LES
| | FEULES : DE ROUTE
béatitude! Je voulus plutôt croire > qu Al était le. chat dela maison, fidèle à son foyer; je me plus à m’imaginer qu'il gardait encore les ruinescomme il avait gardé la chambre, et que son agression était une noble tentative pour la défense du sol natal, après comme avant le malheur. 3 Fee La physionomie muette des bêtes a ceci de louable, qu’on peut leur prêter tous les beaux sentiments, — ceux-là même qu'on se plaint de ne pas assez souvent rencontrer chez les êtres humains. Au fond de la clairière, à l'orée des bois, estun : enclos fermé d'une forte palissade. Dans un coin, une sorte d’échafaud grossier supporte une large roue et un treuil d’où pend un câble comme. au-dessus des citernes : c’est le parc aux bœufs. = Tout autour, traînent à terre des ossements blan- chis et des peaux racornies dans un tourbillon de . LE … crosses mouches. | . ne Sur ces entrefaites, le cowboy averti est redes- cendu de la montagne avec cinq ou six bêtes, et l'égorgeur va nous fournir à dîner. C’est le petit - vieillard de tout à l’heure; il a l’air sinistre d'un : tortionnaire avec ses yeux caves, ses pommettes Fe. se luisantes, sa chemise sale; ila un fusil en ban +. doulière et un poignard à la main, — tout un arsenal pour tuer un bœuf! On croirait qu'il part pour une chasse au tigre. ARS La tuerie d’un bœuf par un cowboy était, pour l'heure présente, le plus attrayant spectacle Ju Frère
à notre ei nent. vous eussiez has les passagers du train suivre à travers la pe le boucher : on eût dit un es funèbre tr
ir sur la tête et des in pace sur le de | L'égorgeur poussa les cinq ou six bêtes dans l’enclos dont il ferma la barrière, et ayant fait son choix, il mit en joue et fit feu. Les bœufs connais-
| saient “ete funèbre AÉPORReS on les fait sue
té les autres; les animaux ont la solidarité entêtée de la re les bœufs aussi ont l’un pour l’autre la fidélité moutonnière. Dès qu As virent le fusil, ils se mirent à courir en tous sens, à se réfu-
| de ne pouvait savoir de qui maintenant ce ne serait. pas encore le tour. Cet enclos sanglant prenait de vagues et horribles apparences de Con- 6 ciergerie, où les condamnés n’ont de doute que sur. . ordre dans lequel ils seront tués.
Au coup de feu, tandis que les autres bêtes ef.
ne aie et habituées se massent dans le coin, un beau bœuf, marqué de roux, comme ceux de Paul
4 upon demeure immobile, hébété et un à filet de -
. restait debout, la tête on comme se na mandant ce a on Jui voulait, ce qu'il avait fait,
FEUILLES DE Ro UTE.
| taureau, dur moins, par sa fureur et ses pen excuse presque l'attaque à cause du danger. L’agression d’un pauvre bœuf, inoffensif et résigné, est lâche et révoltante.
Ayant tiré le premier coup de fusil, l'Inde s’approcha de sa victime doucement, a É ment, allongea le bras armé du poignard, etle sang jaillit d’une large entaille qui fendit le cou. La lame est trop courte et ne pénètre pas jusqu'aux artères vitales. Le bœuf ne tombe pas. L’Indien s'est vite éloigné, peureux des cornes; il vise une fois encore, le coup part, une autre balle se loge dans le cou. Le bœuf, toujours immobile et comme stoïquement résigné, regarde de ses gros yeux étonnés ces hommes qui le martyrisent ; il pousse un long soupir, de ses naseaux ensanglantés : et l’on dirait la douce et triste protestation d’un être innocent qui souffre injuste- 2 ment. Il regarde l'égorgeur, il nous regardenous tous, silencieux et presque émus le long de la barrière; les femmes se sont retirées au premier coup de feu. Cette boucherie nous écœure. Ilest trop tard pour reculer, et puisqu'on ne peut plus. * sauver cette bête mutilée, nous voulons qu'elle … meure vite et que ce dépecage vivant prenne fin. Nous injurions cet homme qui, à son tour, ne comprend pas nos colères. La compassion universelle n’est pas un sentiment de sauvage : peut-être même est-il, comme beaucoup d’autres qui sem
Par
: mobile, toujours debout au milieu du parc. Les de autres ne bougent plus, peureuses, dans un coin. . Une flaque de sang baigne les sabots de la vic- time. Le poignard plonge dans la gorge béante; la secousse pousse la grosse masse, qui fait quelque pas chancelants; le pauvre animal bave l'é- cume et le sang avec des gloussements et des … borborygmes affreux; il tournoie, perd l’équilibre et tombe, plein de vie encore.
