SECTION P". FÊTES DU FEV
SECTION II. FIATES DE LA LOMlÈaE.
S^.CTION PREMÏÉïŒ!
FÊTES DU FEU (a).
]^1iaJ>to8 o ton thedîi patér (i).
Fuicain est le père du dùmx.
Types égyptiens perfectionnés par les Grecs, —î Origine et effets du feu. — Culte qu'on lui a rendu. -^ Course des flambeaux.
Cons^ersation mire un praire égyptien et le % sage Menéclidès.
Le philosophe d'Athènes errait depuis longr temps dans les souterrains de la grande pyra-r
E£MâRQU£.
(a) Les Indiens instruisirent les Egyptien», les Egyptiens instruisirent les Juife, les Grecs, les Ropisdos, les Chrétiens. De là le rapprochenMnt de leur culte. Çon^ërfez «insi le lamisme avec le catholicisme , et les différentes cérémonies rdigieuses. {K Caaaimmle «eterum ritibus^ p^r a<-9SaSâ,«i6.) AUTORITÉ.
(i) Trad, grecg. de l'inscription du grand obélisque égjrp^ tien transporté à Rome par les soins de Sixie-'Quint.
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l3a UY. I. LA' CREATION.
mide. Après vu long sile^ice mêlé d^étonnementetd^efiroi, il se retourna vers FHiérophante qui lui servait de guide^ et lui dit :
MENÉCLIDES.
Nous avons embelli vos graves allégories. Les Egyptiens ont consacré , dans un langage savant etmystérieux, les résultais d*une science ou plutôt d^une observation profonde. Les Grecs vous admirent , mais vous comprennent peu. Vos £gures grossières et sans art , ces ébauches informes du ciseau , où lés sexes , les contours et les extrémités sont à peine indiqués (i)V ces monstres, ce» pahthées , ces attributs bizarres de vos divinités au «corps dlionmie, à la tête d^Anubis, ont effrayé le got^t délicat de nos. Ali^éniens. Ils ont poli vos monumens ", à ces lign^ droites , monotones et sans expression variée , ils ont substitué des contours ondoyans : le mouvenient a succédé :à leur roideur, la grâce à leur âpreté. Alors , revêtue de dignité et d^élégance ^ la figure dès dieux a commandé F hommage.
■ ■■ '■ ■■■ ■» .'lU ■■■■■ ■ ■ fc .
AUTORITÉS, (i) tFinkdmann. Çttflus. Montfaucùiu
FÂTES DU FKU. .l33
LE PBETRE.
C^est-à*dire que vous avez altéré la valeur des signes , en les frappant au coin de Timagination. Nos signes notaient point, comme , votre statuaire , une imitation matérielle ; ces signes étaient un langage composé de formules qui avaient un exact rapport avec tous ceux de Tobjet que nous voulions définir.
Il y a donc , entre votre manière d'exprimer et la nôtre , cette différence qui existe entre la définition complète de toutes les faces sensibles et rationnelles d'un objet, et la peinture incomplète de quelques unes de &es faces superficielles.
• Votre statue n'est qu'une statue , elle ne dit qu'un mot ; mais notre emblème est une phrase , est un discours. Pesez maintenant . l'acquisition de l'art. En donnant plus aux yeux j il a donné moins à l'esprit.
MENEGLIPÈS.
Les avantages de l'écriture alphabétique ont détruit ceux de votre écriture hiéroglyphique : tandis que cette découverte répandait les bienfaits de la pensée et delà ;r^spn , l'imagination s'emparait des arts comme de signes sensibles , à l'aide desquels on pouvait
l3& LIY. I. LA CBBATIOK.
est dans ^a main. Un aigle déplqie ses ailés sous ses pieds.
Près de lai est lé plus parfait des dieux y Apollon , dont les fprmes brillantes et empruntées deVadplescence, étincellept comme réclat naissait des beaux jour^.qu^il dispense. Il s'arme tour à tour de la lyre harmonîeiise^ ou d'un arc teiTi)ble. Tantôt il, préside au milieu du chœur des Muses , qui répètent $es chants immortels ; tantôt il s'élance dans les cieux sur un char enflammé et traîné par quatre coursiers , qid font un pas et touchent aux bornes du monde ; les Heures forment un cercle autour de lui , et l'escortent en dansant ; l'Aurore le précède , en répandant des larmes et des roses ; Phébé le suit d'un pas inégal : pâle souveraine des nuits , elle verse la mélancolie et le demi-jour de la rêverie sur la NatiA'e qui repose en silence.
