LES PRIAPÉES
cultivée et destinée à la nourriture des ministres. C'est là que viennent s'asseoir les tendres et volontaires victimes : les unes étaient l'orgueil de la richesse et l'ambition de la parure. Elles arrivent sur des chars couverts ; une foule d'esclaves les suit ; mais cet appareil épouvante quelquefois l'Amour. Riches d'at- Iraits , et de condition simple, là triomphent quelquefois les plus humbles des mortelles. Un réseau de fils entrelacés ceint leur tète. On aperçoit , d'espace en espace ,, de mystérieus^es allées, des réduits voluptueux, dontl'enceinte est marqujée par des câbles tendus. La foule des voyageurs qu'attirent ces solennités erre dans ces lieux enchantés : leurs regards, leurs capricesse promènent d'objets en objets , et doivent enfin se fixer sur un seul. Alors l'étranger approche , et jetant quelques piècesd'argent sur les genoux de celle qu'il a choisie, lui dit cette formule consacrée : JHnçoque la déesse Mylitia. La femme se lève à ces mots, car une loi interdit le refus , quelque modique d'ailleurs que soit le prix dont on paie ses faveurs. Celles que la nature embellit de ses dons ne font pas un long séjour dans le temple ; mais celles pour qui elle a été avare
expient leur laideur par une longue attente (a). » f
J'interrompis E\hemerus. « Vous connaissez parfaitement, mon cher bibliothécaire, toutes^ les coutumes et la raison de ces coutumes ; mais leurs conséquences , les connaissez-vous ? Savez-vous que FOrient n'est esclave des despotes que pour Tavoîr été des voluptés ? Et pour répondre à vos citations par une autre ce sont les voluptés , dit tres- J>ien Eschine (i) , et Tinsatiable cupidité , qui poussent la jeunesse à servir les tyrans et à renverser la démocratie. C'est ainsi que les Lydiens, le peuple le plus brave, de TAsie, eh devint le plus lâche (2). Lorsque Xercès(3) voulut faire rentrer irrévocablement sous le joug les Babyloniens révoltés , il ne st con-
REMARQUE
(a) Il y en a, dit le bon Hérodote, qui demeurent dans le temple jusqu'à trois ou quatre ans.
AUTORITÉS
(i) Eschin, in Timarch.p, 290. A. OrtU. Vet, Sieph. i^'fiin-f*. — (2) Polyœn, L vu, c, ^v, v, vi, p. 6x5. Lugd, Bat* 1691. in-8». — (5) PluUjpophth, p. 175, c.
tenta point de kur défendre dé porter les • armes , il institua la culture des arts effémi^ nés, et des lieux de débauche. Vous pincerez la lyre , dit-il , vous jouerez de la Mte r vous vous revêtif ez de vos robeà longues et traînantes ; vous passerez votre vie dans les fes-^ tins et sur le sein des courtisanes. »
Alors Oribaze,^'UB ton grave : « Dans Tantiquité, tout était pur ; aujourd'hui, tout est corrompu. La nature est sainte, mais nos vices sont profanes. Dans la simplicité des premiers âges, on consacra, par des signes naturels , et qui n^avaient rieli alors d'obscène, les mystères de la fécondité.
» Une imaginaticm temte,.unptéjugé ridicule, les abus du libertinage et la débauche de Tesprit n'existaient point encore .
» Ces expressions de Faction créatrice se présentèrent d'elles-mêmes à l'époque où le printemps ramène les noces aiinuelles de la nature : tous les poètes célèbrent alors l'hymen du ciel et de la terre qui semblent s'unir dans de féconds embrassemens .
» L'union de la nature avec elle-même est un charte mariage que tous les cultes ont voulu retracer ; l'union de l'homme avec la femme I. 18 -
^74 ^^^ ÏI- ^^ RIÉNOVATION.
en était Fimage , et Torgane mâle en devint remblème expressif. •... (i).
