‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 94 sur 101 · HOTES · texte numérisé non relu

HOTES

qa\ disaient que le soleil est le grand ardùt^^te dé Tuni- Ters , avaient rappQrt^ k ce^ astre, non seulement tout ce qu'ils contaient d'Osiris et d'Isis^ i^ais eficpre tout ce que rexîfeim^ienf; |e^r§ fables religieuses. Une partie avait rapport ^ux étpil^tSy à le^r aspect, ^ leur ^traite, à leurs courses; 4'attfr^s , k 1# lune, t^|âf jeune et tantôt vieille ; d'autres , au soleil et à son cours ; aux hémisphères diurnes ef noctyirpe^, pu SL^ fleuve 4u Ni|. Tout^ ^t^ei^t r^)atives ^ux }^ëfio|nènef 4« la natfzrp, etaucfune à des êtres réels et anwésr,*. »

<c Or c^s images, peintes sur les murs des temples et des édifices puhUcs, étaient les livres de la nation. C'était ik que Ton venait apprendre à régler les travaux de la campagne y et s'instruire des époques des fêtes; et comme ces travaux et ces fêtes étaiept Exés au retour de certaines étoiles, en Sgypte, Ton annonçait le retour des étoiles ;^u peuple par des signes hi^rpglypbiq^es. . • .

j» On peignit ainsi to^e la nature sous des emblèmes dlégoriques.

^ Les vents é^aiei^^ des personn^^s ^ilés, qui, sortant 4e la caverne où Ipur roi se tenait enfermé, se répandaient ^ir la terre et les meirs. J^'arcren-rciel, signe du ca]me qui doit succéder à la tempête , était U messagère ailée de Ji^ipn, sa robp était peinte de wtfe couleurs. Les vents pestilentiels k^ien^ des Ha^pjie^ sales et infectes. L'aurore et le crépuscule, le matin et le soir, le levant et le couchant, étajent figurés par des personnages, et leurs rapports physiques donnèrent lieu à ces récits d'a^ tentures amoureuses dont la mythologie est pleine , et que nous représentons encore sur nos théâtres. Les fleuves

Sod ÏÎOTES.

étaient des personnages aussi , dont le front était couronna de roseaux, et qui, appuyés d'une main sur leur urne penchante (i)^ répandaient leurs Ondes dans les campagne&i Les fontaines étaient des Njmphes , dont l'union mystérieuse ayec les fleuves donna lieu de parler de leurs amour» allégoriques 9 et dont les rois postérieurs se firent une gloite de descendre.

» C'est par une suite de Ce langage nécessaire et uni- Térsel, que les villes, les provinces, les royaumes, les iies, les montagnes , les volcans, les gouffres, les rochers, les écueils devinrent , ou des personnages, ou des monstres, ou des géans , selon leurs qualités physiques^

» La mer , peinte comme une femme avec ses attributs ^ devint , avec le temps , la déesse Thélis ou la belle AmpJdtrUe ; mais , figurée comme un homme , ce fut le vieil Océan ^ père des fleuves, ou Nérée^ le Dieu sincère, et qui laisse pénétrer tout ce qu'il a dans le sein, oaNeptuFie^ qui heurte la terfe et Tébranle, ou le vénéfable*Po#z<if5.

» La terre, figurée comme une mère féconde , fut Rhéa 5 et quand , le front orné de tours , elle représentait Cette terre couverte de villes , ce fat la vénérable Cjbèie*

» Lès villes , les provinces , les royaumes , les îles étaient peints sous la figure d'une femme ou d'un honune , selon que leur nom était mascuhn ou féminin, usage prouvé par les médailles anciennes , et conservé dans les nôtres.

» Les fleuves étaient figurés par un homme ou par

AUTORITÉ

(i) Boileaii,

NOTES. Soi

un serpent, à cause de leur tortuositë ; ou par un taureau, à cause de leurs cornes qui furent les premiers vases à boire qui précédèrent les urnes; les promontoires ou caps^ par des têtes, de géans ou par des monstres; les montagnes , par des géans ; les volcans , par des monstres gigantesques qui vomissaient des flammes, par des Cyclope^ qui n^a-vaient quVn œil au milieu du front, pour désigner le cratère , et qui forgeaient la foudre , emblème trèssignificatif de la foudre qu'ils lançaient çux-mêmes ; par des géans énormes qui jetaient des montagnes contre Le ciel , dans le dessein impie de Tescalader et de djélrôner les dibux.

» C'en est assez, je pense, pour prouver^ que récriture dont je parle fut l'écriture universelle des peuples primitifs , et que tout ce qu'ils écrivirent fut représenté sous des images. .

» Mais il en résultera cette conséquence : c'est qu^e les élémens du discours étant des figures , la contexture du discours dut être en figures aussi.

M Ainsi le peuple qui , dans son langage , représenta le soleil comme, un jeune béros armé d'un arc et de flèches , et l'hiver comme un monstre gigantesque dont la tête était héritée de serpens, ou les marais pestilentiels comme' un serpent venimeux, ce peuple dut dire que le héros avait percé le monstre de ses dards. Et quand il voulut écrire ces mêmes choses, il fit un de ces tableaux qui nous ont été transmis d'âge en âge , et dont nous avons encore un fragment dans le superbe Apollon du Vatican. De cet usage naquirent les histoires sans nombre de combats, de sièges, de chasse^, de voyages, de courses., dont eçt

5ô2 NOTÉS.

