SONNET SUR LA VILLE DE PARIS
Un amas confus de maisons.
Des crottes dans toutes les rues, Pons, Eglises, Palais, Prisons, Boutiques bien ou mal pourvues.
Force gens noirs, blancs, i-oux, grisons,
Des prudes, des filles perdues.
Des meurtres et des trahisons,
Des gens de plume aux mains crochues.
Maint poudré qui n'a point d'argent.
Maint homme qui craint le sergent, Maint fanfaron qui toujours tremble.
Pages, laquais, voleurs de nuict.
Caresses, chevaux et grand bruit, C'est là Paris, que vous en semble?
t;ilAPITRE NEUVIÈME Lei hôtes de la Ville de Paris.
Louis XI. bourgeois de Paris. — Il s'invite à souper chez le Prévôt. — Même démarche, de Marie d'Angleterre. — La foule. — Entrée du roi et de la reine par les cuisines. — l'ne vision de François I". — Réception de l'archiduc d'Autriche. — Les échevins refusent de recevoir le duc de Ferrare. — Réceptions d'Alphonse de Portugal , de Jaccfues V d'Ecosse, de Charles-Quint, — La collation d'Elisabeth d'Autriche, — Interprétation des histoires faites de sucre pour la collation de la Reine. — Louis XIV à l'Hôtel de Ville. — Le discours du prévôt. — Louis XIV en belle humeur. — Présentation de la duchesse de Bour- LTOtrne. — Le Service. — Visite du roi Louis XV.
En toute occasion la ville de Paris fut hospitalière aux rois et aux reines de France.
Louis XI, qui se faisait gloire de son titre de Bourgeois de Paris, fut le premier souverain qui vint s'inviter chez le prévôt :
« Le Roy, dit la Chronique, souppa en l'hos-
tel d'icelle ville, où il y eut moult beau service de chair et poisson, et y souppèrent avec luy plusieurs gens de grant façon, invitez et mandez avec leurs femmes. »
Le repas fut cordial et tout à la convenance du roi. Aussi déclara-t-il, en prenant congé de ses hôtes, « que Paris lui étoit tout, et que, s'il platsoit à Dieu qu'il y fût toujours avant ses ennemis, il étoit sûr de conserver sa couronne , ce qu'au contraire il n'oseroit espérer, s'ils le prévenoient en se rendant maîtres de cette ville. »
Louis XII, moins populaire, malgré son surnom de Père du peuple^ ne fut point un bote assidu de la maison aux piliers, — on appelait ainsi l'ancien Hôtel de Ville.
Par contre, la jeune épouse de ses vieux ans, cette Marie d'Angleterre, dont la « rose vermeille » fut si cordialement acclamée par les Parisiens, déclara, dans la joie de son triomphe, au prévôt des marchands, qu'elle viendrait lui demander à dîner.
Aussitôt, on se mit à l'œuvre pour répondre à la gracieuse démarche de la petite reine.
Mais le temps manquait, car, en enfant gâtée, la fille des Tudor s'était invitée du jour pour le lendemain.
Et la place manquait aussi, la maison aux piliers étant de proportions restreintes.
x\ussi se produisit-il une grande confusion, lorsque le couple royal se présenta devant la demeure municipale.
La foule en encombrait les abords, aussi bien que les issues, au point que le roi et la reice durent prendre le parti d'entrer par les cuisines, afin de ne point retarder le repas.
Mais le désordre n'était pas moindre à l'inférieur. Les porteurs de plats ne purent faire leur service. On manqua de tout, à la table royale, aussi bien qu'aux autres tables.
Ce qui n'empêcha point la jeune souveraine, toute enjouée, de déclarer qu'elle n'avait, en aucun temps, aussi agréablement dîné.
Son nouveau cousin, d'Orléans, était, il est vrai, près d'elle. Ce fut lui, qui, dans la suite, commença l'Hôtel de Ville. Combien de fois, trônant parmi les bourgeois de sa bonne
ville, ne dût-il point, devenu roi, tourner son esprit vers cette petite anglaise, qui avait eu un coin de son cœur.
Sous Louis XII également, la réception faite à l'archiduc d'Autriche, comte de Flandre, par la ville de Paris, fut des plus convenables, ce qui ressort des « comptes à cause des frais faits par ordre du Roy pour la venue et entrée nouvelle de M. l'archiduc et de madame sa femme, où furent donnés et représentés des mystères^ montant à 229 livres, 10 sous, 8 deniers parisis. »
Pour les hôtes de son successeur, messieurs les Echevins se montrèrent de composition variée. Lors du passage à Paris du duc de Ferrare, ils refusèrent net de le recevoir, bien que le roi ne demandât de leur bon vouloir que quelques « mômeries morisques » et quelques petits présents, le tout ne devant s'élever au plus qu'à la somme de cinquante écus. En cette occasion, la ville ne fit même point ce qu'elle avait fait antérieurement, lors du voyage d'Alphonse de Portugal, en novembre 1470. Alors,
elle avait envo^^é hors des murs, au-devant de ce souverain, « le prevost des marchands et des échevins, qui, pour la dite venue, furent vestus de rohes de damas blanc et rouge fourrées de martre, et conduisirent le roy portugais à la rue des Prouvaires en l'hostel de maistre Laurent Ilerbelot, marchand et bourgeois, où il fut recueilli. >■>
Pour le roi d'Ecosse, Jacque^^ dont l'alliance était importante, et qui devint le gendre de François ?% la municipalité se montra moins ménagère de ses écus. L'Entrée de ce prince et le souper qui lui fut offert à Gluny atteignirent la somme de 8,200 livres.
Mais ce fut mieux encore, lors du séjour de l'empereur Charles-Quint à Paris, lequel s'était remis au roi « de lui faire bailler potagers, cuisiniers et autres officiers de sa bouche, T>
François P"" s'était adressé, suivant l'usage, à la ville, et cette fois il fut plus favorisé que pour le duc de Ferrare.
— L'argent est court à la ville, ... enfin, on
fera ce qu'on pourra, avait répondu le premier magistrat.
Et, de fait, on fit largement ce qu'on pouvait faire.
A la Porte Saint-Antoine, l'empereur trouva le prévôt des marchands et les échevins qui tinrent le dais au-dessus de sa tête jusqu'au Palais des Tournelles. A la Porte Baudoyer, on représenta un Mystère^ qui prônait symboliquement les avantages de la paix. Enfin, le lendemain, la Ville offrit à son hôte un Hercule en argent, qui pesait près de 10,000 livres.
Charles-Quint fut très sensible à cette manière d'agir. C'est à cette occasion qu'il prononça la phrase bien connue :
— Paris n'est pas une ville, c'est un monde.
Parmi les successeurs de François P"", Charles IX se montra particulièrement agréable à la ville de Paris. Aussi celle-ci, désireuse de ne point demeurer en retard avec un souverain aussi bien disposé, ne négligea-t-elle aucune occasion de lui en témoigner sa reconnaissance. On a souvenir de la somptueuse Entrée que la
bourgeoisie parisienne fit à Charles IX. Celle de la reine, Elisabeth d'Autriche, ne fut pas moins digne de remarque. Nous n'en relèverons, pour ne pas tomber dans des redites , que la collation qui en fut le couronnement.
Cette collation eut lieu à rArchevèché.
Là se dressait une table garnie de friandises de toutes sortes, parmi lesquelles dominaient six pièces montées, en sucre, qui demeureront le chef-d'œuvre de la conliserie passée, présente et future. Qu'on en juge :