‹ Fêtes et courtisanes de la GrèceChapitre 37 sur 68 · A LA MÉMOIRE DE PROSERPINE ET D’ARIANE · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE DE PROSERPINE ET D’ARIANE

Le poëte Aristde au philosophe Mycillus , à Athènes.

De Naxos.

Je relisais votre lettre à la lueur d’une lampe solitaire, dont l’éclat mourant jetait une livide clarté. Cependant le sombre mugissement de l’aquilon se prolongeait au loin : j’entendais les arbres courber leurs tètes dépouillées et gémissantes: les astres de la nuit étaient voilés ; je commençais même à sentir les impressions d’un froid humide : le malaise et la terreur s’emparaient par degrés de tous mes sens. Ce fut en cet instant que j’entendis des cris adressés aux morts, à Némésis (a),

MYTHOLOGIE COMPARÉE, (a) Norha , Némésis des Etrusques.

266 LIV. IV. LA DÉGRADATION, aux génies qui conduisent les âmes (a) (a) ; un cortège funèbre allait déposer dans la sépulture de ses ancêtres le meilleur ami de mon hôte, Eudamas. Ce deuil me rappchi des pertes douloureuses; mapensée plana long-temps sur

REMARQUE

(a) Nekusia : Nemcseia (i). Apopompai (a).

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Circumpotatio , fête funéraire en l’honneur des morts, usitée chez les Chinois, les Athéniens et les Chrétiens. La même que le Bon des Japonais ; le Curban , chez les Tartares Circasses; le Darpenon , chez les Indiens; les Lèmurales des Romains ; les Musimos des Africains, voisins du Monomotapa; les fêtes des morts, chez les Catholiques. Les Psyc/iagoges , prêtres grecs, étaient consacrés au culte des Mânes.

Les Japonais invitaient, recevaient, traitaient lésâmes de leurs parens ou amis décédés, à un certain jour de fête, puis les chassaient de la ville à coups de pierres.

Les Tonquinois lettrés offraient , les premiers jours de chaque semaine, aux âmes de ceux qui sont morts de faim, du riz cuit, pour obtenir d’elles un esprit subtil cl fin.

AUTORITÉS

(i) Suid. Harpocr. Hesych. - (2) Id.

la tombe des amis que je ne verrai plus. Mes larmes inondaient le rouleau que je tenais à la main : je restai long-temps plongé , sans m’en apercevoir, dans celte mélancolie profonde et muette qui me pénétrait cependant d’un charme inexprimable : j’aimais jusqu’aux pleurs qu’elle me faisait verser.

Revenu de ce long et morne attendrissement , je vis que la situation où je venais de me trouver m’interprétait aussi éloquemment que vos lettres memes , le secret motif de nos cérémonies sacrées , dont la tristesse est appropriée à celle de l’automne , et qui, rappelant à la fois et les bienfaits et les regrets qu’il nous laisse , rassemble sur le même autel des fruits , des fleurs, des rameaux stériles et des feuilles desséchées ; et, dans les mêmeshymnes,

MYTHOLOGIE COMPARÉE

Les insulaires des Moluques traitent , durant quelques jours, les morts comme s’ils étaient encore vivans, persuadés que leurs âmes reviennent souvent visiter la maison qu’elles habitaient.

Les habitans du royaume de Laos rendent les plus grands honneur* aux âmes de leurs parens.

l’expression de la reconnaissance et de la douleur.

Tel est le caractère des fêtes de Proserpine •et d’Ariane (i), auxquelles je viens d’assister, et qui se célèbrent d’une manière différente au printemps et en automne; (2).

Au printemps, elle prend la parure de Vénus : c’est la jeune et brillante Proserpine , l’orgueil de sa mère et de la nature.

En automne, c’est l’épouse du sombre Pluton , et la reine des Ombres. Ce contraste m’a inspiré ces vers :

Toi qui donnes la vie et gouvernes la mort,

Astre du doux printemps et flambeaux des lieux sombres, Par quel contraire sort

Régnes-tu sur les fleurs et sur les pâles ombres (3) ?

Vous allez au-delà de l’explication, vous reconnaissez, dans cette allégorie, la lune du printemps et celle d’automne.

Il faut joindre à cet aspect celui des constellations ; vous le voyez , j’ai profité de vos

AUTORITÉS

(1) Plut, in vit Thés. — (2) Jul. Imper, or. IX. Sa/l. le phil. — (5) Ilyrnn. d Orphée.

leçons ; je me plais à vous soumettre des conjectures ordonnées d’après votre système.