remplie l'kistoire, primitiTe des , Grecs et des antres peuples. De même , si le peuple primitif figura V agriculture par utie femme chargiée d^ëpis , et les seMitSiles, par une fille ^'tetilève le ^bleil d'hîVë*', qui tesite utit piarlie de i'amiée aVéc lui , et ne paraft au jpUk* qu^aU retour du printemps , il fallut absolument qué toute bette histoire fût écrite du niêinfe style; et iè'eist entore ici la tlef de lant de mariages, d'àmoùrs, d'adultères, d'incestes et de meurtres dont le bizarre récit est inadmissible dans l'histoire. '

» Non séùléinent dbhc les idétes de§ hoiàiïQeç forent écrites ep figures , mais encore , et par une cotiséquehce naturelle , leurs discours forènt jpeînts en tàbleaut. Telle fut r^riiùre universélie de cet Âge. JUbs pierres ou les briques ^ertaieht dte livres ; les êttes de la hathre , dé caractères ; et le pinceau ou le ciseau , de pluikie. Tous les édifices publics forent chargés de scul|)tttreS et de ^peintures. On trouvé encore aùji>urd'hui , dlsins les cantons reculés de l'Egypte, de ces tablèaùk priihitifsquit)m conservé toUtè leur JEratcheur.

n Les téihples sans nombre , dont la Grèce était reinplie , étaient peints depuis k pavé jusqu'au dôme ; et les explications que l'on donnait de ces peintuiés étafeilt presque toutes relatives à l'agriculture , à l'astronomie et à la physique; «lies étaient tes taontùHéns vi^Ués du savoir des âges antérieurs. Il est évident, en lefiFe^, que les monumenshiérogly^pliSques'et plt^ioré^ues doiveàtét^ rapportés à l'époque où l'écrifûre pitto'resque était en usage. Si on les trouve dans les siècles sùbséquehs, ils n'y ont pas été inventés, mais ils leur ont été transmis.

NOTES. 5o3

M Cet âge brillant et étendu, qui remplit tout TOrient de sa lumière, depuis le Gange jusqu^au Danube, fut donc Tâg^ de Y allégorie. ...

M On croyait que les anciens n^avaient fait des allé* gorîes que par plaisir, et nous rojons qu^ils les Erent par besoin ; qu'ils ëcrivaient avec des figures^ par la même raison pour laquelle nous écrivons avec des lettres : c^est que cet usage leur était familier , et que c'était leur manière d'écrire. On attribuait enfin Tallégorie aux Grecs modernes 9 on la regardait comme le long et puéril badinage d^un peuple oisif ; et alors, sans contredit, elle était ridicule *, mais nous voyons qu'elle fut le langage nécessaire d'un peuple antérieur, et alors elle devient digne de notre examen. .

j» Je .me représente donc les hommes primitifs cdmme des sauvages fortement organisés et sortant du néant pour ouvrir les yeux à la uatuf e. Ils n'ont rien appris de leurs aïeux, puisqu'ils sont primitifs, et ils sont livrés à leurs propres observations. Us sentent fortement, et sont vivement frappés des objets ^ comme nous pouvons l'observer dans les enfanSet les muets que nos instructions n'ont pu dévolopper, et qui sentent et éprouvent autrement que nous. Us voient e^ jugent par leurs organes; car cette faculté précieuse , par laquelle nous rectifions les rapports des sens , n'est pas encore née cbes^ eux; elle est le fruit de l'expérience, et Ton ne songe à corriger ses erreurs qu'après qu'on les a reconnues. Leurs idées ne sont donc pas des jugeioiens , elles ne sont que des images. Etres passi& , ils reçoivent des impressions , mais ils ne les comparent pl^ Ce ne sont, comme on l'a dit ingénieusement,

So4 NOTES.

qiie des enfans robustes; ils eii ont la mobilité, la doei-* litë , la' crédulité , rimagination ; et cette époque de la nature humaine peut être comparée, à tous égards, à l'âge de FenfanCe. EnTÎronîiés de la nature , de ses effets et de ses phénomènes qu'ils voient, qu'ils sentent et qu'ils n'observent pâs , ils reçoivent toutes les impressions qu'elle leur communique , avec Tétonnement de l'ignorance.

' » De tels hommes doivent nécessairement parler par images, car ils n'ont que des images dans l'esprit, et la parole n'est jamais que Texpression de nos sensations et de nos idées. Il est même dans la nature de l'homme de se faire des images de tout; et nous-mêmes, entourés de l'art comme d'un précepteur qui nous forme , nous pétrit et nous moule sur les idées et les conventions reçues, nous ne sommes jaihais plus forts et plus éloquens que lorsque nous avons réduit en images nos idées les plus abstraites, ■ '

» Ce sont les figures^quitouchent, qui émeuvent, qui attendrissent, qui entraînent; et la dialectique la plus exacte ne produira jamais ces grands effets et ces révolu-» lions étonnantes qui modifient les jiommes , et qui changent les nations. Ce langage naturel nous est si familier, que nous l'employons tous les jours. C'e$t celui de l'amant enivré, de l'amante passionnée, de la mère désolée qui a perdu son fils unique , et qui , par des fibres animées et des images vives, fait 'passer ses sentimens dans l'âme de ceux qui l' écoutent. Le poëte qui veut exprimer -lès di-» verses passions, sort du discours artificiel et compassé que nous avons mis à la place de celui que parle, la na<*

NOTES. 5o5

tare ; il emprunte la langue des dieux , expression que nous avons retenue des anciens peuples chez lesqueb le langage primitif avait conservé celte sublime dénomination.

» Enfin la plus légère atten^on sufHt pour nous convaincre que, dans nos discours ordinaires, nous parlons presque toujours par métaphore , tant ce langage nous est naturel. £t si Tallégorie n'est autre chose quevrart. de peindre ses pensées sous des images correspondantes, nous serons obligés de convenir que nous mettons de ^allégorie partout.

