CHAPITRE PREMIER
«-£TES 0£ ii'jLMOtJR, OU DU PRINCIPE QUI ATTIRE ET UNIT LES ETRES (a).
Fête à Athènes. — Cydippe et Dyphile. — Chant damour et fie douleur. — Fête à Samos. — A Elis.
<c Amour, désir inné ! âme de la nature ! pdacipe înépoisable d'existeDce? puissance souveraine, qui peut tout^ et contre laquelle rien ne peut ; par qui tout agit , tout respire et tout se renouvelle ! divine ilamme ! germe de perpétuité répandu dans tout avec le scAiifte de la vie! nrédeux sentiment, qui peux seul adoucir les ùœisxB ieroces et placés, en les pé* nétrant d'une douce chaleur! cause première de tout Lieii^ de toute société, qui réunis sans contrainte et par tes seuls attraits les natures sauvages et dis* persées ! source unique et féconde de tout plaisir, de toute volupté ! Amour, couMnent ne t'aurait-on pas divinisé? »
Les Athéniens avaient dédié Tacadémie à Minerve : ils y placèrent la statue de FAmour.
REMARQUE
(a) Erotia, Erotika, Erotîdia (i).
AUTORITÉS
(i) Ongine'des cultes^ t. i^p, ^^-^d^ i, IV, p, io5-58i*
Io8 LIV. I. LA CRÉATION.
Il partageait avec la déesse les sacrifices (a). Ainsi ils rapprochèrent , par une fiction charmante y la volupté et la sagesse dans le temple des Muses (a).
REMARQUE
(a) Je ne vois, dit Montaigne, aucunes dëitésqui s'adviennent mieux, ni qui s'entredoi vent plus. Qui ôtera aux Muses les imaginations amoureuses , leur dérobera le plus bel entretien qu'ellies aient , et la plus noble matiëre de leur ouvrage;
MYTHOLOGIE COMPARÉE
Avertissement Pour éviter des subdivisions qui pourraient fatiguer Fattention du lecteur, on prévient que dans les notes on a réuni, sous le titre de MYTHOLOGIE COMPARÉE, tout ce qui est relatif à là fable y au culte et aux rites des différentes religions.
(a) A Fexemple des juifs et des païens, qui ne parlaient que de sacrifices ^ les chrétiens donnèrent à la cène le titre de sacrifice y et à la table le nom d\autel (i).
AUTORITÉS
— Foliaire^ Dictionnaire philosophique, — Hésiode y cornwnentè par Tzetzès^ théog,\. 120. — Platon y banq. dial^
— Plutarque , sur V Amour. — Sapho, Anacréon* Horace. Ovide , poctœ passim. Antiquité expliquée , /. ly p. 36.
— Gaierie de Florence, Pierres gravées. Mémoires de VAc. des inscr, , t, i , p,'j5'yt, m , p. i^; t, xvi , p, 38 ; I. XVIII , p, 2, 33..'— (i) Histoire des Cérém, et des Superst, , p» 4^.
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FÊTES DE l'amour;. 109
Pisistrate (1), Tamant de Carinus , éleva à Copidon une statue au milieu de Tacadémie , et dans la course des flambeauic, cest à celui du dieu qu'ils s'allument (a).
On célébrait, avec la plus grande pompe, chez les Théspiens , et au pied du mont Hélicon, les fêtes de l'Amour et des Muses (2).
Les fêtes de l'Amour étaient aussi magnifiques que les fêtes de Minerve à Athènes (3), ou du Soleil à Rhodes ; elles étaient plus touchantes. Gomme dans celles-ci, on y admirait la solennité des jeux, l'adresse et la force des lutteurs, la grâce et la séduction des talens :
REMARQUES
et qui fera perdre a T Amour la communication et service de la pDésie, Taffaiblira de ses- meilleures armes (4)'
(a) Selon d'autres auteurs, cefutCharmus, l'amant d'Hippias , qui plaça dans racadémie la statue de TAmour, avec une inscription qui ne vaut pas celle où Voltaire a mis plus de sens que de poésie, et dont le tour appartient au célèbre Jean de Meun :
Qai qnt tu sois, voici Ion nuttrei Il Test, le fat, on le doit être.
AUTORITÉS
(1) Plut, in SoL — (a) ScoL de Pind, , olymp, od, 7. (3) Meurs, Fa&old. Cast, de/esL Gr. Id. Polier.—{/^) EsstUs , MU, ^,98.
IIO UV. I. LA CREATIOK.
