‹ Fêtes et souvenirs du Congrès de Vienne tableaux des salons par le comte A. de La GardeChapitre 26 sur 39 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Chanson du prince de Ligne sur le CODgrÈs. — La vie sur lu Graben. — La table d'hôte. — La chronique du Congres. — Les petites nouvelles politiques. — Do pendant a la mort de Vatel. — Le fromage de brie proclamé le roi des fromages. — Fctc chci le banquier Arnstein.

line foule nombreuse se pressait dans la petite salle dos redoutes masrruces. Cette réunion était, comme d'ordinaire, la révélation vivante d'un monde de plaisirs, d'amour, de séductions de toute espèce.

a Voici , me dit le prince de Ligne, un nouvel hôte fort peu attendu au Congrès.

— Quelque puissance déchue, mon prince?

— « Un hôte qui veut aussi prendre sa part de toutes ces joies : In peste, puisqu'il faut [appeler par ton nom. Elle désole, en ce moment, la Servie et menace de faire incursion ici en personne et sans plénipotentiaires. Mais rassurez-vous : les mesures sont prises: il ne sera pas besoin de conférences ni de traités contre çette importune visiteuse. «

i Depuis hier, continua-t-ïl , cette importante réunion des plus grands souverains et leurs augustes délibérations m'ont inspiré ........

. . . , . devinez ...... un traité philosophique? . ..... quelque ouvrage bien sérieux? des considérations de haute politique? . .

Non ; mais une chanson ;

chanson pour les uns, leçon pour les autres. C'est un Pont-Neuf qui n'a qu'un mérite: un quaml'heure ma suffi pour le faire. Mettez encore qu'il a été écrit avec la plume du grand Frédéric, seul trophée que j'emportai deSans-Sonci, et qui, elle aussi, a tracé des plans de batailles

et de petits vers ne valant pas mieux que les miens. »

Je le félicitai en riant.

— ■ Ne ries pas , reprit-il ; l'histoire du Confies ne ressemblera-t-elle pas à l'histoire de France? Un recueil de vaudevilles, a dit Ménage, serait , pour l'écrire j la pièce la plus essentielle. »

Puis , après un moment de réflexion :

— x Cette bagatelle sera pour mes amis seuls > mon enfant. Je n'ai pas oublié de quelle récompense la comtesse de Boufflers paya jadis la con ■ Santé vanité du comte de Tressait (i). Je n'ai que des mots alignés à opposer aux milliers de

H) On avait Tait, sur la comtesse do Houfflers (depuis, maréchale de Luxembourg), une chanson qui commençait par ces vers:

Quand Bonfûers parut & io cour,

On crut voir la mère d'Amour :

Chacun s'empressait à lui plaire.

Et chacun l'avait à son tour.

Soupçonnant le comte de Tressai) d'en cire l'auteur, elle Inidit : • Connaissez- vous celte chanson? Elle est si bien faite que , non seulement je pardonnerais à l'auteur, mais même je l'embrasserais. >

— i Eh bien ! lui dit Tressan , alléché comme lo corbeau de la fable , c'est moi , madame la maréchale. »

Elle lui appliqua un soufflet.

baïonnettes dont disposent les notabilités des trônes. La lutte serait trop inégale.

— « Mais à qui donc, mou prince, appartiendra le droit dédire ici la vérité, si ce n'esta vous?

— ■ Oui, assurément, par le privilège de mon

âge. n : .

Je me hâtai. de rompre la conversation. Involontairement, l'excellent prince en revenait toujours à ce constant sujet de ses regrets; Ohligéde céder le pas à des gloires plus modernes, il s'exprimait sur le présent avec mélancolie, mais sans amertume. Je me mis -à lui parler de ses œuvres militaires qu'il affectionnait particulièrement, et' auxquelles il attachait la plus haute importance. La postérité en a jugé autrement. Elle a placé au premier rang de ses titres à la célébrité ces saillies ingénieuses, ces considérations sur la société, les mœurs, les beaux-arts, qui échappaient sans cesse à sa brillante imagination. L'homme de guerre est aujourd'hui presque oublié : on admire toujours le littérateur gai et mafia, l'observateur impartial et spirituel. >

— <• J'ai légué ces œuvres, me dit-il, à ma compagnie des Trabans. Ce sont les réflexions d'un

vieux soldat dont on a cru l'expérience superflue. On en profitent du. moins après ma mort. ■

Décidément, le prince était dans un de ces accès de philosophie chagrine qui, de temps à autre, venaient l'assaillir, comme pour faire compensation à sa gaité juvénile; :il .

Son visage se rembrunissait : il prit mon bras. Nous fîmes quelques tours dans les salles; puis il sortit, et nous nous dirigeâmes silencieusement vers sa petite maison du rempart. .

Le lendemain matin je le trouvai, contre son habitude, levé et établi dans sa bibliothèque, qui était en même temps sa chambre à coucher clsou salon de réception, et qu'il appelait en riant le dernier échelon de son bâton de j>erroquet.

— « Vous venez, me dit-il, chercher ma chanson. Ecoutez donc cette élucubration poétique. <■

Et alors, d'une voix forte encore, il se mit à nie chauler cette bagatelle, intitulée \c Congrès damour, qui se répandit dans toutes les classes de la société, et fut répétée par les souverains euxmêmes (,).

(i) On ne sera pas fiché , je crois , de trouver ici celte

— - Emportez, cette copie : c'est une libéralité qui, je pense, ne causera pas un grand dommage à ma succession. U n'en serait pas de même de ces deux manuscrits que je retouche maintenant: l'un contient des considérations sur les campagnes malheureuses des armées autrichiennes dans

chanson composée par l'illustre vieillard quinze jours avant sa morl :

Ptemitr couplet Après une longue guerre, L'enfant allé deCytbère voulut, eu donnant la paix, Tenlràïienue un congrès, n convoqua en dilifpjnee Les Dieux qu'on put réunir, Et par une contredanse On vil le Congrès s'ouvrir.

Au bureau de Tberpsicore Dés le Mlr, jusqu'à l'aurore , On agitait des débats Sut l'importance d'un pas.

Minerve dltenoolera:

Cesses au moins un Instant.

Si voue ne voulerpa» faire A Vienne un Congres dansent.

Vénus et la Jouissance, Qui savaient bien que la danse Ajoutait à leurs appas, Voulaient qu'on ne ccss.1t pas.

La Sagesse doit se taire, Bit en riant le Plaisir, A Vienne l'unique affaire Est de traiter le plaisir.

Us masques entrent en danse ; Mars. Hercule et Jupiter Valsent un nouveau land 1er.

Soudain Minerve en furie Dit dans son courroux- Je crois Qu'à ce Congrès la Folie Présiderait mieux que mol. .

Taisez-vous, Mademoiselle, Lui dit l'enfant infidèle , Lalseei ces propos oiseux , Et llvrei-vous a nos jeux:

Assci longtemps sur la terre Votre saur nous fit gémir.

Laisse?,- nous après la guerre Respirer pour le plaisir.

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