‹ Feuilles de route aux Etats-UnisChapitre 2 sur 43 · LA VIE EN WAGON AU ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

LA VIE EN WAGON AU ÉTATS-UNIS

his. — Les thôtres, — Un hôtel ae. — A l'arrière., — La population des wagons. — Les paris, — Une nuit dans un pensionnat de jeunes filles, — Les ponts américains. — Hangars à neiges, — Le ferry boat de Baltimore. — Les petites gares du Far West, —

Le pieux petit cochon. — Un orage dans le Wioming, — Trains incendiaires. — Les paysages de la voie. — À be en dite — Les brochures du passenger.

à donc a regretté le temps des voyages en diligence, et s’est plaint des chemins de fer?

o Celui-l n’avait assurément point passé six jours n wagon entre New-York et Portland, car il en

che des aïeux.

Faut-il déplorer le voyage à cheval, comme autrefois, à travers les gorges des Montagnes Rocheuses ? Mais on le peut encore faire, et. 1e

l'ai fait avec un grand charme.

Dans un des hôtels de Niagara- Falls, il y 2. une peinture accrochée au mur qui représente

l'ancien courrier avant la traction à vapeur. Un chemin de planches longe les masures et les four- …

rés; le cavalier vêtu de cuir, le sac au dos, ses

longs cheveux ombragés sous un large feutre, éperonne sa bête nerveuse qui l'emporte vers le lointain inconnu, où le guettent peut-être les

jaguars et les Indiens sauvages. Le motif est séduisant et fort propre à illustrer quelque aven-

ture contée par Mayne-Reyd ou Fenimore Cooper. C’est merveille que les progrès de la civilisation aient réussi à remplacer cet attrait par un autre.

moins périlleux et plus agréable, celui de parcourir

la plaine dans les plus heureuses conditions de

leter le Bad livre de la nature en se donnant le spectacle dans un fauteuil.

On traverse les Etats-Unis en deux fois plus de

tantinople, à travers un pays varié et séduisant par son charme ou par son horreur.

confortable, et de pouvoir, pour ainsi dire, feuil- k

temps qu’il n’en faut pour aller de Paris à Cons-

Je ne sais ce que l’avenir réserve aux touristes,

ni quels aménagements nouveaux viendront faciliter et capitonner mieux encore les déplacements; mais les grands-pères de l'avenir pourront, eux aussi, comme les nôtres, vanter les voyages d'autrefois. | Aujourd'hui, les vieillards, ces éternels Zawdadores lemporis acli, songent avec amertume au bon temps des diligences, — quand le postillon arrivait au relai dans la fanfare pétillante des cla-

quements du fouet, des sabots sonores des che-

vaux et des cahotements des roues ferrées sur le pavé.

L'aubergiste sortait et se tenait sur le pas de sa porte, coiffé du bonnet de coton; ses garçons se précipitaient vers la patache jaune surmontée par le dôme des bagages recouverts d’une bâche noire; ils aidaient les voyageurs du coupé à mettre pied à terre: le jeune clerc en longue redingote, en souliers à boucles et chapeau à la française ; la petite modiste blonde et ébouriffée, fraiche et rose sous la coiffure de feutre en cabriolet, serrée frileusement dans son tartan à ramages ; l’élégant lion du boulevard de Gand, qui s'est mis en route pour aller recueillir l'héritage d'un oncle défunt. Dans la ferme du relai, c'était une agitation subite, pendant que les voyageurs, dans la brume d'automne, g'agnaient la grande salle pour se dégourdir à la flambée de l’âtre, effarouchant sur leur passage les poussins qui se

a “noirs, DE ROUTE

; réfugintent en caquetant derrière les roues charrue. | Le voyage moderne est tout autre.

