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Nous venons d'admirer l'orateur et l’homme politique, c’est à-dire l’homme public. Katrons maintenant dans la vie intime du citoyen ; nous y trouveron: l’homme de bien auquel on pourra appliquer, et à son avantage, cette sentence de Mme de Staël : ‘Ce n’est pas d'après leurs principes qu'il faut juger les hommes, mais d'après l'influence que ces principes ont sur ea conduite.”
M. Cherrier était le type du gentilhomme et du gentilhomme français surtout ; sa politesse était exquise, rafinée, au point que quelques fois vous vous sentiez mal à l'aise en lui parlant, On pouvait lui appliquer sans hésitation les paroles de Jean Jacques Rousseau : ‘“La véritable polivesse consiste à marquer de la bienveillance aux hommes.” Il était si délicat dans ses procédés, qu'on ne pouvait rien lui dire de désagréable; 1l vous répondait toujours de manière à vous forcer d'être convenable à son égard, Sur la rue il saluait tout le monde et les plus humbles recevaient de sa part des marques de courtoisie qui les rendaient fiers.
On cite de lui des traits d'extravagance, sous le rapport de la politesse, c'est certainement la seule extravagance qu'il se soit permise dans toute sa vie. L'expression : ‘poli comme M.
Cherrier,” était à l'état de proverbe.
M. David, dans sa biographie, rapporte un fait qui pouve mieux que tout ce que je pourrais dire combien il était délicat à l'égard de tout le monde :
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Lorsqu'il était en société avec les Mesieurs Dorion, il ne quittait jamais le bureau sans les saluer ainsi que les clercs.
Quelques fois il revenait sur ses pas, lorsqu'il était assez loin dans la rue, et, rentrant dans le bureau, il disait: “ Je vous demande bien pardon, Monsieur Decrion, mais vous ai.j: salué avant de partir ? ” “ Certainement,” répondait Monsieur Dorion. “ Ah! j'en suis bien aise.,.,..,, Je vous salue Monsieur Dorion” Et il repartait.
. Sa modestie était encore plus re marquable que sa politesse, Tont le monde sait qu'ik a refusé les plus hautes positions et que s’il eut voulu, il aurait été juge en chef de la Cour d'appel; et quand, en 1872, à l’occasion du cinquantième anniversaire de son entrée dans le barreau, ses confrères le félicitaient de cette modestie, en refusant cette position, il répondit :
Si j'ai refusé des hantes charges judiciaires, on ne doit pas m'en faire de mérite ; en les refusant, je n'ai fait qu'accomplir un devoir que m'imposait une conviction réfléchie et consciencieuse que je n'aurais pu les remplir à ma propre satisfaction et avec avantage pour le public.
Quand il fut question de coalition entre les con-ervateurs et moi, car il en fut question, tout le monde le sait maintenant, la difficulté était de trouver comme premier ministre un homme acceptable aux deux partis, Je songeai à M. Cherrier. Sa position 80ciale, sa fortune, son honorabilité, son patriotisme et sa grande expérience l'imposaient à tout le monde comme un homme propre à rallier les deux partis et à inspirer la confiance nécessaire dans les circonstances, Chaque fois que j'en parlais tout haut l'on me disait que c'était un rêve irréalisable, que jamais M. Cherrier n'accepterait une position entrainant une si grande responsabilité. Je compris moi-même qu'il falla't renoncer à ce beau projet ct qu’en effet, nous ne pourrions
jamais le décider, vu sa modestie, à se mettre à la tête d’un ministère de coalition.
Malgré tout, croyant à la nécessité de faire des efforts dsns ce sens et de sauver la province de Québec, de ses embarras financiers qui vont toujours .
s’aggravant, je lui en parlai un jour; Il me regarda d’un air étonné et me dit avec cette modestie qui lui était particulière : ‘ Vous n'y pensez pas, M. Mercier ! Comment voulez-vous que je me décide à me mettre à la tête d'un gouvernement où tous mes collè:
gues seraient mes supérieurs ? ” Cette remarque me prouva la justesse de la réflexion de Mme de Genlis qui disait: ‘“ Le caractère de la véritable vertu, c'est la modestie.” J'’abandonnai le projet, mais je restai con.
vaincu, comme je le suis encore au:
jourd'hui, que sa présence à la tête d'un gouvernement aurait rassuré Îs pays et inspiré aux honnêtes gen cette confiance qui était devenue la condition première du succès et du salut de la Province.