• » Tout le monde connaît le langage pittoresque et animé des sauvages de TAmérique, lesquels néanmoins sont éloignés des premiers temps , et de Finfluence primitive de la nature. Moins un peuple est civilisé, et plus il parle par images; et, chez les nations -civilisées même , c^est dans la classe des citoyens la moins éloignée de la nature , que Ton retrouve le plus' souvent ce langage. Le solitaire le parle , parce que la société ne lui a point appris à soumettre ses sentimens à la discussion.

» Qu'un homme accoutumé au ton des sociétés les plus polies , soit réduit par les circonstances à habiter un pays sauvage , où , seul avec la nature , il en voit les grands et superbes effets , il prendra, une autre manière de sentir, et par Cipnséquent de s'exprimer. Si les peuples de rOrient', quoique civilisés , ont encore l'habitude des expressions "figurées, c'est que, placés sous un soleil plus vif, et doués par conséquent d'organes plus délicats , ils sont plus vivement affectés que nous ; que les images des objets font chez eux des impressions plus profondes, et que, lorsqu'ils ont à parler, ils mettent dans leurs

5o6 NOTES.

discours ce quUls ont dans Fesprit, et ils peignent ce qu'Us sentent II n'est point rare de trouver dans nos provinces mëridionales de ces hommes ^ imagination viVe , auxquels le langage vulgaire ne suf&t pas, qui ne s'expriment que par des images brillantes , et qui , m^contens encore de leurs expressions, s'efforcent de parler, et parles mains ^ et par les yeux*

»' Mais si, aprfes avoir observé les hommes neu& qui peuplèrent les premiers notre globe , nous considérons la nature neuve , au milieu de laquelle ils furent placés, nous verrons qu'elle a dû leur inspirer un l^gage puissant , énergique et animé.

» Essayons donc de nous transporter dans ces temps oii tout était nature, où elle n'était point ce que nous la voyons aujourd'hui, altérée pat l'art, et soumise à potre compas et à notre cordeau. Les montagnes s'of&ont avec toute leur aspérité, les forêts. avec toute lew* horreur: Les fleuves mugissans inondent, submergent, ravagent avec un fracas proportionné aux obstacles accumulés qu'ils rencontrent. Les.vsnts ailés , qui parcourent des forêts immenses, soufflent avec une impétuo»té bruyante , et semblent prêts à tout détruire; et quand les orages, les ouragans et les tempêtes se montrent au milieu de cette scène sauvage , l'homme presque nu est épouvanté de ces horreurs;. il fuit, il se cache dans des cavernes', il se réfugie dans le sein de sa mère y pour échapper aux fureurs de sef ennemis : sur ce théâtre, tout est grand, sublime ; et cette grandeur qui nous' parait gigantesque , n'est dans le style primitif que l'expression, même imparfaite, des sensations que l'I^omme éprouve.

NOTES. 5o7

n ISTô^s ne voyons la nature qu'en miniature, si je puis m'ex{hîmer ainsi. Nos torrens ^ont encaissés; nos fleuves sont des canaux paisibles; Aos campagnes sont des jardins; nos montagnes mémfes sont accessibles, et l'induMrieuse main de Thomine les cukive jtisqu'au sommet i des millioilâ de citoytâil6 sdnt emprisonnés dans nos villes, ne connaissent h natiït^ c[tte par leuri tapisseries, par les Arbres dés ^ometiade^ et les fleurs de leurs jardins.

M Mais il nVn est p^à ain^i dan^ l'épOqUe où je me triatispône : là nature y peint ses tableaux à grisinds traits ; elle n'y frappe qué de grande ëoUps. Ettant dans ces déserts immenses, Thomme est obligé de gravir les rt)cs escarpés, de franthit* les l^rteiis qu'èmbafrâssent leè atbres, les plantes aquatiques et d'éhormèè quartiers de rocheé. Il est arrêté p&r de pfofôndè marécages , qu'habite une multitude de serpens et d'animaux venimeux. Les forêts^ les arbres énormes, ces enfani gigantesques de ia terre ^ les broussailles dont le sol est hériteé, les béteS £kx>cès contre lesquelles il est oMigé de Combattre sans eees^e, la difficulté de se procut^èr une ftoutrilUfe gros*fclèré, tout Itth pt^sente ée grands eJTorts à faire, et de f^ratids obstai^kfr à surmonter. Or^ je demsâide &i de tels hommes Ue doivent pas avoir «n Ijmgagé À eux ', et créé tà*après les fortes împf^ssî^dtiis qu'ils éprouvent»

» Mats, qua«d ces botumes Voudront éerit^ , n'ayant , icomttte je Tài prouvé > que des images dans l'esprit, ils traceront déà briiages; et l'énergie de là peinture seïla toute pareille- à t:elle du dîscôuts qu^eile représente : ieômme toutes les imagesqu'îls se sont forméescônt grandes, les signes leur seront proportionnés. Ils peindront hfs

5o8 NOTES.

volcans, les monts escarpés comme des géans tarribles,' le soleil comme un libérateur glorieux, Tliker comme un monstre acharné à poursuivre Thomme, les inarais comme des dragons venimeux qui empestent tout de leur soufBe; en un mot, ils traceront toutes ces peintures, dont j'ai -donné une esquisse, et qui ne sont que lé tableau frappant de Fimagination des premiers hopimes.

» Le langage figuré fut donc un langage naturel dan& celte époque primitive; et si la terre était détruite^ et que }e cours du monde recommençât , c'est encore ainsi quQ commenceraient à parler ses nouveaux habitans.

