‹ Feuilles volantes et pages d'histoireChapitre 39 sur 47 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

PAGES D’HISTOIRE

charte1; mais on omit de faire mention de telle recommandation dans le document que nous venons de citer. La Compagnie n’apprit cette omission que l’année suivante, et, afin que ce précédent ne mît pas ses prérogatives en danger pour l’avenir, elle s’empressa d’émettre une protestation respectueuse qui, en même temps qu’elle revendiquait les droits à elle conférés par le cardinal de Richelieu, établissait, eu définitive, que M. d’Ailleboust était, dans la colonie, non-seulement le lieutenant-général du roi, mais aussi le représentant officiel de la Compagnie de la Nouvelle-France.

Voici le texte de cette protestation. Il faut, en la lisant, se rappeler que l’heure de l’épanouissement littéraire qui marqua le siècle de Louis XIV, et dont l’influence devait se faire sentir jusque dans la rédaction des actes administratifs, n’était pas encore sonnée.

« La Compagnie de la Nouvelle-France, qui a vu les Lettres de provisions de Mon-

i. Les associés avaient présenté une liste de trois noms, parmi lesquels se trouvait celui de M. d’Ailleboust, qui fut agréé par le « Grand Maître » et soumis an Roi. — Voir l'article XI de l'Acte d’établissement de la Compagnie des Cent-Associés (1627).

PAGES D’HISTOIRE

sieur Dailleboust de la Charge de Gouverneur et Lieutenant-Général pour le Roi dans toute l’étendue du fleuve Saint-Laurent, Iles et terres adjacentes en la Nouvelle - France, les dites lettres nouvellement venues à sa connaissance, quoiqu’ expédiées dès le mois de mai de l’année dernière, mil six cent quarante huit, A déclaré et déclare que les dites provisions ne sont suivant les articles et édits de l’établissement de la dite Compagnie, ni conformes à celles qui ont été cidevant données aux prédécesseurs du dit sieur Dailleboust de la même charge, d’autant qu’aucunes n’ont été ci-devant accordées que sur la nomination et présentation des trois que la dite Compagnie est en possession de nommer à Mons. le Grand Mtre Chef et Surintendant de la Navigation et Commodore de France, Pour être par lui choisi et présenté au Roi Celui qui doit être pourvu, Lequel droit de nomination la dite Compagnie a exercé encore à cette fois, eu ayant nommé «trois dont le dit sieur Dailleboust était l’un. Il a été choisi par la Reine Régente, mère du Roi, et pourvu par le Roi de la dite charge sans faire mention de ces nomination et présentation. C’est pourquoi la dite Compagnie proteste que telle omission de clause (et d’une autre clause encore qui aurait dû y être apposée par laquelle il est mandé à celui pourvu de la dite charge de Gouverneur de tenir la main à l’exécution de l’édit portant l’établissement de la dite Compagnie et au traité fait entre la dite Compagnie et les Habitants de la Nouvelle-France), ne lui puisse nuire ni préjudicier et de demander que telles provisions soient réformées lorsqu’elles s’expédieront de trois ans en trois ans, suivant le

PAGES D’HISTOIRE

règlement, et les dites clauses y apposées. Pour et de laquelle protestation ci-dessus elle a fait dresser le présent acte et icelui inscrit et registré, Priant le dit sieur Dailleboust de le faire pareillement registrer au greffe de la Nouvelle-France, le tout pour la conservation des droits de la dite Compagnie, qui déclare que, pourtant, elle ne laissera d’agir avec le dit sieur Dailleboust en la dite qualité de Gouverneur et Lieutenant-Général pour le Roi en la Nouvelle-France, et de s’adresser à lui pour la manutention des droits de la dite Compagnie sur les lieux, et de recommander à ses officiers et à tous habitants du dit pays de lui rendre le respect et l’obéissance qui lui sont dus.

« Fait en l’Assemblée des Intendant et Directeurs de la Compagnie de la Nouvelle-France en Leur Bureau à Paris, le vingt-deuxième jour de mars mil six cent quarante-neuf.

Extrait des délibérations de la Compagnie de la Nouvelle- France par moi secrétaire de la dite Compagnie.

Lamy.

Reprenons maintenant notre récit.

Par exception, M. d’Aillebonst fut nommé général de la flotte qui devait partir de La Rochelle pour Québec vers la fin du mois de mai (1648).

M. Pierre LeGardeur de Repentigny, l’amiral ordinairement chargé de commander les navires faisant le service entre l’ancienne et

PAGES D’HISTOIRE

la nouvelle France, fut relevé temporairement de ses fonctions. Il prit passage sur le vaisseau de la Compagnie appelé Le Cardinal , afin de pouvoir reprendre le commandement au retour. Parmi les passagers se trouvaient le P. Vimont et trois religieuses hospitalières en destination de Québec. Une sorte d’épidémie se déclara à bord peu après le départ. Il y eut pendant le voyage beaucoup de maladie et quelques décès. M. de Repentigny fut une des victimes de l’étrange fléau, et mourut le douzième jour de la traversée. Ue P. Vimont resta auprès de lui jusqu’à son dernier soupir, et il s’éteignit doucement dans des sentiments admirables de soumission à la volonté divine1.

Le navire Le Cardinal arriva à Québec le

19 août 1648; il était parti de La Rochelle le 31 mai.

Le vaisseau qui portait M. d’tàilleboust entra dans la rade de Québec le lendemain,

20 août, — un jeudi.

1. Le Père Lalemant, après avoir raconté cette mort «précieuse devant Dieu», ajoute: «Ea Mère Catherine de Saint-Augustin fut j usques aux portes de la mort, ou plutôt j usques aux portes du paradis». Les deux autres hospitalières étaient la Mère Anne de l'Assomption et la Mère Jeanne de Sainte-Agnès.

PAGES D’HISTOIRE

Voici en quels termes habilement mesurés le P. Jérôme Lalemant raconte l’arrivée du nouveau lieutenant-royal et sa réception par son prédécesseur:

« Il fait beau voir deux personnes de mérite et de vertu dans un combat de déférence, lors principalement qu’une d’icelles met bas les intérêts qui la porteraient à s’en dispenser si elle ne fortifiait son courage par quelque pensée plus haute et plus relevée que celles du commun. Sitôt que Monsieur le chevalier de Montmagny eut connaissance des volontés du roi et de la reine, et qu’il eut appris, par l’arrivée des vaisseaux, que Leurs Majestés avaient pourvu Monsieur d’Ailleboust du gouvernement du pays en toute l’étendue du fleuve Saint-Laurent, non seulement il reçut cet ordre avec honneur et respect, mais de plus il fit paraître une généreuse magnanimité, faisant disposer avec appareil toutes les choses nécessaires pour la réception du nouveau gouverneur qui fut ensuite reçu par tous les ordres du pays, qui le complimentèrent, et les sauvages même voulurent être de la partie, lui faisant une petite harangue par la bouche d’un religieux de notre Compagnie qui les conduisait. Si l’un emporte nos regrets et nous laisse une

PAGES D’HISTOIRE

mémoire éternelle de sa prudence et de sa sagesse, l’autre, dont la vertu est déjà connue en ce nouveau monde, nous donne je ne dirai pas seulement une espérance, mais comme une assurance que les fruits déjà bien avancés mûriront, et que le royaume de Dieu continuera de s’étendre et de s’amplifier dans ces contrées. Il (M. d’Ailleboust) n’omit rien pour rendre le réciproque à son prédécesseur, ne pouvant trouver assez d’honneur pour reconnaître le mérite et la vertu de ce brave chevalier. »

M. de Montmagny partit pour la France vers le 23 septembre et prit le commandement de la flotte fi De nom de l’illustre successeur immédiat de Champlain est un des noms les plus respectés de notre histoire nationale. Des contemporains de M. de Montmagny sont unanimes à louer sa piété, son courage, la droiture de son esprit, la noblesse et l’élévation de son caractère.