^.^oxi^ couronnait tour à tour des athlètes ^ des
/7a/t,Af ,
ifiM/riir t/a/i^a/tt/a U^t/rrAè^t^e t^/'/ktirtin/t/e^ àfta\r</t'^/»pce . ^i^fcA^^e'n./Y.Oi^.T i*f
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TBt REW TORf FDBUCUBRAHT
MIOtt,tMmêXtMO
FÊT£j^ BB r' amour; III
accompagnée de son fils : mais sa douleur auguste, mais sa candeur touchante donnaiea| à sa beauté un caractère inconnu à Téuiis elle-mêflie.
Tous les Grecs s^murent à son aspect : le jeune D3rphile pâlit et rougit.
Cependant, arrivée aux pieds de Tantel; Cydippe y attacha une guirlande de violettes; et élevant dans ses bras son enfant à la haiH teur de la statue du dieu : « Amour , dit-elle ^ toi qui égales mes tourmens à tes premiers bienfaits ; toi que ma docile )eunesse , longtemps enivrée de tes plaisirs , adora avçc un cœur simple et pur ; toi qui me montras ton image dans un seul mortel , reçois cet enfant né sous tes auspices, et qui fut long-temps pour moi le gage d'un bonheur trop fugitif: Amour, je le voue à ton culte, tu présidas à sa naissance , préside aujourd'hui à sa destinée! Puisse -t -il être plus heureux que sa mère!.... »
Dyphiîe voulut parler, et la parole expira snrses lèvres; il voulut s'élancer, et ses genoux tremblans chancelèrent ; il tomba sans connaissance et sans mouvement entre les bras de ses amis.
Le grand-prêlte s'avança, et plaça sur la tête de l'enfant une couronne de roses.
Gydippe versa des larmes ; et s^ adressant alors à Timage desTMuses : « Et vous déesses, vous qui révélez aux faibles mortels le langage des dieux , vous qui répandez sur les discours de ceux que vous chérissez un charme inexprimable et invincible , ah ! je ne viens pas vous demander d'augmenter ou de diminuer mon amour , et de faire descendre dans mon
cœur une consolation que je fuis Je ne veux
ni ne puis cesser de souffrir; je viens vous dire : Eclairez mon esprit qui s'ignora et qui
n'a jamais cherché à plaire Tout mon art
est d'aimer.... Daignez , ô déesses , me combler de vos dons. Prêtez-moi cet ascendant qui subjugue les cœurs rebelles ; prêtez à ma douleur l'éloquence , non du reproche, mais de la plainte. .. Je cherche un nouvel attrait pour en essayer le pouvoir ; parez mon esprit de vos fleurs; et que leur parfum attire à vos autels l'ingrat qui me sera toujours cher. Consacrée à votre culte, je veillerai sur mon fils; que cette jeune plante croisse et s'élève à l'ombre de votre sanctuaire ; remplissez de lumières cette âme que l'Amour remplira de sentimens. »
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MUSIQUE 1)K Mlilll L .
Juifitnti'
(('ritv,' /'.w At,-/i.'Hi/Hi' .)
• V' - - ^ftT - /ton ■ tt ittt.v ra tfon^ J'im h^uui ^ /our
Ses larmes coulèrent de nouireau : après un instant de silence, elle dëtacha^ une' lyre d'or suspendue à un laurier qui croît auprèls de la statue des Muses : les prêtresses étaient rangées en cercle autour d^elle. Sa^ pMntef commence:
cttAiiïT D^ÀXoca m vs DouiiSfca;
Comme une fleur, de Zëpliir caressée, SVpanouit aux rayons d'un beau jour; Telle s'oUTFait ma crédule peïisëe Au soufBe pur dW innocent amoAir*.
Je yis Tobjet que je songeaist attendre; Il vint, régna sur mon cœur éperdu.
Il a $ouri« • • Mon âme a cru Fentendre. Il va parler ! . • • . j'ai déjà réponAr.
Il attesta , tronipèurl mes ùàbiB» cfaarmeg^ Mes jeux , ma bouche , enflammés dç déair ^ Je souriais en répandant des larmes, lyre à la fois de trouble et de plaisir*
A nos Phrjnés prodiguant le parjure , Un vain caprice égare au loin son cœur : Il n'entend plus la voix de la nature ; Il fiât ma flamme et trahit son bonbaui^
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ïï4 UV. î. I.A CRÉATION.
De sa tendresse un fik était le gage ; Avec mon fils, Fiiîgrat fut mon trësor; Je Fattendaîs chaque soir sous Tombrage : 11 ne vient plus, et je l'attends encor.
CepeniJantDyphile s'est ranimé auxaccens de cette voix toucha^nte : il s'émeut ; son fib qui l'aperçoit, l'appelle et lui tend les bras: Dyphile a volé dam ceux de Cydippe. Son^
repentir a tout expié Il invoquait son
pardon : Cydippe lui présente et sa main et son fils.
