‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 92 sur 101 · DIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DIXIÈME LETTRE

ÀPOLLONIDE A XÉNOPHANE*

Ceres est, comme Isis ^ Tembleme d^ila nature fécondée. Si vous êtes iiiilié à ses mystères (a), vous aérez convaincu de l'exactitude et de la simplicité de ces rapprochemeus;

BEMABQUE.

(a) Voyez les Éleusinies et lès- Thesmophories , fêtes i^'automne.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) MegalésieSy fêtes romaines ^i rhonneur de Cjbèle Cérès, etc.

Matume^ déesse qiie Ton invoquait lors de kmaturM des blës.

Siba^ Sha ou Seca , Cérès des Siayons. Id. Martzana*

Luki , Cërès des Gentoux.

Xac5A/nï, celle des Indiens.

Nia^ ceUe des Sanaates. . . * . ^

486 LIV. Jl. LA RÉNOVATION.

Dès que le printemps renaît , on promène la vache sacrée, en invoquant la terrestre Cérès (a).

Une foule religieuse suit la pompe : elle est précédée par de jeunes enfans, revêtus des couleurs de ]^innocence et de la joie, doux symboles de la jeunesse de Tannée.

Les mystèresse célèbrent au fond du temple, et sont couverts d'un voile impénétrable.

Des matrones sont chargées du sacerdoce : eUe^rtiaimeùt le glaive ^ur lequel la vache doit se précipiter (i).

Plu» loin , ùû »a(;f^é à Gél*ès ^étdojwtd€0) ; k la Tettt couronnée dé ïlierbé naissante.

On immole mt bélier (tr).

REMARQUES

(d) KiefU^i &ie «Jï-gîeiiiw {a).

(b) Cette fête rëpond à celle que les Romains câëbndeni feit f hoBiubr de Clrès^ le i^ aTiil.

(c) Kloiea (3).

AùTcmrirÉs.

(i) Voyez r hymne dans Elien^ ttisloire des arïùnaux ^ /. XI, <^. IV. — (2) Pausan. Atlîc, — (3) Phurriutus, Eupolide. Pausan. Alik, EusthcU. UUxd. Soph. Œd, Cbfon.

Digitjzed by VjOOQ IC ^

Accoures donc , innocentes bergèresf Venez, alaans; venez, jeunes pksteilrs !. . . >

Le beau fHrintemps passe couyert de fleurs, * Environné des jeux et des mystères (i).

Ici s'élève le temple de la Terre nourrice (a). On célèbre des jeux (2) en son honneur.

De là cet usage de se prosterner au retour d'un long voyage , et d^embrasser le sol hospitalier.

De là ce nom de mère , donné à Cérès (A).

Je ne vous parlerai point de ses autres fétes (c) ; tout la Grèce les célèbre.

REMARQUES* (a) Dans la tiudelle d'Athènes (3), ^ <

(6) Deméiér pour Gehté/ér, Mnuth^ mère ^ lang ^gypl. Man-thoy it. diez les Gophtes. Isiy en cophte, signifié fa J^écondité de la terre (4).

(c) Pulaia; fête k Pylos, dans la Thessalie. Lh, Gërès a un temple, et reçoit dés sacrifices (5). ÉuruthiSnlqn{6).fyi-' cleidia; fête a Athènes. Epikrénià i fête k Lacédémone. Erkénia (7). Voyez les fêtés n^AUtOMNE.

AtltOtllTÉS.

(i) Léonata.'^{i)Pindàr. Pyth. ix. Ifeid. scoUuàt. Dâfym^ (5) fkucjd, L il.— (4) Jablonskiy pànth. égypt. Sainte- CroiXy myst. — (5) Stéph, Straài — (6) Hésych. — (7) M.

Le temple de^la Terre (a).fut.d^abord séparé de celui dé Cérès ; mais on réunit par la suite ces deuir divinités, qui furent tellement confondues, qu^on employait indistinctement leurs noms, pour désigner la déesse de la nature, celle qui donne les richesses , la mère dé toutes Jes plantes et de^tous les animaux (a) (r), etc.

De là celte belle allégorie. Cérès accorde sies faveurs à Jasion , sur un champ labouré trois fois. Plutus naquit de cet hymen (b) (2).

On a remarqué que tout ce qui regarde l'agriculture , fut appelé des mêmes noms que tout ce qui concerne le mariage (3) , et que les

(0) La nature tient lieu de Pcfpouse : c'est elle qui reçoit Faction du principe générateur^ c'est le récipient universel , la déesse aux mille noms, parce qu'elle reçoit toutes les formes , et reyêt tous les caractère^ (4) : Paru^iolos phusis pantôn mêler,

MYTHOI«OGI£ COMPAREE.

(a) Les Germains adoraient la terre sous le nom Sileriha.

