DIANE
« Près de l’Académie (i) était une enceinte sacrée , où l’on voyait la statue de Diane très-bonne et très-belle, et une petite chapelle où l’on portait en procession la statue de Bacchus Eleuthère , tous les ans, en des jours marqués....
» Plusieurs fables sur différens dieux se trouvent unies ensemble dans les fictions sacrées sur tel jour du mois, et les statues et autres emblèmes religieux , composés des parties de ces différentes constellations , ont offert des groupes monstrueux qui ont été consacrés dans les temples, et surtout dans ceux de l’Egypte....
» En Arcadie , on trouvait , à côté de Cérès , Diane ou la lune (2) s’appuyant sur deux serpens : l’un est l’hydre qui monte avec le cancer, et l’autre le serpent du serpentaire qui finit de se coucher à cette même époque. Le chien qu’on voit à côté d’elle , est le chien céleste qui , au-dessous de l’hydre, monte avec elle en même temps que le cancer, et qui, pour cette raison, est appelé par Servius, paranatellon du cancer. La flèche céleste fixe le lever des derniers degrés du même signe , et remplit le carquois qui (lotte sur les épaules de la déesse. C’est ainsi qu’en rassemblant les parties des deux serpens , les constellations du chien et de la flèche qui fixent les
AUTORITÉS
(1) Pausan. Attic. c. II. — (2) Pausan. Arcad.
NOTES
divisions du cancer, domicile de la luné, on composa l’emblème astrologique ou la figure sacrée qui représentait cette déesse en Arcadie , près du mont Ménale. En suivant notre méthode, on parviendra à analyser les emblèmes religieux de l’antiquité et les statues des dieux les plus composés. La théorie des paranatellons ou des levers et des couchers des astres, et leur coïncidence avec ceux des signes, en seront la principale clef (i). »
(B), page 17.
« Les anciens croyaient que leurs dieux se plaisaient à recevoir beaucoup de titres et de surnoms différens , pour faire connaître par là l’étendue de leur pouvoir ( les Chrétiens les ont imités en cela dans leurs Litanies) ; mais, de peur de leur donner quelque nom désagréable , ils avaient soin d’accompagner ces attributs d’une formule corrective. Quor/uo nomine , quoquo ritu , quâquâ facie te fus est invocare : Siue Deus , swe Dea es. Ils n’osaient pas dire de quel sexe était le Dieu qu’ils invoquaient.
» Ce n’est pas encore là tout le cérémonial de la prière. Lorsqu’elle se faisait à haute voix , un ministre des dieux la dictait au peuple qui ne faisait que la répéter en autant de termes. Cela se pratique de même aujourd’hui chez les Chrétiens , Catholiques et Anglicans , et chez les Turcs (2). «
AUTORITÉS
(1) Pausan. Arcade — (2) Çérém. et Coût, re/i'g. t. 1. p. n.
NOTES
(C), page 53.
« Les Egyptiens et la plupart des Orientaux ( quels que soient des uns ou des autres ceux qui en sont les inventeurs) avaient, dit l’auteur de l’Histoire du Ciel, Une allégorie ou une peinture des suites du déluge , qui devint célèbre, et que l’on trouve partout (i) : elle représente le monstre aquatique tué et Osiris ressuscité. Il sortait de la terre des figures hideuses qui entreprenaient de le détrôner : c’étaient des géans monstrueux dont l’un avait plusieurs bras, dont l’aulre arrachait les plus grands arbres ; un autre tenait dans ses mains un quartier de. montagne, et le lançait contre le ciel. On distinguait chacun d’entre eux par des entreprises étonnantes et par des noms effrayans : Briarée , Othus , Ep h! ai tes , Encelade , Mimas , Porphyrion et Rcechits. Osiris reprenait enfin le dessus ; et , après avoir été maltraité , il se délivrait heureusement de leurs poursuites. Pour montrer combien ce tableau est historique , notre auteur traduit les noms particuliers que l’on a donnés à chacun de ces géans. Briarée , dit-il, signifie la sérénité renversée; Othus , les saisons dérangées ; Ephiallès , les nuées épaisses ; Encelade , le passage des torrens ; Porphyrion , les fractures de la terre ; Mimas , les pluies ; Rœchus , le vent....
