NON SEULEMENT SOUS MES COTES
Non seulement sous mes côtes en ma poitrine soulevée,
Ni en soupirs la nuit, furieux, mécontent de moi-même,
Ni en ces longs soupirs mal étouffés,
Ni en maints serments et promesses violés,
Ni en la volonté de mon âme obstinée et sauvage,
Ni en le subtil aliment de l’air,
Ni en ce battement et broiement à mes tempes et mes poignets,
Ni en la curieuse systole et diastole là-dedans qui cessera un jour,
Ni en maint désir vorace confié seulement aux deux,
Ni en cris, rires, défis qui m’échappent quand je suis seul au loin dans le désert,
Ni en halètements rauques entre mes dents serrées,
Ni en paroles prononcées et renvoyées, paroles jaseuses, échos, paroles mortes,
Ni en les murmures de mes rêves tandis que je dors,
Ni les autres murmures de ces incroyables rêves chaque jour,
Ni en les membres et les sens de mon corps qui continûment vous prennent et vous renvoient — non, point là,
En rien de tout cela, ô attachement ! ô pouls de ma vie ! N’ai-je besoin que tu existes et te montres davantage qu’en ces chants.
DU DOUTE TERRIBLE DES APPARENCES Du doute terrible des apparences,
De l’incertitude après tout, si nous ne sommes pas le jouet d’une illusion,
Si peut-être la confiance et l’espoir ne sont pas que spéculations après tout,
Si peut-être l’identité par delà le tombeau n’est pas qu’une belle fable,
Si les choses que je perçois, les animaux, plantes, hommes, collines, eaux brillantes et courantes,
Les cieux de jour et de nuit, couleurs, densités, formes, si ces choses ne sont pas (et elles le sont assurément) que des apparitions et s’il ne nous reste pas à connaître ce quelque chose qui est réel,
(Que de fois elles s’élancent hors d’elles-mêmes comme pour me confondre et me railler !
Que de fois je pense que ni moi n’en connais ni aucun homme n’en connaît le moindre mot),
Si elles ne me semblent pas ce qu’elles sont (et assurément elles ne font bien que sembler) de mon point de vue présent et ne se trouveraient pas (et naturellement cela serait) n’être rien de ce qu’elles apparaissent, ou même rien du tout, de points de vue entièrement différents ;
Pour moi ces questions et leurs pareilles sont curieusement résolues par ceux qui m’aiment, mes amis chers,
Quand celui que j’aime chemine avec moi ou reste un long moment assis en me tenant par la main,
Quand l’air subtil, l’impalpable, le sens que mots et raison ne contiennent pas, nous enveloppent et nous envahissent,
Alors je suis chargé d’une sagesse inouïe et indicible, je reste silencieux, je ne demande rien plus,
Je ne puis résoudre la question des apparences ni celle de l’identité par delà le tombeau,
Mais je me promène ou reste là, indifférent, je suis satisfait,
Celui qui me tient la main m’a complètement satisfait.
GALAMÜS