‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 41 sur 101 · AVENTURES D'ATYS · texte numérisé non relu

AVENTURES D'ATYS

Frappe avec horreur La terre tremblante , «

Le monstre se relève , et sa fureur bruyante A fait frémir le fifre et tonner le tambour.

A son roulement sourd Se mêle y en cris aigus , sa voix retentissante :

« Vous dont le sexe informe aux voluptés est mort , Qui y comme Atjs , vous abjurant vous-mêmes , Resjpirez mes fureurs extrêmes , Compagnes (a) de mon sort ,

Vous avez su braver et Fexil et Neptune ;

Que le bois s^ébranle à nos cris ,

Et que notre ivresse importune

Le sommeil de Cjpris !

Volez et bondissez, troupeaux de Dindjmène (6)1

Salut , auguste souveraine !

Bois antiques , noircis d'une sainte terreur ^ Où vcje échevelée La menade troublée D'une prophétique fureur.

Mêlons nos voix à cet horrible chœun

REMARQUES

(a) C'est par ce changement de genre que Catulle exprime la. dégradation des compagnons d'Atys.

(b) Surnom de Cybèle.

23ô LIV. n. LA KENOVATÏON.

Entendez-vous , de coHmc en coUhié , Rouler en longs mugiffiemens L'éclat de leurs clairons , le cri de la buccine Et leur* ^tnts kurlemcns ? »

Ainsi parla cette bacchante.

Par les plus horribles concerts , Soudain la foule obéissante Epouvante les airs :

Les thyrses s'unissent , Les flûtes gémissent , Et des cors Les accords Retentissent ; Les roulemens Des grondantes tymbales Vont se mêler aux aocens Frémissans Des sinisées cymbales (a)^

Mais Atys, balançant des thyrses effeénés , Franchit du mont Ida lés s<>iluiiets étonnés ;

REMARQUE

(ô) On a essayé de feindre Tetfef cfes diflfeVens instia- I mens , non seulement par Y harmonie des sens^ mais encore par les changemens du rhythme.

Furîease (a) , éperdue , incert^ne , tr€m]Mis»tQ ^ Elle pre^e, iateiT€u4p| sa co^rs^ l^Qt^nle^ ^ . TeUe au JQUg ëchapp^ç Iq vague , ât sans loi^ ^ Bans ses miUe détours , iatem)||e Ic^ Iboi^

A pas împëtuçux la cohorte mptique Parcourt de ces forets la solitude antique. Ces thjrrses , ces flambeaux qu^i^ite la terreur, Des arbres efirajés ont redoublé FIioFreur. Par Texçès des be$Qins leur marche est rUcî^tie , Ils tombent , et , charmant leur rage appesantie , Sur la troupe Morphée épanche le sommeîL

Cependant ApoUpn au sourire vermeil , Chasse la sombre n^it , et de clartés fécondes Illumine les cieu^x f^t ]a terre et 1^ ondeSf Atjs s^ éveille , alors rûadu^gente Vépu^ Semble encore appiir^Urç à ses yisux éperdus ; Il est calme , abais^|nt u^e fi^ible psmpière , Il se cherche , rougit... accuse la lumière... Il se lève , et , les yeux égaréd sur les flots , > - Laisse en sons donvulsifs échapper ces sàiiglold :

« O ma dauce patrie , à terre idolâtrée ! Lieux sacrés qu^abjura ma jeujnesse égarée ,

REl^ARQUE.

(a) Furibunda... (i).

(I) Cat.

^32 Liv. II. LA rénovation;

Je ne vous verrai plus !... Ces antres ténébreux ,

Et ces mânts dont Thiver ceint le front orageux ,

Voilà donc ma patrie !... aux monstres solitaires

Je dispule aujourd'hui ces horribles repaires.

Je ne vous verrai plus !... Malheureux ! malheureux !

Moi , jadis couronné d'un laurier belliqueux ,

Moi , paré de la gloire et de h. fleur de l'âge ,

De charmes, de succès-, éclatant assemblage !

Moi , je vais donc traîner des jours pleins de mépris ,

Menade , et de moi-^inême exécrable débris !

Nouveau monstre d'Ida! servante de Cjbèle !..•»

Cybèle l'entendît; et, d'un lion fidMe, Irritant , à ces mots , le docile courroux : •

« Que ta rage s'égale à mon transport jaloux ! Terrible , hérissant ta érinière sanglante , Ouvre l'abîme affreux de ta gueule écumante ; Que ta queue, à longs flots, gronde autour de tes flancs, Epouvante les airs de tes rugissemens ! m

Elle dit : aussitôt, ministre de vengeance, Le monstre impatient d'un bond léger s'élance ; Kien n'arrête son choc , et des arbres brisés Il disperse en courant les rameaux fracassés. Il voit la faible (a) Atys sûr l'arène expirante ;

REMARQUE

(a) Teneramque vidit Atyn (i).

AUTORITÉ

(i) CaiùL

AVENTURES d'ATTS. !x33

Il rugit dans sa joie horrible , dëvorante !•••

Soudain Atys se lève , et d'un pied léger fuit ;

Sur les monts, dans les bois, le monstre le poursuit. .

De Finconslauce Atys fut le modèle.

Cybèle , mère auguste , 6 déesse étemelle ! Cette victime vous sufHt.

Epargnez à tout infidèle Kétat où vous Tavez réduit.

TOMBEAU d'hyacinthe.

L'esprit de ces institutions me rappelle celui de la fête que , célèbrent, en l'honneur d'Hyacinthe , les Lacédémoniens et les habitans d'Àmyclëe, chez lesquels s'élève un temple consacré à Apollon .