» Dans presque toutes les fêtes , on pleurait sur les
(i) Pluche , Hist. du Ciel , t . i, c. i.
NOTES
malheurs que les dieux avaient jadis éprouvés , et l'on se réjouissait ensuite de leurs victoires. En Egypte , dans les sacrifices , on chargeait Typhon d’injures (i) , en même temps qu’on chantait les louanges d’Osiris, et l’on accablait de coups des figures énormes et effrayantes, que les Grecs , dit Diodore , ont par la suite appelées des géans , fils de la Terre (2). Ces figures énormes étaient exposées à l’entrée des temples ; avant d’y pénétrer, on les maudissait à cause des maux qu’on prétendait qu’ils avaient faits au monde , et l’on n’allait à ces temples que pour implorer contre eux l’assistance des dieux.
» Dans Hésiode , les premiers géans sont appelés Hècatonchires , fils du Ciel et de la Terre ; il les nomme Cotlus , Briarée , Gygès. Ils avaient chacun cinquante têtes et cent bras; le Ciel n’en put supporter la vue, et, à mesure qu’ils naquirent , il les cacha dans les sombres demeures de la terre, et les chargea de chaînes. La Terre , indignée de les voir traiter ainsi , engagea ses Autres enfans à les venger. Saturne fut le seul qui osa l’entreprendre ; il détrôna le Ciel , son père , le mutila ; et, de son sang que la Terre reçut dans son sein, il naquit encore d’autres geans avec les Furies et les Nymphes Mé/ies. Le Ciel détrôné fit des reproches à ses enfans ; il les nomma Titans , parce qu’ils avaient suivi les conseils de la Terre leur mère , et leur annonça qu’ils en seraient un jour punis. En effet , Jupiter , fils de Saturne , l’ayant encore , à
AUTORITÉS
(,1) Plut, dr Isid. — (2) Diodor. I. 1, s. 1.
NOTES
l’instigation de la Terre, détrôné à son tour, les Titans refusèrent de se soumettre à lui , et lui déclarèrent la guerre ; cependant quelques uns reconnurent Jupiter. Celui-ci défit les autres à l’aide des Cyclopes , Brontès, Sleropès , Ar ès , qui lui donnèrent le tonnerre et la foudre ; il fut encore secondé par ces mêmes géans que le Ciel effrayé avait renfermés sous terre. Appelés au secours de Jupiter , ces géans couvraient à chaque instant les Titans de trois rents pierres qui partaient à la fois de leurs mains; ils les poussèrent jusqu’au fond du Tartare, et les y renfermèrent dans un cachot d’airain, affreuse demeure , contenue dans les abimes de la terre et de la mer.
» Après la défaite des Titans, parut encore Typhée , fils de la Terre et du Tartare , monstre à cent têtes de serpent ; ses langues étaient noires ; un feu ardent partait de ses yeux , et toutes ses bouches proféraient des sons inintelligibles, semblables aux mugissemens des taureaux, aux rugisseftiens des lions qui faisaient retentir les montagnes de sifflemens effrayans. 11 serait devenu souverain des dieux et des hommes, si Jupiter n’eut arrêté ses efforts. Ce dieu, armé de son tonnerre, fait retentir la terre et les cieux ; la mer s’agite, et les flots, se poussant impétueusement les uns contre les autres, viennent se briser contre les côtes; la mer gémit , le ciel s’enflamme , Plut on est effrayé dans les enfers , et le bruit de la foudre de Jupiter rapporte la terreur jusque sous le Tartare, dans le ténébreux séjour des Titans. Il part de l’Olympe et brûle toutes les têtes du monstre qui tombe sous ses coups redoublés ; le feu dont elles sont embrasées se communique à la terre qui fond comme l’étain
NOTES. 4°7
dans les fourneaux ; enfin ce monstre est précipité dans le Tartare.
» De Typhée sont venus les vents nuisibles aux mortels et différens de Notus , de Borée , et de Zéphire. L’origine de ceux-ci est divine, et leur utilité répond à l’excellence de cette origine ; mais les autres , soufflant sur la face de la mer , font périr les navires et les nautonniers. Rien-ne peut garantir de leur rage ceux qui ont le malheur d’en être surpris ; ils se répandent avec une égale fureur sur la terre où ils détruisent les ouvrages des hommes ; et leurs tourbillons impétueux gâtent , renversent et corrompent tout. Typhon, dit-il ailleurs, est un de ces vents terribles et furieux ; et Astrée , autre géant, est le mari de l’Aurore et le père des vents bienfaisans.