Il avait la répartic vive et fine! et ses anciens confrères out appris par expérience qu’il ne faisait pas bon de l'attaquer, Il savait répliquer avec esprit à ceux qui l’attaquaient ; tout en restant poli, il savait mettre son interlocuteur à sa place.
Doué d’une mémoire très heureuse, il citait les classiques avec un rare bonheur. Virgile, Tacite et Cicéron étaient ses auteurs latins favoris, Il ne manquait jamais son but dans une citation et provoquait l'admiration de tout le monde par l'exactitude et l’à propos avec lesquels il la faisait.
Il fut l'ami intime de Monseigneur Conroy, le délégué apostolique qui vint dans ce pays, il y a quelques années, pour ramener la paix dans les esprits des catholiques,
Et on cite de M. Cherrier un trait brulant d'ironie, en rapport avec ce saint évêque,
La veille du départ de Monseigneur Conroy après que sa mission si délieate eut été couronnée du succès que l’on sait, il était malgré son grand âge et ses iofirmités, au nombre des personnes qui étaient allées prendre con gé de l'eavoyé du pape. Celui-ci devait partir de bon matin de la gare Bonaventure et, prévoyant que M.
Cherrier commettrait l’imprudence d'aller lui serrer la main une dernière fois, il le lui défendit en termes formels et de manière à forcer M. Cherrier à renoncer à ce projet rempli de sourtoisie et d'égards vis-à vis de celui qu'il avait appris à estimer. Malgré sa promesse, pourtant M. Cherrier était à la gare le matin, et Monseignenr Conroy lui dit d'un ton sévère :
“ Mais M. Cherrier, je vous avais défendu d'être ici. ” ‘ C’est vrai, ditil, mais Votre Excellence ignore-t-lle qu'on n'attend que son départ pour lui désobéir ?”’ Allusion fine et délicate à ce qui devait se passer; car tous le monde sait, on l'a bien appris depuis, qu'il y avait des gens qui n'atten— daient que le départ de Monseigneur Conroy pour désobéir à ses ordres et recommencer cette guerre religieuse qui avait fait tant de mal au pays et mis à deux doigts de sa perte l’église canadienne,
Peu de personnes connaissent l’amitié qui liait M. Cherrier et feu Mgr Bourget. Je ne voudrais pas être indiseret, ni indélicat dans les révélations que je vais faire à cet égard, mais je me crois justifiable de dire que
ndant bien des années, ces deux Em distingués, et si bien faits pour s'entendre, étaient en relations continuelles et traitaient ensemble, dans l'intimité de leurs grandes âmes
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ls matières les plus importantes de Ia religion et de la patrie.
