurs : c'est là que naquit la Reconnaissance ; c'est là que , comblés dès bienfaits de k nature , on les divinisa ; c'est là que le pë^-e du Jour et de la Fécondité , qui ramène le Printeriips sur son ehar ; que le flambeau pâle et mélancolique des Nuits , dont les révolutions servent à mesurer celtes du Temps ; que les astres qui indiquent celui des travaux ; que la terre prodigue et de fleurs et de fruits ; que la mon-> tagne sourcilleuse d'où s'épanchent les eaux ; qiie l'arbre hospitalier , que la grotte mystérieuse devinrent des dieux , des autels et des temples. C'est là que , dans des" sacrifices inncH cens et purs , on offrit des épis et des roses, on épancha le lait et le miel : c'est là qu'aux sons de la flâte bocagère , et sotis la feuiUée ,

SECONDE PARTIE. Ixxxiij

on forma d'abord avec abandon, ensuite avec art, des chants et des pas cadencés.

Chez les peuples Uçrés au commerce^ oà la civilisation a introduit le luxe, les fêtes acquièrent de la grandeur et de Tëlégance. Toute la magie des arts est déployée ; la poli* tique les dirige^ la volupté les suit. On re* cherche d^s jouissances délicates et épurées ; les nobles plaisirs de Tesprit et du cœur se mêlent à ceux des sens. La langue et les signes brillans de l'imagination ont à la fois plus de force et de finesse. Tel fut le caractère général des fêtes chez les Athéniens.

A Athènes , chaque jour (i) est un jour de fête.

Leur pompe est une espèce de représentation théâtrale (2) : on consacra d'abord à ces dépenses les biens (3) des trente tyrans ; on

AirroRiTÉs.

(i) Xenùphon , de rep, éUh. — (a) Ci^$ielianm 4Mn^ — (3) Philochorus» Hatyocration.

I\xxiv JNTROPUCTION.

iRt de ces dépenses un ressort de Fa démocratie (i) ; les richesses et la puissance sup- }>ortaient. le fardeau brillant et coûteux des fêtes publiques.

ITïie loi expresse (2) commande alors la )ôie, ferme les tribunaux, suspend toute espèce de travaux, et indique Tordre des jeux; la tristesse est bannie des dis<cours et des actions; les ris se mêlent dans les 'pleurs mêmes (3).

Ces fêtés furent religieuses on politiques. : Les fêtes religieuses étaient , en général , remarquables par deux caractères opposés, l'un sombre et sévère , Tautre priant et gracieux.

• On trouvé Fexplication de ce contraste dans celui que présente l'objet de ce culte , la nature elle-même; dans l'opposition et le retour

AUTORITÉS

(i) AHsioUy L T. PoUt. c. Tiit. Xtnophon , de rep. ^ (2) Démosth, cont. Timocr* — (3) Pétrone,

SECONDE PARTI*. IxxXV

de la lumière et des ténèbres , dans les périodiques vicissitudes .des saisons, dans Talternative constante de leurs bienfaits et de leurs rigueurs.

C^est ainsi que le tableau général des fêtes religieuses se compose du dessin philosophique ti àiï coloris poétique.

Le dessin philosophique appartient à une époque de la civilisation , antérieure à celle où parurent les Grecs. Leur imagination brillante coloria ce dessin , et en altéra les traits et les contours , en les revétissant de la draperie des fictions.

Quelques savans ont rétabli la physionomie primitive d'un système dont plusieurs détails révélaient l'ensemble, au milieu même des altérations qui semblaient le détruire.

Parmi les anciens, Horus - Apollonius , Chérémon, Matcrobe, Plutarque, Synésius, Porphyre , etc. etc.

Parmi les modernes , Boulanger , qui n'a

IXXXV) INTRODUCTION,

aperçu qu'une des faces de Tobjet; Court de Gébelin , qui en a dëcouvert plusieurs ; 'J)upuis, qui les a vue» toutes, ont donné la clef de ce système (a).

