MOT
avec lequel je voyageai un jour et une nuit.
C'était à la fin de septembre, à l’époque de la rentrée des classes. Comme je quittais Butte City. dans le Montana, des mères éplorées, les yeux bouffis, avaient accompagné sur le quai de la gare une douzaine de grandes jeunes filles, toutes du pays ou des environs; c'étaient des pensionnaires qui resagnaient leur établissement, situé à vingtquatre heures de là, à Salt Lake City, la fameuse capitale des Mormons : j'ignore si c'était pour s'y instruire dans les préceptes polygamiques de la religion nouvelle.
Etrange condition de la jeune fille américaine, indépendante et libre, circulant et voyageant par le monde, seule et à l’aise, comme mademoiselle de Maupin! Les jolies pensionnaires du lac Salé montèrent seules en wagon, et seules elles regaœnèrent le couvent, sans crainte des mousquetaires. Durant un jour, la grâce, la jeunesse et le sourire ornèrent l’intérieur de la maison roulante, et je vous assure que c’est un curieux et piquant passe-temps pour un Européen qui n’en a pas l’habitude, d'assister au petit coucher comme au grand lever de ces demoiselles, de dormir sous le même toit et je dirais presque côte à côte, de se débarbouiller le matin au même lavabo et en même temps, de leur passer la brosse pour lisser leurs cheveux blonds, ou de leur tenir l'échelle au saut du lit pour qu’elle puissent descendre des conchettes supérieures, — gymnastique qu'elles exé-
eutent sans le moindre be avec e un nalicieux sourire par où elles marquent qu elles s’a- musent beaucoup de cette dernière journée ds Var ne 2 . Candes, .
Une jeune fille française serait au supplice 8 il de lui fallait subir cette promiscuité aux heures les plus intimes, disparaître dans le vestiaire pourre- : paraître l'instant d'après en robe de nuit, et tra verser tout le wagon jusqu'à son box, ferméseu un lement par deux rideaux : celles-là riaient comme de petites folles, et les voyageurs qu’elles avaient pour compagnons semblaient seulement leur être un accessoire inaccoutumé au lever ordinaire du dortoir à la pension. 1,050 Comme tout mérite salaire, il nous fallut payer
ce plaisir que nous procurait la rentrée des classes. Vers sept heures du soir, il monta dans letrainun lot de petits garçonnets qui se rendaient aussidans l’une des pensions de Salt Lake City. Cespetitsmisérables passèrent une partie de la nuit à criailler, à rire, à faire des culbutes sur leurs lits, à échanger entre eux un feu nourri de boulettes en papier, pour lesquelles je ne vous dirai pas où ils avaient | trouvé leur arsenal, et surtout à presser les boutous des sonnettes électriques. Vers minuit ils . | provoquèrent un éol{e général de tout ce qu'il y avait dans le dortoir de gens raisonnables ou somà nolents. Ce furent alors des rires étouffés sous les draps, des petits cris d'animaux; le timbre élec
nos filles de famille? Je n’oserais certes pas me prononcer sur le choix d’un des deux systèmes; je vois que celui des Américains n’occasionne pas d'accidents, grâce sans doute à l’habitude, et aux Done répressions qui menacent les audaces D empestives : mais Arnolphe, s’il allait au Lac ue Salé, serait écharpé, À New-York, les jeunes filles & invitent les jeunes gens à des parties folâtres, à me do. promenades au Bois, à des dîners au restau- rant; tout ce jeune monde vit à part, comme si le reste de la famille n’existait pas, et les parents ne sont que des caissiers donnés par la nature. :
; ‘Caine al ui qui éd ne mariage. ] 1 elle est pour ainsi dire moins libre, tenue à u toute autre réserve, et souvent bien délaissée p un mari qu'accaparent à toute heure les affaires et le cercle. À Riez donc, jeunes filles du Lac Salé,
Tandis que votre âge fleuronne En sa plus tendre nouveauté.