» Je suppose qu'il vienne un temps plus perfectionné i^ncore quB le nôtre ( et les progrès rapides que font au^ jourd'hui les sciences nous autorisent à le prédire); je suppose que les sciences soient- beaucoup plus approfondies , les rapports qui en unissent les parties , mieux connus, les grandes notions qui en embrassent une multitude de petites, généralisées d'une manière très- exacte, et, par conséquent , les définitions infiniment justes et précises ; que la métaphysique des sciences , ou l'art de les réduire en abstractions, soit porté à un haut point de lumière; que les hommes sachent ramener à un petit nombre de principes un très-grand nombre de conséquences, de manière qu'un mot, une définition renferme une raiultitude de choses : en admettant, dis-^je , cette supposition, qui n'a rien de chimérique , il arrivera nécessai* rement que la langue , et surtout l'écritvure actuelles , se-* ront insuffisantes, pauvres, obscures, pleines d'amphibologies; q^e les mots auront sans, cesse besoin d'être expliqués; que la lenteur avec laquelle se traîne ai^ijour-* •

KOTES*. 5o9

ci'liui notre discours, sera pénible à des hommes trèsexercés , qui franchiront toutes les idées intermédiaires. ^

» On cherchera donc Une écriture plus philosophique, qui dise beaucoup de choses en peu de signes. Les signes primitifs prendront les idées -principes , et leurs combinaisons, les idées-résultats. Un mot sera une de nos phrases, une page sera un traité. C'est une époque future dans l'histoire de Thomme , que le génie de Leibnitz avait pressentie , mais pour laquelle son siècle n'était pas mûr. * •

» £n continuant cette supposition, il arrivera encore que l'écriture , jJus parfaite*, sera préférée à l'ancienne ; ^e celle-ci tombera insensiblement en décadence, au moins datis i' étude des sciences ; et que nos livres auront besoin d'être traduits, ou plutôt réduits à une mesure plus philosophique.

n Sous le règne de cette écriture nouvelle , les hommes feront beaucoup plus de progrès dans les sciences , parcfe que les instrumens seront beaucoup plus fins, plut exacts ût plus sûrs; et que les signes étant eux-mêmes des définirions, porteront avec eux un sens juste et complet. On aura moins d'idées fausses, parce que qui dira signe ^ dira çérlié\ et que l'alphabet sera, en quelque manière, une collection d'axiomes.

» De la combinaison de ces caractères premiers naîtront des vérités certaines ; car il y aura nécessairement dans le tout ce qu'il j aura dans les parties , comme tous les signes qui entrent dans un calcul algébrique donnent un résultat sûr. Et quoique cette plus grande perfection ne puisse que se ressentir des bornes de l'intelligence hil-

SlO . . 'NOT^S.

main^, on ne peut nier au moins qu'il y aura dans cette méthode une supériorité frapp?tnte sur la nôtre» Itlais ce|a ^'empêcherait point que nos livrer nç méritassent d'être lus, nos méthodes étudiées, et quç , lorsque le tepip$ aura fait disparaître et évanouir le souvenir de notre exbtence, les monuin^ns qui aur<ai^t échappé 4 ses rarages ne méritassent l'attention des siècles à venin

% Or, ce pas que fer^ l^sprit humain dans les âges futurs, c'est celi^i qu'il fit dans les siècles passés, lorsque récriture alphabétique fut inventée. On avait commencé « par peindre le petit nombre d'idées qu'on avait , sous des figures sensibles; et c'en était assez pour des peuples naissants qui ne prévoyaient pas^ tous les besoins futurs, dont les sen4 étaient neufs, dont la réflexion était peu exercée, c^t qui pensaient, si jq puis m'^xprimer ainsi, par leurs organes. Mais on s'aperçut, avei^le temps, que cette écriture était insuffisante, inconmiode, et surtout Inexacte. lies idé(3s et leurs rapports, en se multipliant, demandaient., p9ur les peindre, une infinité de caractkvs; la nature qui les dpunait , s'épuisa pour j fournir , et l'op fut obligé de se s§rvir des m^^^ signes pour peindre des idées différentei^*

n Alors Pn sentit le b^so/in d'écrire d'i^ie manière plus exacte. Quelque^ écrivains ont conjecturé que les peuples marchands firent cette révolution , à cause de l'exactitude que demandent les. opérations du commerce : et cette conjecture i^'accorderait avec la tradition , qui attribue aux Phéni<^ens 1# d^n des lettres fait aux (QFrecs.

» Quoi qu'il en soit, cette grande révolution eut lieu. On pjèignait çi-devant les id4e$^ et les caractères étaient

NOTES. 5ll

infinis comme elles : on imagina de peindre les sons , et de là naquit l'alphabet , dont les ëlëniens renferment précisément les sons dé la voix , et dont le nombre devait être borné comme eux. L'on était sûr alors qae , puisque les mots sont composés de sons , il n'y avait point de mots que les signes représentatifs des sons ne pussent exprimer.

M A cette époque, Pesprit huihain fit des progris rapides ; la voix fut notée ; les mots qui peignent les pensées à l'oreille, furent ^peints eux-mêmes aux jeux, et l'on renferma beaucoup plus de choses dans un plus petit espace. Les transitions fines du disdourt , les nuances des pensées , les signes des passions , leurs cris , ou éclatans , ou concentrés, les grâces de l'éloquence, toutes ces ressource ingénieuses ou subtiles de la parole , qui existent chez les peuples perfectionnés, toute cela fut écrit, et le papier insensible excita la haine , la colère , la vengeance , l'admiration et l'amour. •

» L'influence de cette écriture nouvelle dut être prodigieuse; car, en changeant la manière de représenter les objets, elle changea celle de les voir. Une carrière différente s'ouvrit aux écrivains et aux observateurs, i^i la première écriture avait été plus animée, la seconde fut plus simple , mais plus précise. Une étoile ne fut qu'une étoile ; une ville né fut qu'un amas de maisons ; un empire ne fut qu'un amas de villes. Le soleil en se levant ne fut qu'un globe lumineux qui éclairait un autre globe, et la lune un astre qui le remplaçait.

