‹ Fêtes et spectacles du vieux ParisChapitre 10 sur 23 · REQUESTE · texte numérisé non relu

REQUESTE

présentée à Monsieur

le Prévost

des Marchands

par cent nul provinciaux

ruinés, attendant l'entrée

Illustre Prévost des marchands,

Qui le serez encor deux ans,

Et puis après deux ans encor.

Tant vos vertus Paris honore ;

A vous cent mille Provinciaux,

Venus par Coches, par Batteaux,

A cheval, à pied, sur mazelte,

En poste, en carosse, en cliarette,

Angevins, Manceaux et Normans,

Champenois, Picards et Flamans;

Gens de Bresse, et gens de Bourgogne,

Gens de Languedoc et de Gascogne,

Limousins, Basques, Dauphinois,

Poictevins, Bretons, Rochelois,

Ceux de Touraine la fleurie,

Les braves de Beausse, et de Brie,

Les Provençaux, les Bearnois,

Les Auvergnats, les Lyonnois ;

Et pour le mieux dire en substance,

Gens de tout endroits de la France,

Yenus à Paris cjiaudement,

Logez dans Paris chèrement, Pour voir la triomphante entrée, A notre Reyne préparée.

Qu'on diffère depuis long-temps, Au grand malheur des siipplians, Dont par une longue souff"rance On pousse à hout la patiencp, A vous s'adressent humblement, Pour mettre fin à leur tourment.

A mesure que l'on diff'ère.

On voit augmenter leur misère, Qui d'abord avoit cent écus, Aujourd'hui n'en a presque plus.

Cependant l'IIoste impitoyable Veut toujours voir argent sur table :

Les auberges n'avancent l'ien, 11 faut toujours payer, ou bien Au premier mot, sans répartie, Il faut songer à la sortie.

Ce leur serait un grand chagrin, D'avoir fait un si grand chemin, Avec tant de frais et de peine, Et que leur dépense fut vaine ; Ils seroient tous au désespoir.

S'ils s'en retournoient sans rien voir.

Dans cette estât triste et funeste :

D'un seul poinct dépend leur secours, Si tout est prest dans quatre jours :

Autrement leur bourse ectant nette, Le cinquième ils feront retraite Et porteront cinq pieds de nez Dans le pays dont ils sont nez.

Veuillez empescher la disgrâce Dont le bruit qui court les menace.

Ainsi puissiez estre longtemps Illustre prevost des marchands.

Cette pièce, dont la forme plaisante cachait un réel dépit, eut le don de hâter l'événement. En effet, le 24 août au soir, des hérauts d'armes parcoururent les divers quartiers de la ville, annonçant l'entrée de la reine pour le surlendemain.

Aussitôt les ateliers se fermèrent, les bourgeoises préparèrent leurs plus beaux atours, et Paris prit cet air de fête qui de tout temps lui a été particulier. Dans la foule qui, par avance, se délectait de la vue des préparatifs auxquels on mettait la dernière main, des industriels de toute sorte allaient et venaient, proposant des souvenirs et des chansons de circonstance, des vers à foison, et aussi des anagrammes sur les noms des époux royaux. Ce jeu d'esprit était alors fort à la mode et, en vérité, l'on parvint, dans la circonstance, à des combinaisons tout à fait curieuses. C'est ainsi que l'on tira :

De MARIE-THÉRÈSE D'AUTRICHE :

Tu seras admirée et chérie.

Tu seras riche de mérites.

Astre très chéri de ma vie.

De LOUVS QUATORZIÈME, DOUÉ DE DIEU : 0 le doux roi que Dieu m'a destiné.

De MARIE-THÉRÈSE D'aUSTRICHE, REYNE :

Sera aimée du roy très chi'étien.

De MARIE-THÉRÈSE D'AUSTRICHE, INFANTE d'ESPAGNE Ange si hautement désiré de France et Paris. Ne mérites-tu pas d'estre reine de France. Ah! sage esprit : tu m'as destiné l'eine de France.

Ce dernier anagramme était à l'adresse de Mazarin. Et de fait la foule mêlait dans une même admiration le nom du cardinal à celui du roi et de la reine. On savait que le mariage qui avait eu pour résultat une paix ardemment souhaitée était son œuvre, et on lui savait gré d'avoir mené l'aventure à bonne fin. Il se tint à l'écart, cependant, lui, le grand acteur des drames qui venaient de se dénouer. Mais s'il ne parut point dans le cortège, il y fut représenté avec un éclat qui attira particulièrement l'attention dans le détail du merveilleux spectacle offert à l'admiration des Parisiens, en cette mémorable journée du 26 août 1660.

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