Archives de F Hôtel-Dieu de Québec
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rapporté — en 1641 — nous retrouvons Louis d’Ailleboust et sa femme à Paris \ le premier rêvant d’aller consacrer sa vie et ses talents aux œuvres d’évangélisation, de dévouement et de charité dans lesquelles se dépensaient dès ce temps-là des âmes d’élite sur les plages lointaines de la Nouvelle-France ; l’autre, timide, malade, ne partageant nullement les héroïques pmbitions de son mari, accablée à la seule idée d’une vie passée en un pays presque entièrement sauvage, loin de la douce France, ou frémissante au récit des scènes de barbare cruauté dont les premiers colons du Canada avaient déjà été les témoins ou les victimes.
Louis XIII et Anne d’Autriche avaient souvent manifesté leurs prédilections pour les missions du Canada; les Relations des Jésuites, sorties des presses de Cramoisy, étaient lues avec édification dans notre ancienne mèrepatrie ; un vent d’héroïsme chrétien soufflait
1. Lorsqu'ils partirent pour le Canada, en 1643, ils demeuraient rue des Morfondus, faubourg Saint-Marcel, paroisse de Saint-Etienne-du-Mont. Ce vieux quartier de Paris occupait l’emplacement de l’ancien Mont Lucotitius, où s'élevait, à la fin du cinquième siècle, le palais de Clovis.
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sur la France, et les vocations d’apostolat surgissaient de toutes parts. M. Jérôme LeRoyer, sieur de la Dauversière, l’abbé Jean-Jacques Olier et l’abbé Pierre Chevrier, baron de Fancamp, venaient de fonder l’association appelée la Compagnie de Montréal (désignée plus tard sous le nom de Société de Notre-Dame de Montréal) ; déjà de zélés missionnaires, récollets et jésuites, accompagnés d’explorateurs comme eux d’une hardiesse indomptable, avaient fait connaître l’Evangile et le nom français au pays des Grands Lacs.
Le Père Marnart, directeur spirituel de M. d’Ailleboust, encourageait celui-ci dans son dessein toujours persistant de se rendre dans le nouveau-monde, et, comme il était également le directeur de Madame d’Ailleboust, il' lui en avait parlé aussi à plusieurs reprisés. Lajeune femme, toujours souffrante, restait sourde à ses exhortations. Elle se vit bientôt réduite à un tel état de dépérissement que les médecins se déclarèrent impuissants à la ramener à la santé. Son mari lui proposa alors de se lier par vœu à le suivre dans la Nouvelle- France si Dieu lui accordait sa guérison. Tous deux firent la promesse de passer éventuellement
au Canada, et, rapporte l’illustre M. Olier, la n
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jeune femme vit aussitôt disparaître toute trace de maladie. Cette guérison, reputee miraculeuse, eut lieu soudainement, dans l’église de Notre-Dame de Paris.
Peu de temps après, Madame d’Ailleboust déclara à son directeur qu’elle était prête a partir pour le nouveau-monde. De Père Marnart s’empressa alors de mettre M. d’Ailleboust en communication avec le Père Charles Dalemant, l’ancien compagnon de mission des Pères Ennemond Massé et Jean de Brébeuf à Québec, qui était particulièrement renseigné -sur toutes les affaires de la colonie.
Le Père Lalemant proposa à Monsieur et à Madame d’Ailleboust d’entrer dans la Compagnie de Montréal, ce à quoi ils consentirent aussitôt. Des associés de la Compagnie s’empressèrent d’ouvrir leurs rangs à ces nouvelles recrues, estimant que M. Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, — un autre gentilhomme champenois, fondateur de la ville embryonnaire de Montréal ou Villemarie, — trouverait en M. d’Ailleboust un lieutenant dont les services lui seraient précieux.
M. de Maisonneuve était déjà rendu au Mont- Réal, à soixante lieues au delà de Québec, avec uue trentaine d’ouvriers, soldats et marins, et
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aussi quelques femmes, entre autres la sympathique Jeanne Mance, la fondatrice de l’Hôtel- Dieude Montréal, Marie-Madeleine Chauvigny, veuve de la Peltrie, fondatrice des Ursulines de Québec, et Charlotte Barré, qui devait bientôt entrer comme novice dans la communauté que dirigeait la vénérable Mère Marie de l’Incarnation, à Québec.