L'illustre Evêque lui faisait l'honneur de le consulter fréquemment, et l'on m'assure que daus les mémoires qu'il a laissés, et qui seront livrés à la publicité prob«tlement avant long— temps, il a su profiter avec avantage de l'expérience et des bons conseils de M. Cherrier ; et l’on attribue une part sérieuse à la confiance que Mgr Bourget avait pour la sagesse des conseils de M. Cherrier, dans la réserve remarquée dans le temps, avec laquelle, contrairement aux autres évêques de la Province, il a traité la question de la confédération, dans le mandement lancé durant les élections de 1867, Tout avait contribué à rendre ces deux hommes intimes; profondément religieux tous deux, y ce du même patriotisme, dévorés du même zèle, pratiquant la même charité et aimant également à faire du bien aux pauvres; ces deux hommes se touchaient à plus d'un point de vue. Leur amitié avait sans doute été inspirée par ce conseil de Pythagore: “ choisis pour ton ami l'homme que tu connais le plus vertueux.” Ou encore par cette grande pensée de Sénéque : ‘“ Dans la prospérité, il est agréable d’avoir un ami; dans le malheur, c'est un besoin.” [ls avaient à peu près le même âge mais appartenaient tous deux à deuxsiècles différents; avaient commencé leur carrière en même temps et s'é— taient également distingués dans leur sphère respective. L'évêque honorait le sacerdoce des mêmes vertus dont le citcyen honorait les fonctions laïques qu'il était appelé à remplir; et tout le monde a dit dans le temps que ces deux hommes remarquables auraient pu encore faire plus de bien aux grands intérêts qu'ils représentaient, en continuant à s'aider de leur expé-
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tiente et de leurs conseils mutuels, si la question de la confédération n'é tait poiut venue les éloigner quelque peu. Car, ce n’est un secret pour personne qu'à partir de 1867 leurs relations sont devenues moins intimes, malgré qu'ils aient conscrvé l’un pour l'autre les égards et le respect qu'ils se devaient et qu'ils méritaient si bien. Que d'événement, pourtant, les wnt rapprochés, Ils ont célébré la même année leurs noces d'or, celles de son entrée dans le sacerdoce pour l’un, et celles de son entrée duns le barreau pour l’autre: et la mort même s’est chargée de les unir de nouveau et pour toujours ; car ils sont partis pour un monde meilleur dans la même année et à quelques mois d’intervalies seulement; et, suivant l’ordre natu rel, M. Cherrier, qui était le plus vieux, partit le premier, et l’évêque, 4 l'était le moins, partit le second.
es deux grandes âmes sc sont rencontrées là bas pour recevoir la récompense due au: vertus qui les unissaient sur la terre,
M. Cherrier a été plus de 64 ans avocat. Il est facile, en conséquence, de se faire une idée de l'expérience qu'il avait acquise et des connaissances précieuses qu’il possédait, vant sous le rapport de la théorie du droit que sous celui de la pratique et de la jurisprudence,
Sa mémoire était aussi heureuse que son esprit était vif,et on ne |:
consultait jamais sur un point de loi, sur un précédent, sur une question d'histoire sans être sûr de recevoir exactement le renseignement désiré, Il lisait beaucoup, même dans les dernières années de sa vie ; on trouve de nombreuses preuves des recherches continuelles et savantes qu'il faisait en feuilletant les livres dont il avait l'habitude de se servir, On connaît
ses auteurs favoris par la place qu'ils occupaient dans sa bibliothèque ; et les nombreuses annotations qu ils con:
tiennent,
C'était une intelligence d'élite et un cœur d'or; €t il savait toujours rendre service tout en vous offrant des excuses pour Ja liberté qu'il prenait en vous obligeant,
Il parlait de ses confrères avec les plus grands égards et savait reconnaître le talent et l'apprécier avec une délicatesse ext ême et une justesse remarquable, Îla survécu à plusieurs générations d'avocats et de juges et se trouvait conséquemment en état de vous renseigner exactement sur les capacités, l'éloquence et les spécialités de chacun,
Dans le vieux Montréal, les plaidoiries faits au palais, étaient des évènements ; on allait les entendre comme on va aujourd'hui entendre une pièce de théâtre. Dans ce temps-là les avocats faisaient des discours aux juges qui avaient le temps et la patience de les écouter, et la bonté de les admirer.
Aujourd'hui on ne fait plus de discours aux juges; on les abrutit avec des plaidoyers secs et arides, et ils se vengent bien en rendant leurs juge ments. Alors on plaidait pour gagner ; maintenant on plaide pour aller en appel ; et si nos magistrats ne jugent pas aussi bien, c'est peut-être parcequ'on plaide plus mal.