1. L’Ordre de Malte envoya M. de Montmagny aux Petites-Antilles, à Saint-Christophe, vers 1651, pour y remplir une charge de confiance. Il y mourut peu de temps après, et fut enterré dans l'église de Basse-Terre, capitale de Saint-Christophe. — Voir la Nouvelle-France du mois d’octobre 1908, article du Père Alexis, O. M. C,

PAGES D’HISTOIRE

Au château Saint-Louis. — Premiers actes officiels du nouveau gouverneur. — Voyage à Montréal. — La Huronie saccagée par les Iroquois. — Dispersion et exode des Hurons. — Trois tribus descendent à Québec. — Les Hurons à l’île d’Orléans. — Exécution capitale. — Charité de Madame d'Ailleboust. — Incendie du Monastère des Ursulines. — Louis d’Ailleboust architecte.

M. d’Ailleboust s’installa dans la nouvelle résidence du fort Saint-Louis — le château — dont la construction avait été commencée l’année précédente. Madame d’Ailleboust et Mademoiselle de Boullongne, descendues à Québec après un séjour ininterrompu de cinq années à Villemarie, furent les premières dames de céans en la demeure officielle du représentant de Sa Majesté Très Chrétienne au Canada h

En vertu des décrets de 1647 et IÔ48, le gouverneur et ses conseillers pouvaient décider de la paix ou de la guerre; mais ils pou-

1. Mademoiselle de Boullongne n'y demeura que quelques semaines. Elle passa bientôt du château au cloître, où elle mourut dix-neuf ans plus tard. ( Annales des Ursulines de Québec .)

PAGES D’HISTOIRE 223

vaient aussi exercer des fonctions d’une plus modeste portée, et les simples règlements de police étaient dans leurs attributions. C’est bien ainsi qu’il en devait être pour une communauté naissante. « On conçoit, dit l’abbé Ferland, que, dans les premiers temps de la colonie française, l’autorité de ces fonctionnaires devait être fort étendue et s’exercer d’une manière paternelle, sans qu’on s’attachât trop scrupuleusement aux formes suivies alors dans les parlements de France»1.

Le plus important des premiers actes administratifs du nouveau gouverneur fut l’organisation du « camp volant » dont la création était ordonnée par le décret du 5 mars 1648. Il en confia le commandement à son neveu

1. « Parmi les actes officiels du nouveau conseil, on en trouve un, en date du 19 septembre 1648, par lequel Jacques Boidon est établi hôtelier (à Ouebec) , à l'exclusion de tout autre. « Il se logera, y est-il dit, sur la grande place, « près de l'église, afin que tous puissent aller se chauffer «chez lui... Il ne gardera personne pendant la grand’- « messe, le sermon, le catéchisme et les vêpres». Cet acte est signé par M. d’Ailleboust, gouverneur, le P. Jérôme Ralemant et les sieurs Chavigny, Godefroy et Giffard ». (J. -B. -A. Fereand. — Côurs\ d’ Histoire du

Canada, volume II, page 365).

M. Charles d’Ailleboust des Musseaux \ qui se mit en campagne dès le printemps de 1649. Ce corps militaire d’un nouveau genre, formé de quarante hommes, fut jugé d’une telle utilité que, deux ans plus tard, le gouverneur n’hésita pas, devant les agressions de plus en plus audacieuses des Iroquois, à en porter l’effectif à soixante-dix hommes.

Le nouveau gouverneur se rendit à Villemarie vers la fin de mai 1649, accompagné des douze soldats de son escorte régulière. Il y fut reçu avec une joie facile à comprendre, et y régla plusieurs affaires importantes. Il annonça à M. de Maisonneuve que la Compagnie des Cent-Associés ajoutait six hommes à sa garnison particulière et portait son traitement à 4000 livres an lien de 3000. C’était une première dérogation aux dispositions de l’arrêt du 5 mars 1648. Il y en eut bien d’autres par la suite.

Ce fut pendant ce court voyage à Villemarie que M. d’Ailleboust mit les RR. PP.

1. Charles d'Ailleboust des Musseaux était fils de Nicolas d’Ailleboust, 4sieur de Coulonge, et de Dame Dorothée de Mantet d'Argentenay, une des dames d'honneur de la duchesse de Vendôme.

PAGES D’HISTOIRE

Jésuites en possession de leur seigneurie de la prairie de la Magdeleine.

La tranquillité régnait a Québec ; mais un voile de sang couvrait l’horizon du côté des Grands Lacs. La nation huronne, alliée des Français, allait être anéantie, écrasée ou dispersée, par les cruels Iroquois des cinq cantons h Le pillage, les meurtres, les incendies allaient se multipliant. Toute la péninsule huronne fut bientôt livrée aux horreurs de massacres épouvantables. Le Père Daniel tombe sous les flèches et les balles d’une bande furieuse ; les héroïques Pères de Brébeuf et Gabriel Lalemant expirent dans d’indiciblestortures ; le Père Garnier et le Père Chabanel cueillent à leur tour les palmes du martyre.

Les sanguinaires ennemis des Français étant tout à leur œuvre de carnage dans ces régions lointaines, les établissements de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal jouissaient d’une paix au moins relative. M. d’Ailleboust se garda bien toutefois d’oublier les missionnaires de l’ouest et leurs auxiliaires séculiers dont la situation était si périlleuse, non plus que

1. Les Agniers, les Goyogouins, les Onnéyouts, les Tsonnontouans et les Onnontagués.

PAGES D’HISTOIRE

les tribus huronnes elles-mêmes ; mais il ne put que] leur envoyer une soixantaine d’hommes et une certaine quantité de munitions pour toutl secours. Quelle résistance ce faible appoint pouvait-il opposer aux masses de féroces Iroquois qui surgissaient de toutes parts !

Presque toutes les bourgades huronnes furent mises à feu et à sang. La mission centrale de (Sainte-Marie fut abandonnée, et ses occupants se transportèrent à l’île de Saint-Joseph; mais là encore les sauvages chrétiens furent traqués par la haine iroquoise.