Remontons dans l'Olympe , et assistons au banquet des dieux. La jeunesse, sous les traits d'Hébé, leur verse le nectar ; Vénus les enivre 4'un sourire et de ces baisers qu'envient les hommes et lès immortels ; Vénus qu'accompagnent toujours le^lésirel les grâces , Vénus dontla ceinture renferme les attraits dëcevatis^
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FiTES DU FETT. . iSy
lés désirs enflammés , les plaisirs folâtres, les discours sëduisans et furti& , les ruses innocentes , et les caprices charmans
LE PRâTRE.
Je reconnais ici T Athénien , dont l'adolescence a sacrifié aux Muses et à Vénus.
MENEGLIDES.
Mes cheveux blanchis ne les effraient point, et elles daignent me sourire encore.
UE PRÂTRE.
Ainsi le sage.........
MENECLIDÈS.
Le fou est le véritable sage. L'homme est naturellement avide de plaisirs : il faut que , par les soiqs du législateur , il les trouve ras* semblés en foule autour de lui ; il en aimera mieux la patrie qui les lui donne , et , dans l'occasion, il saura mieux la défendre. Votre religion fait de l'homme un être faible et triste ; la mienne en fait un être aimable ^ plein de grâce et de courage. Tel est TAthénien.
LE PRETRE
Je VOUS rai dit ^ Ménéclidès , vous êtes des
l38 LIV, I. LA CRÉATION.
enfans : les enfans sont toujours aiinaj[>lés. Je H^entreprendrai point ici d^examiner les prin^ cipes et les résultats de TOtre constitution po-^ litique ; elle chancelle , et vous-même vous survivrez peut-être à votre ouvrage. Je ne défendrai y contre votre éloquence , que le système de nos fables. Vous prétendez que vous les avez embellies , et moi , j^assure que "vous les avez dégradées. Votre Vénus n'est qu^une courtisane : notre Isis était l'emblème sacré de la nature (a) ; nous avons jeté un voile pudique sur son front.
Par exemple , Thymen de Vénus et de Vulcain était une allégorie physique et exacte : nous avions voulu exprimer l'action du feu téleste t qui pénètre et anime le sein humide de la terre féconde. Ici , Vénus est Temblème de la nature ; Vulcain est celui du feu créa* leur (b). Vous avez substitué à cette belle allé-*
MYTHOLOGIE COMPAEÉE.
(a) Laidoy Vàias des Slavoiis, ëtait adorée à Kiew« puua , risis et la Cybèle des Chinois.
(b) ^gni^ dieu du feu chez les Indiens. Viswacarman ^ id»
QuryMPTi i)iqmi{:hmsj id. cbefc les Phémmeos,
FÊTES DU' FEU. t39
gorîc une fable inepte. Vulcaîn, selon tous ^ n'est plus que lé dieu dés forgerons ; il pré*^ pare, au fond des rolcans , les foudres (a) de Jupiter : laid ^ boiteux (ô) , il deTiènt le ri-« dicule mari de la plus belle et dé la plt» infidèle dés femmes^
]MI£N£CLIB£S.
Vous piquez ma curiosité , et je désirerais connaîire les bases dé Totre théorie sur le culte du feu. Achevez d'écarter le bandeau qui couvre mes yeux ; je suis venu de la terre des illusions dail's celle de la vérité , je la cherche en la redoutant.
Le prêtre sourit ; et après avoir fait y avec Ménéclidès , quelqùeà pas en silence , il le fit
REMARQUES
(a) Vulcain, ou le dieu du jfeu , est alors le soleil d'dtc, ou de la saison des erages.
(6) A cette époque, 4! est le soleil dlitAèmiie^ temps d'iàne fécondité trop fugitive , et où la maixlie des jours est inégale. C'est alors que le dieu prend le nom de Kulfopodion, boi* uni d'un pied.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
Amanus ou Omanus^ ches les Perses.
XMst^cukii^ au Mexique.
Nffptm Tirounal^ fête du feu chez les Indiens,
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l4o LIV.,I. LA CREATION.
asseoir près de liu, sur une large pierre qui servait de base à la statue de Knèf. Une lampe ^gid>re édairait Ventrée du souterrain , dont ils.aYdient franchi les^ premières profondeurs. Ce fut à cette mystérieuse olarté , et * après s^étre recueilli un instant , que le pontife continua en ces termes :
LE PRETRE
' La flamme éthérée fut , selon les anciens , philosophes (i) , le principe des êtres et râmè dir monde (a).
