SEPT « PAROLES
ON me prie de dire quelques mots — quelques mots seulement — sur le présent et l’avenir de mes compatriotes canadiens-français ; je réponds par sept <c paroles», comme les sagamos de jadis :
i. Nous avons de respectables traditions que nous devons nous efforcer de conserver. Gardons fidèlement — avec notre langue, rempart de notre foi — les habitudes de politesse et d’honnêteté des bonnes, religieuses et nombreuses familles de nos campagnes canadiennes. La politesse chez les enfants est l’indice de la valeur morale des parents.
2. Dans nos villes, les adolescents — jeunes garçons et jeunes filles — échappent beaucoup trop à toute surveillance. On suit sur ce point les usages américains. C’est un signe de décadence attristant.
3. Il est urgent de combattre partout le luxe et l’ivrognerie. Les hommes et les femmes qui s’y emploient font œuvre méritoire. Il faut aussi se méfier du mauvais théâtre et de la mauvaise presse. Ce sont des fléaux dont on ne semble pas comprendre suffisamment le danger.
4. Il y aurait un certain enseignement technique à créer, ou plutôt à développer davantage parmi nous, pour la formation d’ingénieurs, de métallurgistes, de mécaniciens et d’autres spécialistes. N’oublions pas cependant que l’agriculture doit toujours avoir le pas sur l’industrie.
5. Tout homme aspirant à la députation devrait posséder quelques notions préalables de science sociale et d’économie politique. En est-il bien ainsi?
6. Politiquement, l’annexion aux Etats- Unis est la meilleure carte que nous ayons dans notre jeu. Et c’est la carte qu’il ne faut pas jouer ! Ce serait de la dernière imprudence. Jusqu’à présent, nous nous sommes bien trouvés d’avoir suivi les conseils de nos évêques dans les moments difficiles de notre existence nationale. Que l’expérience du passé nous serve de règle pour l’avenir.
7. Favorisons la colonisation par les enfants du pays. Notre jeune nationalité y gagnera en force numérique sans perdre de son homogénéité, et il lui sera donné de réaliser de grandes espérances. J’ai foi en nos destinées parce que j’ai foi en nos classes rurales.
Voilà mes sept « paroles ». Je regrette de ne pouvoir y ajouter sept colliers d ’ ésurgni , — rassade ou wampum.