La famine venant ajouter ses horreurs à tant de maux, les Hurons de la nouvelle bourgade de Saint-Joseph supplièrent les missionnaires de les conduire auprès des établissements français des bords du Saint-Laurent, afin de s’y fixer et d’y vivre de la vie chrétienne loin de leurs ennemis. « En quelque endroit que nous jetions notre vue, écrivait le Père Ragueneau, nous étions convaincus que la (famine, d’un côté, et la guerre, de l’autre, achèveraient d’exterminer le peu qui restait de Hurons chrétiens ; et ce fut un sentiment si général de nos Pères que je 11e pus y résister. Le dessein en ayant été arrêté, l’exécution devait en être prompte, de crainte que les Iro-

PAGES D’HISTOIRE

quois, entendant ces nouvelles, n’allassent nous tendre des embûches pour nous arrêter en chemin. »

Plus de trois ceuts Hurons descendirent à Québec avec le Père Ragueneau. Ils y arrivèrent le 28 juillet et furent secourus et nourris par le gouverneur, les Jésuites, les Hospitalières, les Ursulines et quelques autres personnes pendant l’hiver de 1650 à 1651. Au printemps de cette dernière année, ils allèrent se fixer à l’île d’Orléans, d’où leurs perfides et tenaces ennemis les obligèrent de s'éloigner quelques années après, — M. d’Ailleboust, qui les avait accueillis tout d’abord, se faisant alors et de nouveau le protecteur de ceux qui ne voulurent pas quitter Québec, comme il sera dit plus loin h

1 Les seules tribus huronnes de l’Ours, du Rocher et de la Corde furent conduites à Québec par le Père Ragueneau en 1650. Les familles des deux premières durent quitter l’île d’Orléans, traîtreusement assaillies, puis emmenées en captivité, et maltraitées en route par leurs ennemis traditionnels. Plus heureuse, la tribu delà Corde (ou Attignénonghac) put se réfugier à Québec même, près du fort Saint-Louis, grâce à la protection de M. d’Ailleboust. Ce sont les descendants de cette tribu qui habitent le village de Lorette, dans le comté de Québec.

La nation liuronne toute entière se dispersa par petites

PAGES D’HISTOIRE

Les Français n’intervenaient pas d’ordinaire dans les rapports des sauvages entre eux : ils se contentaient d’interdire la guerre en temps de paix dans la colonie proprement dite. Plusieurs faits indiquent qu’ils permettaient ou toléraient les exécutions capitales, même au sein de leurs établissements, après jugements rendus par ces indigènes contre des gens de leur race en leurs assemblées constituées en tribunaux. Le 3 avril 1696, quatre Iroquois furent torturés et mis à mort par des sauvages ennemis en plein Montréal, sur le terrain qui sépare aujourd’hui le palais de justice de l’hô-

handes : une d'elles se retira dans l’île d’Ekaentoton (Manitoualin) , une autre alla se réfugier dans l’île de Michillimakinac ; un groupe assez nombreux se rendit dans les montagnes de la nation du Pétun ; ceux qui le composaient furent poursuivis et massacrés impitoyablement, le Père Garnier partageant leur sort Quelques familles furent adoptées par les Eriés ou Chats des bords du lac Erié, et périrent avec eux peu de temps après.

La Huronie offrait l’aspect d’un vaste champ de carnage : partout on y trouvait des traces de lacruauté iroquoise. Les habitants des deux villages de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Michel implorèrent la pitié des Tsonnontouans, qui les adoptèrent. Ceux-là, du moins, ne furent plus inquiétés. Quelques-uns étaient chrétiens, et surent conserver leur foi malgré les vicissitudes de leur vie passée au sein d’une tribu infidèle.

PAGES C’HISTOIRE

tel-de-ville, en face de la colonne de Nelson \ et nous voyons par le Journal des Jêsziites qu’une autre exécution capitale, mais celle-là non accompagnée de tortures, eut lieu à Québec même, dès l’année 1650, sous le gouvernement de M. d’Ailleboust, après jugement prononcé par un tribunal formé d’Algonquins et de Hurons. Les Français n’intervinrent que pour procurer au condamné la grâce du saint baptême.

Le nouveau chrétien — un Huron — fut tué de deux coujds de hache, et ce furent « Madame la Gouvernante « et Madame de Monceaux 1 2 qui l’ensevelirent.

1 On leur infligea le suplice du feu. « On les fit mourir, raconte un témoin oculaire, dans des supplices dont ils sont eux-mêmes les inventeurs.... On m’assura que ce que je voyais n’était qu’un faible échantillon de ce qu’ils nous font souffrir quand il nous font prisonniers. » (Tanguay. — A travers les registres, pages 80.)

2 Anne Gasnier, veuve de Jehan du Clément du Vuault seigneur de Monceaux, en son vivant chevalier de Saint- Eouis, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine d’une compagnie de chevau-légers. Madame de Monceaux épousa, en secondes noces, le célèbre Jean Bourdon, ingénieur, homme de loi et explorateur, qui était chargé d'une nombreuse famille. L,e mariage se fit dans la chapelle du château Saint-Eouis, le 21 août 1655. « Cette dame, dit la vénérable Mère Marie de l’incarna-

PAGES D’HISTOIRE

Madame d’Ailleboust, si « avantagée de talents naturels, tant du corps que de l’esprit », comme écrivait la sœur Morin, l’annaliste de l’Hôtel-Dieu de Montréal* * 3, possédait cette force de caractère qui sait surmonter les impressions pénibles. Elle et son amie Madame de Monceaux auraient pu s’éloigner de la scène qui s’offrait à leurs regards : leur charité parla plus haut que leurs répugnances: les deux nobles dames donnèrent ce jour-là un exemple qui dut toucher bien des cœurs.

Cette année 1650 devait être féconde en événements dramatiques à Québec. Ee 30 décembre au soir, au milieu de la nuit, les sinistres lueurs d’un incendie vinrent soudain réveiller les habitants du château et de tout le voisinage. Le ciel était empourpré, et l’air,

tion, est un exemple de piété et de charité dans tout le pays. Elle et Madame d’Ailleboust sont liées ensemble pour visiter les prisonniers, assister les criminels et les porter même en terre sur un brancard... Elle a élevé tous les enfants de M. Bourdon avec une débonnaireté non pareille. » ( Histoire des Ursulines de Québêc , vol. 1,

pages 278 et 279.)

3 Sœur Marie Morin naquit à Québec le 19 mars 1649 et eut pour parrain M. d’Ailleboust, gouverneur de la Nouvelle-France.

très vif, rempli d’étincelles jaillissantes. Le monastère des Ursulines était en feu.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire un Miserere , comme parlent les annales du cloître, les flammes avaient envahi toutes les parties de l’édifice. O11 vit bientôt les pauvres religieuses et leurs élèves, françaises et indigènes, sortir, les unes après les autres, du bâtiment embrasé. Elles se rassemblèrent sur le chemin, navrées, grelottantes, à peine vêtues, serrées les unes contre les autres, quelquesunes à genoux sur la neige blanche. Madame de la Peltrie, chassée elle aussi de son appartement par l’incend'ie, se tenait « pieds nus sur la neige, n’ayant qu’une petite tunique avec laquelle elle s’était sauvée. »

Dix religieuses de chœur et deux sœurs converses furent ainsi jetées hors de leur demeure par une nuit très froide ; parmi les premières se trouvaient la vénérable Mère Marie Guyart de l’Incarnation, la Mère Marie de la Troche de Saint-Joseph, alors malade, et deux de nos connaissances de Villemarie : la Mère Charlotte Barré de Saint-Ignace et la Mère Philippe-Gertrude de Boullongne de Saint- Dominique.