En répondant au toast qui lui avait été porté, au banquet donné par le barreau en son honneur, en 1872, M. Cherrier disait :
A l'époque où je suis entre au barreau brillait à Québec et à Montréal, una constellation d'avocats célèbres par des talents de premier ordre, par des connais= + sances légales étendues et une éloquence souvent entraînante. {ls étaient dignes
du
d'entendre ces paroles flatteuses que l'un de nos gouverneurs les plus éclairés, à la suite d’une séance de la Cour d'appel qu’il avait présidée, adressait à un avocat éminent. 1Illui dit en lui serrant la main :
“Vous faites honueur à votre pays.” C'était à M. Vallières qu'il s’'adressait.
C'est de lui aussi qe M. Andrien Stewart avocat lui-même très éloquent, rt qui avait entendu Lord Brouham etle célèbre Dupin, disait qu'il s'exprimait en Anglais comme le premier et en français comme le second.
Ces éloges n'étaient pas exagérés. Les connaisseurs en éloqnence, qui avaient entendu dans le parlement anglais des maîtres de la paro'e, se plaisaient à dire que des hommes comme sir James Stewart auraient pu briller par leur éloquence sur ce théâtre remarquable.
Son père, M. Andrew Stewart, ne lui était guère inférieu: sous le rapport de l'éloquence et l'emportait sur celui de l'imagination et du tal:nt littéraire
Parmi ces avocats il y en avait qui, par la variété de leurs connaissances, par leur goût littéraire, par l'urbanité exquise de leurs manières et par la finesse de leur es.
prit auraient bien pu faire l'ornement d'un salon européen, et y être recherchés comme ils l’étaient dans les nôtres. L'aimable, le spirituel Plamondon a toujours exercé sur moi, lorsque je l'ai rencontré, une véritable
fascination, et un charme dont j'avais pei- :
ue à me rendre compte.
Mais à mes yeux,le plus grand mérite des membres de ce que je crois pouvoir appeler l’ancien barreau, leur plus beau titre à la gloire et à notre reconnaissance, c'est d’avoir revendiqué pour leur pays les libertés constitutionnelles, et combattu avec énergie et persévérance ceux qui auraient voulu y porter atteinte.
C’est grâce à l'étendue de leurs connaissances er droit constitutionnel et à l'usage qu'ils en ont fait que notre régime politique a pu acquérir les développements dont nous avons été témoins ; c'est grâce à leurs sentiments généreux et à leurs patriotiques aspirations que nous jouissons de tous les avantages que procure à une société le régime constitutionnel, quand «ile a le bonheur d’en être dotée. C'est en se prévalant de principes du gouverne.
fent anglais et en étudiant l'histoire des
pays libres qu'ils ont obtenu ces maguifiques résultats.
Honneur donc et reconnaissance à la mémoire de ces avocats illustres qui ont laissé à leurs successeurs un héritage de science, d'éloquence et de patrio’isme.
Eavironné, comme j'ai l'avantage de l'être, de confrères d'origines diverses, Je suis benureux de pouvoir dire que des avocat de toutes natioualités ont pris part à c:8 luttes glorieuses et ont contribué puissamment au triomphe et au succès qui les ont cuuronnées.
Le temps ne me permet pas de m’arrêter sur chacun des avocats qui ont illustré l'anciei barreau ni de caractériser Île genre de leurs talents ou de leur éloquence; Les uns se sont distingués par une dialectique subtile et une vigueur d'organisation irrésistible ; tel que les Bédard, les Moquin; d'autres dont l'imagination était plus vive, les goûts littéraires plus prononcés, tempéraient l'aridité des plaidoïies par les beautés que leur fournissaient les réminiscences des auteurs classiqnes ; tel que les (Sullivan, les Quesnel, d'autres possédaient cette éloquence eutrainante propre à arracher à un jury un verdict d'absolution en fr ‘eur d'un accusé innocent.
Le nombre de ces avocats qui ont illustré l’ancien barreau est considérable. Ou peut citer comme ayant un grand dégré d'éminence les Stewart, les Bédard, les Viger, les Papineau, les Quesnel, les O’Sullivan et d’autres dont les noms m'échappent.