» Pour mieux symboliser ces rapports , on peignit, sous le signe de Tanimal le plus lascif, Fastre qui se levait au retour du printemps ; et comme il semblait présider au céleste hyménée , on donna une partie de son caractère et de ses attributs à Tépoqûe et aux cérémonies qui le célébraient. Ainsi le dieu Pan (a) , qui remplace souvent Priape, eut les pieds et la ceinture du bouc. Ce dernier reçut même les hommages des femmes à Mendès , comme la chèvre céleste reçut ceux des hommes dans la Grèce. Ce culte n'était , dans le principe , qu'une allégorie ; la prostitution à laquelle ce principe mal entendu donna lieu, outragea la nature et les dieux.
» Je me hâte d'arriver à d'autres détails. En considérant Priape comme le régénérateur de la nature à l'époque du printemps, ce qui
MYTHOLOOIE COMPARÉE.
(a) HaHumat ou Hanumon (aux os des joues saillans) , prince des Satyres , ëtoit le Pan des Indiens.
AUTORITÉ
(i) J)upuis , origine des cuUes^ ^* i > /'• 384*
LES PRIAP^ES. 275
lui fit donner le nom de Dieur-SauPeur , de bon Génie (a) (i ) , tout s'éclaircit.
» Ainsi s'explique Tépithète de premier créateur donné à Priape(2]). On voit pourquoi on place souvent sur son sein , et entre sejs bras , une corbeille remplie de fleurs et de • fruits; pourquoi ;sa statue s'élève au milieu de^ jardins 9 qui semblent lui devoir leur parure ; pourquoi les blés et la vigne sont sous sa protection ; pourquoi il tient dans la main droite un sceptre ou une harpe, symbole de la puissance; pourquoi on teint ses statues ou ses attributs en rouge , qui est la couleur de la flamme et de la vie (3) ; pourquoi, dieu de Fagriculture , il reçoit tour à tour les traits , Thabillement et les hommages du laboureur (4) ; pourquoi enfin il est regardé comme
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Tel est,' dans Tlnde, le culte du Lingam (Phallus), consacre par les Indiens à Shwa^ et de VYoni (Cteis), consacre à Bhatfoni; le Fascinus (Priape) remis chez les Romains à la garde des yierges, etc.
AUTORITÉS
(i) Phumut.^{i) Orph, hymn, ProtôgOQQn. — (3) Suidas, Servius in Firg. Strabon. PhurnuL Hérodote, Diodore, Lw cien, lambL de mysU c. II. Clem, inprotrept. Ampb, August, de civ, Dei, MythoL passim. — (4) Greg. Gjrald, TibuU,
276 LIV. II. LA RiEKOVATION:
le fils d'Adonis et de Vt^ûus , c'est-à-dire du Soleil et de la Nature.
» N'oubliez jamais que les Orientaux ayaient des dogmes i»mples , Une religion aaguste ; i)u'aux objets de leur culte étaient liëes de grandes idëes ; que les phénomènes de la naturie servaient de base à leurs allégories , doiit le texte était sous la garantie de la religion et de la philosophie ; que jchez les Grecs, les poëtes furent les théologiens ; que leur imagination joua avec ces idées religieuses, qui , en gagnant de la grâce , perdirent de la dignité. »
Cette explication fit briller à mes yeux un nouyeau jour. Je -vis qu'en perçant l'écorce souvent frivole de nos cérémonies , on trouvait une substance pure , un corps de doctrine qui doit les faire absoudre par le sage, des reproches que le vulgaire des observateurs est tenté de leur adresser (o).
REMAEQYJE.
