J N( LIV. III. L’EXALTATION
» Ceux qui s’exercent sans cesse au saut et à la course, maigrissent depuis la tête jusqu’aux hanches, pendant que la partie inférieure du corps acquiert une grosseur prodigieuse (i) : car il est aisé 'de concevoir que le sucs nourriciers se portent toujours vers les parties qui font les plus grands et les plus continuels efforts.
» Les discoboles , ou ceux qui jettent d’énormes palets à de grandes distances , ont la carnosité des bras d’un volume monstrueux, et leur cou perd tellement sa flexibilité , qu’il ne leur est plus possible de tourner à droite ou à gauche , parce qu’ils compriment trop violemment les vertèbres , pour augmenter la force du jet.
» Piien ne peut être surtout plus pernicieux que de faire entreprendre à des enfans des courses outrées ; car le choc trop impétueux de Catmosp'hère peut aisément blesser en eux les organes de la respiration, et entraîner des maladies de poumons , que nous ne savons pas guérir.
AUTO-RITE
(i) Xeno/jhon. Banquet de Sociale.
FÊTES. ü’OLYMPIE. ' I 1 5
» Le système nerveux de l’homme n’est susceptible que d’un certain degré de tension : dès qu’on va au-delà, on perd d'un côté ce qu’on acquiert de l’autre. Dans les lutteurs , les mains se fortifient aux dépens des pieds ; et dans les coureurs, les pieds se fortifient aux dépens des bras. L’équilibre de toutes les forces est détruit par une force particulière, qui , étant purement factice, dégénère bientôt en faiblesse Quand le pugilat, le pancrace , et
la course outrée , n’entraîneraient pas ces difformités monstrueuses , la transpiration trop abondante , et la trop grande effusion de sueur que ces exercices excitent, seraient plus que suffisantes pour affaiblir le corps humain, en le dépouillant d’une quantité de sues nécessaire à sa conservation (a).
» Que peut-on imaginer de plus atroce, que de voir des champions nus , dégouttans de sang , qui se déchirent mutuellement le corps
REMARQUE
(a) Galien, dans son traité intitulé Y Exhortation aux ArU , assure, delà manière la plus positive, que, depuis Hippocrate jusqu’à lui, aucun médecin grec n’avait approuvé ni le tempérament, ni la constitution, ni le régime de* athlètes...
I 1 6 LIY. III. L’EXALTATION,
avec des gantelets, et se font tant de contusions dans le visage, que tous les traits de la physionomie s’altèrent , au point qu’une mère ne peut plus, après de tels exploits, reconnaître son fds , ni les frères se reconnaître entre eux P
— » Aussi est-il certain , dit M ycillus( i ) , qu’il n’y a que des hommes de la plus vile populace, et issus des plus obscures bourgades de la Grèce , qui embrassent un si infâme métier , faute d’en avoir appris un autre pour vivre avec moins de peine et moins d’éclat.
— » Quantaux courses dechevaux, elles produisent sur ces animaux les mêmes effets que la gymnastique outrée produit sur les hommes ; c’est-à-dire que leur race est totalement énervée dans toute l’étendue de la Grèce , où l’on a l’extrême imprudence de faire courir les poulains, qu’un seul essai de cette nature éreinte à jamais. »
Aristée l’interrompant : « Et ces chars brisés, ces héros embarrassés dans les rênes, ces vastes naufrages d’une gloire trompée ?
— » Cela signifie, en d’autres termes, dit l’es-
(i) Isoc raie.
AUTORITÉ
culape , qu’on perd alors , sans aucun bien pour l’Etat, un grand nombre d’hommes et d’animaux utiles, dont les uns sont écrasés dans l’instant, et dont les autres languissent dans de longues douleurs ; et c’est ainsi qu’on fait la guerre au milieu de la paix (1). »
— « Si ce spectacle est cruel, il est religieux , reprit le philosophe ; (et comme quelques auditeurs se récriaient ) il reste à développer cette proposition , et à faire voir que les jeux Olympiques ne sont qu’un spectacle allégorique.
» GEnomaüs , dit-on, institua le premier cette fête (2): mais on donne à cet OEnomaiis, pour femme, Stéropé , l’une des Pléiades avec lesquelles le soleil se trouve en conjonction à celte époque ; mais on attelle à son char quatre chevaux, comme à celui d’Apollon ; mais on place devant ce char Myrtile , ou le cocher céleste.
» Tout annonce une allégorie solaire.
» On personnifie , dans cette fête, la mer, la
AUTORITÉS
(1) De Paw. — (2) Chroniq. p. 261.
I 1 8 LIV. ni. l’exaltation.
terre , Neptune , Cérès , et les autres élémens, dont la lutte est imitée par des acteurs qui revêtent leurs couleurs.
» Le peuple accourt en foule , et l’intérêt prend parti : les habitans des îles, ou des rivages de la mer , font des vœux pour l’acteur qui représente Neptune ; les habitans de l’intérieur des terres se déclarent pour Cérès.
» Les limites de la course du soleil , l’orient et l’occident, sont représentées par les termes ou limites extrêmes du cirque, où sont les bornes (i). Au milieu du cirque s’élève l’obélisque, que sa forme a fait consacrer au soleil. Le sommet de l’obélisque désigne la hauteur des cieux , le point culminant , où arrive cet astre au milieu de sa course ; sa position au milieu du cirque , a une distance égale des deux bornes qui figurent le levant et le couchant , représente le milieu de cette course ; et l’espèce de flamme en or , posée sur le faîte de l’obélisque, désigne la nature du feu et de la chaleur que donne cet astre.
» Les conducteurs des chars sont habillés
AUTORITÉ
(i) Isidore de Séville,
FETES d’oLYMPIE.
de couleurs relatives à la teinte des élémens.
» Le char du soleil est attelé de quatre chevaux qui représentent les quatre saisons et les quatre élémens , que le soleil modifie par sa révolution annuelle.
» Les courses s’y font d’orient en occident, et il y a sept tours à faire , en l’honneur des sept planètes qui gouvernent , dit-on , la nature.
» Le char affecté à la lune est conduit par deux chevaux seulement («). Jupiter en a six ; les dieux inférieurs trois,
» Ces combats furent inventés pour reprétenter l’harmonie (1) de l’univers et la lutte des élémens qui se divisent pour s’unir.
» On figure le zodiaque par les douze portes du cirque (2). »
REMARQUE
(a) Les Bigœ ou chars à deux chevaux furent introduits dans les jeux Olympiques, vers la quatre - vingt -treizième olympiade; mais leur existence date de plus loin. Us étaient consacrés à la lune, soit pour exprimer sa rivalité avec le soleil, soit parce qu’elle est visible de jour et de nuit. Aussi un des chevaux est noir, et l’autre blanc.
AUTORITÉS
(1) Chroniq . d' A/exand. — (9.) Dupuis.