. Tout dormait dans la nuit du chaos ; une étincelle brilla (2) à sa surface, et la nature s'anima.
Le .feu existe et pénètre dans tous les corps (3), c'est lui qui leur imprime la forme, la couleur ; le mouvement.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Znits'chj feusacr^ et . inextinguiUle des Slavons,
AUTORITÉS
{ï)'^Sancfioniaion. Hermès. Zoroastre. Diodore , cJu viil. Aristote, Pythiigore, Heraclite. Hippetsus de Métapont. Plw targue de pletc, ph. Stobée^ éd. ph. l. i , ich, xiil. Diogène Laërce,^ /. \if , pag, 619. Varron^ orig. L \Uî , ch, vi. — (2) Poésies orphiques. — {3) ProCÎus in Tîfn, Pline , /* U , eh. cvii.
Bans notre langue , la flamme est le synonyme de la vie , qja^on lui attribue et qu^omlui compare^ r
Le feu. naît et s^alimente de lui -.même. Etemel dans le sein et sur le firont deSiastres^ roi de Tunivers , il semble conteihpler comme un dieu puissant, et du haut d^un troue.; rimmeusité de Tespace , qu^il remplij: de tor-f rens de vie et de clarté : le monde est.uu Tast|e théâtre de sa puissance, où la matièrequ^il colore et qu^il échauffe subit des métamorphoses sans nombre, qui ne doivent s!éteiiidre que dans lui : car , semblable au temps, la flamme céleste dévorç ses pr<^res trustions : • cet univers est menacé de périr (i) dans les feux qui Font animé.
Non->eulement on dut au feu to.us les phér nomènes de l'organisation et de la vie , mais encore tous les moyens d'existence.
Le feu fîit l'occasion qui réunit les premiers hommes (2) en société. Detous*les animaux ; rhomme est le seul (3) qui sache faire usage
AUTORITÉS
(i) Fers sibyllins. Ovid. métam. /. i , Ji§. IX. Sénè^ue^ lucain, Lucrèce, — (a) Vitruve. — (3) S, Fient, . )
l4t I.IV- 1. LA CREATION. ^
du feu lorsque le législateur voulut séparer à {araais de la société un membre coupable, il lui fit interdire le feu et Teau (a) , ces principes de la vie ; et cette peine équivalait à une sentence de mort.
Soit donc que Ton considère le feu comme }a substance de Téther et des astres, aux phé- Romène^ desquels se lient ceux des saisons , qui rendent la terre habitable et fertile ; soit qu- pn examine sa brillante émanation , le feu élémentaire qui se retrouve dans tout et par* tout , dont Tanalogie avec la vie est si marquée que la présence de sa chaleur en forme le ca- * raclère, de la m^ipe manière que son absence ou le froid établit, celui de la mort; soit qu^on ne regarde, dans les bienfaits de cet agent universel , que ceux qui sont journaliers et qui
REMARQUE
(a) Deux principes, dit Yàrron , concourent » former touis les êtres ; le feu , qui , comme le mâle, anime le germe , et if^aa . qui , semblable à la femell^ , le développe et le nourrit. C'est ce que les anciens ont voulu désigner, en feignant que Tenus était sortie des eaux. De Ik cet hymen mystérieux de Vénus'et de Yulcain (i)..
AUTORITÉ
(i) Polyih, anal.
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se rapportent à la conservation de la société qu'il a créée , tout justifie Funiversalifé de son culte.
Tous les peuples ont adoré H feu: ses temr pies s'éljevèreatsqr les montagnes da Perse (i) et dani^ les profpn^urs des forêts qui s'éten-* dent au-delà d'un Océan inconnu (2). Ce n^est pas seulement sur les pyrées de Tlndostan (3), et sur les trépieds de Delphes etd'Albènes(4)v dans les sanctuaires d'I$is(5)^et dans les pagodes de rinde , qu'il brille d'un éclat éternel ; il se répand jusque dans les antres et sous les rochers -des peuples du Nord (6).
En Orient , des mages veillent sur le feu sacré ; en Occident , il est confié . à des vierges.
C'est pour en éterniser l'image et le culte , que nous avons dressé des colonnes, et (7) élevé des obélisques et des pyramides.
