I04 LIV . III. L’EXALTATION
» Les Muses dont il conduit les chœurs (a), ainsi qu’Apollon , sont les images de l’harmonie des sphères , comme le vaisseau dirigé par sept pilotes , et au mât duquel était attachée l’image du lion , est l’emblème des planètes.
» La nuit triple, dans laquelle naît Hercule, estime expression énergique pourdésigner l’obscurité profonde que ses rayons dissipent (b).
» Je ne pousserai pas plus loin ces exemples, qui pourraient s’étendre jusqu’à satiété ; mais je dois rapporter et expliquer quelques uns de ses noms. Il les partage avec les autres divinités ; car le soleil , dans ses douze révolutions, sembla présenter un seul et plusieurs dieux.
» On le nomme le dieu sauveur (c). Il est
REMARQUES
(a) Hercule Musagète (i).
(&) Pour exprimer une durée ou une étendue indéfinie, tes anciens employaient le mot ter ; ainsi l’éternité signifie a la lettre une durée triple, œvum ternum.
(c) Sôter (2).
AUTORITÉS
(1) Plut. Spon. Ovid. Fast. — (2) Herodot.
HERCULE
ainsi représenté par les Thasiens ; il tient une massue d’une main , et de l’autre un arc. C’est le libérateur Ça) ; le triomphateur (i) ; le beau vainqueur Çb); le voyageur (2) : de là les voyages et les courses placés sous son invocation ; le dieu fort Çc) ; la gloire de l’air Çd) ; le fds de la lumière ( e. ) ; le dieu favorable (/) ; le génie incube , qui découvre les trésors Çg) : allusion au soleil, dont les rayons couvent et enrichissent la terre ; le guérisseur (b) ; le géant; le Briarée (3); le démon terrible (/);
REMARQUES
(a) Chon (4).
(b) Callinikos (5).
(c) AL ides ab alkeé , force. Al-cides, le Cid.
( d ) Héraclès. Junonis aut aeris gloria.
(e) A dio genitus.
{f) Paraslaleés (6). Dexler amicus (7).
(g) Porphyrion.
{h) Alexikakos (8).
(i) Ckarops (9).
AUTORITÉS
(1) Orph. Hesych. Virg. — (2) Inscript. Acquini. Herculi viatori. — (3) Ptndar. — (4) S/rab. Steph. — (5) Artemidor . Pindar. A/\ hil. Diog. Laert. — [(6) Paus. EUac. — (7) Hnrat. — (8) Lactant. Hesych. Apollon. — (9) Greg. Gyr. A'islol.
io6 LIV. III. l’exaltation.
au cœur d’airain ( a ) ; le dévorateur ( b ) ; épithète qui convient au temps qu’il mesure ; le héros aux fesses noires (c) , c’est-à-dire derrière lequel J a nuit s’étend.
» Ici on le salue commean dieu qui dissipe le mal (d).
» Plus loin on lui offre les prémices des fruits (2).
» L’encens fume et monte vers les deux ; des victimes sans nombre tombent aux pieds des autels (3).
« A Coos, le prêtre est revêtu d’un habit de femme , et porte la mitre (4).
» Là , les Lyndiens (5) vomissent contre lui des imprécations.
» Ici , l’hymne de la reconnaissance s’élève dans les airs. «
REMARQUES
(a) Kalkeokardios (i).
(b) Pnlyphagos (fi).
(c) Melampygos (7).
(d) Alcxikakos (8).
AUTORITÉS
(1) Theocr. Idyll. XIII. — (2) Poil. I. l e. 1. v. xxvit. — (3 ) Pausanias. — (4) Plut. Quœst. gr. — (5) Oppidum Rhodi. — (6) Orph. — (7) Greg. Gyr. — (8) Hesych.
HERCULE
Aristée, reprenant la parole : « Mon hymne est bon. Je n’en veux pas savoir davantage, mon hymne est à la fois poétique et vrai. »
Et il s’éloigna de Mycillus, en répétant: « Hercule à la robe semée d’étoiles , soleil , etc. »
SECTION IL
§• Ier-
FÊTES DE JUPITER OLYMPIEN (a).
l 'oycige d'Aristée et de Mycillus en Élide.
« Mon talent est ici comme l’or au fond d’une mine ; il faut l’en tirer, dit un jour Ariste'c à Mycillus. Fuyons d’ailleurs la séduction même de ce lieu enchanteur et de ces hôtes aimables. Il est temps que ma lyre charme d’autres oreilles, je dois mes chants à la Grèce entière. — Je me disposais à partir pour l’E-
MA’THOLOGIE COMPARÉE.
(a) Bemilucius , Jupiter des Celtes; Bel , celui des Chaldéens ; Bélus , celui des Syriens.
Taran , Tarants ou Taramis , id.
Thor , Asa-Thor ou Ake-Thor, des Scandinaves. Alla, Etre suprême des insulaires des îles Philippines. Pappe'e , Jupiter des Scythes ; Moloch , celui des Orientaux ; Indra , celui des Indiens ; le Christ exalté , celui des Chrétiens , etc. etc.
FETES d’oLYMPÏE. 109
lide, dit en souriant Mycillus. — C’est là que la palme lyrique m’attend : partons, dit Aristée ; » ils partent : ils arrivent : on célébrait les jeux («).
« A qui en veulent ces jeunes gens , dit Mycillus , avec son ironie familière : ils sont furieux , je crois ; les voilà qui se donnent le croc-en-jambe, qui se roulent dans la fange comme des 'pourceaux, qui s’accablent et se prennent à la gorge : néanmoins je les ai vus tout à l’heure se frotter d’huile (a) et se raser
REMARQUE
(a) I] en est d’autres que l’on célèbre a Athènes, dans la Macédoine, à Smyrne, à Alexandrie, chez les Nicéens.