4'emprunterài à la philosophie l'Ordre et la distribution des matériaux pour le plan du temple ; mais j'irai demander aux poètes et aux historiens de la Grèce^ les tableaux qui l'embellissent.

Sans dout< , dans cet âge de raison , il con-r

REMARQUE

(a) Mais en yain ^\s ont déchiré toutes les parties da voile; ces explications neaves et exactes ne sont pas encore généralement adoptées , parce qa*elles ne sont pas généralement connues» et la raison en est simple : Terreur est vulgaire , là science ne l'est par.»

. Ceux mêmes qui pourraient contribuer à dissiper le prestige ^ semblent le partager. Ainsi.^ tandis que les Rabaut-Saintfîtienne, tandis que les Volney, c'est-à-dire les hommes les plus distingués dans les lettres et dans les sciences , admettent , dans leurs écrits , les principes développés par le profond Dupuia^ on voit un professeur d^arcbaBoIogie, Hlillin^ les rejeter, et se traîner encore sur les interprétations monacales du p^re Qautruche.

SECONDE PAilTrE. Ixxxvij

vient de percer cette enveloppe , de ressaisir sous les fables une ordonnance savante , en un mot ) de montrer les philosophes derrière les poètes et les artistes.

Mais j'ai observé que les ouvrages purement de ce genre tombaietit , ou dans le faste et Tennui d'une érudition pénible , ou dans la sécheresse d'une dissertation aride.

Le savant Dupuis me disait : « Si mon ou-^ vrage n'est point le temple même , il est du moins la carrière où Ton ira chercher les marbres que Ton taillera en colonnes , et dont les dieux seront formés une seconde fois. »

Il était un autre écueil, un piège brillant dans lequel ont donné des esprits faciles, et aux<juels je ne reproche que l'abus du talent. Ils n'ont vu, dans les nobles productions et dans lés savantes institutions de Tantiquité , que le cachet de la grâce , qui s'y trouve toujours combinée avec la force ; et cette grâce même , qui leur paraissait trop simple et trop

IxXXviîj INTRODUCTION.

naïve , ils l'ont dénaturée à force de recherche et de parure (i). Rien n'est plus loin de la grâce antique que la manière française ; elles diffèrent comme ime statue grecque et un dessin dé Boucher.

Je me suis proposé pour modèle, dans la composition de cet ouvrage , la scrupuleuse exactitude de Barthélémy , sa religion pour les textes de l'antiquité , que j'ai conservés dans toute leur puret^. /

A son exemple, j'ai emprunté les détails aux écrivains de la Grèce ; j'ai assemblé leurs , phrases éparses, et j'ai cité toutes les autorités dont je m'appuyais.

Il ni'a semblé que ce sujet devait être émaillé de citations, qu'il appelait; sans cesse les fragmens des poètes et les passages des histpriens :

(i) Lettres 4 Emilie, sur la Jf/thologie^,

SECONDE PABTIE. Ixxxix

j'y ai ajouté les réflexions des auteurs modernes qui se sont occupés avec succès de ces recherches ; et comme l'érudition était ici commandée par le sujet , comme elle ne faisait que reproduire et grouper des images aimables , comme toutes les couleurs de ce tableau , consacré en grande partie à la volupté, étaient riantes, je les ai prises partout ou je les ai trouvées : elles se sont fondues naturellement dansTouvràge^ et alors l'ai moins redouté Fappareil d'une érudition qui ne s'exerçait que sur la fleur des objets les plus attrayans.

Quoique cette esquisse soit un supplément xiç'cessaire d' Anacharsis , parce qu'elle complète le tableau des mœurs et des usages de l'antiquité , je n'ai point suivi la marche de l'élégant Barthélémy ; ce n'est plus Anacharsis qui parle.

J'ai pensé que, pour , connaître l'antiquité , il fallait l2k considérer sans voile comme $e3i g^tues.

Page 1