SUITE DES FÊTES DE BACCHUS. — DOUBLE CARACTÈRE DE CE DIEU
La conversation s’échauffant, 011 plaisanta sur les miracles. On parla de celui que fit Iacchus en changeant l’eau en vin (a).
Cette fête ( a ) qui a eu lieu à Elée , est remarquable par le concours immense de peuple et d’étrangers qui s’y rendent de tous côtés. Là, en présence des citoyens assemblés, les prêtres déposent sur l’autel trois vases vides : on les bouche, on les scelle de l’anneau sacré. Le second jour on les ouvre , après avoir constaté l’intégrité du sceau : on les trouve pleins de vin.
Il coule cependant à flots parmi les con-
circulait de main en main, soit parce que le chanteur luimême ne marchait plus droit à la fin du repas.
(a) Tuya. Paus. in fin. Eliac.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Miracle de Jésus à Cana.
24° LIV. IY. LA DÉGE ABAT ION.
vives ; Aristée vaincu par le dieu succombe; et s’endort sur la lyre.
Aristée au philosophe Mjcillus , à Athènes.
De Naxos.
Je ne rougis point de l’ivresse dans laquelle je me suis vu plongé. On ne peut honorer Bacchus que par le sacrifice de sa raison.
C’est Bacchus qui, dans la Grèce, enfanta l’hymne des voluptés , les chants du génie belliqueux , la plaintive élégie , le dithyrambe altier, et la naissante tragédie. C’est lui qui inspira ce peuple de poètes , au milieu desquels Homère s’élève et domine , comme Jupiter sur la foule des dieux.
Bacchus créa l’enthousiasme, d’où jaillirent les prodiges des arts.
La politique, pour réunir et façonner des hordes errantes, introduisit sans doute la culture des vignes et les repas en commun : le sol prodiguait ces vins exquis, nés du regard caressant du dieu de la lumière , et qui donnèrent l’idée et l’origine du nectar versé des
mains d’Hébé aux tables de l’Olympe. Nos vins recèlent en effet des esprits de feu , auxquels s’allument les passions, la gaîté brillante, et la vive sensibilité, ces élémens du caractère grec. Le véritable Apollon , c’est Bacchus.
De là cette fiction qui représente Bacchus au milieu des Muses.
J’ai vu les femmes errer çà et là dans leurs jeux à la poursuite de Bacchus : bientôt elles s’arrêtent. Le dieu s’est enfui , disent-elles; il s’est réfugié sur les genoux des Muses. Elles finissent par se proposer des énigmes et des jeux d’esprit. Le mystère de cette cérémonie donne à entendre qu’il faut à table user de propos où il y ait quelque doctrine et quelque grâce.
En effet , ceux qui chassent la philosophie des festins et des banquets , ne font pas comme ceux qui en ôtent la lumière, mais bien pis, parce que la lampe ôtée, les hommes honnêtes n’en deviendront pas plus mauvais pour cela , d’autant qu’ils ontle respect d’eux-mêmes, bien plus puissant que la vue de l’un et l’autre : là où, quandl’ignoranceetîa débauche se joignent avec le vice , la lampe même dorée de Minerve , si elle y était , ne pourrait jamais 2. 16
242 LIV. IV. LA DÉGRADATION, rendre le festin modeste , de bonne grâce et bien ordonné (1).
Mais je dois vous expliquer, mon cher Mycillus, le double caractère des fêtes de Bacchus.
L’ingénieuse antiquité lui donna plusieurs nom .
C’est un génie bienfaisant , le père de la brillante joie , de la naïve confiance , de l’éloquence et des amours («).
C’est un tyran farouche , traînant à sa suite les discordes , l’injure au front menaçant , la rage aveugle et sanglante (&).
Tantôt la Jeunesse et les Grâces lui versent une douce ambroisie , et mêlent dans ce vase enchanté les larmes de l’amour et la flamme du génie , les mots séduisans , le délicat enjouement, les agaçans sourires, la lasciveté, le trouble , la furtive volupté.
Tantôt les F uries l’enivrent d’un philtre em-
REM ARQUES
(a) il Ieïlithios chciridotês. Lætitiæ dator (2).
(£>) Ameestês agriônios (3).
AUTORITÉS
(1) Plut. Amyot. — (2) Horat. — (3) Plut, in antœn.
poisonné , d’où s’exhalent la fureur , les passions sauvages , et tous les feux du Tartare. ■
C’est sous ce terrible caractère que Bacchus est révéré dans cette fête.
Elle a lieu tous les ans. On couvre ces mystères des voiles de la nuit. On s’y couronne de lierre sauvage.
Le prêtre de Bacchus s’arme d’un glaive.
Furieux, plein du dieu qui l’agile il poursuit, il écarte du temple lesenfans des filles de Minyas. Il lui est permis de frapper , de tuer les descendans de cette race impie.
Un de ces infortunés a été assassiné parle prêtre Zoïle (1).
Achevez , mon cher Mycillus , de m’éclairer. Je n’ai point oublié la conversation qui me charma pendant notre voyage aux jeux Olympiques. S’il y avait eu des couronnes à distribuer au sage le plus instruit , on se serait empressé de les entasser sur votre tête.
(1) Plutarque,
AUTORITÉ
244 liv. IV- LA DÉGRADATION.
Correspondance du philosophe Mycillus avec le poêle Aristée.