‹ Fêtes et courtisanes de la GrèceChapitre 51 sur 68 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes , L’OMBRE DE MUSÉE (a) (i)

( Ils s'adressent an poète qui domine et se distingue au milieu de la foule par sa hauteur) (2).

Chantre illustre, achevez de guider nos pas et de nous instruire.

MUSÉE

Nous n’avons point une demeure fixe ; nous reposons sous l’épaisseur des ombrages (3), sur des lits de mousse et de gazon (6) (4), dont la

REMARQUES

(«) On a reproché à Virgile de n’avoir pas placé Homère à la tète des prêtes, plutôt que Musée (5). On répond que Musée est ici considéré moins comme poète que comme chef d’initiation.

(b) Ces détails ont fait passer Virgile pour Epicurien. «La AUTORITÉS.

(i) Cassind. I. il, ep. xx. Vau. tan. I. 1 et passim. Plat. Protc/g. Aristid. Eleus. — (a) Philostr. Icon. — ( i> ) Lit. Synt. XVII. Isidor. I. XIV. c. VIII. Serv. in Æneid. — (4 ) Plut, de Ser. vindict. ■ — (5) Lacerda in Virg. L VI.

MYSTÈRES d’ÈLEUSIS. 3^9

fraîcheur est ranimée par des sources errantes. Franchissons cette hauteur, la route est facile.

( Ils marchent ensemble. Musée , du haut de la colline , leur fait remarquer la beauté du paysage. Ils descendent dans un vallon verdoyant, palais de ces esprits qui doivent un jour animer les corps ) (ci).

CALLISTHÈNE

J’aperçois , dans la profondeur de cette vallée , un bocage retiré dont l’omhrage frémit, agité par les vents. L’onde calme du Lé thé se promène autour de cette retraite paisible. Quel peuple divers et innombrable de fantômes y voltige (i)! Ainsi, dans la sérénité d’un beau jour , un essaim d’abeilles se disperse dans la prairie, se repose sur les fleurs,

REMARQUE

volupté, dit Epicure, est la fin que se propose le bon et le sage (2). »

(a) Cette transmigration des âmes appartient à la philosophie orientale , embrouillée par Platon , expliquée par P^thagore.

AUTORITÉS

(1) Plut, de Ser. vindict. et de Orb. lun. — (2) Cedren.

LIY. IV. LA DÉGRADATION, assiège les lis blanchissans ; un long bourdonnement remplit les airs. Quel est donc ce tumulte , ce concours , ce fleuve P

MUSÉE

Ces esprits doivent une seconde fois animer des corps ( a ) ; ils puisent à longs traits , dans les froides ondes du Lélhé, et le calme et l’oubli.

CALLISTHÈNE

Quoi ! ces esprits sublimes iraient s’emprisonner de nouveau dans des corps pesans ? Ah ! malheureux ! pouvez-vous désirer de renaître encore !

MUSÉE

Il vous faut développer les plus profonds mystères de la nature.

REMARQUE

(a) Système de la me'tempsycose , attribué tour k tour par les Grecs k Orphée , k Einpédocle et k Pythagore (i). Cette doctrine est égyptienne (2). Elle paraît avoir été communiquée aux Egyptiens parles Indiens.

AUTORITÉS

(î) Olympiodor. Clem. I. VI. strornat. Aristotel. de Anima. — (2) Herodot. I. II.

MYSTÈRES D’ÉLEUSIS. 35l

Une âme universelle ( a ) (i), répandue dans tout l’univers , imprime à ce grand corps le mouvement et la vie : elle dirige tous ses ressorts ; elle anime le ciel , la terre , les mers , la lune , le soleil et tous ces globes brillans qui roulent sur nos télés. C’est à ce principe général d’existence que les quadrupèdes , les oiseaux , les hommes doivent la vie.

Cette émanation pure, éthérée (è), ne subit quelque altération que par son mélange avec une matière pesante (2); elle semble s’affaiblir

REMARQUES

(<z) Doctrine des Stoïciens (5).

(b) Les anciens supposaient que l’âme était un principe combiné d’air et de feu. Anima est ignis (4). Terra corpus est, mens ignis (5).

AUTORITÉS

(i) Macrob. I. l. in somn. Plat, in Phileb. Aristot. de Anima , l. i. — (2) Somn. S. ip. Pythag. Senec. ad Marciam. Id. de benef. I. III, c. XX. Pial, in Phœd. — Tous les pères de l’ Eglise. — (3) Clem.l. V, stromal. Vers Orphie/. Ldi. Syntagm. 1 . Natal l. II. Senec. de Çonsol. ad Elviam , c. VIII. Id. beneficior. I. IV, c. vil. Munil. I. 1. — (4) Phurnut. — (5) Epicharm. Zenon. Cicer.Tuscul. 1. Heraclii. apud Plut, et hic. de Orbe lunœ. Anaxi.m. Placit. pliilosoph. Anaxagor. Plat, in Phœd. Plut, de Homer. Arlemid. I. U , c. 1. Dion - Chysost. orat. 1.

352 LIV. IV. LA DÉGRADATION, dans des corps terrestres , dans des membres mortels. C’est alors que l’âme craint, hésite, souffre, espère , et que , plongée dans les ténèbres d’une obscure prison , elle oublie son origine.

D ès que la mort vient rompre ses liens , la trace des souillures contractées dans ce commerce subsiste encore , et ne peut s’effacer qu’au sein des plus rudes épreuves. Alors commencent les tourmens (i).

Des supplices expient les crimes. On est suspendu dans le vague des airs , ou plongé dans de vastes lacs , ou précipité dans des feux dévorans. Nous devons tous subir chacun notre expiation (2) aux enfers : ce n’est qu’à ce prix que l’on obtient d’entrer dans les Champs-Elysées; mais un bien petit nombre y est admis.

Lorsque la roue du temps a ramené l’époque qui doit achever de les affranchir de souillures , et ne leur laisser que l’étincelle pure de leur céleste origine , après une révolution de mille

AUTORITÉS

(1) Sera, ad Æneid. — (2) Turneb. I. xxil.

MYSTÈRES D’ÉLEÜSIS. 353

années («), un dieu les rassemble en foule sur les bords du Léthé ; ils y boivent l’oubli, et consentent à retourner sur la terre , à s’enchaîner dans des corps. ( Us parcourent ainsi ces régions fantastiques. )

Il est temps de nous retirer. Les deux portes ( i) du sommeil sont celles des enfers : l’une est de corne , et l’autre d’ivoire éblouissant : l’une sert de passage aux songes véritables , l’autre ne s’ouvre que pour les fantômes et les illusions. Venez, et laissons cette porte derrière nous. ( Ils sortent par la porte d'ivoire. )

REMARQUE

(a) Rénovation millénaire. Allusion aux révolutions des grandes périodes astronomiques (2).

AUTORITÉS

(1) Hom. Odyss. I. xix ; id. I. XI. — (y.) Plat, de Repub. I. X. Cœlius. Cieer. in Somn. Scip.

354 LIV. IV. LA dégradation:

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