‹ Fêtes et courtisanes de la GrèceChapitre 47 sur 68 · LE KOUR.OTR G?HE · texte numérisé non relu

LE KOUR.OTR G?HE

Il s’est adressé à moi , je vous en ferai raison.

l’épirôme , à part.

J’examinerai.

LE KOUROTROPHE.

Le Dadouque , qui doit représenter l’Astrophosphore, ou Lucifer, portait une torche, éclatante (a) (i).

Sixième jour. C’est le plus célèbre ; il est consacré à Iacchus. Le plus habile de nos statuaires venait d’achever sa statue en marbre. l’éplbôme.

C’est un chef-d’œuvre (2).

LE KOUROTROPHE.

Le jeune Iacchus , l’intercesseur, ou plutôt l’introducteur des initiés auprès de Cérès (a) ,

REAIA RQUE.

(«) Dans les mystères cl’Jsis, le prêtre porte mie lampe d’or au lieu de flambeau.

MY’TnOLOGIE COMPARÉE.

(a) C’est l’ les , le Jésus qui accompagne la Vierge. AUTORITÉS.

(i) Àpul. Mèlam.l . XI. Schol. Arisloph. — (2) Cicer.in Vcrr.

3o6 LIV. IV. LA DÉGRADATION.

est représenté avec une couronne de myrte sur la tête , il tient dans la main un flambeau (i) ; on Ta porté en pompe depuis le Céramique jusqu’à Eleusis (2). (JO Epibôrne paraît s assoupir. )

le kourotrophe élevant de plus en plus la. voix.

Convenez que l’éclat des flambeaux , la foule immense des spectateurs et des acteurs, la pompe et l’ordre des cérémonies , le tumulte inséparable de leur développement, ces hymnes, ces danses, ces invocations répétées à Iacchus , ces symboles solennels élevés dans les airs , les corbeilles mystiques , le van , emblème de la séparation des initiés et des profanes, le calathus voilé, et qui renferme les objets des mystères, savoir la roue, le laurier, le phallus (3); le son des lyres, le bruit des inslrumens d’airain , et ces pauses graves alors qu’on s’arrête pour sacrifier, et la précipitation avec laquelle en traverse le pont

AUTORITÉS

(1) Arisloph. Ibid. — (2) Meurs. E/eusin. — (5) Eustb . arcep . evang. Epiphan. Arisloph. A< an/ .

Mystères d’éleusis. 307

sur le Céphise , au milieu des plaisanteries et des sarcasmes réciproques (a) , et la majesté des monumcns qui s’élèvent ie long de la voie Sacrée (1) (b) ; en un mot tout ce qui peut produire sur les sens une impression forte et continue, tout ce qui peut séduire et charmer la curiosité du vulgaire, a été mis savamment en usage dans cette espèce de Bacchanale. l’épieôme , se réveillant.

Oui, il faut attirer par le plaisir , et retenir par la crainte.

LE KOUROTROPHE.

C’est là le secret de toute religion.

l’épieôme.

Vous n’avez pas , sans doute, manqué de rappeler que nous devons à Iacchus le succès de la bataille de Salamine ; qu’un brouillard épais s’éleva du côté d’Eleusis, et environna la

REMARQUES

(a) De la le mot gephyrizein.

(b) Polémon avait écrit un livre entier sur ce chemin. Wheler remarque qu'il était pavé de grands quartiers de pierre.

( i ) Pans. Àtl.

3o8 L1V. IV. LA. DÉGRADATION, flotlc des Perses ; qu’on entendit des chants mystiques ; que des fantômes effrayans parurent , et que la voix d’Iacchus , semblable à une tempête , sortit du sein de ces nuages, encouragea les Grecs, et épouvantaXercès(i).

LE KOUROTROPIIE.

Sans doute ; il faut toujours que tout se rapporte à nous, je veux dire à nos dieux. J’ai

meme reproduit l’histoire d’Alcibiade ; comment il courut risque de la vie, et perdit toute sa fortune, toute sa gloire, ses droits mêmes de citoyen , pour avoir osé se moquer des mystères (2) ; comment aussi il répara cet outrage , et se montra le plus religieux des hommes, en faisant passer la procession d’Iacchus devant les troupes lacédémoniennes , en protégeant la marche des initiés ; ce qui fut, dit un écrivain (3), une conduite d’armée fort vénérable , pleine de grande sainteté , et en laquelle, si les envieux voulaient confesser la vérité, ils diraient qu’Alcibiade ht autant l’of-

AUTORITÉS

(1) Meurs. Eleusin. pana/h. Herod. Sain/e - Croix. — (2) P/ut. yllcid. — (3) Idem.

MYSTÈRES d’ÉLEUSIS. 3c>9

lice (le grand-prêtre et de souverain pontife , que d’excellent capitaine.

l’epibôme.