Un mot sur le barreau contemporain, que j'appelle ainsi parcequ’il se compose de mes contemporains, dont les membres ont ausei été pour la plupart moissonnés par ia mort ; ceux qui ontété épargnés sont en petit nombre ; semblables aux rares épis qui restent sur le champ après que le faucheur a pussé.
Ce n'est que justice de dire que les traditions de science, d'éloquence et de patriotisme laissées par les anciens avocats se sont perpétuées parmi leurs successeurs, et que ces derniers les oat religieument recueillies. Le barreau contewporaire a aussi compté des avocats qui se sont illustrés par leurs talents, leur éloquence, leur science légale ; défenseurs zélés, comme leurs prédécesseurs, des librtés publiques, ils ont toujours été prêts
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à donner le concours de leurs lumières et de leur éloquence à toutes les causes qui demandaient de l'élévation das les idées, de la générosité dans les sentimeuts, de l'énergie dans le caractère, du dévouement et du patriotisme
L'une des réminiscences qui me sont les plus chères, c'est de songer que j'ai été convié à joindre mes fuibes efforts aux leurs dans les luttes provoquées par une liberté menacée ou par une persécution politque. Le barreau de mon temps s'est montré comme toujours, défenseur du droit outragé ou de libertés violées.
C'est avec plaisir que je reconnais avoir eu dans cette cause sacree la coopération de collèges ‘appartenant aux ditférentes nationalités, et même à des cou:eurs politiques diverses.
Dans les pays litres, les avocats se sont toujours montrés les champions généreux de la liberté et notre barreau n’a rien à envier aux autres sous ce rapport.
Ainsi parlait M. Cherrier de ses confrères au barreau ; il nous a donné là une grande leçon que nous ferions bien de suivre. Avouons-le, nous n’a-— vons pas la même charité, ni le même espr t de justice. La jalousie, ce défaut des petits hommes, menace de prendre racine parmi nous ; soyons sur nos gardes, et en admirant les grands caractères de nos prédécesseurs, tôchons d'imiter leurs qualités et de nous débarrasser des défauts qui tendent à diminuer le prestige de notre ordre.
M. Cherrier eut le bonheur d'avoir pour protecteur l’un des hommes les plus riches et les plus distingués du pays, Denis Benjamin Viger, qui en fit son héritier.
Il ne manquait jamais une occasion de parler de lui dans les termes les plus émus et avec la plus vive reconnaissance. Il écrivit sa biographie, racontant sa vie intime et politique, faisant connaitre son éloquence et admirer son patriotisme. [lle défendit
contre les accusations et les calomnies dont ce vieillard respectable fut l’objet de la part d'adversaires sans scrupule, et quoique ses opinions religieuses n'aient jamais laissé de doute pour personne et qu'il se fit un Les.
neur d'observer le culte de ses pères, M. Cherrier n’a pas reculé devant la tâche de défendre la condujte que M.
Viger avait cru devoir tenir lors du nd sur les biens des Jésuites, en
La Minerve, qui a sali bien des réputations, depuis qu'elle est entre les mains de gens qui n'en ont guère,
avait dit de M, Viger :
Nous n'avons pas le temps d'exprimer toute l'indignation que nous ressentons en voyant cette fois encore ces deux hom mes, l'honorable Denis Benjamin Viger et l'honorable Denis Benjamin Papineau, voter contre leurs compatriotes et leurs coreligionnaires. (Ce n'était pas assez que le gouvernement se fût emparé illégalemout de ces bi-ns (les biens des jésuites,) ce n'était pas assez qu'il en eût, à l'insu de la législature, vendu une partie, il fallait encore que ces messieurs vinssent, en votant contre la pétition des évêque, protester contre un acte de justice envers leurs compatriotes.
Ils se sont enfin montrés à nu ; ils ont enfin douné la preuve irrévoquable que le rôle qu’on leur fait jouer est un rôle d'apostasie politique et religieuse. La journée de vendredi a été pour ces deux hommes une journée de malheur ; ils achèvent, en cffet, de perdre leur popularité et leurs portefeuilles.