Ou y remarque un autel , où l'apothéose d'Hyacinthe est tracée : on aperçoit , sur la base, la déesse des mofssons auprès du sombre Plutori. Au-dessus planent les Heures et les Parques (a). Un groupe de déesses, Diane; Mmerve et Vénus, ramènent au ciel le bel adolescent.

MYTHOLOGIE. COMPARÉE

(a) LesMahomëtans ont leurs Tacoins , comme les Celtes avaient leurs Nomes ou Parques.

2^4 LIV. II. LA RiNOVATION.

N'est-ce pas remblèroe naturel de là fiiîtc et du retour du jour naissant (i) qui expiré lorsque le disque solaire tombe et s'éteint?

On sacrifie d'abord au jeune Hyacinthe (2); on épanche le vin et le lait sur Tautel qui figure son tombeau (3) : on se couronne de lierre , comme dans les fêtes de Bacchus (4).

La fête est annuelle^ et ni lès revers publics , ni les calamités particulières ne peuvent en suspendre la solennité (5).

Elle dure trois jours. Le premier est marqué par la tristesse ; ceux qui suivent amènent les transports de la joie.

Le premier jour,, on pleure Hyacinthe.

On se met à table sans couronne; on ne sert point de pain , mais des gâteaux légers : on ne chante aucun hymne ; on se sépare dans un ordre religieux et en silence.

Le lendemain offre un spectacle nouvieau et imposant. .Des jeunes gens s'avancent , revêtus de longues tuniques ; ils chantent au

AUTORITÉS

(i) HesycKius. Corsini , /mi. — (!i) Pausan, Lacon, — (3) Xsnaph. in Âges* (4) Macrob* seUum. i. i. — (5) SJérodé L IX.

TOMBEAU d'hyacinthe. 235

son des flûtes; ils tienneat la^lyre, et récitent des anapestes sur un ton a^ir; d'autres tra-* versent à cheval le di^âtre. Des choeurs de poètes se répandent dans ces groupes : un chorége les met en ordre* Des danseurs les suivent.

On voit s'avancer deux chœurs , l'un de vierges, et l'autre d'adolescens : tous sont nus. Les coryphées portent des couronnes formées de palmes. On chante les hymnes de Thalétas et d'Alcman: de Thalétas, quiv après Terpandre , régla le système musical ; d'Alcman, dont la lyre fut suspendue à 1^ voûte d'un temple. Les péans. sont de la composition de Bionysodote.

Des chœurs formept des pas cadencés et assujétîs au mode lyrique. Ces pas sont coupés avec grâce et avec précisîoii (a).

&EMA.RQfJE.

(a) On prëtônd honorer , selon les uns , la victoire obte» nue a Thircé , et, selon les autres , les mânes des héros morts aux Therittôpyfes.

Mais cet usage paraît remonter a des rites religieux ; car In hynéiMs y sei»t consacrés k iipoUon, et kd danses k Bacchus.

5i36 Liv. II. LA riénovation;

A la vue des jouvenceaux, auxquels souvent elles décochent, en passant, le reproche, ou distribuent Teloge, selon \e mérite de leurs actions, les vierges, voilées de leur seule pudeur (a) et de leurs longs chçveux , mêlent, enlacent leurs gestes et leurs pas (6).

REMARQUES

(a) Gymnopëdie , danses nues(i).

{b) En quoi faisant elles imprimoient es cœurs des jeunes bommes une très-grande jalousie et contention d'honneur ; car celui qui avoit été loue par elles comme vaillant , et duquel elles avoient chante les actes de prouesse, s'en alloit élevé en courage de faire encore mieux a l'avenir , et les atteintes et piqûres qu'elles donnoient aux autres , ne leur étoient moins piquantes que les plus sévères admonesteraens et corrections qu'on eût pu leur faire : attendu mémement que cela sefaisoiten présence des rois, des sénateurs, et de tout le reste des citoyens qui se trouvoient Ik pour voir rébattement. Mais quant k ce que les filles se montroient ainsi toutes nues en public, il n'y avoit pour cela vilenie aucune ; mais étoit l'ébattement accompagné de toute honnêteté, san% lubricité ni dissolution quelconque^ et plutôt, au conti^aire, portoit a'Cec soi une accoutumance k la simplicité, et un envi entr'elles a qui auroit le corps le plus robuste et le mieux dispos 5 et qui plus est, cela leur élevoit encore aucunement le cœur , et les rendoit plus magnanimes (3). ' AUTORITÉS.

(i) Plutarq. Luc. de sali, Thucyd. L vi. Jthén. L XV. — (a) PbiL iraducU d^Jniyot.

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TOMBEAU d'hyacinthe. 287

D^dfttres, montées sur des chars superbes , embellissent la pompe , la suivent ou la contemplent.

^ L'air se parfume d'encens, et retentit des hymnes et des cris de joie : partout elle éclate; partout les habitans accourent en foale. D'innombrables victimes tombent aux pieds des autels ; la même table réunit les citoyens et les esclaves (i).

La fête est terminée par les jeux agonistiques (2), où le vainqueur reçoit une cuirasse d'airain.

Je le vois , tout s'accorde , et l'erreur populaire, et le calcul de là sagesse; tout , lorsqu'on dégage la science de ses nuages , ne * présente que la même catastrophe physique. Le cidte et les cérémonies peuvent changer ; la religion de ta nature est une et éternelle.

AUTORITÉS

(i) Jthén. I. IV. Philostr, l. VI, c. x. Tliéod, Therap. . Niceph, Greg, /. vm. Hist. — (a) ScoUast, Pîndar,, Isihm, od, VI.

i38 XIV. II. LA rénovation; SECTION V.

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