(h) Bensàîten^ Fortune ^ dëesse. des Japonais. AU-çomTÉS.

(i) Sainte- Croix. Eypj^. Orph. Pseud.- Orph, PhUon. — (q) Héiiod, ihéog. v. 969 et 970. — (3) Ôqurl de Gébelin. -^ {^) Plut, 4e hid. , / • ..

épis , les pavots et les grenades que Ton place dans sa main, exprimaient, par la multitude de leurs grains, celle de la population, qui s'accroît toujours en raison des moyens de subsistance.

On a remarque encore que lejculte des dieux s'^établit lorsque les habitans commencèrent à être civilises, et surtout lorsqu'ils eurent connu l'usage du fer. .

De la culture des terres s'ensuivit nécessairement leur partage ; et de la propriété une fois reconnue, les premières règles de justice (i). Aussi disait-on que Cérès avait posé les limites des champs , et qu'elle avait institué les lois (2).

Les Athéniens conservaient ^vec vénération celles qu'elle-même avait dictées. Ces lois simr pies, au nombre de trois seulement, consistaient : « la première , à honorer ses parens ; la seconde , à honorer les dieux en leur offrant les fruits de la terre ; et la troisième , à ne faire aucun mal aux animaux (3). »

Je me suis borné à vous rappeler les usages

AUTORITÉS

(i) J.-J, Rouss. Inégalité des condit, part, II, — (îi) Ocûl. Mét€an,L\^ç,'^l^i.^(;S) Sainte-Croix.

490 LIV. II. LA RENOVATION, CtC.

pleins de fraîcheur que le printemps ramène ; ces fêtes sont alors brillantes comme les premiers râjroDs du soleil : ellçs semblent emprunter les couleurs dont il reyét la iialùre, qui sourit comme une jeune vierge aii moment où elle se pare pour Thyménée.

Les solennités de la saison. des moissons sont graves et religieuses. Cette vierge est devenue mère , et ce nouvel état donné aux cérémonies un caractère sacré , et je né sais quoi de matronal.

La nourrice du genre humain s'épuise , se flétrit , devient inféconde, et semble , conduite par la vieillisse , descendre au tombeau. Le deuil succède , et 1à nature veuve se couvre d'un crêpe.

- Oigitizedby VjOOQIC

<A), page biv. DÉVOTION ENVERS LES IMAGES » STATUES, RELIQUES, et<i.

A. la dévotion des autels les idolâtres joignaient celle (i) d^embrasser les portes des temples et les statues des dieux ; de pleurer, de gëmir à leurs pieds, de s'arracher les cheveux , de leur promettre, de mieux vivre ; de caresser ensuite les dieux en leur prenant les genoux , dé leur mettre de petites couronnes sur la tête, de leur présenter des fleurs et des fruits. Coutumes qu'une partie du christianisme a consacrées à Dieu et aux saints {a) , mais principalement

REMARQUE

(a) Voyez dans la vie de sainte Gertrude , Louvain, 1637, des exemples mémorables de plusieurs guérisons miraculeuses que c^ette sainte a faites en faveur à^% dévots qui Font honorée par ces pratiques.

AUTORITÉS

(1) TitrLiv, Decad. i. /. il. Firg, Mn, /. 11. PlauU inru4. SUU, Sy^îvar, L v. lue. /. ut.

à la Vierge, que Ton couronne en plusieurs lieux de T'Extrope , à qui Ton offre des fleurs et des fruits pour se la rendre favoraUe , et ^ue Tan honore des titres les plus magnifiques et des prières les plus flatteuses»

Les Grecs ajoutaient à ces pratiques celle de prendre des rameaux qu^ils entortillaient avec de la laine, et doi^ ils touchaient les genoux des dieux qu^ils imploraient dans leurs besoins. S'il y avait quelque apparence d'être exauce , le suppliant se familiarisait davantage , et touchait de sou rameau la main droite , le >ménton, et même les joues- du dieu quMl priait. Cet usage s^est conservé paimi les Chrétiens.en Fhonneur des saints, et Ton n'ignore pas avec quel fruit plusieurs ont fait toucher des mouchoirs, des linges aux images des bienheureux , et combien de bénédictions se sont répandues sur les familles, pour avoir baisé ces images dans la ferveur de la dévotion (i).

(B) , page cij. SUR LE SYSTÈME AJLLÉGORIQUE.

<« On a remarqué de tout temps , dans les histoires primitives, un certain langage métaphc>rique et animé qui leur est commun ; mais ce que Ton avait trop négligé jus^* qu'à nos jours , c'était d'en rechercher la cause.

AUTORITÉ

(i) Cérém. et Çout, relig. ^.ï ,/?. 2g^

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a» Ce langage Irille particulièrement dans les origines grecques. Tout y est personnifié; tout y a de la vie et de l'action.