Le gouverneur, l’abbé de Saint-Sauveur, les

PAGES D’HISTOIRE

RR. PP. Jésuites, MM. de Repentigny, Giffard, Menoil, de Saint-Denis, Couillaxd, de More, Guyon, Marsolet, de la Ferté et autres, ainsi que plusieurs femmes et un grand nombre de Hurons se trouvèrent bientôt sur les lieux. Voyant tout ce monde réuni, dit l’annaliste des Ursulines, v le Révéïend Père Supérieur fit transporter nos enfants, partie dans l’habitation de nos domestiques, partie dans la maison d’un de nos voisins. « Des religieuses furent conduites tout. auprès, chez les Jésuites, te dans la salle où l’on parle aux séculiers. »

<t Le Révérend Père, continue l’annaliste, donna des chaussures à toutes celles qui n’en avaient point, car, de nous toutes, il n’y en avait que trois qui eu eussent, parce qu’elles s’étaient ainsi couchées le soir pour mieux résister au froid » b

Mises au courant de ce qui se passait, les bonnes religieuses de l’Hôtel-Dieu, émues du

i. Il faut noter ici qu'on ne commença à se servir de poêles pour chauffer le couvent des Ursulines, à Québec, qu'en 1668. Dans lecouvent incendié en 1650, on s’était servi de quatre cheminées pour se procurer une chaleur très insuffisante, tout en dépensant beaucoup de combustible, — 175 cordes de « gros bois » pour un seul hiver !

PAGES D’HISTOIRE

malheur qui venait de frapper leurs sœurs ursulines, les envoyèrent aussitôt « quérir » pour les « loger en leur maison », — proposition qui fut acceptée avec reconnaissance.

« Si quelque chose était capable de faire oublier à nos Mères le dépouillement universel qu’elles venaient de subir — dit l’historienne moderne des Ursulines — c’eût été la charité extrême dont on usa à leur égard à l’Hôtel- Dieu ».

Les filles de sainte Ursule reçurent de toutes parts des témoignages de sympathie, et, trois semaines après la nuit fatale, elles purent s’installer, bien que très à l’étroit, dans la maison de Madame de la Peltrie.

Monsieur et Madame d’Ailleboust prirent un intérêt particulier à la reconstruction du monastère incendié. Le gouverneur y contribua de diverses manières ; la Mère Marie de l’Incarnation écrit à ce sujet : « il en vouhit lui-même faire le dessin , et, comme père temporel de la Communauté, avoir la vue sur le gros de l’entreprise, nous y assistant non-seulement par charité, mais encore par inclination ; car, lorsque notre accident arriva, il n’y avait pas un mois que la sœur de Madame

PAGES D’HISTOIRE

d’Ailleboust, sa femme, avait fait profession religieuse dans notre communauté.))

Ce travail d’architecte dont parle la Mère Marie de l’Incarnation, était chose facile pour le gouverneur. Plus difficile était la tâche politique dont son souverain l’avait chargé.

Protection insuffisante de la colonie. — Nouvelles fortifications aux Trois-Rivières. — Projet d’alliance offensive et défensive avec les colons de la Nouvelle-Angleterre. — Echec diplomatique. — Ta terre de Coulonge. — M. de Rauzon gouverneur-général. — Rouis d'Ailleboust dans la vie privée. — Chez les Ursulines. — Cruelle situation des colons des Trois- Rivières et de Villemarie. — Jeanne Mance.

Tant que dura la suzeraineté de la Compagnie des Cent-Associés, la France n’accorda qu’une protection insuffisante à sa colonie de l’Amérique du Nord. Alors qu’il eût fallu aller porter la guerre dans les cantons iroquois, — comme le fit plus tard M. de Tracy — le gouverneur devait se contenter de se tenir sur la défensive, à cause de l’insuffisance des moyens

PAGES D’HISTOIRE

dont il pouvait disposer, puis de recourir aux ressources de la diplomatie pour 11e rien perdre de la situation acquise et empêcher les pires excès du mal.

Vers la fin de l’année 1650, M. d’Ailleboust fit commencer aux Trois-Rivières de nouvelles fortifications qui sauvèrent le bourg d’une destruction complète lors de l’investissement de 1653 Par cincl cents Agniers. À Monsieur Pierre Boucher, chargé du commandement de la place, il adressa les instructions très précises que nous transcrivons ici :

((6 juin 1651.— Louis d’Ailleboust, gouverneur.

« Ordre au sieur Boucher, capitaine dans le bourg des Trois-Rivières.

« Il fera faire exercice le plus souvent qu’il pourra, soit pour tirer au blanc ou autrement, et aura soin que chacun tienne ses armes en bon état et bien chargées de postes ou de balles.

« Il fera pour cet effet quelquefois visiter par les maisons afin d’empêcher que personne ne se défasse de ses armes sans congé exprès du gouverneur.

« Il excitera souvent ceux qui vont au travail de se tenir sur leurs gardes, surtout aura l’œil que leurs armes soient bien chargées et non pour tirer sur des ( illisible ) qu’il leur défendra de ma part.

«La palissade et les deux redoutes achevées, il divisera le bourg en trois escouades ou quatre, s’il y a assez d’hommes, dont une entrera tous

PAGES D’HISTOIRE

les soirs en garde dans la redoute qui regarde les champs. Dans un corps de garde, il y aura toujours une personne qui veillera, et celui qui devrait être en sentinelle fera ronde tout autour du dedans de la palissade et aura l’oreille souvent au guet pour ne se point laisser surprendre du dehors par l’ennemi, ni du feu qui se peut mettre par accident en quelque maison.

« Il fera son possible pour presser (la construction de) la palissade et fera mémoire des journées qui seront données, par qui, à quoi et combien.

« S’il arrivait quelques réfractaires au commandement ou qui manquassent aux gardes, il les condamnera à l’amende tel qu’il jugera à propos, ou s’il arrivait quelque refus d’obéir, il en fera son rapport au gouverneur pour en faire le châtiment.

« Fait et expédié au fort des Trois-Rivières, ce six de juin, mil six cent cinquante-et-un ».

(Signé) Daileeboust h

D’autre part, le gouverneur et son conseil tentèrent de donner une suite favorable à des pourparlers entamés par les colonies de la Nouvelle-Angleterre avec le gouvernement du Canada dès l’année 1647, sous l’administration de M. de Montmagny. Les négociants de Boston, de Plymouth, du Connecticut et de

1. Cité par L.-A. Hnguet-Eatour dans son Annuaire de Villemarie, année 1867.

PAGES D’HISTOIRE 237

New-Haven, ou du moins un certain nombre d’entre eux, désiraient l’adoption d’un traité décrétant la réciprocité commerciale et le libre échange entre les colonies française et anglaise. Un semblable traité eût favorisé les colons anglais en leur ouvrant la route du Saint- Uaurent pour pénétrer dans l’intérieur du continent, y écouler leurs produits et se mettre directement en communication avec les chasseurs indiens des pays du castor. Il eût aussi offert des avantages aux colons français en leur facilitant l’accès aux comptoirs de la Nouvelle-Angleterre ; mais ces avantages seraient restés illusoires pour les trafiquants du Canada tant que la route aurait été barrée par des sauvages ennemis. La première chose à faire était d’assagir les Iroquois.

M. d’Ailleboust jugea qu’il convenait de reprendre les négociations interrompues, mais à la condition que l’union commerciale proposée eût pour corollaire une union offensive et défensive contre les Iroquois.

D’abord assez favorablement accueillies par trois des quatre colonies anglaises, les propositions de M. d’Ailleboust et de ses conseillers furent ensuite unanimement repoussées. Des flots de sang versé et des misères sans nombre,

PAGES D’HISTOIRE

dont nos voisins eurent comme nous à souffrir, furent les conséquences de ce refus des autorités de la Nouvelle-Angleterre l. Les hostilités se poursuivirent ardentes, les Abénaquis, amis des Français, prenant part à la lutte.