AUTORITÉ;S. (i) Hyd, de rel, Pers. Zend-Avesta^ t. i , /?^ 2, 86^ À^" «fuel. Monianens du culte mithriaque. — (2) Cœs. de Morib. Germ. Peloutier. — (3) ffyde. — (4) Eusthat. Iliad. /. Vï. Xenoph, de rep, Laced. ch, xiii. — (5) Dhàore, Busèbe , prép, iv,l,iy eh, VI , IX , XI. — (6) Clem. inprotrepL Herod, /. IV. ch. cxxvil. — (7) J>e, PcMf*
ï44 ^^^' ï- ^^ CREATION.
MENECLIBSS.
C'est pour retracer le mouvement et la circulation éternelle de ce principe de la rie, que les Grecs instituèrent la course aux flambeaux qui a lieu dans la fêté de Vulcain , dans celle de Prométhée , et dans les solennités de Minerve (a) (a).
LÎE PRÊTRE.
Selon les dogmes égyptiens (6), Vulcain est le feu j et Minerve est la lumière.
MENECLIDES.
On choisit pour le théâtre de la course un
REMARQUES
(a) Latnpas Lampado - phoricd , Lampado - éromicos , Dadis , HepheUsteia , Prometheia , Kalkeia ( fête commune avec Minerve ); Inunia ( Mystères a Lemnos (i).
(b) Dans la théologie égyptienne , Vulcain est le premier des dieux et 6es rois. Le soleil est sob fils (a).
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Hannca , Chandeleur des Juifs.
Fêles des Lanternes , la plus solennelle des Chinois.
La Chandeleur des Chrétiens.
AUTORITÉS, (i) Jndocid. orat» in aie* Arien. Mn. facL pol, ch, xvii. * hœ. inscr, pel, Xenoph. Polhix^ l, VIU , cA, IX.— (») ^<y» Dio4*ch.yiii^p.iS^ . ,
tÈTSS DU MU. î45
ïîeu élevé et hors de la ville, le Céramique (i)^ o\^se tient Tacadémie ; dSuas les Panathénées, la scène se passe au Pyrée (2).
Dans le Céramique «'élèvent les statues de Prométhée (3) et de Yulcain. Prométhée s'offre le premier ^ôus les traits d'un vieillard; il tient un sceptre dans sa main : Yulcain le suit : tous ses traits ont Téclat d'une jeunesse étemelle,
LE PRÊTRE
Symboles du soleil , qui meurt pour renaître,
MENECLIDBIS.
On y voit aussi l'image de T Amour (4). On confond ainsi les symboles, on rapproche les divinités qui président à la flamme et à lavîe>
LE PtlÊlTRË.
Vous sacrifiez aux génies du feu et de» la lumière (a) , à l'harmonie universelle.
— III I ri - ^ ' • ■ - - ■- — ■ ^- ■^..-. — ■ — .
MYTHOLOGIE COMPA^Rifi.
(a) Scoa^ha' , femme àiAgni^ dieu du feù diei les In- ^ens; la Vesta des Bomains*
ikU^ORITÉS.
(i) Fausan. dk. -. (a) P/oto»— (3) Pmssm. *- (4) ««*,.
l4ê LÏV. I. LA création' MENECLIDBS.
C'est-à*dipe à Vulcain , à Minerve (i)' et à Pan (2). Les flambeaox s^aUument à celui de Promcthée *ôii de l'Amour. La course commehce. On doit faire circuler de main en main les flambeaux, sans les éteindre et sans interrompre là course.
De 1^ cette belle image d'un poëte : led âges se succèdent , les générations se renouvellent et se transmettent , en courant (a), le flambeau de là vie.
Dans cette fête , les concurrens sont à pied : on les vit , dans les Panathénées , monter sur des chevaux (3).
On frappe du plat de la main Tathlètç qui reste* en arrière ; on le pousse en riant (4) : le vainqueur reçoit le nom de lanipado-
aEMÀRQUE.
(a) Inque brevi spatio mutantur secla animantum , Et quasi cursôres vitaï lampada tradunt(5).
AUTORITÉS
(i) Scot, Arisl, in raft* HatpocraUon. Hérodote \ L vill. Tliemistius\ decL th, — (3) Libanius, decL xv. Hérodote U yi. JfnaUap. t^oL.Sepfh QSdip. co^.— (3) PkUon de rep^ (4) Hésych, ScoL Arist. ctd ran.—{5) Lucret,
F£T£$ DU FEU, ï^y
phore. Des officiers. puLUcs président aux jeux : il en est un suprême qui prend le ^om dero/(i).