» Ainsi disparut l'enchantement, ainsi finit le règne des prodiges ; mais la mémoire en resta long-temps gravée

5ï2 NOTES.

chez les hommes. Lié avec la religion et arec ses fêtes, qui étaient à la fois religieuses et civiles , le stjle primitif fut conservé par les hiérophantes, par les vatès, par les brachmanes, par les bardes ou poètes. Il j eut deux langages à la fois; le langage figuré, que ses images et^sa beauté rendaient cher à des hommes encore neufs et d'une imagination ardente ; et le langage simple , que son exactitude-rendait nécessaire dans les affaires communes de la vie. £t tel est le charme attaché à la langue et à récriture figurées, qu? elles font -encore nos délices^ Les tableaux allégoriques de nos peintres exercent et satisfont agréablement Tim^ginatiofi. Les iiiscriptions en caractères vulgaires .nous plaisent infiniment moins que les figures allégoriques, gravées sur les médailles et les édificeis publics* On aime k voir sur une fontaine la Naïade paisible , qui incline son urne et épanche les eaux ; et jamais , peut-être, nos poètes ne sont plus brillans que lorsqu'ils empruntent ce langage animé , qui fut celui des premiers humaine.

» Dans cette époque de l'esprit humain qui n'a

jamais été observée, dans cet instant où les honunes, changeant en quelque manière et de génie et de langage , s' assuj étirent à l'exactitude de l'écriture aljphribétique, le règne brillant de l'imagination disparut : à cet âge naïf, à ce siècle de l'allégojrie , succéda l'âge de la raisom *

» On peignait ci- devant les idées ; et ces pensées fiigi* tives., en se corporlfiant ^ prenaient, sous les yeux des lecteurs, une forme, une figure qui en fixaient le souvenir dans leur mémoire. Mais , quand on en fut venu à peindre les sons , comme ce qui est du ressort de l'oreille pe peut être jugé jSar les yeux, et que des syllabes, en

NOTES. 5l3

se ^ssîpant dans les airs,* ne laissent apr^s eUes aucune image, ce ne fut pas sous des images qu'on représenta les sons qui devaient être fixes sous les yeux. • » Ajoutons que Içs mots étant composés de plusieurs lettres et de plusieurs syllabes, et chaque mot ne représentant cependant qu'une idée , ce ne pouvait plus être sous une seule ,figure que chaque pensée devait être représentée. Ci-devant un seul caractère servait à désigner un mot ; maintenant il faut autant de caractères qu'il y a de lettres dans ce mot. Ainsi morcelé , si je puis le dire , et subdivisé en plusieurs signes , dont chacun est insensible et inanimé, un mot n'est plus une image, il n'est qu'un amas de sons réunis.

» Ce fut ainsi que les hommes prirent insensiblement un autre génie. L'écriture fut toujours consacrée à fixer le discours; mais ce que je crois nécessaire de répéter d'une autre manière , parce que c'est ici le principe d'après lequel tout doit être expliqué, l'écriture rappela les sons , elle ne rappela pas leS: idées. : l'homme qui écrivait n'avait donc plus d'images dans. l'esprit; sa tâche était de copier fidèlement son alphabet de sons, et.de tracer , non pas ce que le mot disait .à l'imagination, mais ce qu'il disait à l'oreille. Les figures animées , ces signes uniques d'un mot et d'une phrase , furent donc insensiblement bannies d'une écriture où chaque mot devait être représenté i^dît plusieurs figures d'une nature absolument différente.

» Dès lors on cessa d^écrire en images ; destinée à représenter au lecteur les sons variés de la voix , qui , réunis, forment le discours, l'écriture fut, en quc^lque

Sl4 NOTES»

manière^ un liyre de musique, dont Talphabet éuit les notes. Dès lors on cessa de personnifier les êtres divers de la nature; le narcisse ne fut plus qu'une fleur , la marjolaine qu'une plante , et le règne des métamorphoses .^rit fin (a), »

( LeUres à Bailfy, sur l'histoire primitive de la Grèce ^ par KABAi7T^SAiNT-£Ti£ifN£. )

(C), page 127.

PLVTAftQùE a repoussé avec éloquence le blasphème de quelques écrivains qui ont refusé des autels à J^ Amour. J'emprunterai la traduction d'Amjot , dont le vieux stjle a des grâces nouvelles (i).

a Et quelle différence y à-t-il de révoquer en doute et rendre incertaine la puissance de Jupiter ou délie de TÂmour ? car il ne commence pas de cette heure i demander des autek et des sacrifices^ et n*est point un dieu étranger....*

REMARQUE

{a) L'intërét et la rareté de l'ouvrage d'où cette note efvt extraite, m'ont engagé a Tëtendre.

AVTO&lTli.

C*> fl90^ i€tÀmQury$. i\,p. 6S0, i»fol.

NOTES. 5l5

N Hésiode f naturellement ^ à mo^ avi^, fait l'Amour' le plus ancien des dieux, afin que tout le demeurant prenne naissance par lui.