- Les bœufs, ses camarades, le regardent à terre, s’approchent en fixant sur lui leurs gros yeux, comme des amis autour du corps d’un des leurs et qui demanderaient : « Qu’avez-vous donc? que vous a-t-on fait ? souffrez-vous beaucoup? « L'un d'eux flaire une des plaies, et lèche doucement le * sang, comme dans une caresse compatissante. Ils beuglent, ils tournent autour du moribond, l'air 1e effaré et effrayé : les bêtes sentent la mort venir et planer. Le pauvre martyr vit toujours, il re- ; ae ses camarades d’un œil si bon, si doux, qu'il y a dans son expression comme un muet remer- ri 4 5 ciement. Son regard se dirige aussi vers la prai- rie voisine, où il venait paître chaque jour, vers ae la montagne, là-bas, où il suivait le troupeau, guidé par le cowboy au son des grelots de son
à . ” a Et il ne toujours pas mourir. Fi vie ed quelquefois des insistances barbares. L’ Di | revient : encore un coup de couteau ! La bête fait 5 5 rs
| FEUILLES s DE ROUTE
un soubresaut, comme pour fuir, et. retombe,
Le sang coule re abondant, et fait une faque 4 4
L’œil n’est pas encore éteint ni voilé, mais tou-
jours vif, doux, étonné. Ce bœuf ne sait pas, ne
comprend pas ce que lui veut l’homme, etilya
tant de douceur triste dans sa résignation, qu'il semble qu’il cherche par quelle docilité, par quelle complaisance 1l pourra désarmer le bras qui ne
cesse de le frapper.
ÿes compagnons l'entourent, effrayés et trem= è
blants, et nous reg'ardons tous avec émotion ce
spectacle, en soi banal et ridicule, d’un bœufqu’on assomme ! Par pur respect humain, j’affecte d'as-
sister en dilettante à ce meurtre, qui se commet, plus proprement sans doute, des milliers de fois par jour dans les abattoirs du monde entier: mais j'ai le cœur serré, et je n’oserais pas dire à mes
amis que ces bœufs venant, parmi les beuglements,
flairer et lécher le mourant, m'ont fait penser aux vocératrices de Corse chantant la ballata autour du mort.
Comme les yeux du pauvre animal commen-
çaient à se brouiller et à nager dans le vague, le cowboy rassembla les autres bœufs, ouvrit la bar-
rière et les lâcha. Ils partirent tous au galop, soucieux de leur sécurité, oublieux de leur ami
liberté, aussi choisies que les hommes.
ke Le eine les regardait partir avec l'effarement trouble de la peur. Il ne se rendait pas compte pourquoi il restait là, tout seul, tandis que d’habitude il suivait, lui aussi, Entité En tions du troupeau. Il nait autant de son habitude contrariée que de ses blessures. Il rassemble ses forces, et dans une contraction suprême, il se met debout, les quatre jambes écartées, comme des étais mal assurés. Il veut faire un pas, sortir de cet enclos, aller retrouver les autres; mais, au premier mouvement, son regard se voile, son corps est pris d’un tremblement, il retombe : __en gémissant, la respiration est rapide, haletante, bruyante. Cette agonie interminable est pénible. — Mais, achevez-le donc! | 2. L' Ladies plonge encore deux fois son couteau dans cette gorge béante d’où son avant-bras sort tout rouge. Le poignard trop court n’arrive pas 4 jusqu'à quelque organe vital. :
". NO J'ai vu Ja spada s’enfoncer entre les cornes ‘des taureau, à la plaza de Madrid, à celle de Séville; . j'ai vu tuer les bœufs à l’ Hoi de La Villette, j'ai vu ég'orger les cochons aux Union Stock Yards de Chicago et, sur la place publique des petits villages de inc: des veaux assommés par le Es porn brutal d'un une mais je n’ai jamais
eu norenio de dégoût et de voie que me