La vierge et son épi se lèvent avant la couronne de Proserpine , qui la suit : ce signe est censé lui donner la naissance, et la ramener sur l’horizon. Proserpine est fille de Cérès. Peu de jours après que le soleil est arrivé à la constellation du scorpion, la couronne ( a ) de Proserpine, le serpentaire et son serpent se couchent héliaquement. Ainsi Proserpine descend dans l’hémisphère ténébreux lorsque le soleil passe aussi dans les signes inférieurs , où il semble l’entraîner. De là ces titres d’épouse de Plufon , de reine du sombre empire.

Celte constellation détermine le temps des semailles: ce rapport avec la terre, et la végétation obscure qui s’opère alors dans son sein, lui firent donner l’épithète d cctonia, de terrestre, qu’elle partage avec Pluton.

Six mois après , Proserpine , par son lever du soir, détermine le retour du soleil vers les signes supérieurs. De là cette fable qui sup-

REMARQUE

(«) La couronne boréale . ou d’Ariane , appelé Persephone , Pherephalta.

270 LIV. IV. LA DÉGRADATION, pose qu’elle était six mois aux enfers, et six mois dans le ciel avec Cérès, sa mère. De là deux fêtes : l’une au prim temps , et l’autre en automne.

La couronne, les guirlandes de fleurs, sont les symboles de la couronne céleste.

Les monumens anciens confirment cette théorie.

J’ai vu une statue , sur la ceinture de laquelle est représenté l’enlèvement de Proserpine (1). Ce monument confirme nos observations.

Cette déesse, et le char qui l’enlève, sont placés sur un bas-relief où sont tracés les douze signes du zodiaque ; et la place qu’elle y occupe avec son char , répond à la vierge et à la balance, c’est-à-dire aux mêmes signes auxquels elle répond dans le ciel. On y voit aussi près du char un Hercule armé de sa massue , dans lequel il est impossible de méconnaître l’Hercule céleste , placé pareillement

( 1 ) Dupuis. A/ecind. jun. Montfaupon , t. 1. pl. xli. /’§'■ i-

dans les deux à côté de la couronne de Proserpine (a).

Ainsi s’explique le caractère des Anthesphories (6) , cette solennité qui consacre le souvenir de l’enlèvement de Proserpine.

On immole à la déesse une génisse noire, tandis que des chœurs de jeunes vierges, parées de guirlandes et de couronnes de fleurs , chantent des hymnes au son des flûtes (1).

Pendant que je vous écris , la populace se répand dans les carrefours. Elle appelle Hécate sept fois en hurlant : elle chante des odes lugubres en mémoire des infortunes de Cérès et de Proserpine.

REMARQUES

(a) On célébrait aussi à Scyros des fêtes en l’honneur de Cérès et de Proserpine. Episkira , episkirhosis (2).

A Argos, on unit à leurs fêtes celle de Bacchus, ou du soleil d’automne (3) : on y porte du feu allumé sur l’autel de Diane Puronia, dont le temple s’élève sur le mont Crathys. {U) Les Pherephattia , à Syracuse, sont la même fête (4). AUTORITÉS.

(1) Pol/ux,/. 1 , c. vu, §. xxxii. Ici. 1. iv, c. x. Arn. I. VI. Plut, in Luc. Appian. de bel/. Mithrid. — (2) Steph. ÏSlrab.l. ix. — (3) Lcrnaia. Pauscinias. Corinth. — (4) Citer. Ferr.

272 LIV. IV. LA DÉGRADATION, etc.

Hecate (a), qu’on évoque ainsi de l’empire des morts par deshurlemens, est regardée comme la reine des enfers , comme la fée qui préside aux enchantcmens , à laquelle obéissent les fantômes, les songes, les spectres de la nuit ; mais cette Hécate qu’on représente avec trois têtes, et tenant dans ses mains un flambeau , un fouet, une épée et un serpent, et qu’on appelle Proserpine aux enfers ; Hécate n’estelle pas la lune ténébreuse qui a disparu depuis quelques jours , est descendue aux enfers (<?) , où elle règne comme elle a régné dans les deux, et d’où on la rappelle à grands cris(i)? En effet, c’est demain la Néoménie.

REMARQUE

(a) II inférieur hémisphère.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Cali , Hécate des Indiens. Trigla , celle des Vandales.

AUTORITÉS

(1) Court de Gébel. Ilist. du Calcnd. p. 182.

SECTION II

NÉOMÉNIE, THESMOPHQRIES , THÉOGÀMIE.

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