À travers les vastes espaces du Wyoming si l’Idaho, le train du Nord-Pacifique file à toute vi= tesse, jour et nuit, emportant vers les enchantements de la Californie les passengers de l'Orient. | C’est une maison roulante, furieusement précipitée contre le vent et l'orage, fendant l’air avec. ün vacarme de ferrailles secouées, de cloche qui

tinte, de freins qui gloussent. Sous le toit bombé comme une carapace, des êtres ont élu domicile pour quelques jours, et y vivent abrités, intéressés, curieux, déjà liés d'amitié par l'isolement et la commune admiration. Demain, à pareille heure, un autre train passera, avec d autres homme qui échangeront à leur tour leurs réflexions sur. les beautés de ce pays impassible et immuable

auprès de ce flux constant, de ce courant inces-. sant d’intelligences éveillées.

Il passe un convoi par jour sur cette grande g

longue ligne; mais le voyageur ne pense guère | à celui de la veille ni à celui du lendemain. il semble que la voie ait été posée là pour lui. Un me faut un temps de réflexion PERS ea.

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re en d’un solide ne à

lux is strié, sorte de rateau ne ’

Au oi au pied de la cheminée, est äceloché e

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al, bien plus volumineux que les nôtres,

gros comme une malle, projetant au loin ses feux

latants.

La locomotive américaine siffle rarement; elle

nne la cloche aux abords des gares et des en-

its habités pour prévenir de son approche.

L absence du sifflet, qui est douce à l'oreille,

nes ne vous prévient que le Du va an c'est votre see de vous en préoccuper. qras

on voit 1 passengers aie quai :

courir précipitamment aux marchepieds et s’ac-. crocher au train qui roule déjà. La compagnie dit au voyageur : « Nous partons à telle heure; à toi de t'en souvenir et d’être embarqué quand le chauf feur tournera le robinet de vapeur ». a Dans les campagnes, il n’y a le long des os 4 ni barrières, ni talus, ni guérites aux passages à niveau. La voie traverse les propriétés comme ferait un sentier ordinaire. Quand le train croise un chemin de piétons, les Yankees croient avoir beaucoup fait et avoir assez sacrifié à l'impru- : dence commune des hommes quand ils ont fiché un poteau avec une pancarte : Zookout! Atten- : tion! Tant pis pour les bœufs et les cavales qui ne savent pas lire. Dans les wagons, on ressent quelquefois une secousse : c’est un buffle que le __ chasse-neige de la machine vient de couper en deux. ee Fa et de rejeter sur le côté. <:

Même dans les villes du centre, aucune bars __ n’isole le passage du train, qui circule dans la. Main street comme un rire tramway. Pendant l'arrêt à la gare, en quittant le marchepied, # on foule le trottoir devant l’étalage d’un épicier ou

ETS" Fa

le saloon d’un cabaret. Une telle promiscuité ne

cause pas plus d'accidents qu'il n’est raisonnable. Le public sait qu'il ne doit pas se fier aux barrières, mais à sa prudence, et c’est le meilleur garde-fou que la conscience de sa responsabilité.

‘J'ai encore dans l'oreille le vacarme des gares américaines : tous les trains entrent sous le hall en sonnant à toute volée, et l’on croirait entendre le carillon d’un jour de fête, comme si des angelus s'échappaient en troupes sonores d’un tas de clochers ; les freins mug'issent avec des gloussements humides dont les sons dégradés s'élèvent du grave au suraigu et font songer à de gros tuyaux d’orgue ; l'employé, solennel et lent, chante sur un ton de pieuse mélopée le nom de la station ou un avis utile, avec des notes profondes de chantre au lutrin; et la clochette qui babille devant l'autel des chapelles est ici le triangle que frappe l’aubergiste pour attirer les voyageurs au buffet de la gare. La gare est le temple du Dollar et du Dieu des affaires !

Le train stoppe. Les voyageurs descendent par le vestibule aux rampes dorées et ciselées; les conducteurs apportent des tabourets sous les pieds des dames pour leur éviter la dernière enjambée; les nègres se saisissent des paquets et valises et attendent en souriant, debout près de l’épais chariot à roue double et massive qui soutient le