Prenez le bon temps quand il vient : sait-on jamais si on le retrouvera? - Le
J'aimais encore les journées où le that était presque vide, dans l'Amérique Centrale. Que d'heures jai passées assis sur un pliant à Lee trémité du convoi, regardant: filer sous mes pas le mince lacet des rails, qui se déroule comme un #4 fil d'acier tendu entre deux océans pour relier ‘ l'un à l’autre trois mondes. ae
Sur cette longue ligne interocéanique, la voie est unique, et assez grossièrement établie. Les traverses ne sont pas ensablées, mais à l'air. I semble qu’on ait jeté simplement des poutres sur 4 lesquels posent des rails disjoints. De distance en distance, sur des bancs de bois, on voit des rails . en réserve, pour les cas d'urgence, et des ton=
neaux d’eau pour éteindre l'incendie des pou-
, œ qui . on re- Le |
ces poutrelles sont celles d’un
pourrait écrire un bien curieux ponts américains. Les profanes, trouvent bien étonnants et bien
PA duse ice qu'occupent les États-Unis, +. Y De pour tous les debres de Loi depuis
. L y a, en ne de véritables paysages de EU ie sont souvent pittoresques, soit.
« qu ‘ils accrochent leur tablier à des portants monuentaux comme des portails ; soit qu'ils plongent
ae piles légères, faites de minces tiges en el au fond des ravins abrupts. an On ne peut regarder sans terreur, surtout 5 si l’on est obligé de les traverser, ces passerelles À hardies qui semblent seulement poser sur de … longues perches, et l’on se demande avec surprise comment elles résistent au passage des trains. Il | est vrai qu’elles ne résistent pas toujours. Les Américains sont de grands etexpéditifs ingénieurs. or Ils jettent un pont comme on prend un verre de de brandy. Ils eussent tous été pontifes dans l’anoo. Hunts, FE he .. Une profonde vallée arrête-t-elle un tracé ie SR ligne ferrée : ils ont tôt fait de réunir les deux : sommets voisins par une grande arche. Ils se de jouent des caprices du sol et des accidents du ter 0e rain, qu’ils remplacent parfois par les accidents du train. re Les projets de voies se nt cn plans dans le vide, au-dessus des dépressions les plus x Fa profondes, et donnent naissance à de véritables treillis de viaducs. Dans les gorges de Gunnisson, où encore au-dessus de l'immense vallée qui sépare Saint-Paul de Minnéapolis, les trains glissent par les airs en tous sens, et les passe relles s’entre-croisent, se superposent, se rencon- é trent comme les montants d’une gigantesque harpe, au-dessus des fleuves larges comme des bras de mer, le Mississipi, le Missouri, l'Ohio, dont
RTE té a; AE ue à & ER [GR #e ES APN PRES UN CCE FER ER D'AALE Fe v FAR LT IRONRE
= Sur les bords de l'Ohio OF OR.
Petit Zozo Revenait dans pirogue En chantant : Vogue! vogue!
Zozo craignait les crocodiles, ces lézards des à : chauds que traverse le Baltimore and de
it noircis de fumée, sur le toit desquels la neige glisse sans entraver les trains, En été, il nest pas rare que ces abris prennent feu sous les étinns des, machines : ces accidents pros
“ ue s' il faut parler Lo de travaux métal- lurgiques et de constructions puissantes, il ne faut pas oublier le ferry.
Le 7erry boat joue à peu près le rôle de nos bateaux-mouches. C'est une large embarcation
qui fait le service des fleuves et des rades. Il sert.
surtout de bac, pour eo es d’une rive à do Mais c’est un bac colossal à l'américaine. Imaginez un immense radeau large, solide, trapu, arrondi en forme d'énorm tortue.
Le centre est une siée sur laquelle peuvent
rières isolent à droite et à gauche cette chaus- ms S sée des trottoirs couverts destinés aux piétons. Des cabines, des salons, des magasins, des salles de chauffe et de machines entourent cette cité flot- … tante, qui est comme un morceau de rue. Aux deux bords s'élèvent les tourelles qui supportent les gros volants des bielles, — deux lourds fuseaux ; d'acier dont les pointes se lèvent et se baissent ; avec des mouvements d'antennes. | Le ferry remplace commodément les ponts, er où ceux-ci seraient trop longs, car on ne saurait multiplier partout les merveilles comme celui de Brooklyn. Les ferrys sont donc des fragments de ponts qui marchent, et qui présentent avant de ne pas gêner la navigation. Ils partent fréquemment, et transportent tout ce qui eût passé le pe s’il y en avait un. ER Elles présentent un aspect bizarre, ces massives | embarcations, basses et larges, qui semblent d’invraisemblables carapaces accroupies sur l'eau. Il en est qui sont affectées uniquement au trans- y
Nous venions de quitter la ville et notre train lonsait le port. Tout à coup, j'eus une sensation sin-
li re. Letrain s'arrêta ; on n’entendit plus le bruit 7
roues sur les rails, ni à frein de la locomotive,
FE ‘complets y soient à l'aise. Un viaduc en bois à deux étages passe au-dessus des vagons et permet d'aller de babord à tribord sans faire le grand tour. De l'étage le plus élevé, quand le ferry est
au large, le coup d'œil est fantastique. Les trois trains JG S ‘allongent sur le bateau comme. +
rade est immense, sillonnée des lourds steumboats
os FA hi Th
| FRUILLES DE. à ROUÉE
de grosses et paresseuses chenilles noires qu Loi miraient sur la table d’une guitare. Au loin, la
et d’autres ferrys; les quais sont dentelés par les énormes jetées et les piers des compagnies de transport. À l'horizon, derrière les usines, les cheminées fumeuses et les docks, des hauteurs boisées font un cadre de verdure à ces quartiers laborieux. De gros vaisseaux sont mouillés au large devant le large estuaire du Potomac.