{a) Les Gftlilëens n'ont point manque de tomber dans ce piëge ; ils ont pris de vaines espérances pour la réalité; iJs ont combattu des voiles et des ombres. Généralisant une remarque superficielle et particulière , ils ont été trop prompte
LES PRIAPIÉES. 277
Cependant le soleil descendait sous Thorizon ; les pâles rayons d'nn astre plus douip argentaient le feuiJJage. Le gazQuiUemefit des oiseaux s'affaiblissait par degré$ ; Vçsper f a^ menait la fraîcheur et jie mystère, lin bruif
REMARQVE*
a conclure que les mœurs de quelc^es individus étaient celles de tous^ que l'esprit de quelques cérémonies qui se sont alté* rées^tait Tesprit du culte général -, et, s'armant aussitôt de leur rigorisme outré, qui n'est q^i'^ne qiépri^le cancar turedu stoïcisme, ils ont pppQsé k Texcès des jouiasancesp que notre religion tolère , l'excès des privations que leur morale Êibuleuse commande. Il faut, ce me semble, éviter également ces deux excès. La sagesse comme la vertu, selon Aristote , consiste dans les milieux.
Que diraient d'aiUeurs ces imposans personnages, ces docteurs évangéliques qui prétendent rivaliser d'insensibi* litë avec les prêtres d'Atys , si on assurait que ces hommes pieux, en endossant cQtte robe grossière et longue avec un capucbon pointu, et ce cordon qui l'altacbe par le milieu , costume du vénérable Priape, ain'si que tous les monumens en déposent, ont, avec l'babit, revêtu les mœurs du dieu? On trouve un de ces monumens dans Cazalius. Yoyez sa dissertation : il en résulte que les moines chrétiens portaient effectivement l'habit du dieu des jardins (I).
La continence des moines , leur chasteté sont trop bien connues , pour qu'on se per^nette d'insister sur ces rappro* chemens.
Sans cela , on pourrait observer que le dis(|vie figuré suif
léger agita le bocage voisin : un fantôme ; tel que ceux de rÉlysëe glissait à travers les ombres mobiles : curieux , je suis de l'œU cette apparition inattendue. A la claitë de Tastre de Vénus , je reconnais le jeune Grec qui, le matin , avait frappé nos regards. Il rit et se dépouille. C'est là qu'à l'entrée d'une grotte consacrée , s'élève une antique statue de Priape , construite avec un tel artifice , qu'à l'approche d'une coupe, le dieu s'ébranle, s'anime , et , par la délente d'un ressort secret , fait jaillir de son sceptre une eau vive. Le Grec , profitant de l'ombre , se guindé audevant du Terme, et parvient à le représenter (i).
BEMASQUE.
leur tétïr, et qu'ils appellent tonsure, se trouve sur la tête de Priape j que la triple croix qui brille dans la main de leur chef, n'est autre chose que le bâton mystique traverse de trois phallus, lequel figure dans les cërëmoivies de Lampsaque.
Il faut donc ici que les Galiléens se taisent, ou qu'ils se regardent comme les complices des Païens {a}.
AUTORITÉS
(i) ArisUnèt* /. i, /?. 94.. — (2) Lanhtr^ sur Hérodote^ t. \i^p, 258àa6o.
LES PRIAPKES; ^ 279
Voici qu^au même, instant, Adèle à son vœu y s^avance mie timide canéphore ; elle approche , nous nous éloignons. Nous entendîmes, dans un lointain obscur, le frémissement de la surprise , les éclats mourans d'une vaine résistance, quelques soupirs ; un silence. Que direz-vous, sage Pythodème ? Un critique , d'autant plus sévère qu'il serait plus corrompu , s'écrierait que l'air contagieux de Lampsaque a infecté toutes ces pages ; mais vous , dont le géiiie plane comme la lumière au-dessus de la fange impure , vous ne me jugerez ici que sous les rapports de narrateur et d'historien ; mes récits du moins sont exacts et fidèles; mais je sens trop qu'il leur manque ce beau coloris que vous imprimez à tous vos ouvrages : je vais le$ relire.
aSo Liv. II. IaA Rénovation.
SECTION VIL
FETES d'ÀBYDOS.