I.A RENCONTRE
Nyctile, Mycon, et le bel Amyntas évitaient sous un chêne épais les feux du midi. Pan , fatigué de la chasse , et reposant sous un
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Les Gaulois adoraient Bacchus dans leur Cernumos , jes Arabes dans leur Diazares , les Chrétiens dans leur Christ , changeant l’eau en vin.
234 liv. IV- LA dégradation.
orme, puisant dans le sommeil une nouvelle vigueur. Sa flûte est appendue à une branche légère. Les jeunes bergers s’en saisissent furtivement, comme si leurs lèvres inhabiles eussent pu tirer des sons mélodieux de cet instrument divin. Efforts inutiles ; la flûte leur refuse des chants , et ne rend que des sifflemens discordans et aigres.
Pan , éveillé par ces sons faux et aigus : « Jeunes bergers, si vous voulez entendre des chants , je vous satisferai moi - même. Aucun autre ne peut enfler ces tuyaux sonores, que, dans un antre de Ménale, j’ai rassemblés à l’aide de la cire. Je vais célébrer ta naissance , ô Bacchus ! et la première vendange : nous devons des chants à Bacchus. »
Ainsi parla le dieu qui se plaît à errer sur les montagnes ; il commence :
« C’est toi que je chante , toi qui enlaces le pampre et le lierre sur ton front, autour duquel retombent les ondes de ta chevelure parfumée ; toi qui conduis les tigres avec des rênes de pampre ; ô fils de Jupiter ! Seule entre tous les mortels, Sémélé vit Jupiter se révéler à ses regards tel que les
astres le contemplent. Le souverain des dieux , à qui l’avenir est présent, prit lui -meme soin de tes jours , et ne te laissa voir la lumière qu’au terme prescrit par la nature. Les Nymphes , les vieux Faunes, les Satyres pétulans , nous - mêmes , nous te nourrissons au fond d’un antre vert sur les sommets de Nisa. Le bon Silène accueille avec respect l’enfance de Bacchus , le réchauffe dans son sein , le porte entre ses bras , le chatouille d’un doigt léger , le réjouit , le berce, ou agite en riant des grelots devant lui.
« Le jeune dieu sourit , et ses petits doigts arrachent les poils qui hérissent la poitrine de Silène, ou pincent ses oreilles allongées, frappent son front chauve , son court menton , et aplatissent de plus en plus le nez déjà écrasé du Satyre.
« L’enfant croît , les cornes percent sur son front à travers sa chevelure d’or. Ce fut alors qu’il fit éclore la vigne féconde : le pampre, la grappe, tout a frappé d’étonnement les Satyres. Cueillez , leur dit Bacchus, ces grappes mûres , et dont vous ignorez. Vusage ; que votre pied les foule.
» Il dit ; et les Satyres dépouillent les ceps ; les raisins son tentasses dans des corbeilles ; on les verse sur des pierres creusées. On bondit , on les foule ; sur les montagnes la vendange s’échauffe, la grappe cède aux coups redoublés du pied qui l’écrase , et sa liqueur rejaillissante rougit la poitrine des Satyres. La troupe lascive s’empare des vases que le hasard présente : tout devient coupe. Celui-ci s’empare d’un cratère ; celui-là boit dans le creux d’une corne ; cet autre , dans ses mains arrondies en forme de coupe : celui-ci se courbe sur le bord de la cuve , et ses lèvres aspirent avec bruit la douce liqueur ; cet autre y plonge le corps de sa cythare sonore ; celui-là se couche et se renverse pour recevoir la liqueur qui s’échappe , écume , et inonde sa poitrine et ses épaules. Partout des jeux: le vin inspire déjà l’ivresse des chants, des danses , de la volupté. Les Satyres en feu poursuivent les Nymphes fugitives , et les arrêtent par leurs robes ou leurs cheveux flottans.
» Ce fut alors que le vieux Silène noya, pour la première fois , sa raison dans les coupes remplies de la liqueur vermeille. C’est
depuis ce temps que , les veines enflées du doux nectar , et toujours ivre du Bacchus de la veille , il provoque les Pus malins.
» Mais quoi ! le fds du grand Jupiter; Bacchus, lui-méme, foule la grappe de ses pieds divins , façonne en thyrse le sarment , et abreuve ses panthères dans une coupe écumante. »
Telles étaient les riantes leçons que Pan donnait aux bergers dans les vallées du Ménale. La nuit s’approche ; on rassemble les chèvres dispersées ; on exprime le lait de leurs mamelles traînantes ; on le laisse durcir dans l’osier tressé en corbeille.
On applaudit ; et un des principaux habitans de Naxos s’honore de recueillir le poëte dans sa maison. On y sacrifiait à Bacchus et à Cérès.