» Telle est, dans Hésiode, cette fameuse anecdote que tous les poëtes, après lui, ont mise à la tête de leur théogonie, comme un des premiers événemens du monde. Il ne faut point ici beaucoup d’imagination pour apercevoir dans ce tableau une physique allégorique de quelque grand changement survenu à la terre. En effet, qu’est-ce que la théogonie d’Hésiode, sinon une physique confuse dans laquelle les phénomènes, les météores, les élémens, le feu, l’air, le vent, l’eau, la terre, le ciel, les rivières et les mers sont personnifiés et mis dans un ordre apparent de génération , suivant les idées de la physique ancienne et dans le style des temps allégoriques P
» Au milieu de ces peintures physiques , on voit encore les peintures morales et les générations métaphysiques de l’odieux Destin , de la Parque noire , de la mort ,
NOTES
de la misère, du chagrin, de la douleur, de la vieillesse 7 du travail , de la famine , de la guerre , etc. Chacun de ces mots y occupe son rang, et ce livre d’Hésiode tout entier ne nous offre que le tableau du mal moral et du mal physique qui se disputent l’empire de l’univers. » Boulanger, Antiq. dèv.
« Il est assez singulier que , dans tous les siècles et dans tous les climats, on se soit servi des mêmes emblèmes (1), pour personnifier les principaux phénomènes. Tous les peuples de la terre ont eu leurs géans auxquels ils ont donné la même vertu. Cette fable existait au Pérou (2) , pays rempli de volcans , où la nature se montre sous des aspects terribles ; et elle n’était pas moins connue au Mexique (3). On la retrouve encore au Japon (4) , dans l’île de Célèbes ou Macassar (5), située sous les feux brûlans de l’équateur ; chez les Guanches (6) , anciens habilans de Ténériffe , et généralement dans les contrées où l’homme est entouré d’objets imposans. On sait le rôle que les géans ont joué dans la mythologie des Scandinaves (7), et à l’autre extrémité de notre continent, parmi les Arabes (8), dont les fictions brillantes
AUTORITÉS
(1) Antiq. dèvoil. t. 1 , c. VI. Gébel.. Cal end. — (2) Hi.il. des Voyag. t. LI. — (3) Antiq. dèvoil . t. 1 , c. vi. Hist. des Voyag. t. xlvii. — (4) Kœmpser, 1. 111, c. 1. — (5) Hist. des Voyag. t. XXXIX. — (6) Id. t. VI. — (7) Introd. à V Histoire de Danem. t. 1. — (8) History of engtish poe/y, dissert. 1 ,
NOTES
sont la source du merveilleux qui s’est introduit en Europe. Les anciens expliquaient, par cette allégorie, la destruction du monde , et les effets qui en ont été la suite. Il n’est guère possible de se méprendre sur ie sens qu’elle présente , puisque les dieux qu’ils mettent aux prises avec les géans , sont ceux de la seconde classe , c’est-à-dire le soleil, la lune et les autres divinités de cette espèce : par où il semble qu’on ne pouvait mieux peindre le combat des élémens et la dissolution de la matière. »
Essai sur la religion des anciens Grecs.
•< Les géans si fameux dans toutes les mythologies par leur rébellion contre le plus élevé des dieux , n’étaient , dans le langage allégorique de l’antiquité, que les frimas du Nord qui combattaient et semblaient vouloir anéantir la puissance bienfaisante dû roi du ciel, c’est à-dire du soleil. On a très-bien remarqué que rien n'est plus célèbre dans lg mythologie Scandinave , ou dans l’Edda, que les géans de la gelée. Les voyageurs nous apprennent que cette crainte de voir détruire le soleil par les géans armés contre lui , subsiste encore chez quelques peuples de l’Inde. Dans le sacrifice qu’ils offrent chaque matin , ils ne manquent jamais de réciter une prière en faveur du soleil , et contre les géans .qui lui font la guerre. Aussi les Egyptiens terminaient-ils leur année par la fête de la Victoire. On se félicitait, en ce jour, de voir le monde échappé encore une .fois à la guerre des élémens conjurés. »
Loucher , Noies du poème des Mois.
