‹ Feuilles de route aux Etats-UnisChapitre 17 sur 43 · RAT · texte numérisé non relu

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guons mieux en approchant. Vers sept heures,

notre escadron fait son entrée 10 la cour de Yancee’s Camp.

Yancee’s Camp n’a rien d’un camp. Il faudrait traduire ce mot par la Logette du père Yancee.

F5 : Dans ce pays perdu, où l’on ne rencontre âme qui

vive à plusieurs lieues à la ronde, le père Yancee a construit une cahute où s'arrêtent les mineurs,

entre Bozeman et Clarks Fork. C'est un solide

vieillard, dont les cheveux blancs retombent sur

__ compagnent partout. Il porte un grand feutre à Lu

à les épaules; la figure est allongée par la barbiche; les pommettes saïllantes et les yeux vifs dénotent

un énergique pionnier. Deux gros molosses l’ac-

larges bords, une casaque de cuir et des bottes 1 éperonnées. [l était autrefois mineur; un coup de

grisou lui a défoncé le crâne; mais il n’y paraît 2: plus. Il tient dans sa cabane de bois un petitcom.

FBUILLES DE ROUTE si merce à l’usage des rares ouvriers qui passent, . à cet « hôtel » ressemble plutôt à une épicerie. Dans À l'unique pièce du bas, il y a un comptoir, des __ boîtes de conserves, de la mercerie, des caisses de …

tabac, des pipes, des manches de fouet. Depuis

ces dernières années, les touristes commencent à

venir, et il a élevé une seconde cahute où sont les

chambres à coucher. Si les planches des cloisons

. joignaient un peu, si on n’y apercevait pas de son

lit les étoiles du ciel à travers les poutres des pla-

- fonds, s’il y avait moins de moustiques, de rats et d'araignées, si on ajoutait par ci par là un escabeau pour meubler les pièces, cette auberge serait très confortable. Le régime en est fort sain,

semblable à celui des anachorètes, car on n'y vit guère que d'œufs et de lait. Ainsi que disait Dumas

. père en décrivant les hôtelleries espagnoles, le

Yancee’s Camp est comme l’amour, on n’y trouve

que ce qu'on y apporte. | Le père Yancee est, d’ailleurs, un fort aimable homme. Il a chez lui, en même temps que nous, deux ouvriers et un ts ils ont l'air d’être plus Re

maîtres de la maison que lui-même. Les tou- à

; ristes, nos devanciers, ont gardé de lui le meilleur

souvenir, Car il nous montre les lettres qu'ilena

reçues, les photographies prises dans les environs, qu'ils ont développées à leur retour et qu’ils lui ont expédiées. Le père Yancee avec ses chiens est ainsi photographié à plusieurs exemplaires et

Un de ses visiteurs, ému . sa bonté et des merveilles de la nature en ce pays sauvage, a voulu qu’il pût sanctifier le dimanche et prier le créa-

ur de tant de belles merveilles. I] lui a envoyé un harmonium et un tabouret de piano : ces meu- : bles sont d’un faste oriental en cette cabane, où

s trappeurs ronflent dans les hamacs au-dessus de leurs chiens fourbus.

La forêt pétrifiée est à plusieurs milles de Zoghouse. Il faut longer un lac, des marais peu rasrants où grouillent les serpents, gravir la côte au- -dessus d’un ravin au fond duquel un torrent gronde ie les rocs pointus. Au bout d’une

sabots, griffes, pattes : c’est l'abreuvoir de la faune locale. Elques, antilopes, écureuils, fouines, hyènes, buffles, bisons, panthères, ours, loups, renards, reptiles peuplent toute cette région mal

léger d’une bête en fuite. Nous approchons de la

cime, et cependant il n’y a dans les environs au- 7 ee cune apparence de forêt, d'Indiens immobiles comme des statues, bandant l'arc de pierre avec la flèche d’agate. Le spectacle est moins fantas. tique : il n’en est pas moins surprenant. Comme nous demandions à Jim où était la forêt, il nous montra du doigt le sol : sans nous en douter, nous

marchions dessus.

C’est un des plus prodigieux phénomènes. On connaît les sources pétrifiantes : il suffit d'avoir été à la Bourboule et à Clermont-Ferrand pour savoir

que les objets plongés dans certaines sources ne

tardent pas à se recouvrir d’un granit très fin et

très dur. Il leur donne l’apparence empâtée de ces

pétrifications devenues banales, Si or casse cette

couche, on retrouve l’objet primitif, le support, le substrat de ce dépôt.

Tout autre a été l’action des eaux de la forêt américaine. Le premier étonnement est que des

sources aient jailli à cette hauteur : elles ont complètement disparu. Il n’y a pas de sources pétri-

fiantes dans le pays. Leur action s’est exercée à une époque reculée, que seule la géologie préhistorique pourrait déterminer. Elle montrerait sans doute alors des forêts vigoureuses plan-

fenue Gun on butte du ed à sur une one ‘ on entend le sifflement effaré et le bruissement

AUTNE

ne in A deraie d'eaux tue et chargées, qui baignèrent les racines. Celles-ci ontinuèrent à à puiser dans ce courant leur aliment, qui était devenu de la pierre liquéfiée. L'eau perfide grimpe avec la sève, pénètre dans les tiges, dans les moindres brindilles, dans les et les vaisseaux du bois; l’agate fine et

fibrilles un: l'arbre admire son Lottons branchage, miratur novas frondes, et il faudrait

les vers d'Ovide pour nous conter les péripéties de

cette métamorphose qui, d’un arbre vivant, fit un arbre de pierre. Fantastique miracle, qui donnela réalité aux imaginations les plus dévergondées de da mythologie antique. x Mais la forêt ne put rester debout. Les brindilles . É cassèrent : les arbres oscillèrent sous le poids colossal de leur masse de granit; le règne minérad prenait une éclatante revanche de son éternelle infériorité par cet enlacement, cet envahissement, cette pénétration intime du végétal qu'il brisa, qu'il émietta sous l’inéluctable loi de la pesanteur. Au- jourd’hui les débris de la forêt d’agate jonchent les pentes dela montagne. Seuls, les troncs ont résisté ; ils dépassent la terre d'environ un mètre et plongentencore leurs racines de pierre dans ce solnour- ricier quiest devenu le sol meurtrier, Ces blocs s’a- | 5 lignent tristement en longues et basses colon

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