‹ Fêtes et courtisanes de la GrèceChapitre 26 sur 68 · SECTION UNIQUE · texte numérisé non relu

SECTION UNIQUE

Lettre d'Oribaze à Hégésias.

De Samos.

Je me suis embarque' : je supprime mille aventures peu intéressantes : je viens d’arriver à Samos. J’ai visité le temple(i).Le sanctuaire regarde le soleil levant , et semble s’ouvrir à ses premiers rayons. L’or qui étincelle de toutes parts sur les portes et les ornemcns du temple , semble en réfléchir l’éclat enflammé. L’encens qui fume s’exhale en nuage , s’élève vers l’astre créateur, comme la vapeur matinale des fleurs que réjouit sa présence.

Dans le fond le plus mystérieux d’une chapelle consacrée, paraissent les statues des deux époux. Junon porte un diadème brillant de douze pierres précieuses (2) ; au milieu étincelle la pierre sélénite ou lunaire , dont la lumière, disait-on, croît et diminue ensuivant

AUTORITÉS

(1) Lucian. de Deâ sjria . — (2) Mart.-Capell. I. vi.

212 LIV. ni. l’exaltation.

dans ses phases celles de la lune (i). Cette lumière n’est point sensible pendant le jour ; mais elle suffit, pendant la nuit, pour éclairer le sanctuaire (2).

Sur sa tête s’élève une couronne de tours. On remarque dans sa parure le ceste qui forme celle de Vénus. Elle a le voile d’Isis. Toutes les couleurs , tous les ornemens , tous les attributs sont confondus dans les siens , soit qu’on ait voulu ainsi représenter les différens élémens , les diverses parties de la nature , soit qu’on doive les considérer comme des emblèmes de la variété des saisons , et de la succession des lunes diverses (ns), ou des différens effets météorologiques. En effet, examinée de près , cette déesse réunit les traits de différentes divinités : c’est Junon ; mais dans sa physionomie il y a quelque chose de celle de Minerve , de Vénus, de Phébé, de

(a) Faciès non omnibus una ,

INec diversa tamen, qualis decet esse sororum (3). AUTORITÉS.

( i) Anon. in Dion, perieg. — (2). Pi in. I. XXXVII, c. x. Soiin. Dioscor. Kircher. — (3) Ovid.

Rhéa, de Diane, de Némésis, et des Parques. D’une main elle tient un sceptre, et de l’autre un fuseau.

Cette figure a été combinée avec un tel artifice , que , si vous la regardez en face , elle paraît vous fixer ; si vous vous placez de côté, elle semble se tourner vers vous ; enfin vos yeux, sous tous les aspects, rencontrent toujours les siens (a).

Qui peut méconnaître, dans ce spectacle , celui que l’astre des nuits présente sous tous les points à l’observateur qui le contemple ?

Le signe de l’été, le lion solsticial, traîne le char de Junon ; le paon lui est consacré , parce que le développement de son plumage brillant et couvert d’yeux, esll’emblème d’une belle nuit étoilée , d’une de ces nuits de l’été auxquelles Junon préside.

REMARQUE

(a) C’est ainsi que je me rappelé d’avoir vu, en passant à la Flèche, dans l’ancien college des Jésuites, une figure de François Xavier, qui de face présentait ses traits, par le profd droit ceux du Christ, et par le profil gauche ceux de la Vierge. Ces illusions de perspective sont faciles et connues ; on en trouve le secret dans tous les livres, dans la Perspective de Vignole, par exemple. On peut voir des effets semblables dans le salon de Robertson.

2l4 liv. iii. l’exaltation.

Tous les symboles de la fécondité caractérisent Junon ou l’embellissent : son sein est plein et développé comme celui de Gybèle ; son attitude est matronale ; sa démarche est majestueuse : les pavots et la grenade lui sont consacrés ; elle porte un sceptre surmonté d’un coucou (i).

Les époux célèbrent ses fêtes ; ils sont couronnés de roses et d'immortelles. Un jeune adolescent marche devant eux, et figure l’hy— menée. On prétend que, par commémoration des aventures secrètes et galantes de Junon , les jeunes filles sacrifient pendant ce temps , au fond du bois sacré , au dangereux rival de l’hyménée , qui ne fait souvent que glaner dans le champ où le fripon vient moissonner, avant et après lui, à l’Amour.

Samos est un lieu cher à Junon (a). C’est à Samos qu’elle reçut Jupiter dans ses bras (2). Seshabitans lui ont élevé un temple superbe :

REMARQUE

(a) Eraia (3).

AUTORITÉS

( i ) Paasanias. — (2) Lact. I. I , C. XVlI. — (3)1^ irg. Eneid. I. 1 .

FÊTES DE SÀMOS. 2l5

c’est là qu’elle est adorée comme la déesse qui préside aux mariages. On les contracte sous ses auspices. On conduit au temple la jeune vierge avant de célébrer ses noces (i). Les hommes se rendent en armes au temple , et les déposent au pied de l’autel pendant le sacrifice (2).

Je me rappelle qu’à Argos, le temple de la déesse est hors de la ville (a). La cérémonie diffère. On voit paraître un char attelé de taureaux blancs , sur lequel est placée la statue de Bellérophon, et, suivant d’autres, de Trochilus, fils de Callisthée, qui, la première, se consacra aux autels de Junon (3). La prêtresse marche à côté du char (4). Le rang de prêtresse est illustre ; c’est par son nom que l’année est marquée (5). Les jeunes gens s’avancent en ordre , couverts d’armes écla-

REMARQUE

(a) Eraia hecatombaia (6).

AUTORITÉS

(i) Eusthat. ad Jliad. — (a) Polyœnus , l. i. — (3) Theon. Comm. in stratum. — (4) Pa/cephatus. — - (5) Thucyd. init. I. II. Seal. — (6) Palaphos.

Page 1