Aussitôt que M. d’Ailleboust eut fait connaître sa détermination de passer au Canada, on fut témoin de ce phénomène de la contagion du bien que l’on vit se répéter si souvent aux siècles de foi. Non seulement Madame d’Ailleboust consentit à suivre son mari, ainsi qu’elle l’avait promis, mais sa sœur, Mademoiselle Philippe-Gertrude de Boullongne, demanda et obtint la faveur de pouvoir les accompagner dans la Nouvelle-France, à Villemarie, pour s’y consacrer « au service de Dieu et à la conversion des sauvages)). Aller s’établir à Québec était, à cette époque, l’indice d’un grand courage ; mais s’engager dans l’entreprise de Villemarie témoignait d’un héroïsme voisin de la témérité. Mademoiselle de Boullongne fut, elle aussi, admise à faire partie de la Compagnie de Montréal.
Chargé de conduire la nouvelle recrue de
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colons à Villemarie, M. d’Ailleboust se rendit à La Rochelle, lieu indiqué pour l’embarquement. « La guérison de Madame d’Ailleboust et la générosité de son sacrifice en quittant ainsi pour toujours sa patrie et ses parents, la résolution si chrétienne de sa sœur, le dévouement héroïque de sou mari et le zèle courageux de plusieurs ouvriers, entre autres celui de Jean de Saint-Père, arrivés aussi à La- Rochelle, résolus de sacrifier leur vie à l’œuvre de Montréal par les motifs les plus purs de la gloire de Dieu et du zèle des âmes, enfin l’exemple de cette troupe apostolique, firent une grande sensation dans cette ville. Des personnes de condition, engagées dans l’hérésie de Calvin, touchées au delà de tout ce qu’on peut dire, rentrèrent à cette occasion dans le sein de la véritable Église ; et plusieurs ouvriers hérétiques, abjurant pareillement leur erreur, s’embarquèrent eux-mêmes pour Villemarie, heureux de faire partie de cette troupe choisie et de goûter à leur tour les douceurs de l’union sainte que la charité formait entre toutes ces personnes, qui semblaient n’avoir entre elles qu’une seule âme et un seul cœur » h
i. Eaiij.on. — Histoire de la colonie française en Canada.
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Québec en 1643. — Arrivée de Louis d’Ailleboust, de sa femme et de sa belle-sœur sur les rives canadiennes. — En route pour Villemarie. L’âme de la France
chrétienne. — Actions de grâces. — Les lucioles.
Québec n’était guère, en 1643, qu’un petit poste de commerce où les blancs et les indigènes se coudoyaient chaque jour, mais où s’exerçait déjà d’une façon remarquable le génie civilisateur de la France. Pour instruire la jeune population 1 il y avait le collège des Jésuites, alors dirigé par le Père Barthélemi Vimont, et les classes des Ursulines, établies en 1639 par Madamé de la Peltrie et la Mère Marie de l’Incarnation. D’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang, fondé par la duchesse d’Aiguillon et les Hospitalières de Dieppe, donnait ses soins aux malades 2.
D’église de Notre-Dame de la Recouvrance ayant été détruite par un incendie en 1640, la
1. La population totale de Québec et de toute la colonie ne dépassait guère deux cents âmes à cette date.
2. L’Hôtel-Dieu était alors établi à Sillery ; la communauté ne vint se fixer à proximité du fort Saint-Louis que l'année suivante.
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partie supérieure de la maison des Cent-Associés servait d’église paroissiale à la cité naissante. Cette maison était vraisemblablement située sur la partie nord-ouest du terrain de l’église anglicane actuelle, non loin d’un ruisseau qui prenait sa source au sommet du Cap Diamant et descendait vers la vallée par une succession de cascades, en passant en face du petit collège — atteint aussi par l’incendie et subséquemment plusieurs fois reconstruit et agrandi — dont l’emplacement est occupé de nos jours par l’hôtel-de-ville. Un autre ruisseau descendait également de la cime du cap ; il roulait ses flots abondants à quelque distance à l’ouest des habitations, et allait tomber en belle cascade au pied du coteau Sainte-Geneviève 1. Le fort Saint-Louis, construit par Chainplain en «terres, fascines et bois» avait été reconstruit en maçonnerie solide par le chevalier de Montmagny. La citadelle du Cap Diamant n’existait pas encore 2. Le plus
1. Ce ruisseau n'a été canalisé que vers 1855 ; il coulait immédiatement en dehors des portes Saint- Louis et Saint- Jean, au pied des murs d’enceinte de la ville, et tombait en nappe blanche sur le côté sud de la rue Saint-Vallier.