LE PRÂTRE.
0 Ménéclidès ! ainsi les jours se succèdent et se poussent comme des flots ; ainsi le dieu qui les dispense règne seul au milieu du peuple des astres. Convenez que cette allégorie , qui renferme quelques traits du grand tableaudë la nature « est préférable au roman scanda-^ leux qui fait de Tautel des dieux mêmes le piédestal de la licence; à ces fictions qui importunent la raison y et qui blessent la morale.
MENECLIjbES^
La morale ne consiste pas dans une perfection à laquelle l'homme ne peut atteindre. Soyons indulgens pour les faiblesses ; à l'exemple des dieux , que la philosophie des-, cende jusqu'aux hommes , pour les éliever jusqu'à elle. Ne cherchons pas le meilleur ; contentons-nous de ce qui convient.
AUTORITÉ
(i) M»Uux , U vm ych. IX, S' 3«
lO.
l48 LIV. ï. LA CBIÎATION.
^Ma philosophie est , comme ma législation , accommodée à la nature des choses : je place dans les milieux le bonheur et la vertu. Je fais une grande part aux défauts ; ils sont inévitables : il ne faut aux trois quarts des humains qu'un demi-jour ; leurs yeux ne peurraient supporter une lumière plus vive.
Sage pontife , je ne révélerai cette explica^on qu'à ceux qui sont dignes de la recevoir. La multitude n'obéit qu'à ses passions ; il faut lui parler son langage pour en être entendu.
L'imagination des poètes gouvernera les peuples plus long-temps que la raison dés philosophes.
JLB PRÊTRE.
yous revenez à vos hodiets.
MENEGLIDÈS.
Il est plus facile de jouer avec ces hochets que de les briser.
La nuit s'était prolongée dans cet entretien : déjà la flamme livide de la lampe suspendue à l'entrée du souterrain, ne donnait plus qu^un jour douteux , et semblable aux mélancoliques rayons d'Hécate, ensevelie sous les nuages qui roulent autour de soMchar
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pendant une nuit orageuse ; dcjà se faisait entendre , dans un obscur lointain, le bruit des pas des ministres subalternes qui doivent , à la troisième heure de la nuit , interrompre le calme de ces retraites profondes par des chants religieux (a) ; déjà Ton pouvait apercevoir leurs robes longues et flottantes, formées d'un lin éblouissant : à la blancheur de ces vétemèns , à leur démarche lente et mystérieuse , on aurait pu les prendre pour ces^ fantômes qu^une imagination poétique ou malade fait planer autour des «tombeaux.
L'hiérophante de Memphis et le philosophe d'Athènes se levèrent, et sortirent en silence.
MYTHOI4OGIE COM? AltÉ£« (a) Rite cathoUqae. Tierce des. moii)e$«
l5o LIV. I. LA CRÉATIOîî.
Élévation du flambeau céleste. — Digression nécessaire sur Osiris et Isis. Division des deux principes.
^ L'univers, à sa présence,
' Semble sortir du liéant (a) ;
Il |)rend sa course , il s'ayance . Gomniç un superbe géant.
J. B. RousSEÀtr.
Suite de ia comersation mtre le philosophe et Vhiérophante de Memphis.
XiES prêtres venaient d^ annoncer au peuple de l'Egypte l'époque de l'équinoxe du printemps. Je ne peindrai point les cérémonies de cette fête et l'ivresse universelle; je me hâte de fixer votre attention sur un des plus brillans prestiges du génie de Tantiquité.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
Ça) Les Syriens adorèrent le soleil dans leur Elagabaie;
les Gaulois dans leur Abellion-, les Cretois dans lenrAbé-
lias; les Lapons dans leur Baï%fa ou Bey(ve; les Sëphar-
vaims dans leur Aça; les Chrétiens dans leur Christ ^ eto.