wagon. Celui-ci a la forme d’une ons épaisse, d’un torpilleur à glaces, d’un dos de baleine qui 3. serait tout droit. Le toit en est assez élevé non seulement pour qu'on s’y tienne debout, mais - à encore pour qu'on y couche commodément sur deux rangées de lits superposés qui disparaissent #4 pendant le jour, l’une dans les banquettes, l'autre dans un tiroir du plafond aux lambris sculptés. “e Des lampes électriques éclairent cet hôtel ES | … où des fauteuils montés sur pivots et très confor- . de tables invitent à la rêverie et aux somnolences. ni. Comme dans nos wagons de s/eeping ou de din. . ning cars, l'entrée est toujours aux deux extré-. a U mités, mais les vestibules y sont beaucoup plus É . vastes que les nôtres. en Ces gens ont des idées heureuses dans les plus 2 à petits détails ; ils sont pratiques avec génie. Ils 5 appliquent partout de menus perfectionnements Pi Di qui seraient chez nous bienvenus et fort utiles, si nn. seulement on y songeait, car 1ls ne demandent au aucune dépense et n’exigent qu’un peu de renon- | cement à la routine. Nous sommes, en France, de vrais fils de Latins, obstinés à faire comme les” aïeux, #0re majorum. Il suffit quelquefois de bien peu de chose pour améliorer une invention ee ou supprimer un inconvénient, mails nous ne mr, voyageons pas assez pour nous de des ha- ste biletés des autres, 12 Le train américain est bien le seul véhicule du ESe

#4 Fa

sans cesse pre à É nn Co

lement d’ après l’orientation de la marche. Elles 2

des it dans le sens de la marche, pour

raie le vent et arrêter les pose qu volti-

A se un ee ol avec la salle à manger dont les dressoirs sont chargés de vaisselles d’étain; le fumoir meublé de sièges le

de:

. Es de. tables à Éne papier a lettres au chiffre du wagon; le bar, où un nègre prépare des boissons glacées; le salon aux larges fauteuils capitonnés et à bascule; les toilettes fort bien comprises; les fontaines d’ice water, et surtout la terrasse d’arrière. . Ë C’est l’une des plus simples, des plus naturelles,

des plus heureuses habitudes, dans lestrainsaméricains, de mettre les fourg'ons de bagages entre la machine etles voyageurs. Chez nous, ilssontà l'arrière du train, et ils ne pourraient pas être plus mal placés. ave Là-bas, le dernier wagon se termine par : une 4 plate-forme à ciel ouvert, assez vaste pour nee installer des sièces. D’ailleurs, on s’y tient sans façon assis sur les marches de l'escalier ou sur la roue du garde-frein, les jambes pendantes. Dans certaines voitures de luxe, ce balcon n'existe pas, mais toute la paroi est eniérenent en verre, fer- à ë

mée par une large glace comme une devanture de

= boutique. En toute saison, on est à l'abri der- rière ce mur diaphane pour regarder à l'aise le | pays. Fe Il y a mieux : quand le train traverse des contrées fertiles en sceneries et coins pittoresques, on accroche à l'arrière un wagon plat, sans toit ni cloisons, g'arni de chaises comme un char-à- mn à Tous les voyageurs descendent et prennent place

sur cette plate-forme comme sur une estrade dressée pour les autorités un jour de distribution de prix. Et n'est-ce pas un prix de beauté que l'admiration des touristes décerne à la nature?

Sur le wagon, pareil à ceux qui transportent les futailles, les voyageurs s’alignent et placent leurs chaises, comme à la messe, tandis que le 4oy de la gare prochaine circule avec une corbeille et vend des lunettes bleues qui permettent d'examiner le pays sans que les yeux soient incommodés ou aveuglés par l’éclatant soleil.

Il est inouï combien il se vend d’objets et de denrées durant le parcours. Le long corridor central -qui règne d’un bout du train à l’autre est parcouru sans cesse par toute une population de camelots ambulants qui mettent en vente tout ce qu’on peut désirer, depuis des journaux, des brochures, des livres, jusqu’à des casquettes, des jouets d’enfants, des pommes, des bananes, des lorgnettes, des œufs durs et des vues photographiques du pays que le convoi traverse.

