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Elle ne fut commencée qu’en

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grand nombre des résidents demeurait à la basse-ville.

L’art et l’industrie avaient peu fait encore pour la ville naissante ; mais l’Européen, qui toujours alors arrivait à Québec par le golfe Saint-Laurent 1 ne pouvait manquer d’être vivement impressionné à la vue de l’admirable panorama, bien des fois décrit, qui offre aux regards, réunis en un tableau unique, un confluent (la réunion des eaux du Saint-Laurent et de la rivière Saint-Charles), un promontoire (le Cap Diamant), une île (l’île d’Orléans), une chaîne de montagnes (ies Laurentides), une cataracte (la chûte de Montmorency).

Au matin du 15 août 1643, îour de ^te de l’Assomption, deux voiles doublaient le petit cap appelé dès lors la Pointe-Lévy 2, à une lieue de Québec. Le gouverneur, M. de Montmagny, fit sans doute saluer par le canon du fort l’apparition de ces navires portant les couleurs de la France. C’était à l’heure de la messe paroissiale, et l’on peut concevoir avec

1. En passant d’ordinaire par X Entrée des Bretons , au sud de Terreneuve.

2. Ainsi nommée par Cliamplain en 1 honneur du duc de Eévy-Ventadour, vice-roi de la Nouvelle-France.

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quelle hâte, l’office terminé, les fidèles se rendirent à la basse-ville pour y recevoir les nouveaux arrivants.

M. de Montmagny attendait les vaisseaux expédiés de La Rochelle, et était déjà renseigné sur le caractère de ce nouveau contingent de la « recrue de Montréal », comme on disait alors. Il trouva dans le chef de l’expédition un homme doué des qualités qu’il prisait davantage et que lui-même possédait à un haut degré.

Dans le courant de cette journée du 15 août, Louis d’Ailleboust, sa femme et sa belle-sœur se consacraient à l’œuvre des missions sauvages dans l’église paroissiale provisoire de Québec. Le Père Vimont s’exprime ainsi dans sa relation de 1643: « M. d’Ailleboust, très honnête et très vertueux gentilhomme, associé à la Compagnie de Montréal, avec sa femme et sa belle-sœur, de pareils courage et vertu, et toute cette sainte troupe aborda ici, et vint (à l’église) se consacrer à Dieu et au salut des sauvages, sous la protection et faveur de la Reine de l’univers, dont nous célébrions ce jour-là le triomphe ».

Les religieuses de llHôtel-Dieu reçurent sans doute, en leur petit monastère de Sillery,

la visite de Madame d’Ailleboust, qui devait, bien des années plus tard, se constituer « pensionnaire perpétuelle » de leur communauté et se donner tout entière au service des pauvres. De son côté, Mademoiselle de Bonllongne ne put manquer de faire la connaissance de l’institut des Ursulines, où l’appel divin allait la conduire avant longtemps 1.

Des effets du chargement de La Rochelle venaient d’être transportés dans une barque spacieuse amarrée à la plage de la basse-ville. Des colons de la nouvelle recrue dirent adieu à ceux de Québec, et l’on se mit en route pour la destination définitive à laquelle chacun avait hâte d’arriver.

M. de Montmagny était allé à Villemarie au mois de juillet précédent, et, dit l’abbé Dollier de Casson, il y avait annoncé « qu’on espérait de grands effets cette année-là de la part de la Compagnie de Montréal. . . ; outre cela il dit qu’un gentilhomme de Champagne

1. Elle entra au noviciat des Ursulinés de Québec le 2 décembre 1648, prit le nom de Saint-Dominique lors de sa vêture, au mois de mars 1649, et fit sa profession religieuse le 8 décembre 1650. Elle mourut au vieux monastère en 1667. Une autresœur de Madame d’Ailleboust était religieuse en France, chez les Bénédictines.

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nommé M. d’Ailleboust venait ici avec sa femme et la sœur de sa femme ; de plus il apprit qu’on avait fait une fondation pour un hôpital au Montréal, mais que pour avoir le détail il fallait patienter jusqu’au mois de septembre que M. d’Ailleboust arrivât ». Les voyageurs qui venaient de quitter Québec étaient donc attendus à Villemarie.