M Quoi donc ! la partie milîtaîre et guerrière aura une déiië pour la régir, et celle qot est aimable , sociable et pacifique ,. sera sans aucune divinité ! £t il ^ aura un dieu belliqueux et guerrier, qui aura la surintendance et présidence des hommes tuans et tués , des armes , des^ traits , des assauts , des villes , des pillages ; et il n'y aurar dieu quelconque qui soit témoin, guide, ni conducteur de Taffection qui se termine en union et concorde ! Il y aura quelque dieu sauvage qui aidera aux veneurs 'k courir et crier après les chevreuils, les cerfs et les lièvres, et ceux qui attrapent les loups et les our» avec fosses et pièges; et de celui qui étudie à la plus belle chasse du monde pour prendre une amîtié , il n'y aura ni dieu ni ange qui adresse, zà qui favorise son intention*... ! Il j a des Njrmphes Bry^àe^ qui ont la durée de leur vie égale à celle de l'arbre , et di^m que Bacdma est cektî qui fait croître les arbres et la sainte beauté des fruits , ainsi que parle Pindare ; et la nourriture et la croissance des jeunes enfans qui se forment et se dressent en leur (leur et beauté, n'appartiendra et ne conviendra à pas un des dieux ni demi-dieux.... ! £t toutefois il j a en ce» autres administratidn»-là plusieurs choses âchenses et hideuses; ici , au contraire , on ne saurait dire entremise pins samie , ni vacation, ni sollicitude plus favoraible à un dieu , que d'avoir Tœil à ordonner et régir les désirs et poursuites des jeunes amoureux qui sont en fleuret en vigueur d'âge et de beauté.... Il n'est autre dieu pour guide , mahre et

5l6 NOTES.

conducteur , que TAmour , qui est le compagnon des Muses, des Grâces et de Vénus.

M Le ravissement d'amour est le plus chaud et le plus vékément transport d'entendement qui soit entre tous.

» Depuis que la fureur d'amour a atteint l'homme au vif, à bon escient, il n'y a plus musique , ni channe , ni changement de lieu, ni chant lënitif (a) qui puisse l'arrêter , parce que les amoureux aiment les présens et regrettent les absens : de jour, ils pourchassent; de nuit, ils veillent; sobres et à jeun^, ils réclament «t invoquent leurs amours ; après boire , ik les chantent.-, parlent et devisent à leurs objets absens comme s'ils étaient pn^ns, les caressent et se complaignent à eux , encore qu'ils ne les vojent point, pour ce qu'il semble que la vue peigne en rentendement les autres appréhensions et imaginations avec des couleurs liquides, lesquelles s'effacent incontinent , et s'écoulent hors de Tâme ; majs les imaginations des amoureux étant imprimées et peintes. à huile ayec brûlure de feu , laissent en leur mémoire ces images vi^es

REMARQUE

(a) Quid jnvenis, magnum cui versât in ossibus igaem Durus amer ? Nempe abruptis turbata procellis , r^octe natat cseca serus fréta ; quem super ingehs Porta tonat cœli , et scopulis ilJisa reclamant Mqàorsi'j nec miseri possunt revocare parentes , Nec moritura super crudeli funere virgo (i).

AUTORITÉ

et engrayëes , lesquelles se meuvent , vivent et parlent et y demeurent toujours.... Non, ce ravissement et enthousiasme des amans n^est point sans divii^téi^et il .n^ a autre dieu qui le guidje et gouverne, qaé£6^}ui dont nous solennisons aujourd^hi^i la fâte..«» rj. , .

» Voyez -vous en fait^d^fuiaes combiei| T^mour y a de pouvoir ! car l'honneur rempli d'amour n'a qu^ faire de l'assistance .de Mars pour combattre ^s. ennemis; mais ayant son dieu quant et soi , qui lui assiste , il est prêt de passer à travers le feu, à travers les m^ts, et, les tempêtes de l'air pour son jami., quoi que ce soit qu'il lui commande : de tous : les. enfans, tant ^s q^ie fiUes de Niobë, qui, en la tragédie de Sophocle , sont tués et tirés à coups de flèches, il n'y en a pas un qyii appellie à soi» secours , en mourant , autre défenseur ni protecteur que son amoureux...* Les hommes quelquefois ahandonitent bien au péril ceux de leurs lignées, leurs parens et alliés, voire leurs propres pères et leurs enfans; mais il n'y eut jamais ennemi qui échappât ni qui passât à travers 'un aimant (1) et un aiméw... Aussi . le voyons-nous chez les nations et peuples qui ont été les plus belliqueux , comme les Béotiens , les Lacédémomens et le& Candîots >;' et aussi chez les anciens princes et capitaines , comme Méléager , Achille, Aristomène , Cimon et Epaminôndas, lequel avait deux jeunes hommes qu'il aimait , Asopicus et

AUTORITÉS

(1) Vid. Pht. loc. cit. Id. Fie de Pélopidafi, Montagne , t, i^p, 243. Montesquieu , Esp^ des Lais , ^. i.

Sl8 HOTES*

Jiéphioiomê f-qiaà mourut quant et lui àMântinëe , -et est

enterré tout auprès de lui.^. (a).

» w.. Pltttdn «lême n'obéit à. aulre dieu et ne fait ce qui lui est «okîliftndé-par autre que^ar Amour»... Il porte respect aux amoureux , et enverk ceux-là seuls se montre gracieux erWoA pas rigoureux^ et inflexible....

» Apr%^ atdlr discouru de là force et puissance de TAmour qtii'est si grande, je viens maintenaût à examiner sa largesse et libéralité envers les hommes, non pas sMl fait beaucoup de biens à ceux qui sont aimés, parce qu'ils sont cbgnus à tout le monde ; mais s'il porte encore plus de profit à' ceux même qui aiment... On peut .dire qu'il rend iiibfle' celui qui fut lourdaut auparavant; qu'il le fait hardi et vaillant, encore qu'il fdX auparavant lâche

(a) Il Êiiati rappeler ii ceux cfui ont calomnie cette amitié sublime et çpiirt^,. le mot d^ Philippie, rapporte par Plu* tarque. . .