Les grands événemens, les grands hommes, il faut tout rattacher à la religion , afin qu’il n’y ait qu’une autorité sur la terre.

le kourotrophe.

La nôtre. — Septième jour , retour des initiés (i). On les fit d’abord reposer auprès du figuier sacré (2) ; car c’est à Cérès que l’on doit les figures (3). Ils se sont remis en marche en chantant des hymnes en l’honneur de Dêmêter ; ils demandaient à la déesse d’accorder à ceux qui participent à scs mystères les moyens de mener joyeuse vie , et de l’emporter en gaîté sur tous les autres (4).

l’épibôme.

lisse sont amusés ? Ils reviendront.

AUTORITÉS

(1) Sainte-Croix. — (2) Hcsyeh. in verb. iera. Alhen. 1. 1 1 1 . Philostrat. vit sophist. Meurs. Allie, lect. /. v. — (3) Epigr. de / Antholog. Euslh. in Hom. Odyss. f. XIII. Alhen. /. C. — (4) Aristoph, ran.

3lO LIV. IY. LA DÉGRADATION.

LE KOUROTROPHE.

Arrivés de nouveau sur le pont de Céphise, je les ai fait agacer par quelques affidés ; la plus pétulante gaîté a gagné de proche en proche ; bientôt les plus lascives provocations ont eu lieu ; c’était un déluge de plaisanteries , de sarcasmes, de mots un peu plus grossiers que fins (i). J’ai fait distribuer un prix à l’initié qui m’a paru digne de remporter celui de ce combat, plus gai qu’ingénieux, et il a été couronné de bandelettes (2).

l’épieôme.

A merveille.

LE KOUROTROPHE.

Huitième jour, Epidauries ( à Esculape ). Cette journée rappelle d’abord l’époque de l’apotbéose d’Esculape à Epidaure (3) ; c’est le jour que nous célébrons aujourd’hui ; c’est celui que nous accordons aux initiés qui ont

AUTORITÉS

(1) Meurs, e/eusin. c. XXVUI. Va/cken ad Amman. I. III. ç. XIII. — (2) Aristoph. ran. kid . phtra in Ruhnk. Not. ad /ex. Tint. Pans an.

MYSTÈRES D’ÉLEUSIS 3ll

tardé à se faire recevoir. Il faut recueillir les traîneurs.

l’épjbôme.

Oui; mais il faut colorer ce retard.

LE KOUROTROPHE.

Aussi cela se fait en considération d’Esculape, qui, étant arrivé à la fin des mystères , les vit recommencer en sa faveur (i).

l’épibôme.

Esculape est un dieu sauveur et bon.

LE KOUBOTROPHE.

Nous l’annonçons par cet hymne: « Crois, enfant divin , source de salut pour l’univers ; les corps des mortels seront ranimés par Loi et rappelés à la vie ; tu sauras même guérir et sauver les âmes ; toi-même tu deviendras un corps privé d’énergie et de mouvement ; mais bientôt tu recouvreras la divinité. Ton sort doit changer deux fois ( a ) (2).

REMARQUE

(«) Allusion au soleil des deux saisons de vie et de mort , AUTORITÉS.

( i ) Phifos/r. vit. Jpoll. /. IV. — (2) Ovid. Mêlant. /. II. fabl. xiv.

3 1 2 LIV. IY. LA DÉGRADATION, l’épibôme, se levant.

Nous allons donc continuer de tout disposer pour l’initiation ; j’ai déjà perdu beaucoup trop de temps à vous entendre.

le KOUROTROPHE , arrêtant V Epibôme qui veut sortir.

Encore un mot. J’ai fait porter chez nous un échantillon du vin qui doit servir pour les libations du neuvième jour.

l’épibôme.

Ah ! vous avez , sans doute , aussi fait

disposer les ple'rnochoë (grands vases de terre, plus larges en haut qu’en bas , dont le fond est plat, et qui n’ont qu’une anse (i) ). Vous savez qu’il faut tourner l’un du côté du levant et l’autre vers le couchant (2).

du printemps et de l'automne. Ainsi s’explique toute fable où I on annonce un grand réparateur (a).

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Le Christ.

AUTORITÉS

(1) Athen. t. XI , l. C. Poil. I. x. Is. I. C. I. VI. — (a) Meurs . Eleus.

MYSTÈRES d’ÉLEUSIS.

LE KOUROTROPHE.

Oui , je sais que vous les épanchez alors dans une fosse, en murmurant uie tohuie (i) , et en élevant tour à tour les yeux vers le ciel , et les abaissant vers la terre. Vous sacrifiez alors, dit-on, au père et à la mère de tous les êtres. Cette cérémonie est lugubre et sombre comme la saison dans laquelle on la pratique.

l’épieôme.

Le caractère sombre et mélancolique n’est pas celui qui produit le moins d’effet. La terreur a son prestige.

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