Les trois années d’administration de INI. d’Ailleboust allaient bientôt expirer. Le décret royal du 5 mars 1648 permettait bien le renouvellement de ce mandat triennal, mais comme la règle venait d’être posée, il n’y avait pas lieu de croire que l’on débuterait par une exception. D’ailleurs la Compagnie des Cent- Associés avait dans ses rangs un homme de mérite en qui elle avait confiance et qui avait déjà pris une part importante dans la régie de ses affaires : c’était INI. Jean de Lauzon. Accepté par le roi après présentation par la Com-

1. On comptait tellement sur une issue différente de ces négociations qu’un vaisseau anglais, chargé de marchandises, était déjà entré dans le Saint-Laurent lorsqu'elles furent rompues. — Voir les lettres de M. d’Ailleboust et de ses conseillers ainsi qu’un extrait des délibérations de l’ancien conseil de la Nouvelle-France portant la date du 20 juin 1651, aux archives historiques du département du régistrairede la province de Québec, vol. 1, première série.

pagnie *, il fut nommé gouverneur-général du Canada le 17 janvier 1651, et lorsque le temps fut venu son prédécesseur s’effaça devant lui de bonne grâce.

Notons ici que l’année qui précéda l’expiration de son ternie d’office, Louis d’Ailleboust s’occupa de la question de la traite de l’eau-devie avec les sauvages et donna des ordres sévères pour faire cesser ce pernicieux trafic au poste de Tadoussac.

Dans les derniers mois de son administration, M. d’Ailleboust visita Montréal et les Trois- Rivières avec son escorte ordinaire de douze soldats. Les bandes iroquoises infestaient le pays, et l’on ne comptait plus les agressions dont les colons français, isolés ou par petits groupes, étaient l’objet de la part d’ennemis toujours nombreux disséminés dans la campagne. 1 2 La flotte de France était en retard, les

1. La Compagnie présenta trois noms : ceux de Jean de Lauzon, de Duplessis-Bocliard et de Robineau-Bécancour.

2. « On a vu plusieurs fois, dit la Sœur Morin, dix hommes de Villemarie, et moins que cela, faire tête à cinquante et quatre-vingts Iroquois. » Les Montréalistes , comme on disait alors, avaient une grande réputation de bravoure.

PAGES D’HISTOIRE

provisions allaient manquer. Que pouvait faire le gouverneur avec une autorité expirante et des ressources exceptionnellement limitées?

Québec cependant en imposait toujours par sa situation, si admirablement choisie, et aussi par ses moyens de défense. Le gouverneur s’appliqua à en tenir l’accès toujours difficile.

Ce sont moins les hommes qui font les circonstances que les circonstances qui font les hommes. Au milieu de toutes les difficultés qui l’entouraient, il fut cependant donné à M. d’Ailleboust de prouver que les vicissitudes de la vie coloniale ne l’effrayaient pas. Dès l’année 1649, Ü semble avoir résolu de se fixer à Québec pour y donner carrière à son activité, même après sa retraite de la vie officielle. Le 17 octobre de cette même année, il acheta de Nicolas Gaudry dit Bourbonnière une propriété de cinquante arpents située à une lieue du Château Saint-Louis, propriété à laquelle il donna le nom de Coulonge, et qui devint plus tard Powell Place, puis Spencer Wood.

Cette terre de Coulonge, dont le nouveau propriétaire devait faire sa demeure, fut agrandie, en 1652 et 1653, par diverses concessions et acquisitions.

Le nom de Coulonge était un nom de terre

PAGES D’HISTOIRE

et un nom de famille : Louis d’Ailleboust luimême est appelé « sieur de Coulonge » dans un acte passé en 1643, immédiatement avant son premier départ de France pour le Canada, — acte conservé aux archives de l’Hôtel-Dieu de Québec.

Louis d’Ailleboust a pu donner ce nom de Coulonge à sa propriété en souvenir de son frère Nicolas d’Ailleboust, sieur de Coulonge, de même qu’il donna le nom d’Argentenay à son fief de l’île d’Orléans en l’honneur de sa belle-sœur Madame Nicolas d’Ailleboust, née Dorothée de Mantet d’Argentenay \

Le 13 octobre 1651, M. deLauzon, le nouveau gouverneur-général, mit pied a terre a Québec sur les huit heures du matin. Le Journal des. Jésuites raconte sommairement cette arrivée b « Il alla droit au fort, où, ayant présenté sa; commission, on lui remit les clefs, et entra

1 Le fief d'Argentenay, petite portion de la paroisseactuelle de Saint-François de l’île d’Orléans, fut concédéà M. Louis d’Ailleboust par son successeur M. de Lauzon, au nom de la Compagnie de la Nouvelle-France, le 23 juillet 1652. « Argentenay, dit M. Pierre-Georges Roy, est le nom d’un petit village de Champagne. M. d’Ailleboust, originaire de cette province, voulait, en nommant ainsi ce fief, faire revivre un nom qui lui était cher. » — Les noms géographiques de la Province de Quebec.

PAGES D’HISTOIRE

dans le fort. De là il vint à l’église, où je le reçus more ecclesiastico , aspergendo eum aquâ benedictâ à l’entrée de la porte, et lui disant quelque huit ou dix lignes pour sa réception. Ensuite le R. P. Ealemant dit la messe » 1.

De gouverneur était accompagné de ses deux fils Jean et Louis de Lauzon. Un autre fils, Charles, arriva à Québec l’année suivante 2.

1. Cinq jours plus tard « les escholiers reçurent M. le "Gouverneur. . . Des sauvages dansèrent ».

2. A son fils Jean, un militaire de distinction nommé ■a grand sénéchal de la Nouvelle-France, » M. de Dauzon fit cession de la seigneurie de Lauzon ; à son fils Louis il accorda les seigneuries de la Citière et de Gaudarville. Son fils Charles reçut le titre de « grand maître des eaux et forêts » et la seigneurie de Charny, dans l’île d’Orléans.

Jean de Lauzon, fils, s’allia à une famille importante de la colonie ; il épousa Anne Després le 23 octobre 1651, dix jours seulement après être débarqué sur la terre canadienne avec son père. Il était déjà venu dans la colonie en 1644. Il fut tué par les Iroquois le 22 juin 1661.

Charles de Lauzon (de Charny) épousa Marie-Louise Giffard, fille du seigneur Robert Giffard, le 12 août 1652, deux mois après son arrivée à Québec. Devenu veuf en 1657, il embrassa l’état ecclésiastique.

Lotus de Lauzon (de la Citière) épousa, le 5 octobre 1655, Catherine Nau de Fossembault, envoyée de France par la duchesse d’Aiguillon pour se faire religieuse hospitalière à Québec, mais qui, rendue à destination, changea soudain de résolution et se décida à s’engager dans les liens du mariage. Louis de Lauzon étant mort en

PAGES D’HISTOIRE

Madame de Monceaux, de retour d’un voyage en France, et M. Louis-Théandre Chartier de Lotbinière, qui devait jouer un rôle important dans la société canadienne, arrivèrent à Québec en même temps que M. de Lauzon.