Ce défilé incessant anime l'intérieur des voitures où les voyageurs eux-mêmes sont toujours en promenades par les couloirs et les vestibules, pour tromper le temps par le mouvement. Il ÿ a une circulation incessante : le conducteur près de qui l’on se renseigne, les nègres que l'on sonne comme à l'hôtel, et qui accourent en souriant, les enfants qui jouent aux barres. Aux appro-

ches des a. . monte un os | bie

utile dont l'apparition en Europe serait favora-

blement accueillie, C'est l’homme des hôtels. Il

va vers chacun et lui demande à quel hôtel il dé. sire se rendre. Il lui présente la liste complète des … principales maisons. Quand le voyageur a fait son

choix, il confie à ce factotum la plaque de cuivre

qui sert là-bas de bulletin de bagages, et iln’a plus à s'occuper de rien. À son arrivée, il ne lui reste qu’à descendre de wagon la canne à la main , et la main dans la poche; quand il se présente à i

son hôtel, il est reçu comme un hôte et il trouve

ses bagages qui sont déjà déposés dans sa chame :

bre.

À défaut de ces fonctionnaires et vendeurs, le | wagon serait suffisamment animé par les voyageurs eux-mêmes, dont le défilé présente les types les plus variés et les plus amusants de Yankees tour

à tour bruyants et flegmatiques. Ils offrent parfois

des scènes fort imprévues où se peint et se reflète le caractère de la race. Il n’est pas rare de voir un gentleman monter dans le wagon parlor, qui

est une manière de salon coquettement meublé.

Bien qu'il y ait des dames dans les fauteuils disséminés près des fenêtres, le gentleman procède à sa toilette de voyage, Ôte, plie et rangesur lestablettes sa'jaquette, son pardessus et sa coiffure, enfile une longue robe de chambre en coutil et s’endort, les pieds en l'air. C’est bien encore, quand ils ne de=

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meurent pas en bras de chemise, jouant bruyamment au poker entre quelques bouteilles de champagne. Ces gens considèrent évidemment que la politesse est une convention et une gène dont il est préférable de s'affranchir parce qu'elles sont gratuitement fastidieuses, et ne rapportent rien. Le pays des dollars n’est pas celui de l’urbanité. |

Les Américains sont simples de goûts et assez primesautiers. Ils ont des natures de premier mouvement. J'étais un jour dans un train de petite ligne, aux environs de Chicago: les voitures étaient bondées de voyageurs très bruyants. C'était aux approches des élections pour la présidence; un groupe discutait avec une particulière chaleur.

— Et tenez, criait un des interlocuteurs, dans ce wagon seulement, sans aller plus loin, je parie que nous avons déjà plus de démocrates que de républicains, tant nous sommes assurés de la majorité partout,

— Ce n'est pas vrai. Je parie.

Un tiers est aussitôt nommé et reçoit les enjeux. Des témoins sont constitués, tirent de leur poche leur carnet et leur crayon, et le pointage commence. Ils parcourent, avec l’air le plus naturel, les rangs des fauteuils et, avec une petite inflexion impérative, ils s’informent :

— Qu'est-ce que vous êtes, républicain ou démocrate ?

. +. nn ee du ait ma: quel | quand ce fut fini, on compta, le démo ra gagna, empocha l'enjeu et les eo . jouèrent aux Cartes. ESS Ils ont la fièvre de libres o de la chances du à hasard. Ce sont tous des aventuriers, au sens pri mitif du mot. Ils parient pour le seul attrait du j ke TA On entend des dialogues de ce genre : LA __ — Je vous dis que le Texas est plus grand que de l'Espagne. :

Non.

Vous ne Oui. : | # Quelle est, d'après vous, la grandeur du Texas? BE . —dene précise pas de grandeur, jes soutiens seulement le contraire de ce que vous dites. a Is ont ainsi toujours l'enjeu à la main, sans. 2 conviction ni raisons, par le seul désir de jouer. La population ambulante des wagons présente une plus de grâce et d’attrait. Les dames sont particulièrement affables, et semblent prendre : Le plaisir à parler le français. Elles sont ravissantes, les petites wisses en costume de voyage, et lue 3é commerce fait agréablement passer les longues | À heures de la journée. Li La compagnie la plus imprévue qui me soit échue fut celle d’un pensionnat de demoiselles,

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