Mis sur ses gardes à cause des surprises possibles des Iroquois, M. d’Ailleboust s’entoura durant tout le trajet de précautions infinies. La végétation des côtes, tantôt abruptes, tantôt onduleuses, faisant bordure au Saint-Laurent, était alors dans toute sa splendeur. A partir du Cap Rouge, témoin de la première tentative de colonisation canadienne au temps de Roberval et de Cartier, aucune trace de défrichement ne s’offrait aux regards. Après avoir parcouru près de vingt-cinq lieues, les voyageurs aperçurent quelques habitations françaises : c’était le poste des Trois-Rivières (le Métab'erantin des aborigènes), établi dès l’année 1634 par M. de LaViolette, d’après les ordres de Champlain. Puis la solitude recommença, mais belle, calme, poétique, le grand fleuve çoulqnt avec majesté entre des rives élargies et fuyan-

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tes * 1, couvertes d’érables touffus et d’ormes gigantesques, baignant, ça et là, des îles débordantes de verdure où croissaient avec profusion des plantes odoriférantes. L’air était embaumé. L’âme des voyageurs se serait enivrée de ce spectacle et de ces parfums sans la crainte persistante de voir, au détour de chaque îlot, surgir une troupe de Peaux-Rouges placés en embuscade.

Après plusieurs jours de navigation, l’embarcation jeta l’ancre un peu au-dessous de l’endroit appelé de nos jours « le pied du courant », presque en face de l’île à laquelle Champlain avait donné le nom d’île Sainte-Hélène1. De ce point on apercevait l’établissement de Villemarie ; mais comme aucun signe ne ma-

1. Tes Français de cette époque avaient toujours soin de suivre le chenal du nord en montant ou en descendant le lac Saint-Pierre, afin d’éviter la rencontre des Iroquois, qui, d’ordinaire, pénétraient dans cette partie du pays par la rivière Richelieu, au sud du fleuve Saint-Laurent.

1. « Au milieu du fleuve, écrivait Champlain, il y avoit une isle d'environ trois quarts de lieue de circuit, capable d’y bastir une bonne et forte ville, et l’avons nommée l’isle de Sainte-Elaine ». On sait que la jeune femme de Champlain se nommait Hélène Boullé. Ce fut aussi Champlain qui donna leurs noms actuels au saut Saint- Louis et à l’Ile-aux-Hérons.

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nifestait la présence des Français sur la côte, on craignit parmi la recrue que les Iroquois ne se fussent emparés du Fort. De leur côté, les habitants de Villemarie, voyant cette barque immobile au milieu du fleuve, eurent l’idée qu’elle avait peut-être été capturée par leurs farouches ennemis. Pour mettre fin à ses propres appréhensions, M. de Maisonneuve alla lui-même au-devant des voyageurs dans une barque légère, et le Fort ouvrit bientôt ses portes aux nouveaux arrivants.

On peut se figurer la joie qui régna à Villemarie ce jour-là. D’âme de la France, vaillante, intelligente et chrétienne, brillait dans les traits de chacun de ces héros obscurs fraternisant sur ce rivage solitaire, à mille lieues de la patrie. Des Dieppois parlaient de la Normandie; les Rochelais s’informaient de leurs parents et amis de l’Aunis ; Madame de la Peltrie, Jeanne Mance et Charlotte Barré embrassaient avec effusion Madame d’Ailleboust et Mademoiselle de Boullongne, leurs nobles sœurs par le dévouement — ravies, les unes et les autres, et le cœur débordant d’une mutuelle sympathie. M. de Maisonneuve lisait les dépêches que lui adressaient ses coassociés de Da Flèche et de Paris.

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M. d’Ailleboust prit la parole et exposa les projets de la Compagnie à l’endroit de l’établissement de Montréal, insistant sur le côté religieux de l’entreprise, et annonçant de nouvelles générosités d’une bienfaitrice inconnue 1 en faveur de Mademoiselle Mance, chargée par elle de l’érection d’nn hôpital à Villemarie.

L,e soir du même jour, toute la colonie se réunit dans la chapelle du Fort pour y faire la prière en commun, selon l’usage. On y voyait la plupart des colons de la première heure dont on a conservé la liste 2. Un Père jésuite présidait à cet exercice 3.

Il est permis de croire qu’aux chants de reconnaissance des voyageurs et de toute l’assistance se mêlèrent ce soir-là les notes vibrantes d’un luth aux cordes harmonieuses. Ainsi que le rapporte M. Dollier de Casson dans son Histoire du Montréal , M. de Maisonneuve avait appris à jouer de cet instrument pendant

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