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Histoire du Montréal , de 1643 à

Lachine ne sont que les développements d’une longue série de drames où périrent des hommes et des femmes, assassinés, faits prisonniers ou torturés, et qui commença, dès l’année 1643, par le massacre de trois colons : Pierre Lafo. rest, Bernard Boète et Guillaume Boissier, tués et scalpés à quelques pas seulement de l’enceinte du fort construit par Maisonneuve. Et ce qu’il y a de vraiment digne de fixer l’attention des historiens et des penseurs, c’est que tous les habitants de Villemarie savaient, avant de quitter la France, le sort entouré de périls qui les attendait et les risques qu’ils auraient à courir. Ils étaient animés d’un enthousiasme religieux extraordinaire. Ce qu’ils voulaient c’était de faire briller l’Évangile au sein de la barbarie, c’était l’augmentation du royaume de Jésus-Christ. Leur héroïsme n’était pas la vertu d’un moment, le résultat d’une circonstance imprévue et fugitive : c’était la vertu de chaque instant, de chaque jour, de la vie tout entière. Il convient de dire cependant que le sol de l’île de Montréal était fécond1; que la charité régnait en sou-

1. Au printemps de 1644, « on commença à faire du bled français à la sollicitation de M. d’Ailleboust». La

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veraine à Villemarie, et que la vie intime entre Français y était d’une idéale et consolante douceur.

Pour apprécier comme il convient la conduite des fondateurs de Montréal, «il faudrait, dit l’historien protestant Parkman, pouvoir se placer à un point de vue plus qu’humain. . . » A l’époque qui suivit immédiatement la Réforme, continue-t-il, le catholicisme voulut se retremper « aux sources les plus pures de la vie primitive de l’Eglise; et à la suite de ce mouvement l’on vit éclore des vertus, une ferveur dignes des Croisades. A bien des points de vue, l’entreprise de Montréal a le caractère de cette époque; l’esprit de Godefroy de Bouillon revit dans Choinedey de Maisonneuve, et Marguerite Bourgeois réalise l’idéal de la femme chrétienne, fleur de la terre bai-

récolte fut abondante. (Dollier de Casson.) Ee Père Ragueneau écrivait plus tard : « La récolte des blés à été, cette année, très heureuse partout, mais principalement à Montréal, où les terres sont fort excellentes. . . Ce lieu eût été un paradis terrestre pour les sauvages et pour les Français sans la terreur des Iroquois, qui paraissaient continuellement et le rendaient presque inhabitable ; ce qui a fait que les autres sauvages s'en sont retirés. » (Relation de 1651) .

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gnée dans les rayons célestes, dont la mission semble n’être que de pénétrer de sa douce influence un siècle barbare1. »

La Vénérable Marguerite Bourgeois, dont on vient de lire le nom, était, elle aussi, fille de la Champagne. Le Père Bouvard, supérieur des Jésuites de Québec, lui a rendu cet élogieux témoignage: «Je ne crois pas avoir jamais vu de fille aussi vertueuse que la sœur Bourgeoys, tant j’ai remarqué en elle de grandeur d’âme, de foi, de confiance en Dieu, de dévotion, d’humilité, de mortification, de zèle. »

L’abbé Faillon, après avoir cité les lignes qui précèdent, ajoute: « Ce serait ici le cas de parler des exemples admirables que Mademoiselle Mance et Madame d’Ailleboust donnaient, de leur côté, à la colonie. Qu’il nous suffise de dire que les personnes choisies par la divine Providence pour influer sur l’esprit et les mœurs des colons, offraient une réunion digne des plus beaux temps de l’Eglise. M. de Maisonneuve avait fait vœu de chasteté perpé-

i. Les Jésuites dans /’ Amérique du Nord au X Vile siècle, par Francis Parkman ; traduction de la Ctesse G. de Clermont-Tonnerre. — Paris, Didier et Cie, éditeurs,

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tuelle ; Mademoiselle Mance et Sœur Bourgeoys s’étaient également consacrées à Dieu par le vœu de virginité, ainsi que M. et Madame d’Ailleboust, malgré leur mariage; et toutes ces âmes d’élite étaient comme un sel de sagesse qui contribuait très efficacement à inspirer l’amour de la vertu et à préserver de la corruption du vice tout le reste de la colonie b »

Presque au début de son séjour à Villemarie, M. d’Ailleboust se fit défricheur et agriculteur, sans cesser pour cela de s’occuper de fortifications. Des quelques maisons qu’il construisit sur ses défrichements de l’île de Montréal ressemblaient à autant de redoutes et pouvaient soutenir un siège de quelques heures ou de quelques jours en attendant des secours de l’extérieur. En réalité Louis d’Ailleboust continua toujours de faire bénéficier la colonie de ses «belles lumières», comme parle Dollier de Casson, et on le vit successivement ajouter de nouveaux bastions au fort de Villemarie,

1. Histoire de la colonie française en Canada , vol. II, page 221. Rappelons ici que l’ancienne province de Champagne fournit aussi à la Nouvelle-France le plus illustre de ses intendants, Jean Talon, né à Châlons-sur- Marne.

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alors qu’il était gouverneur intérimaire de Montréal ; fortifier le poste des Trois-Rivières et élever des redoutes sur la côte de Beaupré lorsqu’il remplissait les fonctions de gouverneur-général du Canada ; puis, après qu’il eut terminé sa carrière politique, construire a Montréal le célèbre fort du Coteau Saint-Louis, au sommet d’un monticule de cinquante pieds de hauteur l.

Ce monticule fut rasé au siècle dernier et remplacé, d’abord par le « Carré Dalhousie », puis par l’hôtel et la gare Viger et quelques dépendances appartenant à la Compagnie du chemin de fer du Pacifique canadien 2.

Le vicomte d’Argenson écrivait à la date du 4 août 1659 : « On a commencé une redoute et fait un moulin sur une petite éminence fort avantageuse pour la défense de l’habitation, du moins du côté qu’ils appellent le Coteau Saint-Louis. » Il y eut alors deux moulins à

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