« Le bataillon sacr^ jamais a'&vait ëlé rompu ni défait jusqu'à la bataille de Chçronce, après laquelle Philippe » regardant la défaite des morts , s'arrêta a Tendroit où étaient les quatre cents hommes de celte compagnie, gisans en terre, serrés pr^s les uns des autres, tous percés de grands £0ups de piques k travers l'estomac, dont il s^ëmerveilla grandement 5 et entendant i|ue c'était la bande des amans , il ^'en prit à larmoyer de pitié, en disant que mal puisset-il prendre a ceux qui soupoonnent quetellesgens fissent ou soulTrissent rien de désbonn^te. »

NOTES. Sig

et couard, comme ceux qui brûlent et mettent au, feu le hois, le rendent ferme et dur, au lieu qu'il était mûl auparavant. Aussi * tout amoureux devient libéral et magnifique.... L'amour rend les personnes qui, autrement, étaient mélancoliques , sévères et chagrines plus gen-* tilles, plus douces et gracieuses à ceux qui les fré-^ queutent.... Mais , par toutes les Grâces , n'est-ce pas un effet de cause divine que celui qui est épris d'amour méprise presque toutes autres choses, je ne dis pas seulement ses familiers, ses amis et domestiques, mais aussi les lois et magistrats, les princes et les rois? Il ne craint , njestime, ni n'admire rien; Jtials est si hardi, qu'il se présenterait devant la foudre même pénétrante, guerrière; et toutefois sitÂt qu'il voit ses amours, son audace lui tombe ^ la gaieté de son âme , auparavant si élevée , se ravale.... Je te prie , remets-nous en mémoire les vers 4e la belle Sapha, où elle dit que quand son amie se présentait devant elle ^ elle perdait la voix et la parole ; son corps fondait en sueur froide ; elle devenait pâle , et un éblouissement et évanouissement la surprenait...

» N'est-ce donc pas , je vous prie , un saisissement et ravissement divin tout manifeste ? n'est-ce pas là une céleste émotion de Fâme ? quelle passion si grande saisit jamais la Pythie sur le trépied P

» Les trois ligues des opinions sur les dieux don* nant leur voix , tes uns d'un côté ^ les autres de l'autre , s'accordent en un , et unanimement reçoivent et ad^ mettent Amour en la liste des dieux.: Les pkts excellens poêles, les meilleurs législateurs et les plus excellens philosophes le louent hautement par leurs écrits : et

comme Alc^ dit que tous, les MytîUnkns, d'un accord et consentement, élurent Pîttacus pour leur prince ^ aussi Hésiode, Platon et ■ Solon 9-' amènent et cea— duisent Amour de la ville d'Hélicqm en l'Acadànie , pour notre Roi, noire prince et gouyemeur, couronné de chapeaux de fleurs, honoré et accompagné de plusieurs couples d^amitié et de société, non pas les. aita-. chant d^une pesante et froide chaîne., qui est le besoin et la nécessité, mais dWe autre liaison qui, avec des ailes , les ravit et emporte aux plus belles et divines choses qui soient au monde.... »

(D), page 154. SUR LES PYRAMIDES.

- « Toute pjramide dont la base est un carré parfait , et dont les quatre feces sont des triangles équilatéraux, peut être inscrite dans une demi-sph^e, ou peut ^tre regardée comme une moitié de globe taillée en pyramide , de manière que sa base se prenne- dans le quadrilatère inscrit dans le cercle qui forme la base de Thémisphère, ou dans Féquateur d'une sphère coupée en dc^ux , et que les faces se prennent dans là masse même de la demisphère taillée à' facettes, de façon à faire' aboutir le scmimet des quatre faces triangtJaires au sommet d'un axe élevé perpendiculairement au centre de la base , et qui devient l'axe de la pyramide.

» Par exemple', prenons Thémisphère visible , ou cette calotte céleste qui nous couvre , et qui s'appuie sur tous

les points du cercle de notre, horizon* Supposons que Ton tire deux lignes en croix , qui aient leur direction, Tune du midi au nord , et l'autre de Forient au couchant , telle enfin qu^ne méridienne coupée à angles droits par une ligne qui ya du levant au couchant, les quatre extré* xnités de ces deux lignes marqueront exactement les quatre points cardinaux du monde. Joignons ces extrémités par d'autres lignes droites , nous aurons un carré inscrit dans le cercle de Fhorizon, et les quatre lignes qui le formeront seront des cordes qui soutiendront chacune 90 degrés : yoilà donc la base de la pjramide.

» Du centre de la base , et sur la croisée des lignes , supposons qu'il s'élève Une ligne perpendiculaire ou axe de l'horizon, qui nécessairement aboutit au zénith, cet axe est un rayon de la sphère , égal à celui de chacune des branches dé la croix. Donc tous les bercles que nous décrirons du centre de cette base , et qui passeront par le sommet de cet axe, seront parfaitement égaux à ceux qui pj^sent par les extrémités de la croix. Donc les cordes qui soutendent des arcs égaux à ceux du cercle, de la base, sont égales. Donc les lignes menées du sommet de cet axe aux extrémités de la croix , sont égales à celles qui unissent ces extrémités entre elles ; car elles soutendent toutes des arcs de 90 degrés, ou des angles droits, puisque l'axe fait, avec les deux lignés qui se croisent, et auxquelles il est perpendiculaire , un angle droit , comme les deux lignes forment des angles droits en se coupant.