Le nouveau gouverneur était chargé de réorganiser l’administration de la justice. « La compagnie de la Nouvelle-France avait décidé que la justice ordinaire aurait pour chef un grand sénéchal, institué pour tout le pays, qu’011 nommerait un lieutenant général civil et criminel au siège de Québec, et un lieutenant particulier civil et criminel pour y rendre justice en première instance ; les appels ressortissaient devant le gouverneur-général, qui avait pouvoir de Sa Majesté de juger souverainement et en dernier ressort. Ce fut M. de Lauzon lui-même qui installa les officiers. « La charge de grand sénéchal accordée au fils « du p-ouverneur — observe M. de La Tour —

« 11’était qu’un titre d’honneur, comme elle

1659, Catherine Nau épousa en secondes noces Jean- Baptiste Peuvret, sieur du Menu, greffier de la sénéchaussée, et plus tard greffier du Conseil souverain.

Il n’existe plus en Canada aucun descendant deM. de Lauzon gouverneur de la Nouvelle-France.

PAGES D’HISTOIRE

« l’est aujourd’hui dans les provinces de la « France. » La justice était administrée au nom du sénéchal par les officiers de la sénéchaussée, c’est-à-dire par le lieutenant général, le lieutenant particulier et le procureur fiscal. Les appels de ce tribunal étaient portés devant le gouverneur, comme le prouvent quelques jugements rendus par M. de Lauzon père. 1 »

Louis d’Ailleboust est le seul des gouverneurs de la Nouvelle-France qui soit resté dans la colonie après l’expiration de son terme d’office. Monsieur et Madame d’Ailleboust demeuraient x en leur maison de Coulono-e, paroisse de Québec, » le 30 octobre 1652, date du « don mutuel » qu’ils se firent de leurs biens.

Devenu simple habitant de la colonie, l’ancien gouverneur accepte de remplir les modestes fonctions qui lui sont confiées par ses concitoyens. Il est élu syndic de Québec et marguillier de la paroisse eu 1653 2. De concert

1. J. -B. -A. Fbrcand, — Cours d' Histoire du Canada , vol. 1 , page 402.

2. De curieux document qui suit porte la signature de M. d’Ailleboust, marguillier :

« Nous, soussignés, curé et marguilliers de la paroisse de Québec, en la Nouvelle-France, déclarons que sur le

PAGES D’HISTOIRE

avec quelques associés, il établit, cette même année, un poste de pêche à Percé, et y envoie un vaisseau avec instruction de transporter « les produits du voyage » à Saint-Christophe, dans les Antilles.

différend survenu entre la dite paroisse et les Révérendes Mères Ursulines, touchant les places des anguilles du Cap aux Diamants, nous avons cédé et cédons pour toujours aux susdites Révérendes Mères Ursulines, les dites places et Cap aux Diamants, jusqu’à la concession de Maître J. Maheu qui constitue les bornes delà concession de la paroisse de ce côté-là; et ce moyennant une barrique d’anguille fraîche pour reconnaissance annuelle ; laquelle reconnaissance annuelle les dites Révérendes Mères pourront racheter toutes et quantes fois qu'il leur plaira par un présent fait à la paroisse. Et pour la cabane de planches érigée sur la dite place aux dépens de la paroisse, elle demeurera en propriété aux dites Révérendes Mères moyennant la somme de cent francs une fois payée.

« Fait à Québec, en l’assemblée des marguilliers, ce 29ème octobre 1653. (Signé) Jérôme Ealemant, Louis d’Ailleboust, Jean Bourdon, Jean Godefroy. »

Au revers est écrit: «Nous, soussignés, curé et marguilliers de la paroisse de Québec, déclarons que nous serons contents pour le rachat de la susdite reconnaissance si les Révérendes Mères donnent à la paroisse une chasuble blanche honnête pour servir aux grandes fêtes de l’année » .

Plus bas est écrit: « Je, soussigné, Jérôme Lalemant, faisant fonction de curé de cette paroisse, déclare avoir reçu la dite chasuble belle et bien conditionnée. Fait à Québec, ce 12 novembre 1654. — J. Lalemant. »

PAGES D’HISTOIRE

Il n’oublie pas cependant l’établissement si cher de Montréal, dont il est un des fondateurs, et on le voit, après l’arrivée de M. de Lauzon, tantôt à Québec, tantôt à Villemarie, jusqu’à son départ pour un deuxième et dernier voyage en France, vers la fin de l’année 1655.

Lorsque M. d’Ailleboust se trouvait à Villemarie, il se retirait dans sa propre maison, à l’intérieur du fort ; lorsqu’il était à Québec, il habitait sa résidence de Coulonge.

Madame d’Ailleboust ne retourna jamais dans son pays natal, qu’elle n’avait quitté qu’en se faisant violence à elle-même. Elle paraissait jouir tout particulièrement de son séjour à Québec, où demeurait sa sœur. Nous la retrouvons chez les Ursulines, le 9 décembre 1652, à la prise d’habit de la première novice ursuline canadienne, Mademoiselle Geneviève Bourdon, belle-fille de son amie Madame Bourdon (Anne Gasnier, autrefois Madame de Monceaux). Le Père Ragueneau officia en cette circonstance ; le Père Jérôme Lalemant dit la messe, le Père Chastelain prêcha. M. de Lauzon, M. d’Ailleboust, M. Bourdon et quelques prêtres séculiers étaient aussi présents à la cérémonie.

Il y eut collation pour les dames chez les

PAGES D’HISTOIRE

Urstilines. M. Bourdon fit les frais d’un dîner donné chez les Jésuites ; l’ancien et le nouveau gouverneur, qui s’y rencontrèrent, vivaient en bonne intelligence et avaient déjà eu l’occasion de se donner des témoignages d’une estime réciproque.

On avait mieux à faire, en ces jours d’épreuve, que de se livrer à des dissensions : l’ennemi était plus audacieux que jamais ; le Père Buteux avait été massacré quelques mois auparavant (mai 1652) ; M. Duplessis-Bochart, gouverneur des Trois-Rivières, et quinze habitants de ce bourg venaient d’être tués par les Iroquois (19 août 1652); Montréal était dans de constantes alarmes. Le gouverneur-général avait eu la malheureuse pensée de supprimer le camp volant cette année même, 1652; les événements lui firent voir qu’il s’était trompé : il le rétablit l’année suivante.

M. de Maisonneuve était alors en France. Lui, l’intrépide, le vaillant, le persévérant, il s’était senti pris de désespérance et avait parlé d’abandonner Villemarie s’il ne pouvait obtenir une nouvelle et abondante recrue. La noble Jeanne Mance était là, heureusement, pour relever le courage du lutteur accablé. « Rien n’est beau, dit un biographe de M. de Maison-

PAGES D’HISTOIRE

neuve, comme le spectacle de cette femme si frêle, si délicate, apportant l’étonnante efficacité de son concours à cet homme si courageux et si fort » \

Kn quittant Montréal à l’automne de 1651, M. de Maisonneuve avait confié le commandement de la place à M. Charles d’Ailleboust des Musseaux, et non, comme on l’a dit erronément, à M. Louis d’Ailleboust, qui demeurait alors à Québec.

M. d’Ailleboust directeur de la traite. — Aspirations. — Agrandissement de la terre de Coulonge. — L,a Grande-Allée. — Toujours les Iroquois. — Une suppliciée. — Espérances de paix. — L,e chant des séminaristes huronnes. — Projet d’établissement chez les Onnontagués. — E’héroïsme catholique et français.