FSTES DU FEU. / l5t
Une foule immense , devant laquelle se développait le cortège sacré, remplissait de ses flots tumultueux, de sa joie et de ses chants , les plaines qui s^étendent aux pieds de la grande pyramide. Vers le. milieu du jour, le phénomène eut lieu ; un grand cri perça les airs. Osiris est de retour, il brille : il s'arrête pour contempler son empire : « Arrête, ô Dieu puissant! et dans quels lieux serais- tu donc honoré d'un culte plus pur ! Arrête, et jouis au moins de notre reconnaissance et de tes bienfaits ! » Tel était le sens de l'hymne religieux que mille bquches faisaient retentir dans les airs au bruit des sistres sacrés et des harpes harmonieuses : les prêtres élevèrent les mains , et le peuple se prosterna.
En effet, étincelantau milieu de sa course , et semblable à un triomphateur, dont le char , au centre de la pompe , se ralentit majestueusement, le soleil passait à midi sur le sommet de la pyramide (i) : son disque , pendant
AUTORITÉ
(i) "Vid. Anirji^. MarcelHn. Solin, Cassiodore» De Paw e$ Dupuis ; et la note (D) à la fin.
l52 tiIV. I. LA CRÉATION.
quelques instans , placé comme un piédestal ; paraissait s^y reposer aux yeux des adorateurs. Ménéclidès admira ce phénomène ; et lorsque la cérémonie fut terminée , il accompagna le prêtre dans Tîntérieur; et s'étant assis avec lui près du tombeau d'Osiris , ils reprirent , en ces termes, leur conversation :
MENECLIDES.
Ainsi, ces. constructions , que f avais regar* dées comme bizarres dans leurs formes , comme extraordinaires, non moins par le goût que par leur dimension., enfin, comme des prodiges de patience plutôt que de génie ; ces tombeaux immenses où dorment des reliques (a) sacrées , les pyramides ont été érigées d'après des
MYTHOLOGIE COMPAEÉE.
(a) Vers l'an 35o, les Chrétiens d'Egypte gardaient les corps morts des gens pieux et des martyrs , les portaient chez eux , les tenaient sur des petits lits de parade , etcw, l^u lieu de les enterrer.
L'usage des embaumemens amena sans doute cette superstition, et la vénération des retttjues en Orient et en Occident (i),
AUTORITÉ
(i) Hist. ées Cérém. ei des &ipersU ^ p,Si^
FETES DU FEU. l53
calculs savans , sur un dessin hardi et philosophique. ^
• LE PRÉTHE.
N^en doutez pas : il en est de ce dessin comme de celui de notre doctrine : un examen profond en confirme la sagesse , que ne peut soupçonner l'observateur léger et superficiel. Nos divinités, les seules divinités dignes d^hommages, sont la Nature, mère universelle , et le principe créateur qui la féconde. Nous appelons la Nature , et la lune , qui est considérée comme son emblèlgne , Isis. Ce principe qui la féconde , ce divin époux qui meurt et renaît dans ses embrasseniens , qui semble perdre sa force pour la retrouver encore, c'est le soleil, c'est Osirîs. .
Nous avons voulu consacrer les phénomènes ' de son retour et de son éloignement, mais de manière que l'objet fût lié au signe qui le rappelle , et que le dieu fut lui-même acteur dans cette représentation solennelle et sacrée.
Nous avons donc orienté cette pyramide après l'avoir inscrite dans la moitié d^une sphère, et assise sur des triangles équilaté* raux : nous avons combiné ses rapports et st&
l54 LIV. I. LA CRÉATION.
dimensions avec un tel artifice , que le soleil semble s'y reposer à midi, quatorze jours avant l'équinoxe du printemps , et quatoi^ze jours après l'équinoxe d'automne/ Ainsi Fombre disparaît à midi de dessus toutes les faces de la pyramide (i), tant que le soleil doit séjourner dans l'hémisphère lumineux , lorsqu'il ramène les fleurs , les fruits , l'espérance et l'abondance , les saisons de la vie : mais au moment où cet astre commence à s'éloigner , lorsque la nuit étend son empire sur les jours , l'ombre obscurcit toute la face boréale de U pyramide ; c'est alors qu'Osiris entre au tombeau. Pendant six mois, ce monument qui lui est consacré , est investi par les ténèbres ; elles s'effacent de nouveau alors que le soleil s'élance vainqueur de la nuit des hivers et de la saison de mort, pour dispenser ses
feux et l'existence (D).
M^NEGLIBÈS.
Sage pontife , vous ressemblez à votre dieu :
AUTORITÉ, (i) Dupais,, t. II. -,
FÊTES DU FEU. l55
VOUS répandez la lumière sur tous les objets. Continuels.
