Genèse de l'humanité
Prétendrez-vous que le pays a subi des modifications géologiques?
Nous , nous répondrons que le Boundesech des anciens Parses représente le Touran comme un pays désolé habité par les mauvais génies, et nous ajouterons que partout où vous rencontrez le sable et le sel, c'est le signe irréfragable d'un terrain récemment conquis sur la mer.
Cherchez dans ces plaines désolées un seul vestige de civilisation, une seule ruine, un seul souvenir historique ou même fabuleux, vous ne le trouverez pas.
C'est un pays sans habitants, sans passé, sans tradition, sans légende, et c'est en vain que vous cherchez à en faire le centre d'une civilisation importante ; la vérité historique ne se remplace pas par Taudace de l'affirmation. Vous n'avez inventé les Touraniens que pour en faire le pivot de vos hypothèses ethnographiques.
En reconnaissant au contraire que l'Inde est l'ancêtre directe de la Chaldée, on se met d'accord avec rhistoire, la légende et les faits, et les habiUints de Babylone peuvent, comme leurs aïeux du Deccan, parler des langues différentes et cependant posséder les mômes croyances religieuses, les mêmes coutumes, la même législation, faire, en un mot, un peuple
uni par la communauté de l'origine et des traditions.
Ainsi s'explique la légende défigurée par la Bible de la tour de Bel ou de Babel, élevée comme un observatoire par les pasteurs du sud de Tlnde émigrés dans les plaines de l'Euphrate pour continuer leurs études astronomiques, et la fable de la confusion des langues n'est plus que la constatation légendaire de ce curieux fait ethnographique, à savoir, que les souverains d'Assur étaient obligés de s'adresser à leurs peuples en vingt idiomes différents.
Plus tard la tradition indo-chaldéenne est transportée en Egypte par Zerwan, Zerban ou Abraham, où elle se modifie, se transforme au contact des légendes hiératiques de Thèbes et de Memphis, que les compagnons de Manou-Vena avaient transportées des plaines du Gange aux rives du Nil. Et c'est ainsi que la Bible, dont chaque verset indique l'origine chaldéo- égyptienne, n'est qu'une dégénérescence assez grossière des conceptions religieuses des brahmes.
Ainsi pour nous résumer :
Toute cette admirable civilisation des Védas et de Manou est antédiluvienne , c'est-à-dire précéda le cataclysme asiatique qui fit sortir du sein des eaux, en les soudant à l'Inde et à la haute Asie, ces déserts de sables encore salés qui vont du golfe d'Oman à la
mer d'Aral et à la Caspienne, et se nomment le Bélouchistan, la Perse et la Tartarie.
Les émigrations indoues tentèrent le passage de ces terres encore mal asséchées, et poussèrent jusqu'aux rives deMashraou du Nil, où elles s'établirent. Le chemin ne fut plus oublié, et pendant des siècles, les esclaves, les décastés, les guerriers vaincus, du pays des brahmes, se réfugièrent dans les contrées nouvelles pour fuir la domination sacerdotale qui leur refusait la terre, le soleil et la liberté.
Ils allèrent droit devant eux , emportant leurs croyances, les vieilles traditions de leur berceau, les statues de leurs dieux, déposant partout en Chaldée, en Asie Mineure, en Egypte, en Grèce, ces légendes cosmiques, génésiques et diluviennes que nous retrouvons aujourd'hui dans ces différentes contrées, avec ce signe ineffaçable que portent au front toutes les conceptions du génie indou.
Au nord, lodha et Skanda traversaient la Caspienne et le Volga, et s'avançant à travers la Russie, allaient avec leurs compagnons porter l'âge du bronze et une civilisation nouvelle aux sauvages du silex et de la pierre polie des forêts de la Scandinavie, de la Germanie et de la Gaule.
Quelques siècles plus tard, le rameau des émigrations du sud par la Grèce et l'Italie se soudaient au ra-
meau du nord, et de leur union sortait la civilisation moderne.
Aujourd'hui l'Europe, par la même loi fatale d'évo- • lution, se répand au dehors, et dans plusieurs milliers d'années , les descendants des Américains , Australiens, Néo-Zélandais et Océaniens actuels, recherchant l'origine de leurs traditions reviendront fouiller le sol des ancêtres, maïs soyez sûrs qu'à cette époque il se trouvera là-bas comme chez nous quelques savants qui inventeront des Touraniqns, des Summériens et des Accadiens pour nier à l'Europe sa maternité.
Qu'on relise les fragments étonnants de Mauou que nous avons donnés dans la seconde partie de cet ouvrage, où se trouvent posées les bases de toute les constitutions sociales de l'antiquité, qu'on se souvienne de ce fait que le vieux législateur indou vivait* plusieurs milliers d'années avant le dernier cataclysme, et qu'on nous dise, s'il est possible, renversant la vérité historique, de nier la maternité de l'Inde.
1 D'après la chronologie des brahmes.