‹ Feuilles volantes et pages d'histoireChapitre 38 sur 47 · Relation de · texte numérisé non relu

Relation de

2. Ees sauvages étaient facétieux à leurs heures. Un Français qui éprouvait beaucoup de difficultés à apprendre de l'un d’eux la langue algonquine, dit un jour à son professeur indigène: — «Je n’entends rien à ce que tu me dis ». A quoi le Peau-Rouge répondit : — « Cela n’est pas surprenant : tu as des oreilles françaises et j'ai une langue sauvage. Coupe tes oreilles et tâche de te procurer des oreilles de sauvage ; tu me comprendras aussitôt. » (Relation de 1648).

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A la cour de France. — Nouveau décret concernant le Canada. — Louis d’ Ailleboust gouverneur. — Il prête serment entre les mains du jeune roi. — Deux documents inédits. — Louis d' Ailleboust général de la flotte f en destination de la^Nouvelle-France. — Arrivée du nouveau gouverneur à Québec. — Départ du chevalier de Montmagny.

La carrière politique de M. d’ Ailleboust commence avec ce voyage de 1647, qu’il fit avec M. des Châtelets. La supplique que les délégués présentèrent à la cour tendait à établir, sans le dire expressément, que l’inertie des représentants de la Compagnie de la Nouvelle- France (ou Compagnie des Cent-Associés) était de nature à rendre inutiles toutes les généreuses initiatives des fondateurs de la colonie. « L’intention de Sa Majesté et des rois ses prédécesseurs, y est-il dit, était d’accroître les colonies et de peupler le Canada de Français catholiques, afin de disposer plus facilement, par leurs exemples, les sauvages à la religion chrétienne et à une vie civile, comme aussi de tirer de ces terres quelque commerce avantageux et utile. Néanmoins, au lieu de cela, le pays se dépeuple et le commerce y dépérit, tant par défaut de police que par les grandes

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dettes qu’on contracte pour subvenir aux dépenses nécessaires, comme aussi par l’inobservation de plusieurs articles de l’Edit d’établissement de la Compagnie de la Nouvelle-France, et même par l’inexécution de l’arrêt du dernier règlement de mars 1647 5 mais principalement à cause des incursions des Iroquois, ennemis communs de tout le pays, qui pillent et ravagent les habitations françaises et sauvages, par eau et par terre, sans qu’on se mette en devoir d’y remédier. Afin donc qu’il soit pourvu par Sa Majesté à ces maux, les sieurs d’Ailleboust et des Châtelets, députés des habitants de la Nouvelle-France, supplient qu’en interprétant et modifiant le règlement dernier, il lui plaise de leur accorder les articles énumérés dans, leur requête h »

Tous les articles ainsi énoncés furent étudiés par le conseil du jeune roi (Fouis XIV) en présence de la reine régente (Anne d’Autriche), puis définitivement approuvés, avec ou sans modifications.

1. Archives de la Marine à Paris. Registres des arrêts du Conseil.

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En conséquence, Sa Majesté ordonna :

Que, désormais, le terme d’office du gouverneur et lieutenant-général de la Nouvelle- France ne dépasserait pas trois années, — un deuxième terme pouvant cependant être accordé ;

Que le conseil de la colonie serait composé de cinq membres, au lieu de trois seulement : le gouverneur, le plus haut supérieur ecclésiastique, l’ancien gouverneur de la colonie et deux habitants du pays \ élus de trois ans en trois ans, (et, en outre, des gouverneurs particuliers de Montréal et des Trois-Rivières, lorsqu’ils se trouveraient à Québec), — le conseil immédiatement formé devant être composé de M. Louis d’Ailleboust, du Père Jérôme Lalemant * 2 et de MM. Chavigny, Godefroy et Gilîard ;

Que le traitement du gouverneur-général, pour subvenir à ses dépenses et aux frais d’en-

x. Qu trois habitants du pays si l'ancien gouverneur n’était plus à Québec.

2. Quatre Pères Jésuites furent successivement membres de «l’ancien conseil»; les PP. Jérôme Lalemant, Paul Ragueneau, François-Joseph Le Mercier et Jean de Quen. «

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tretien d’une garde personnelle d’au moins douze soldats, serait de 10,000 livres, avec douze tonneaux de fret ;

Que le traitement du gouverneur particulier de Montréal, pour subvenir à ses dépenses et aux frais d’entretien d’une garde personnelle de six soldats, serait de 3,000 livres, avec six tonneaux de fret ;

Que le traitement du gouverneur particulier des Trois-Rivières serait identique à celui de Montréal, avec les mêmes avantages et obligations ;

Que les 19,000 livres supprimées par cet arrêt, et prises sur les appointements assignés par l’arrêt antérieur du 27 mars 1647, seraient employées à former sans délai un camp volant de quarante soldats, bien armés et équipés, tirés des garnisons existantes ou levés au plus tôt. Ce camp volant serait placé sous le commandement d’un officier nommé par le gouverneur-général ; il garderait les passages, par eau et par terre, où pourrait paraître l’ennemi ; l’hiver, il serait cantonné dans les garnisons, pour, de là, au besoin, battre la campagne et courir vers les points les plus menacés du pays.

Les règlements non modifiés de l’arrêt de 1647 étaient maintenus et confirmés.

Telles étaient les principales dispositions de cet arrêt portant la date du 5 mars 1648, — dispositions que M. d’Ailleboust, nommé gouverneur-général du Canada pour un terme de trois années, était chargé de faire exécuter.