CE fut sous l’administration de M. de Lauzon que M. d’Ailleboust fut nommé directeur de la traite des pelleteries dans la Nouvelle-

1. H. -J. -J. -B. Chouinard, — Paul de Chomedey , sieur de Maisonneuve.

France, charge que rendaient particulièrement difficiles les intérêts souvent opposés de la Grande Compagnie et de la Compagnie dite des Habitants.

Mais la pensée des futurs « seigneurs » de Coulonge se portait vers des horizons autrement vastes que ceux que leur offrait leur pays d’adoption. Madame d’Ailleboust, si dévouée qu’elle fût à la personne et aux intérêts de son mari, avait au cœur un regret que tous les avantages du siècle mis à sa portée 11e pouvaient faire disparaître. Elle avait le désir de se consacrer entièrement à Dieu et enviait le sort de sa sœur aînée, religieuse chez les Ursulines de Québec, et de son autre sœur, religieuse dans un couvent de Bénédictines, en France.

Les chênes séculaires de Coulonge 1 furent témoins de ses soupirs, de ses perplexités, de ses larmes peut-être. Les premiers confidents de ses aspirations furent sans doute son confesseur, puis la vénérable Mère Marie de l’Incarnation, alors et de nouveau supérieure des Ursulines. Après avoir prié et réfléchi, elle

1. On voit encore aujourd’hui de très beaux chênes près de la résidence vice-royale de Spencer Wood, sur la portion est de l’ancienne châtellenie de Coulonge.

PAGES D’HISTOIRE

découvrit enfin à son mari le projet qu’elle nourrissait dans son âme : c’est dire qu’elle lui proposa à lui-même d’embrasser, de son côté, l’état ecclésiastique, car l’entrée en religion de la jeune femme — elle n’avait alors que trente-cinq ans — ne pouvait avoir lieu qu’au prix d’un double sacrifice.

M. d’Ailleboust n’accueillit pas tout d’abord cette proposition avec faveur. Bien que toujours animé des grands sentiments de foi et de dévouement qui l’avaient conduit sur les rives canadiennes, il ne pouvait se résoudre à abandonner les entreprises qui requéraient, en ce moment même, tous les efforts de son activité. Mais, de même que sa femme avait autrefois cédé à ses instances lorsqu’il s’était agi de quitter pour toujours le doux pays de France, il céda à son tour à la prière qu’elle lui faisait et consentit à tenter d’entrer en religion, de se faire « homme d’Eglise », si sa pieuse épouse pouvait elle-même donner suite à son projet saintement ambitieux.

Dieu se contenta de cette acceptation et garda son serviteur dans le monde, où il devait se rendre utile à la société canadienne pendant plusieurs années encore et même remplir à nouveau les fonctions importantes de gouverneur-

PAGES D’HISTOIRE

général de la colonie. « Au mois de janvier 1653 — dit le vieux récit conservé aux archives des Ursulines de Québec — Madame d’Ailleboust, qui avait été Gouvernante, pressée du désir de se consacrer à Dieu, obtint de son mari, quoiqu’il y eût de grandes difficultés, d’entrer dans notre monastère pour essayer de la vie religieuse, et que, dans le cas où elle y pût réussir, il se ferait d) Eglise. Après un mois d’épreuve elle reconnut que l’entreprise était au-dessus de ses forces. Elle sortit et retourna avec son époux, continuant à vivre dans leur piété ordinaire .»

L’habitation de Coulonge se trouvant à une lieue des maisons groupées autour du fort, ses occupants devaient mener une vie un peu isolée, et il est probable que la démarche de Madame d’Ailleboust fut ignorée de tous en dehors du cloître et de sa propre maison.

La terre de Coulonge reçut cette même année, 1653, une addition de cent arpents qui compléta les dimensions que son propriétaire voulait lui donner h

1. Elle eut alors une superficie de 325 arpents, comprenant :

i° Un terrain de 50 arpents acheté par M. d’Ailleboust (alors gouverneur de la colonie) de M. Nicolas Gaudry

PAGES D’HISTOIRE

On se rendait du Château Saint-Louis a la terre de Conlonge en suivant le chemin appelé Grande- Allée, tracé par M. de Montmagny, deuxième gouverneur de la Nouvelle-France.

dit Bourbonnière, le 17 octobre 1649 (Audouart, notaire) . — Ce terrain avait été concédé à M. Bourbonnière par le chevalier Charles Huault de Montmagny (pour la Compagnie de la Nouvelle-France) , le 15 novembre 1647.

20 Deux concessions faites à M. d’Ailleboust par M. de Lauzon, représentant de la Compagnie de la Nouvelle- France, le 8 mars 1652.

30 Une concession faite à M. d’Ailleboust par M. de Uauzon, ès-qualité, le 8 avril 1652.

40 Une concession faite à M. d'Ailleboust par M. de Lauzon, ès-qualité, le 17 avril 1652.

50 Un terrain de xoo arpents acquis parM. d’Ailleboust de M. Jean de Lauzon, fils, le 22 mars 1653 (Rolland Godet notaire) . — Ces 100 arpents de terre faisaient partie d’une concession plus ample accordée à Olivier Le Tardif et à Jean Nicolet (Nicolet de Belleborne) par la Compagnie de la Nouvelle-France, le 5 avril 1639, — concession qui avait déjà subi plusieurs mutations.

Ce fut sans doute Jean Nicolet, le célèbre explorateur, qui donna le nom de Belleborne au ruisseau qui traversait la terre de Coulonge dans la partie maintenant appelée Spencer Grange, et venait, alors comme aujourd’hui, tomber d’un seul bond au pied de la falaise du Saint- Laurent.

On sait que Spencer Grange est la propriété et résidence de Sir James Macpherson LeMoine, le doyen de nos littérateurs et l’un des organisateurs de la Société Royale du Canada.

PAGES D’HISTOIRE

Le nom de Grande-Allée a été conservé.

C’est par cette voie que l’on se rend du Palais Législatif au champ de parade des Plaines d’ Abraham.

Rien n’est plus douloureusement monotone que les pages de notre histoire où sont consignés les faits survenus depuis la dispersion des Hurons jusqu’à l’arrivée de M. de Tracy à Québec. Les périodes de paix qui y sont mentionnées ne sont que des trêves mensongères: ce sont toujours les mêmes scènes de surprises, d’embuscades et d’égorgements qui se succèdent. Les auteurs de tant d’actes dont le seul récit fait frémir, n’étaient pas les plus braves parmi les Indiens, mais ils étaient les plus persistants dans leur haine, les plus assoiffés de cruautés et de sang. On les voyait toujours s’attaquer par bandes nombreuses à de pauvres colons isolés ou à de petits groupes de Peaux- Rouges ; puis, après avoir fait « le coup », s’en retourner dans leurs cantons avec quelques scalpes pour trophées ou quelques prisonniers destinés à la torture. C’est ainsi qu’en 1651, pas moins de cinquante Iroquois s’attaquèrent à Catherine Mercier, à son mari, Jean Boudard, et à un voisin, colons de Villemarie, et se retirèrent après avoir scalpé les deux hommes

PAGES D’HISTOIRE

(dont l’un survécut à l’affreuse opération!), emmenant la femme avec eux pour la faire mourir sur le bûcher.