D'autres groupes leur succédèrent.
Eurydice supplia le dieu de lui enseigner un nouveau moyen de plaire au sensible Théagène. Le dieu lui répondit : « Sacrifie aux Grâces modestes et simples. »
Nise venait d'embrasser leurs autels ; en touchant ceux de l'Amour , elle crut prendre un nouvel être : elle acquittes attraits de la volupté sans perdre les charmes de l'innocence.
Arsinoé descendit de son char. Sa robe était de pourpre et rehaussée de perles ; l'or et les feux des pierres précieuses étincelaient sur sa tête. L'Amour allait rejeter son offrande ; cependant il eut pitié de la superbe Arsinoé :.il lui montra le tableau où Paris présente la
FETES BS l'amour.' tl5
pomme à la beauté; le berger foule aux pieds les richesses de l'orgueilleuse Junon ; il tombe aux genoux de l'aimable Vénus , qui li'êst parée que de sa longue chevelure.
Ârsinoé l'enteadit : depuis ce jour, on la voit briller dans les fêtes avec une tunique simple^ mais d'une blancheur éclatante ; avec une guirlande de violettes , qui serpente négligemment sur ses blonds cheveux.
L'efféminé Atys parut à son tour. Son sexe semblait indécis. Ses vœux étaient d'unhomme ; sa parure et ^es discours étaient d'une femme. Ses sourcils et ses joues avaient, emprunté un éclat artificiel. Sa déniarche ressemblait à l'ivresse languissante d'Erigone , et ses yeux , mourons et chargés d'une expression affectée y s'ouvraient avec peine à la clarté du jour. Il balbutiait, d'une voix faible et^ entrecoupée, quelques miots sans suite et sans valeur.
Dans ce moment, un bruit de trompettes annonça les athlètes qui revenaient vainqueurs. Le laurier ombrageait leurs fronts couverts d'une sueur généreuse. L'élite des beautés de la Grèce leur présentait des palmes : Atys rougit ; il sjb ressouvint d'Alcibiade ; et, après avoir imité la moHesse de ce grand homme ,'
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Il6 Lï'V. I. LA CRKATION.
lise pr(*poSa d'imiter sa maignatiimitc : TAmoùr Sourit.
« Ah! j'ai cessé deplaiiré, s'écriait amèrement Leucolhoé. » Le dieu lui répondit : « Vous avez cessé de vous occuper àe plaire ; il faii* phis^ dfe soins pour consenrer sa conqaête que pour l'obtenir. Les soins fixent les grâces, les soins font même oublier les années. »
« 6rand Dieu! disait Aldmédon, un sombre nuage s'est répandu sur liia tie ; une mélancolie {profonde altère mon humefur et me refld odieux aux autres et à moi-même. — — Alcimédo«, âirtiez. -^ îflon cœur â'aime plus. — Loin de mon sanctuaire, pTofaiie! » lï s'éloignait. La jeune Lygdàriié Tenait dé placer des rosés^ sur l'autel du dieu. Le distrait Alcimédon s'embarrassa dans ses guirlancies ; Lygdail^, en souriant^ ks réplid trois fois autour du sage. Il letâ alôris ses yéUx vérs^la nymphe : il recoclhut celle qni rejeta ses pretniéris soupirs ; ses soupirs s'éèhâppèi^ent de ftoupiréau et !e trahirent. Cependant là folâtre Lygdâmé Tarait ramené , chargé de ces chaînes de 8eurs , jusqu'aux piedé des autels ; éllem^me Ue croyait suitre qu*un facile caprice :
1*£I£S DE l'AMLOTJR. « 1 7
«lie obéissait à, upsentimentiinppriipV^. Alors ^ par un échange charmant, Alçime^QR eut^ partage le sourire 4e J^yg^affiié , qt Jyygdaw emprunta la rêy^rie d'AlcipjLçdQp.