La Compagnie des Cent - Associés, — la « Grande Compagnie », comme on disait alors, pour la distinguer de la Compagnie de Montréal et de la Compagnie dite des Habitants, — avait recommandé cette nomination de M. d’Ailleboust, estimant sans doute que, plus que tout autre, il avait intérêt à faire disparaître les griefs qu’il avait lui-même signalés.

Les provisions de gouverneur-général données à M. d’Ailleboust par le roi de France 11e se trouvent pas dans les volumes intitulés Edits et Ordonnances publiés par le gouvernement du Canada. Nous avons eu la bonne fortune de trouver cette pièce importante dans les archives si précieuses de l’Hôtel-Dieu de Québec, ainsi qu’une pièce y relative émanée de la Compagnie de la Nouvelle-France b Nous citons

1. Nous devons exprimer ici notre reconnaissance aux dames religieuses de l' Hôtel-Dieu qui ont mis leurs archives historiques à notre disposition avec tant de bienveillance et de générosité. Nous remercions aussi une

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ici ces deux documents, que nous croyons être inédits, et qui sont intéressants à un haut degré.

Voici le texte de la commission de M. d’Ailleboust :

« Louis, par la Grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, A tous ceux que ces présentes Lettres verront, Salut :

« Étant nécessaire pour le bien de notre service, de pourvoir d’un Gouverneur notre Lieutenant- Général dans toute l’étendue du fleuve Saint- Laurent, au lieu et place du Sieur Chevalier de Montmagny, dont le temps, qui ne doit être que de trois ans, ordonné par nos Règlements pour le dit pays, est expiré, Savoir faisons :

«Que, pour l’entière confiance que nous avons de la personne de Notre cher et bien Aimé Louiÿ Dailleboust, Ecuyer, et de ses sûrs suffisance, loyauté, prudhomtnie, vigilance, zèle, soins et industrie, courage, valleur et sage conduite au fait des armes, Icelui pour ces causes et autres à ce Nous mouvant, par l’avis de la Reine régente notre très honorée Dame et Mère, et de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale Avons commis, ordonné et établi, commettons, ordonnons et établissons par ces présentes, et lui avons baillé et baillons la dite Charge de Gouverneur notre Lieutenant-Général dans toute l’éten-

dame séculière, pensionnaire permanente de la communauté, qui a bien voulu nous faire bénéficier de son talent de paléographe avec la plus aimable complaisance.

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due du fleuve Saint-Laurent, en la Nouvelle- France, Iles et terres adjacentes, de part et^d’ autre du dit fleuve, et autres rivières qui se déchargent en icelui j usques à son embouchure, a prendre dix lieues près de Miscou, du côté du Sud, et du côté du Nord autant que s’étendent les terres du dit pays, qu’avait, tenait, et exerçait le dit Sieur Chevalier de Montmagny, pour trois ans seulement, qui commenceront du jour que le dit Sieur Dailleboust arrivera à Québec ; Auquel nous donnons plein pouvoir, puissance, autorité, commission et mandement spécial de commander dorénavant tant aux gens de guerre qui sont et pourront être ci-après en quel qu’ endroit que ce soit du dit pays, qu’à tous nos officiers, ministres et sujets d’icelui ; juger de tous les différends qui pourront naître entre eux, faire punir les délinquants et même exécuter à mort si le cas y échet, — le tout souverainement et sans appel ; Leur ordonner tout ce qu’il verra et connaîtra être nécessaire pour notre service et le bien de nos affaires, à la garde et conservation du dit pays en'notre obéissance, et ce aux mêmes droits, honneurs et prérogatives que les précédents Gouverneurs pendant les dites trois années. SY donnons en Mandement à tous Capitaines et Officiers du dit pays qu’ils aient à lui obéir et faire obéir par tous nos sujets ès choses susdites, circonstances et dépendances, tout ainsi qu’à notre dite personne, sans y contrevenir en aucune manière, Car tel est notre plaisir.

« Donné à Paris, le deuxième jours de mars, l’an de grâce mil six cent quarante-huit, et de notre règne le cinquième »,

(Signé) Louis.

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Et sur le repli : <c Par le Roi, la Reine régente, sa mère, présente, de Lomerne », et scellé du grand sceau de cire jaune à double queue, et à côté est écrit : «Aujourd’hui, douzième mars mil six cent quarante huit, le Sieur Dailleboust dénommé au blanc des présentes, a fait et prêté le Serment entre les mains du Roi, La Reine régente sa mère présente, qu’il était tenu faire à cause de la charge de Gouverneur et Lieutenant Général en toute l’étendue du fleuve Saint-Laurent, en la Nouvelle- France, dont Sa Majesté l’a pourvu, moi son Conseiller Secrétaire d’Ètat et de ses Commandements présent. »

(Signé) de Lomerne.

Collationné à V origmal par moi Conseiller Secrétaire du Roi et de ses jinances.

Lecoq.

Ainsi la commission de M. d’Ailleboust fut datée du 2 mars 1648, et le nouveau gouverneur prêta son serment d’office entre les mains du roi lui-même — la reine régente présente — le 12 du même mois.

Louis XIV avait alors neuf ans et demi ; la reine régente en avait quarante-six.

Les associés de la Compagnie de la Nouvelle- France avaient recommandé cette nomination de M. d’Ailleboust, par l’intermédiaire du « grand maître, chef et surintendant général de la Navigation », en conformité de leur

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