PRET En as —
re TER
Après une demi-heure environ, on approche de la rive opposée. Le ferry s'engage entre deux. épaisses cloisons qu'il fait vaciller en les frôlant. et qui guident exactement sa course pour le faire arriver devant les voies de la terre. À l’aide de | crics, des manœuvres descendent le plan incliné des rails jusqu’à parfaite coïncidence avec ceux | du bateau ; les voyageurs qui, durant la traver- ! sée, ont quitté les wagons pour se promener ne tour du radeau, regagnent précipitamment les marchepieds ; le chauffeur active de nouveau la
ES
‘bielle de la locomotive, et le train poursuit sa route
terrestre aprés ce petit voyage en mer. me Rien n'est curieux comme ce tronçon de voie ferrée qui circule constamment sur l’eau entre les
deux rives. La voie terrestre s'arrête au bord du
quai avec une netteté d’incision, comme tranchée au rasoir, pour s'accorder exactement au Jerry
TL ms DRN es ‘5
. Pre . rives de l'Océan Pdéqne nn avec fracas sur la longue ligne des rails dont la je réglure se perd dans le lointain. Tantôt un acciïe … dent, eo un à pont de vue corrige la monoto-
” Due c'est B petite gare, modeste et déserte, où heure change. Il faut quitter le Centraz time et | Écprendre l'Aeure de La montagne à l'horloge du pau-
ve buffet où l’on ne trouve rien, que des con-
| | serves et du lait. Sur une petite table sont disosés des échantillons de pierres du pays, des
a morceaux d’agate, des cornes de buffle , et le
buffetier dans son long mackintosh jaune qui
… brave la pAñe, fait Hinuis avec une aisance et
RL: Apénétré de l'égalité des. têtes. Nous sommes
bien sur la terre de l'indépendance. Dans les trains, à part les wagons de luxe, il n’y a pas deux classes, et tous ont droit aux mêmes fauteuils à bascule dans le même cer.
Pis OR À de
dance, malgré les ventilateurs et les toiles métal=
Ua: hope en forme de nr cite leur t ronde et rougeaude ; sur leur robe elles ont des flots de rubans, aux épaules, en bretelles, à fe.” ‘ ceinture, — des rubans couleur brique, piqués avec des bouquets de pivoines aux hanches et corsag'e. re
J'ai conservé une pittoresque vision des graves
américaines, — non pas celles des villes de l'Est,
grands halls flanqués d’un édifice de style et de goût déplaisants, — mais des petites cahutes du. far West bâties en planches peintes en rouge, avec une cabine qui porte la pancarte imprimée en blanc sur fond bleu : Western Union Tue.
graph.
Souvent la modeste guérite en bois est isolée dans la plaine : c’est le type de ces postes perdus, où les Indiens assassinaient tout le personnel sans qu’on n’en pût rien voir ou prévoir. Ailleurs, la maisonnette est plus importante. La salle principale sert de buftet, dans les tronçons du parcours où le train n’a son dinning car. Un peu avant. l’arrivée, le conducteur circule dans les couloirs. des wagons en criant l'avis : Vext station for élu dinning ! Devant la gare, le buffetier frappe assi= dument un gong ou un triangle pour informer les. passengers que le repas est prêt. Chacun prend place à la table, dispute son assiette aux mouches et aux moustiques qui couvrent la nappe en abon-
e pen.
tomates: à huile, ir en tous genres, rose de "44 d’eau glacée ou d’un verre de lait. Les
| its de comme des soubrettes d'o- | péra-comique, avec le petit tablier rayé, le cor-