Cette attaque de la Minerve avait été reproduite le 16 janvier 1874 par le Nouveau Monde, qui ajoutait :
Et quelques jours plus tard, en effet, le vénérable vieillard, la honte et le remord dans l'âme, se résignait, comme dit la Minerve, à résigner, et emportait avec lui à la fin d’une longue et belle carrière un regret qui l'a suivi jusque dans la tombe.
Mais, certes, si cette erreur est une tache sur la mort, d’ailleurs si honorable, de M.
Viger, le chatiment qu’elle lui a attiré est
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ne preuve éclatante que le Bas-Canada he fut pas complice.
M. Cherrier, dans la Le pm dont nous avons parlé, venge M. Viger de ces attaques qu'il considère comme injustes, et après avoir rappelé les diverses phases par lesquelles cette question des biens des Jésuites a passé, avoir cité le texte même de Îa loi basée sur le rapport d'un comité de la chambre proposé par l'honorable Auguste Morin avec le concours de MM, Devwitt, Lafontaine, Laferrière, Leslie et Scott en 1832, il termine en disant :
Si quelque chose peut démontrer jusqu'où l'esprit de parti peut entrainer les hommes les plus honnêtes et les plus éclairés, c'est la démarche adoptée dans cette occasion par M. Morin en proposant un amendement dont l'effet était de mettre de côté les dispositions d’une loi en vigueur sans en dernander la révocation.
Il est à remarquer que l'acte de la 9me Victoria, chapitre 59 (1846) n’appropriait les revenus des biens des jésuites qu’au soutien des établissements du Bas-Canada, conformément aux dispositions de l'acte de 1832. D'ailleurs, en demandant la révocation de ce dernier acte ou aurait fourni aux habitants du Haut-Canada un prétexte de réclamer une part de ces biens, le Haut- Canada ayant fait partie de la Nouvelle- France à l'époque où les J'ésuites en étaient devenus propriétaires. Du reste, personne ne sougeait que l'amendement de M. Morin eût aucun succès; tous savaient ce succès impossible ; mais on croyait en le proposant embarrasser l'administration, aflaiblir son influence, surtout celle des ministres qui représentaient le Bas-Canada.
Voici ce que répondait à une lettre, qui lui était adressée par l'auteur de ces re marques, une personne qui à beaucoup vu M. Viger dans ses dernières années et qui avait eu avec lui d'assez longs entretiens sur la politique et les affaires publiques :
J'ai remarqué dans les journaux les allu sions assez peu respectueuses faites à la mémoire de M. Viger, à propos de ce vote gur l'amendement de M. A. N. Morin, et j'ai déploré de voir revivre cet esprit de parti
pris avec lequel urte portion de Îa pfessè Canadienne à toujours jugé les actes de deux des gloires de notre nation.
Est-ce qu'on ne pourrait pas aussi bien dire que l'amendement de M. Morin, était un mryen d'embarrasser le gouvernement et de faire du capital politique, comme cela se voit si souvent sons notre régime ?
M. Viger m'a souvent parlé de cette époque de sa vie et toujours dans le seus que vous indiquez vous-même. ;4,,:.,..4
Et puis l'opinion de l'illustre vieillard sur les droits de l'église, sur les question de propriété et de justice, a été trop souvent et trop éloquemment exprimée dans les discours, les écrits et les actes de su longue vie pour qu'on ait le droit de choisir uw vote isolé et injurier sa mémoire comme où vient de le faire.
Quant à la retraite de M. Viger du con seil exécutif, continue M. Cherrier, elle se trouve suffisamment expliquée par les modifications qu’on avait alors jugé à propos de faire subir au ministère dont il faisait partie. Du reste, personne ne pouvait songer que le vote de M. Viger sur lx question des biens des jésuites eût la moindre influence sur sa résignation comme ministre. Cette supposition était trop absurde et trop en contradiction avec les opinions qu’il avait exprimées lurs de ce vote et celles qu'il a constamment exprimées depuis pour qu'ou puisse s'y arrôter un moment.