LE PRÊTRE
Je viens de vous révéler en peu de mots le secret de toutes les fables.
MÊNÊCLIDÈS.
Et de toutes les religions.
JLE PRÊTRE.
Le besoin et la reconnaissance ont divinisé la Nature (a) , le Soleil et ses bienfaits.
MÊNÊCLIDÈS.
C'est un culte filial. Si je vous ai bien entendu , vous distinguez deux puissances dans l'univers.
LE PRÊTRE
L'une active et l'autre passive ; c'est-à-dire, l'époux et l'épouse, ou l'acteur et le théâtre.
MÊNÊCLIDÈS.
Vous l'avez dit; le Soleil créateur, et la
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) On retrouve partout le culte de la Nature ; les In-*. diens Tadorent sous le nom de ShakUy etc.
l56 U\. I. LA CREATION.
Nature féconde. Je vois pourquoi vous ave» lie la fête que vous donne la nature au prin-. temps » celle où vous célébrez ses promesses cl vos espérances ; comment encore se mêlenl à ces images celles d^une résurrection ^ d'une vie nouvelle , d'un passage dans les palais de rOlympe ou dans les bosquets d'un heureux Elysée ; et comment , au contraire , se rapportent à la désolation de l'hiver , ce tombeau que vous érigez , ces pleurs que vous versez stxr un dieu qui doit renaître.'
Mais j'ai peine à expliquer ces attributs bizarres ^ ces cornes ^ ces serpens placés sur sa téte^ repliés autour de sa statue.
liE PRÊTRE.
' Ces attributs sont empruntés des figures qu'étalent les signes du zodiaque , que le soleil semble parcourir. Ainsi, nous représentons cet astre , lorsqu'il préside au printemps , sous la figure du taureau céleste , le premier des signes de l'année. Le serpent annonce le soleil d'automne et d'hiver , parce qu'alors la constellation du grand serpentaire se lève^ et vient dominer sur le deuU de la natufe' expirante.
FÊTES DÛ FEU. i5j
MENECLIDES.
Et ces types gigantesques de la fécondité, ces phallus qui^ sous toutes les formes et sous toutes les dimensions , offensent les regards dans Tôs temples^ sur vos autels , et dans ia pompe de vos fêtes ?
LE PRÊTRE
Sont l'expression et l'image sacrée de sa force divine.
MENECLIDES. '
Et c€tte licence effrénée , ces scènes de débauche , ces prostitutions solennelles ?
LE PRETRE
Sont des hommages.
MENECLIDES.
Pontife , voilà ce qui déshonore votre culte,' que j'ai 2^1miré jusqu^à ce moment. Ne voyezvous pas recueil de votre système ? Il s'élèvera des hommes austères ou d'un tempérament mélancolique y qui diront : La débauche que nous avions reléguée dans les quartiers les plus obscurs de nos cités, règne sur l'autel. Quoi ! vous divinisez ce que vos courtisanes adorent! • *
Malheoreiix humains! faut>il donc vous
l58 tiV. t.- LA CRÉATION.
dégrader pour mieux imiter l'objet de vôtre culte! Ils le diront; et forts de ces abus, entraînant ua peuple avide de nouveautés , ils le précipiteront dans un autre extrême^
Vous accordez tout aux passions, ils leur ôteront tout ; vous ne présentez au peuple que des objets matériels et sepsibles , ils élèveront, ou plutôt ils perdront ses idées dans je ne sais quelte sphère d'abstractions et de spiritualité ; vous flattez les sens , ils les éteindront ; vous éclairez l'homme , ils l'abrutiront;, vous remplissez §on esprit d'images, et son cœur de sentimens, ils l'assiégeront de fantômes et de craintes.
Tel est le caractère d'une révolution que j'entrevois dans un avenir éloigné, mais qui me paraît inévitable , parce que le caractère primitif de vos institutions sera dénaturé, parce que ces institutions ne flattent peut-être pas assez ce penchant au merveilleux , qui entraîné et subjugue l'imagination.
, ^^ PRÊTRE
Dites , parcje qitç. le- besoin 4e taronnper les hommes sera peitt-ê^re érigé en nlaxiniest lorsque des tyran$ auront bcsoiii d'esclate$«
FÊTES DU FEiT. » l5g
Pour nous , nous avons cherché à profiter des passions mêmes de Thomme pour le ramener quelquefois à la nature, doiit il est retiré à chaque instant pBr des institutions factices.