M Le soleil qui étlaire le monde est un dieu plein d« jeunesse et de vigueur : porté sur un char , et traîné par des chevaux qui soufflent la flamme , il répand des flots de lumière dans Tunivers ; ses rayons sont des flèches dont il perce ^^ ennemis ; un arc est dans ses mains , et sou carquois retentit sur st% épaules. Quand ce dieu parait le matin pour éclairer la terre , il sortde son palais, lesportes s'ouvrent, une jeune déesse le précède, dont les doigts de rose sèment des fleurs , et dont les beaux yeux versent des larmes. Douze jeunes filles qu'on reconnaît aisément pour être des sœurs, accompagnent sa marche. Ce sont les heures qui , courant avec lui , mesureront ses pas et diviseront la journée.

» Arrivé à la fin de sa course , le palais d'une autre déesse s'ouvre à lui , et Thétis le reçoit dans son seiiU Alors deux autres déités prennent sa place dans le ciel : la r^uit aux ailes noires , au char lugubre parsemé de saphirs , et Phébé, sœur aimable du blond Phébus , armée comme lui d'un arc et de flèches, et qui, poursui^de par les astres, ses amans, leur échappe toujours dans sa course incertaine.

» Ce langage métaphorique dont les peuples anciens se servirent pour parler des grands phénomènes de la nature , lis l'employèrent aussi pour exprimer de moindres phénomènes. Chaque peuple employa même une métaphore différente pour exprimer les mêmes objets. Ici , le soleil fut frère de la lune; là^ il fut son époux qui la fécondait

4g4 NOTES*

de ses rayons. Sa course journalière était décrite d'vme manière un peu différente ches les Perses. On le vojait traîné sur un char, précédé d^un jeune homme portant un flambeau allumé, et suivi d'un autre portant un flambeau éteint; on l'appelait MithraSj comme Vénus était nommée Miihra^

M On commence à soupçonner que ce bngage métaphorique dut être celui d'une époque où on le parla, mais on en sera entièrement convaincu \ quand on verra que ce style avait été appliqué à tous les objets.

» On ne s^était point borné, en effet, à dépeindre ainsi la course journalière du soleil, tous ses pas, toutes ses apparences , tous ses changemens , son arrivée au nord , s^% pas rétrogrades vers le midi ; tout (ut noté sous des figures différentes.

» Les changemens mêmes qu'il éprouvait d'heure ^n heure , ofirant une apparence nouvelle , se dépeignaient sous d'autres traits.

» On peignait , on racoi^tait , on chantait les voyages du roi céleste d'orient en occident, ceux du nord au midi, sa descente chess P)uton et son retour sur la terre. Navigateur aérien, il s'embarquait en orient, et soumettant tous les peuples dans sa course, il arrivait en occident qui en était le tenne* Là , il plantait des colonnes, bornes qu'il était impossible de passer.

» Héros invincible , il parcourait le zodiaque t ,fOUte pénible où douze travaux; l'arrêtaient suocesfi^t^eptv et qu'il achevait en conquérant victorieux.

» To.ar it tour enfant ^ jeune homme, homme fait et

TÎeiUard , on Yoyait les peintures qui le désignaient porter I9 forme et les attributs de ces difFërens âges.

» A chaijue saison, il changeait de nom et d'attributs. « Annonce, disait un oracle ancien, que le plus grand des dieux est lao^ que Ton nOmipe Adès en hiyer, Jupiter 9l\jl printemps, Heiios en été, et dans llautomne lao. » Par oA nous voyons , pour le dire en passant, que , dans des temps postérieurs, Ton fit quatre dieux d'un seul et iBéme personnage ; que Pluton , Jupiter, Hélii>a et Bacckus sont les quatre soleils des quatre saisons,

» Cette manière de parler et d'écrire appartient visi- Uement à une époque où les astres avaient été observés. Chacun sait que les planètes furent également dépeintes ou écrites avec le pinceau , et qu'elles avaient chacune sa figure , son char et ses attributs.

» Le reste de V aimée des deux fut également personnifié , et ce finQan\ent , où nous ne voyons que des étoiles , fut rempli , dans Fantiquité , de personnages et d'animaux , d'où il faut nécessairement conclure que l'on mettait des animaux et des personnages partout, et que c'était U manière d'écrire 4? ces temps.

j» Qu'on jette les yeux sur la; sphère , on y verra tous les étre$ dont je parie : le zodiaque partagé en douze maisons , dont chacune est habitée par un animal ; deux owrsé& au pôle ; un bouder qui pait le trQupeim du oW; un cfiûn qui le garde ; un char au nord , et son charretier qui le conduit, cet impie Salmonde q^i tourne soùs le pôle, et se croit l'égal de Jupiter,

» D'une autre part, on y voit des guerriers, dçs géans, des rois et des princesses, par lesquels on figura des cons-

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