Les poètes durent les chanter , et les philosophes les proscrire.
Plutarque raconte que, de son temps, les Romains pensaient que ces jeux avaient été la principale cause de la servitude où étaient tombés les Grecs. Solon voulut restreindre les dépenses énormes et les prix de ces jeux (1). Galien (2) attribue à ces exercices le développement de plusieurs difformités et des maladies. L’éducation de ceux qui cultivent leur intelligence, dit Aristote, doit être différente de celle des athlètes, qui n’exercent que leurs muscles.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) C’était la coutume que ceux qui sortaient des bains, AUTORITÉS.
(1) Diog.-Laërce. — (2) Gai. chroniq . morb. I. v. c. II.
IIO LïY. III. L’EXALTATION.
pacifiquement, et soudain, la tête baissée , de s’entre-choquer comme des béliers. Celui-là vient d’élever en l’air son compagnon , puis il le précipite violemment à terre , se jette sur lui , l’accable , lui appuie le coude sur la gorge , le tient entre ses jambes comme dans une tenaille ; il l’étouffera. Cependant , avouant sa défaite , celui-ci avertit le vainqueur de le lâcher en lui frappant sur l’épaule. Il me semble que ce n’était guère la peine de se frotter si proprement avec de l’huile , pour se vautrer dans la boue. Qui ne rirait en les voyant glisser comme des anguilles dans les mains de leurs adversaires ? Ceux-là ressemblent à des coqs , et se jettent du sable. En voici qui , couverts de poussière , ne s’efforcent point de se renverser , mais se brisent les membres à
MYTHOLOGIE COMPARÉE
s’oignaient d’huile , de même que les lutteurs et les coureurs , pour être plus souples. A leur imitation , les Chrétiens voulurent oindre ceux qu’on baptisait , en qualité d’athlètes, appelas à combattre contre le monde (i).
AUTORITÉ. -
(i) Hist. des Cérém. et Supersi. etc. p. 35.
FETES d’OLYMPIE.
coups de poing. J'en vois un qui crache ses dents avec le sable ; le coup a été assené dans la mâchoire. Que fait cet homme vêtu de pourpre, qui préside, je crois, à ces exercices ? ne va-t-il pas les séparer? — Au contraire , il applaudit à la vigueur du coup ; il excite l’autre à la vengeance. — A quoi tout cela sert-il ? ces institutions ne sont-elles pas celles de la fureur et de l’extravagance ? »
« Je suis ravi de vous trouver du même avis que moi, dit Aristée ; écoulez là-dessus mes épigrammes. Première épigramme :
« Ce brave olympionique avait autrefois un nez, un menton, des sourcils, des oreilles et des paupières; mais il a perdu toutes ces parties depuis qu’il a fait profession du pugilat ; en sorte qu’il ne recueillera rien de la succession paternelle; car, après l’avoir confronté avec son portrait , qu’a produit son propre frère , on n’y a trouvé nul trait de ressemblance, et l’on a déclaré cet athlète étranger.»
» J’ai ensuite retourné cette pensée de cette manière. Deuxième épigramme :
« Ulysse, de retour chez lui, après vingt ans d’absence , fut reconnu par son chien Argus, Pour toi, Stratophon , après quatre heures de
I 1 2 LIV. ni. l’exaltation.
pugilat, tu deviens méconnaissable , non seulement aux chiens, mais à toute la ville ; et si tu veux regarder ton visage au miroir , lu diras toi-mëme : « Je ne suis point Stratophon ; » et tu en jureras. »
» Troisième épigramme. Celle-ci a plus de force que de sel.
« Ta tète, Apollophane , est percée comme un crible , ou comme le dessous de ces vieux livres vermoulus ; et l’on prendrait les cicatrices droites et obliques que les cestes y ont laissées , pour une tablature de musique lydienne ou phrygienne. Tu peux désormais te battre à coups de poing, sans craindre pour ta tète de nouvelles blessures ; car elle en est tellement couverte , qu’elle n’en peut recevoir davantage. »
» Quatrième épigramme. C’est celle que je préfère.
» L’athlète Aulus consacre au dieu de Pise tous les os de son crâne , qu’il a rassemblés un à un. S’il se tire jamais des jeux Néméens, sans y perdre la vie , il lui reste encore les vertèbres du cou , dont il prétend, grand Jupiter , te faire alors une nouvelle offrande. »
FÊTES D’OLYMPIE. I l3
» Cinquième épigramme. Ma verve, comme vous le voyez, est inépuisable.
« Moi, Audrolée , j’ai combattu au pugilat dans tous les jeux de la Grèce : j’ai supporté à Pise la perte d’une oreille ; à Platée , celle d’une paupière ; à Delphes , on m’emporta ne respirant plus ; mon père Damotèle s’est préparé, avec ses concitoyens, pour m’enlever du stade , ou mort ou estropié (i). »
Il allait enfiler une sixième épigramme , mais l’adroit Mycillus trouva le moyen de lui fermer la bouche à force d’éloges ambigus. Cependant, un élève d’Hippocrate, que le hasard avait placé près d’eux , prit part à la conversation, et leur dit : « Jamais on n’imagina (2) un art plus pernicieux, ni plus propre à énerver l’espèce humaine (3).
» Ceux qui s’exercent sans cesse au pugilat et à la lutte , maigrissent depuis les hanches jusqu’aux pieds , pendant que la partie supérieure du corps acquiert un embonpoint excessif.
AUTORITÉS
(x) Voyez V Anthologie gr. — (1) De Paw. — (3) Galien, de Athlelic.