Sans cesse une foule .n,(M|velle ^ssiége^ le^ portiques. L'An»oi*f , tojujo^rs indvlg^llt , parrdonnait aux volages et aux ,cp^uelte^. Il le$ avait punis par lexualheur, il les ramenait par la douce ^t facile iudjLi:l|^nce. Mais ^ s!il excusait la faiLlestse, il était ine:çprîibjl^ envers celui qui se jouait du parjure , envers çeUç^ qui se plaisaient à outragier la tendresse : il dévouait aux furips et les cœurs îu-ides ejt glacés qui ne se sont jamais ouverts ,an gentiment , qui 6e livrent à prix d'or , qui pirofan^nt les caresses de la volupté , et ceux qui mettent leur prgvieil à séduire des êtres faibles qu'ils abandoniiient au malhieur et au mépris. , et celles qui se donnent sian&ivr^se etpa^nn froi4 <^al.cu.L
Le dieu déchaînait sur leurs pas l'enniji , l'ennui vengeur ; leur cœur , toujours vide , s'îigiiait dans un néant affceu^. Sen^^lciS. îiux fantômes du delicp on de 1a nuit , des im«ag^ fantastiques erraient î^ans ce^e autp^;^|d,e4e^r iniagination enflammée; les malheureux s'êlançaient à la pour^^uitç dç ces tr4sQrs îxuagi-
It8 LIV. I. LA CRÉATION.
naires , et retombaient dans un désert où tout fuyait devant eux. Ils restaient seuls devant eux-mêmes', dans toute leur nudité ^ dans toute leur faiblesse , sans parens , sans amis : on ne les plaignait pas. De quel droit , après avoir foulé aux pieds la sensibilité, l'auraient -ils invoquée pour çux?
Ils s'apercevaient alors combien ils s'étaient trompés. Ilsrontemplaient d'un œil jaloux ces êtres heureux et simples que la nature et l'amour ont comblés de leurs bienfaits : il les voyaient puiser dans cette source vivifiante une existence toujours nouvelle , toujours embellie par des charmes renaissans.
Us les voyaient étendre autour d'eux le bonheur, et accroître leur félicité par celle des autres, prévenir le vœu ou la plainte d'un ami, sécher les larmes de l'infortune , ou faire couler celles du sentiment; car le véritable amour est le père de toutes les affections généreuses.
Us les voyaient revivre dans les enfans qui resserraient leurs nœuds, et qui occupaient et charmaient leurs derniers instans ; ils voyaient , et ils sentaient que ces jouissances ineffables ne pouva(ient plus pénétrer dan^
. FÊTES DE L^ÀMOUR; 1^9
leur âme flétrie et desséchée : ils çontemplaîisiit ce bonheur , comme les fantômes errans sur les rives désolées du Tàrtare envient celui des ombrés qui reposent dans, les bosquets (ie l'Elysée. .
La solennité de ces fêtes revenait tous les cinq ans.
On voit à Samos (i) 1H1 gymnase dédié à l'Amour; sa fête est unie à cellede la Liberté (o) de la Grèce ; c'est de ce dieu qu'Athènes l'a obtenue.
En effet , c'est l'Amour qui entretient le» liens de la paix et des traités entre les naticms.; c'est l'Amour qui conserve les cités; c'est à l'Amour que sacrifient, avant le combat , les Cretois et les Lacédémoniens qui confondent sa flamme, avec celle de l'hérpisme ; c'est l'Amour (2) qui précipite dans les sentiers de la gloire le bataillon sacré des Thébains. De là cette fable ingénieuse , qui fait naître
REMARQUE
(a) Voyez ci-après Eleuiherles^ Eratidies^ en mëraoire dé l'afifranchisseinent d'Athènes par Thrasybule.
AUTORITÉS
(i) Erxias. Muson.de lux. Gr.— (a) Plui. Fie de Pèlûgu
■^fîIO LTV. 1. LA CBÉATION.
^harmonie (n) des amours de Mars et de Venus. . ,
A Elis (ï), dans le temple de Neptune,
^r Amour ouvre ses ' bras ^ 'Vénus ' qui vient de
naître au sein des flots , et sur la tête de
Uac^eDeiPaytho y ou la déesse de lapersuasion ^
balance une couronne.
liPartottt la statueidé TAmour s'élè^ve à côlé (dexellede-laiBeauté.
La^Beauté , selon ies Phâasëiens , fit^ naître le Désir et l'Amour (6).
L^ Amour, selon .Hésiode (2i), est Fâme et Je créateur du monde.
C'est y dit Qrpliee (3) , le ^fils ,du Temps.
lie îsystème égyptien (4) »et r-allégorie ^grecque (5) admettent i deux Amours (a) (c),
aEMlàilQf/ES. '
(a) Harmonie 'était la déesse tutélaine de Tliëbes.
(b) Pothos et Eros.
(c) Éros ët'Antéros : leuFS amtels sont'ordmaifement •|»Iacés ensemble.
MYTHOLOGIE COMPA^JlÉE.
(a) Les Indiens honoraient F Amour, tantdt sous le;
AUTORITÉS
(i) Pausan.'-{2) T/iéôg. o. lac— (3) ^^TyTn/i. — (4) Plutarq. trot, — (5) Plàtrm , pass. 'Sapho , h^mn. 'Cic. , de