» Mais les lignes menées du sommet de l'âxe élevé au centre, et conduites aux extrémités des quatre branches de la croix , sont les côtés des faces triangulaires ; dont^

521 KOTES.

puisqu'elles sont ^ales entre elles , et ^ales aux cAtÀ da quadrilatère , ou aux lignes qui unissent les extrémité de la croix , et qui ^ soutendant de» arcs de 90 degrés ou des angles droits , forment un carré qui est la base de la pyramide , il résulte que les faces de ces triangles sont terminées par des lignes égales, et que les triangles sont conséquemment équilatéraux , comme les faces de la pyramide égyptienne. Donc la grande pyramide d'Egypte a toutes les proportions d'une pyramide inscrite dans une demi' sphère; elle peut être regardée comme rhémis* phère supérieur et visible taillé en pyramide, ou représenté par la pyramide taillée dans la masse dVn hémi* spbère, dont le zénith forme le sommet, et les quatre points cardinaux les angles d'un quadrilatère qui en sermt la basew *

» £n faisant tourner sur son axe une telle pyramide , de manière k lui faire faire un mouvement de 45 degrés , alors ce ne sont plus ses angles, mais ses faces qui regarderont les points cardinaux de Fhorizon , comme celle d'Egypte, et elle lui sera en tout semblable , et dans ses proportions, et dans sa position. Donc c'est là ce qu'ont voulu représenter les Egyptiens, en réduisant à la pyramide taillée daiUs une demi-sphèré , toute la circonférence concave de&<;ieux qui couvre notre horizon , et qui forme la partie du monde dans laquelle se montrent à nous le soleil y la lune et les astres.

» Cela supposé, examinons les propriétés d'une teSe pyramide, indépendamment de la longueur de ses côtés çtde sa hauteur ; car toutes les pyramides quadrangulaires, ^ui ont des cdtés .éq[uilàtéraux , sont semblables , qudk

q«e soit la longueur des côtes , puisque la ressemblance naît de ridentité des proportions.

n Nous remarquons que l'inclinaison du plan des iàces triangulaires sur Thorî^on , ou sur le plan du quadrilatère de la base , est de 54. degris ^S minutes environ. Donc ce plan prolongé coupe le ciel k 54 degrés 4^ minutes de hauteur, et conséquemment il se trouverait dans le plan même de Téquateur, si la pyramide était bâtie dans unlieu où la latitude serait de 35 degrés iS minutes ^ autren»mt où réquaf eur s'élèverait de 54 degrés 45 miniltes sur le plan de Fhorizon. Dans ce cas, le plan de Téquateur et celui des fiices inclinées de la pyramide seraient le^ mêmes , et lé soleil, arrivant dans Téquateur, se trouverait aussi dans le plan prolongé. de la pyramide à midi , de manière qae cette face , ce jour-là , cesserait à midi d'être cou- . verte d'ombre; car alors elle se présenterait au soleil arrivé au méridien^ comme l'horizon lut-ménle s'y présente le matin au lever précis de cet astre , et arsmt qu^il se soit élevé jusqu'à 54 degrés 45 minutes de hauteur , où tl monte à nùdi le joitr de Féquinoxe, dans un pays où Ton suppose que Téquateur passe à 54 degrés 45 minute! de hauteur sur l'horizon. D»nc, si la pyramide est bâtie dans un pays où l'équateur ait une plus grande élévation, comme à^emphis, où il passe à 6o degrés de hauteur, le soleil, à midi, se trouvera daiis le plan de la pyramide qui 'se prolonge vers 54 degrés /fi minutes de hauteur, plusieurs jours avant d^arriver à Téquàteur qui coupe le ciel vers 6o degrés. La différence qui se trouve exitre le point où le plan des. £»ces de la pyramide coupé le ciel , et celui où passe le plan de l'équateur à Memphis , est

de 5 degrés i5 mmutes. Donc le plan prolonge dés faces coupe le ciel dans un parallèle situé au midi de Téquateur ,' et qui est 4 5 degrés i5 minutes de Téquateur. Ce parallèle est )e cercle de déclinaison dans lequel se trouve lé soleil, lorsqu'il a 5 degrés 1 5 minutes de déclinaison australe : ce qui arrive deux fois Tan, c'est-à-dire environ quatorze jours avant Féquinoxe du printemps , et quatorze jours après Téquinoxe d'automne , car il faut à peu près ce .temps au soleil pour acquérir ou pour perdre 5 degrés 1 5 minutes de déclinaison. Donc une pj« ramide ainsi construite , et placée à cette latitude , doit, ^ midi,. Cesser^ de rendre des ombres quatorze jours avant réquinoxe du printemps, et commencer de nouveau à en projeter à midi , quators^ J^^^*^ après celui d'automne. , Donc le jour où le soleil se trouvait dans le parallèle ou cercle. de dédtnàisonaujBtfàle, qui répond à 5 degrés i5 minute^ de déclinaison , ce qui arrivait deux fois l'an aux environs des équinoxes, il passait exactement à midi sur le^sonmietdé la pyramide , et son di^ue , pendant quelques instans, placé comme sur un piédestal, parfdssait s'j reposer aux yeux de l'observateur ou de l'adorateur d'Osiris, agenouiUé au bas de la pyramide, et qui prolongeait sa vue le Içng de la face boréale , pour y voir son dieu. J'en dirai autant de la pleine lune des équinoxes , lorsqu'elle arrivait dans ce même parallèle, »

£n réduisant en tableau le système mythologique , j'ai cru «rendre service à toss ceux qu'il intéresse, aux hisr toriens, aux,p%ëtes, aux artistes,^ aux antiquaires ; aux jeunes gens. .

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