NOTES
4io
(D) , page 345.
« La distinction des causes en actives et en passives conduit à celle des principes , qui tient assez naturellement à la première, et semble lui correspondre.
» Deux situations opposées, dans lesquelles se trouve l’homme jouissant ou privé de la lumière, lui ont fait imaginer deux substances de nature opposée , à l’empire desquelles il était tour à tour soumis , dont l’une contribuait à sa félicité, et l'autre à son malheur. La vue de la lumière multipliait ses jouissances, les ténèbres les lui ravissaient : l’une était donc son amie, les autres ses ennemis. Il attribua à l’une tous les biens dont il jouissait, et aux autres tous les maux qu’il éprouvait; en sorte que ces mots, lumière et bien , devinrent synonymes, comme ceux-ci, ténèbres et mal , le furent aussi.
» Comme le bien et le mal de l’homme ne lui paraissaient pas pouvoir découler d’une seule et même source, non plus que la lumière et les ténèbres, il fallut néces.sairement recourir à deux causes ou principes, séparés dans leur nature , et opposés dans leurs effets , qui versaient , l’un la lumière et le bien , l’autre les ténèbres et le mal dans l’univers.
•> Telle fut l’origine de la distinction des deux principes , admise dans toutes les théologies , et qui , conséquemment , forme une des bases principales de tout système religieux....;
» Les Juifs et lesChrétiens ont le bon Dieu et le Diable , le mauvais et le malin esprit, toujours opposé à Dieu.
NOTES. 411
Dieu est le chef des anges de lumière , et le Diable chef des anges de ténèbres.
» Les Chaldéens avaient leurs astres bons et mauvais; les Grecs, dans les temps fabuleux, eurent leur Jupiter et leur Pluton (i). J’ajouterais qu’ils avaient leurs géans et leurs Titans , qui empruntaient les attributs du serpent, dont Pluton (2) ou Sérapis s’entortille, dont Typhon, Ahriman et le Diable prennent la forme danj la théologie des Egyptiens, des Perses, des Juifs et des Chrétiens.
» Les habitans du royaume de Pégu (3) admettent deux principes; l’un auteur du bien, et l’autre auteur du mal : ils invoquent souvent ce dernier dans leurs maladies, et cherchent à le fléchir et à se le rendre propice , tandis qu’ils négligent assez l'autre , le croyant incapable de faire du mal
» Les habitans de l’ile de Java (4) reconnaissent un chef suprême de l’univers; mais c’est au malin esprit ou au mauvais principe qu’ils adressent leurs prières et leurs offrandes, pour qu’il ne leur fasse pas de mal.
» Les Moluquois ont des sorciers (5) appelés zwartgis , qui évoquent le malin esprit.
» Les sauvages des Philippines adorent le soleil, la lune et les étoiles, et rendent aussi un culte au malin esprit (6), à qui ils font des sacrifices. Le premier dieu est le dieu qui lance le tonnerre, et ils l’appellent Mag/ante.
AUTORITÉS
(1) Plut, de Isid. — (2) Ibid. — (5) Cont. d'Oiv. t. 1 . — (4) Cont. d Orci//. t. il. — (5) Ibid. — (6) Ibid.
NOTES
» Les nègres de la Cote d’Or (i) admeltent aussi deux dieux, l’un bon, l’autre mauvais, l’un blanc, l’autre noir et méchant : ils les traitent à peu près comme font les Péguans, dont, nous avons parlé ci-dessus. Ils s’occupent peu du premier, qu’ils appellent Bossum et Jangumon , c’est-à-dire bon homme. Ils redoutent le second, auquel, d’après les Portugais, ils ont donné le nom de démon ou de diable
» Les Hottentots ont aussi leur divinité méchante , qu’ils nomment Touquoa (a). Us la représentent petite, courbée, de mauvais naturel, ennemie des Hottentots, et source de tous les maux qui affligent le monde , au delà duquel sa puissance ne peut s’étendre
» Les habitans de l’ile de Ténériffe (3) reconnaissaient un dieu suprême , à qui ils donnaient le nom d’ Achguaya- Xerax , qui signilie le plus grand , le plus sublime , le conservateur de toutes choses. Ils admettaient aussi un mauvais génie , qu’ils appelaient Guyaotia.
