‹ Fêtes et spectacles du vieux ParisChapitre 9 sur 23 · CHAPITRE HUITIEME L'entrée de Marie-Thérèse d'Autriche · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME L'entrée de Marie-Thérèse d'Autriche

Les fètos sous Louis XIV. — Réjouissances publiques lors de sa naissance. — Les libéralités du sieur de La Rulière. — Les ambassadeurs étrangers. — L'entrée du roi et de la reine. — Le programme. — L'attente. — Les monuments décoratifs. — Requête présentée à M. le prévôt des Marchands par cent mille provinciaux ruinés, attendant l'entrée. — Les anagrammes royaux. — Le Cardinal. — Les réceptions à la place du Trône. — Le cortège. — Description détaillée du cortège et des costumes de ceux qui y ont figuré. — Le corps de ville. — Le Ghàtelet. — Le train du Cardinal. — Le train de Monsieur, frère du Roi. — Le chancelier Séguier. — La Maison du Roi. — Cavalcade de noblesse. — Le Roy et sa Cour. — La Reine. — La Reine-Mère chez M™" de Beauvais. — La première maîtresse de Louis XIV. — Fête de nuit. — La Flèche du Parthe.

Aussi bien, sous Louis XIV, le plaisir des yeux fut, à mainte reprise, satisfait.

La naissance de ce prince, attendue depuis vingt années, avait déjà donné lieu à des mani-

festations joyeuses, qui se traduisirent, à Paris surtout, par de brayanls ébats, « Cette réjouissance, a écrit un contemporain, fat si universelle que les plus tristes furent remarqués avoir renoncé à leur humeur, surpassant les autres en un excès de gaîté ; et les plus avaricieux tenoient chacun en admiration par les effets de leur prodigalité non-attendue. »

Ce trait visait-il un certain sieur de La Rulière, qui, en cette occasion, fit preuve d'une générosité sans pareille ? Il est permis de le penser; car le nom de ce personnage se présente à peu de distance, accompagné de la description de ses largesses.

Il fit ouvrir chez lui, paraît-il, une fontaine à quatre canaux, dont les ouvertures avaient un pouce de diamètre; il fît couler par ces fontaines, depuis midi jusqu'cà deux heures, des vins excellents et très recherchés; il avait aussi fait placer dans la rue, au-dessous des canaux bienfaisants, deux longues tables chargées de comestibles de toute espèce, particulièrement des cervelas, des jambons, des pâtés et des

gorges de porc ; enfin, non content de ces libéralités, il fit promener par la ville deux carrosses pleins de musiciens pour accompagner la joie des particuliers qui festoyaient dans leurs maisons. Un chariot suivait, d'où l'on distribuait, en passant, des pâtisseries, du vin et des viandes à tous ceux qui circulaient dans les rues.

Mais ce n'est là qu'un coin des réjouissances qui eurent lieu à cette occasion. Le soir, il y eut des feux d'artifice et des illuminations par toute la ville, et les étrangers eux-mêmes s'associèrent aux liesses générales, au point que les hôtels des légations d'Angleterre, de Venise et de Gênes furent les plus remarqués pour leurs lampions : l'ambassadeur d'x\ngleterre et ses gentilshommes jetaient, dit-on, des poignées d'argent par les fenêtres.

Le règne de Louis XIV fut donc propice aux fêtes de tous genres. Mais aucun spectacle, même le carrousel dont nous avons raconté le menu, ne dépassa, en somptuosité, celui auquel les Parisiens assistèrent en 1560, à l'occasion de l'entrée de Marie-Thérèse.

Le programme des fêtes projetées pour rendre hommage à la nouvelle souveraine avait été publié longtemps à l'avance. Il indiquait des magnificences sans pareille. Aussi la foule s'empressa-t elle d'accourir de tous les points de la France, pour jouir de la vue des splendeurs annoncées.

« Jamais les peuples qui sont privez six mois de l'année de laveûedu soleil, n'attendent avec plus d'impatience le retour de sa lumière que nous attendons le grand jour du Triomphe », disait un auteur du temps.

La ville s'était, en effet, surpassée dans ses préparatifs. Et à dire vrai, les monuments de circonstance qui décoraient la voie triomphale valaient seuls le déplacement. Depuis les halles du faubourg Saint-Antoine, par où devait se faire l'entrée, jusqu'à la place Dauphine, point extrême du défilé, ce n'étaient que portiques et amphithéâtres garnis des plus somptueux ornements. On disait merveille surtout de la décoration du Pont- Neuf, où figuraient tous les rois deFrauce, depuis Pharamond jusqu'à I^ouisXIV,

ainsi que de la pyramide, haute de cent pieds, qui s'élevait au milieu de la place Dauphine, sans préjudice du pavillon, faisant face à la Croix de Pique-Puce, où l'on accédait par vingt degrés, et au haut duquel s'élevait un trône si magnifique, que le nom en a été donné à l'emplacement où il se trouvait. Quant au cortège même, sa description dépassait de beaucoup tout ce que l'imagination la plus inventive peut se figurer en ce genre.

Ils étaient donc cent mille provinciaux venus à Paris pour assister à l'entrée de la reine. Mais un retard, auquel la malignité publique ne manqua pas d'attribuer une origine intéressée, vint contrecarrer les projets de nombre de ces visiteurs, et empoisonner la joie que la plupart d'entre eux se promettaient des magnificences annoncées. La vérité est que la cour était établie depuis deux mois à Vincennes, et que l'on remettait de semaine en semaine la solennité de sa venue à Paris. Aussi le mécontentement allait-il croissant, comme on en peut juger par

la très originale supplique qu'on va lire.

Page 1