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J'ai fait ces citations, non pour prendre aucune . respénsabilité sur ane question sur laquelle je ne suis pas appelé à me prononcer dans le moment, mais seulement pour démon:
trer que le système suivi de nos jours par une certaine presse, est bien le même que celui qu était suivi il y à 40 ans, à l'égard des hommes les plus respectables de notre pays.
Au lieu de juger les questions politiques sur leur mérite, nos adversaires, vec une injustice qui est tout un système, ne manquent jamais l'occasion d'y mêler des considérations religieuses, propre à soulever les préju* gés et à fausser l'opinion publique.
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Si ceux qui out écrit ces lignes injustes, à l'égard de M. Viger, vivent encore aujourd'hui, ils doivent être bien scandalisés de vrir que Rome, toujours si jalouse des droits de l'église et si peu disposée à transiger avec les principes, vient de permettre à l'archevêque de Québec de disposer à sa discrétion et au meilleur de son jugement, de ce qui reste des biens des Jésuites dans la province. On peut, ce me semble, opposer avec succès, à cette critique malveillante, les paroles
si justes et si pleines de charité, que:
Mgr Bourget prononçait le 24 juillet 1864, en réponse à l'adresse que lui présentait Cherrier, en même temps que s0n portrait qui orne aujourd’hui les salons de l'Evêché :
C'est aussi pour moi, M. Cherrier, un grand bonheur de me trouver en présence de votre très digne parent, l'honorable D. B. Viger, qui, toute sa vie, fut le tendre ami et le généreux défenseur de sa patrie, qui, avec son bien-aimée cousin, le prenier évé.
que de ce siège, a été le fondateur de l’évêché de Moutréal ; qui jouit encore de ces précieuses largesses, et dont la religion bien connue nous fait croire à son bonu— heur éternel.
(L'Ordre, 29 juillet 1864 )
Cet hommage rendu à la mémoire d’un grand citoyen nous permet de dire qu'on ne saurait trop flétrir les écrivains qui d'une question politique font une question religieuse et travaillent constamment à salir les plus belles réputations de notre pays afin d'en tirer quelqu'avantage pour leur parti.
Ces écrivains déshonorent le journalisme, et c’est le devoir de tous les honnêtes gens, à n'importe quel parti qu'ils appartiennent, de protester contre ce système de dénigrement. À ces écrivains sans vergogne et sans principes, nous dirons :
‘ Avant d'attaquer les principes d'hommes comme les Cherrier, les Vi-
ger et comme tant d’autres illustration de notre ee cherchez à imiter leurs vertus, Et quand vous aurez atteint ce degré de respect auquel ils se sont élevés, alors, mais alors seulement, vous aurez le droit de parler de leurs principes ; jusque-là taisez-vous ; vous n'êtes pas dignes de les juger.”
M. Cherrier, suivant le précepte de Solon : ‘ Le moyen le plus sûr et le plus prompt pour repousser l'injuse, c'est de l'oublier, ” a oublié les injures adressées à son bienfaiteur ; comme d’ailleurs, j'en suis sûr, la famille de M. Cherrirr a déj\ oublié les injures qu’un pauvre fou de Québec adressait, le lendemain de sa mort, à celui dont j'essaie de faire l'éloge ce soir.
Encore une fois, je veux être parfaitement compris ; je ne me prononce pas sur le mérite de cette question des biens des Jésuites et je ne suis pas prêt à dire dans quel sens elle devrait être réglée définitivement, ni jusqu'à quel point on peut ignorer les droits des intéressés dans ia solution finale de cette question délicate, set je veux me réserver et réserver à mes amis, la plus grande liberté d'action à cet égard ; mais je tenais à profiter de cette circonstance et en suivant l’exemple de M. Cherrier, d’un homme dont l'orthodoxie en matière religieuse ne peut être soupçonnée, pour condamner sévèrement ces nains de la presse conservatrice qui ont l’insolence de s’attaquer à des réputations aussi respectables et à des citoyens aussi intègres que les Viger, les Papineau, les Cner- :
rier, ete., etc.