» Les Madégases, ou habitans de l’ile de Madagascar, reconnaissent aussi les deux principes. Ils nomment le premier Jadhar , ou le grand dieu tout-puissant. Us ne lui élèvent point de temples, ils ne le représentent jamais soussdes formes sensibles , et ne lui adressent point de prières, parce qu’il est bon, et qu’il connaît leurs besoins, mais ils lui font des sacrifices. Le second , appelé Angetr
(i) Cont. d'Orvill. t. iv. — (a) Ibid. — (3) Cont. d' Orvill.
t. iv.
NOTES
reçoit sa part des victimes qu’ils immolent à l’autre. Ils donnent aussi la forme de serpent au mauvais principe , et supposent que ce génie cruel et sanguinaire a pris la forme de ce reptile (i).
» On retrouve à peu près les mêmes idées chez les Tapuyes , peuples de l’Amérique méridionale , situés presqu’à la même latitude que le sont les Madégases en Afrique. Ils reconnaissent les deux principes , l’un bon , l’autre mauvais (2) ; mais ils ne cherchent pas à gagner par leufs prières le premier, parce qu’étant naturellement bon, il ne peut faire de mai à personne. Us révèrent , au contraire, et ils invoquent le second, parce qu’il est colère, et qu’il nuit à ceux qui ne l’honorent pas.....
- » Il est certain que le système fameux des Asiatiques et des Egyptiens sur les deux principes, se retrouve partout en Amérique. Les habitans du Brésil (3) reconnaissent un mauvais génie , dont le nom approche fort de celui des Madégases; il s’appelle Aguyan. Ce génie leur cause beaucoup de frayeur, et on leur entend dire que plusieurs d’entre eux ont été changés en démons. Ils ont des devins qui se disent en commerce avec Aguyan , de qui ils prétendent tirer des oracles et l'art de guérir les maladies.
» Les Indiens de Tierra-Firme (4), qui pensent qu il
AUTORITÉS
(1) Sonnerai , Voy. de /And. t. 11 , /. iv, — (2) Voss. de Orig. idol. addcnd. ad. /. 1. — (3) Cont, d’Orvil/. i. v. — (4) Ibid.
NOTES
y a un dieu au ciel, et que ce dieu est le soleil , reconnaissent en outre un mauvais principe, auteur de tous les maux qu’ils souffrent ; et, pour l'engager à les traiter favorablement, ils lui offrent des fleurs, des fruits, des parfums et du maïs : car on a toujours traité les dieux comme les hommes puissans de qui on veut obtenir quelque faveur....
» Les Caraïbes admettent aussi deux sortes d’esprits (i) : les uns bienfaisans, qui font leur séjour au ciel, et dont chacun a le sien qui lui sert de guide sur la terre -, ce sont nos anges gardiens. Les autres malfaisans, sans demeure fixe , parcourent les airs pendant la nuit, et prennent plaisir à nuire aux mortels
» Les habitans de la Louisiane (2) reconnaissent aussi deux principes: l’un mâle , principe du bien, et l’autre femelle , principe du mal. Ces deux principes, selon eux, gouvernent tout le monde.
» Les Floridiens adorent le soleil , la lune et les astres. Ils reconnaissent aussi un mauvais principe (3), sous le nom de Toïa , qu’ils cherchent à se rendre favorable en célébrant des fêtes en son honneur.
» Les Péruviens révéraient Puchacamac (4) 1 dieu invisible, immatériel et auteur du bien ; ils lui opposaient Cupa'i , qui était l’auteur du mal; et, lorsqu’ils prononçaient son nom , ils crachaient à terre en signe de mépris.
AUTORITÉS
f 1) Conl. d'On i/l. t. v.— (2) Ibid.— (3) Ibid. — (4) Ibid.
NOTES
» Les Virginiens (1) reconnaissent un dieu suprême et bon, qui fait constamment sa demeure dans le ciel, et dont les bénignes influences se répandent sur la terre. Ce dieu est éternel, souverainement heureux, souverainement tranquille , mais en même temps souverainement indifférent. Ils en reconnaissent un autre plus actif, mais dont l’activité se tourne vers le mal. Il ne se mêle du monde que pour en troubler l’harmonie. C’est lui qui détruit les moissons , qui produit les tempêtes , et qui cause tous les ravages qu’éprouve la terre. On ne peut l’apaiser que par de fréquens sacrifices. On ne sait s’ils le subordonnent au grand dieu , et si c’est lui qu’ils appellent Okée ou Kiwasa , divinité à laquelle se rapporte presque tout leur culte.
» Les Canadiens et les Sauvages (2) voisins de la baie d’Hudson, adorent le soleil, la lune et le lonnerre : mais les divinités auxquelles ils adressent le plus souvent leurs prières, ce sont les esprits malins qu’ils redoutent beaucoup, comme étant tout-puissans pour faire le mal.
» Les Eskimaux (3), qui habitent cette contrée, reconnaissent un dieu d’une bonté infinie , qu’ils appellent Ukcouma , mot qui, dans leur langue, signifie grand chef. C’est ce dieu qui leur accorde tous les biens dont ils jouissent; et, en reconnaissance, ils chantent ses louanges et lui adressent des prières. Un autre dieu, nommé Ouikka , est l’auteur de tous leurs maux. Il fait naître les tempêtes,
AUTORITÉS
(1) Cont. d' Orviïï. t. v. — (2) Ibid. — (3) Ibid.
NOTES
il renverse les barques, il rend inutiles les travaux, et sa méchanceté le rend redoutable
» L’auteur d’un ancien ouvrage attribué à Origène (i) , dit que Pythagore avait appris deZarastha, le même peutêtre que Zerdusth, ou Zoroastre, qu’il y a deux principes de toutes choses; que l’un est le père , et l’autre la mère ; que le père est la lumière , et la mère les ténèbres. Il est bien singulier que nous trouvions la même définition des deux principes chez les peuples de la Louisiane. Quel a été le canal de communication entre la Perse et la Louisiane, et à quelle époque ces idées ont-elles passé en Amérique? Voilà une grande question à résoudre; nous en laissons à d’autres la solution. Revenons à Pythagore.
» Il pensait que les dépendances du principe lumière sont le chaud, le sec, le léger, le vite; et que celles des ténèbres sont le froid, l’humide, le pesant, le tardif (2), et que le monde tire son existence de ces deux principes
» Beausobre soutient avec raison que l’opinion des deux principes, et la tradition de la guerre qui s’allume entre eux, étaient une opinion philosophique fortancienne dans tout l’Orient, où ces chimères furent primitivement imaginées (3)
» Nous voyons pareillement dans l’Apocalypse (4), que
AUTORITÉS
(1) Origen. philosoph. — (2) Beausobre , Trait, du manich. t. 1. — (3) Id. /. 1, /. 1 , c. iii. — (4) Apocat. c. XXI, e. 11 et 23; c. XX, c. 3; c. IX , c. 2 , c. xvl j c. 10.
NOTES
/fI7
je dieu vainqueur qu’accompagne l’agneau, habite une ville qu’il remplit de sa clarté, tandis que son ennemi habite l’abime, d’où sort l’épaisse fumée qui obscurcit ^e soleil, et un royaume tout ténébreux. L’un est le dieu de lumière , et l’autre le prince des ténèbres dans la théologie des Chrétiens.
» Chacun de ces principes (1) a donné ce qui existe ; c’est-à-dire, la masse des biens et des maux de la nature, qui forment cette totalité , laquelle ne peut partir d’une seule source, comme le pensaient les Perses. Suivant leurs docteurs (2), le bien et le mal, le vice et la vertu, sont sortis du mélange de la lumière avec les ténèbres, sans lequel le monde actuel n’aurait jamais existé. Ce mélange doit subsister jusqu’à ce que le bien et le mal retournent à leurs principes. «
Origine des cultes.
(E), page 64, ligne 8.
« Après avoir considéré le soleil sous les traits de la jeunesse, et avec les formes astronomiques que prenaient ses statues à l’équinoxe du printemps, lorsqu’il passait dans l'hémisphère supérieur, séjour de la lumière et des longs jours, il faut le considérer à l’époque opposée de sa révolution, et au moment où, repassant l’équateur, il
AUTORITÉS
(1) Zend-Accst. p. 3j5. — (2) Hyde , p. i63.
NOTES