Le supplice de cette bonne et pieuse femme fut d’une cruauté inouïe. On lui arracha toute la chair de la poitrine de manière à laisser les côtes à nu ; on lui coupa les oreilles et le nez, puis on livra son corps ruisselant de sang aux flammes d’un bûcher disposé de manière à satisfaire tous les regards avides de l’horrible spectacle. « Ses yeux, dit le Père Ragueneau, furent collés au ciel et son cœur fut fidèle à Dieu jusqu’à la mort. En expirant elle avait encore à la bouche le nom de Jésus .»

Et malgré tout, la Nouvelle-France s’édifiait; on cultivait la terre ; on se mariait ; on s’habituait à la vie canadienne, et l’on espérait toujours de la France des secours trop lents à venir.

A Québec, où l’on avait plus de sécurité qu’ailleurs, les réceptions d’embassades iroquoises avaient parfois leur côté consolant. La Mère Marie de l’Incarnation écrivait, en 1654: « Nous avons de fort bonnes séminaristes 1 que

x. Il y avait alors, chez les Ursuliues, le pensionnat des jeunes Françaises et le « séminaire » des jeunes sauvagesses.

PAGES D’HISTOIRE

les ambassadeurs iroquois ont vues chaque fois qu’ils sont venus à Québec. Comme les sauvages aiment le chant, ils étaient ravis de les entendre chanter si bien à la française, et pour marque de leur affection, ils leur rendaient la pareille par un autre chant à leur mode .»

Dans une autre lettre, l’illustre religieuse s’exprime ainsi : « Pendant le séjour de tous ces embassadeurs à Québec, ils nous ont visitées plusieurs fois et nous les avons régalés splendidement à leur mode. Ils ont pris un singulier plaisir à voir et entendre nos séminaristes et entre autres une petite Hurônne de dix à onze ans que nous francisons. Elle sait lire, écrire et chanter en trois langues, en latin, en français et en huron. Après qu’elle eut fait le catéchisme à ses compagnes en leur présence, elle alla faire une petite harangue au chef de la troupe pour lui témoigner le plaisir que lui causait la paix, la joie qu’elle avait de ce qu’il amenait des Pères Jésuites, et elle termina par le prier d’envoyer en notre séminaire des filles iroquoises pour y être instruites, l’assurant qu’elle les regarderait comme ses sœurs. Le chef agréa sa proposition, reçut un présent qu’elle lui fit, et il admira beaucoup l’esprit et l’adresse de cette jeune fille. Elle

PAGES D’HISTOIRE

en fit autant à la capitainesse \ qui lui a fait des caresses tout à fait extraordinaires à des sauvages. Le R. P. Cliaumonot, apres en avoir catéchisé trois durant quelque temps, en a baptisé deux dans notre chapelle. Ce sont les prémices du christianisme parmi les Iroquois. Je vous laisse à juger si nous avons chanté de bon cœur le Te Deum : nous l’avons fait les larmes dans les yeux et la joie dans l’âme ...»

Les Iroquois avaient subi des pertes considérables dans leurs luttes contre les Français; conformément à un usage admis chez les indigènes de l’Amérique du Nord, ils eurent recours à l’adoption pour combler les vides faits dans leurs rangs ; ils adoptèrent donc un certain nombre de Hurons captifs pour remplacer leurs frères morts au cours de leurs incursions. De là ces hésitations que l’on vit quelquefois se produire entre Hurons combattant pour les Français et Hurons adoptés se trouvant dans le camp ennemi.

1. « Ces capitainesses étaient des femmes de qualité parmi les sauvages : elles avaient voix délibérative dans les conseils et en tiraient des conclusions comme les hommes .»

PAGES D’HISTOIRE

Très sensibles aux échecs qu’ils avaient éprouvés, les Iroquois crurent avoir trouvé le moyen d’agir avec leur astuce et leur perfidie ordinaires sans trop s’exposer à en être punis: c’était de demander l’établissement d’une habitation française et d’une mission au sein même de leur pays et d’engager les Français à venir en grand nombre se fixer dans leurs cantons. Ils auraient ainsi des otages sous la main qui les mettraient à l’abri des représailles.

M. de Lauzon, dont le terme d’office avait été prolongé de trois ans, reçut la supplique des Iroquois et consentit à y acquiescer. Il le fit peut-être pour être agréable aux Jésuites, désireux de reprendre les projets d’évangélisation du Père Jogues, peut-être par faiblesse*, nullement par sympathie pour une nation dont il redoutait avec raison l’ordinaire mauvaise foi. A vrai dire, il sembla regretter la parole donnée en cette circonstance et s’efforça de faire traîner les choses en longueur, se contentant d’envoyer cette annéedà, 1655, deux missionnaires chez les Onnontagués : le Père Chaumonot, un linguiste qui parlait l’iroquois mieux que les Iroquois eux-mêmes, et le Père Dablon, un artiste qui eut la bonne pensée d’apporter avec lui plusieurs instruments de

PAGES D’HISTOIRE

musique dont il sut plus tard se servir pour déjouer un complot h

Les Iroquois avaient parlé en suppliants en 1655, et fait même entendre qu’ils étaient animés de motifs religieux ; ils changèrent de

I. Le Père Camille de Rochemonteix s’exprime ainsi au ■sujet du Père Dablon : « La vocation apostolique avait .germé dans son cœur sur les bancs de l'école ; et c’est dans la pensée de se rendre plus utile aux Indiens qu’il avait appris à jouer de plusieurs instruments de musique ; il en jouait même fort bien , au dire du Père Chaumonot. Quand il s’agit de gagner des âmes à Jésus- Christ, la charité est industrieuse. . .Si nous en croyons les récits des voyageurs, les sauvages du Canada n'étaient pas aussi sensibles à la musique que ceux du Paraguay ; l’arc et la flèche n’échappaient pas de leur main aux doux accents d’une belle voix ; ils ne se jetaient pas dans les eaux du fleuve pour suivre à la nage la pirogue enchantée où les voix redisaient en chœur les louanges de Dieu et les merveilles de la création. Cependant, ces natures énergiques et dures écoutaient avec plaisir les sons mélodieux d’un chant, les accords que la main de l’artiste sait tirer de la lyre. On le vit bien à Onnontagué, où le Père d’Ablon forma un chœur de jeunes filles dans le but d'attirer les Indiens à la chapelle. Ils accouraient nombreux pour les entendre, et c'était pour eux « grande « merveille, écrit le Père Chaumonot, quand le Père « d’Ablon jouait, d’entendre son bois qui parlait et qui « avait l'esprit de redire tout ce que les enfants avaient « dit ». ( Les Jésuites et la Nouvelle-France au XV Ile

siècle, tome II, pp. 144-145.)

PAGES D’HISTOIRE

ton et d’allure l’année suivante, menacèrent de rompre la paix et exigèrent l’exécution complète des promesses du gouverneur. Celui-ci, intimidé, opta pour ce qu’il crut être le moindre mal. Ce Père Dablon, revenu de chez les Onnontagués, fut autorisé à retourner avec quelques autres Pères Jésuites et trois Frères dans la périlleuse mission b

Cinquante Français laïques s’offrirent à les accompagner et partirent également pour le pays des Iroquois sous la conduite de M. Zacharie Dupuis, un militaire de distinction, commandant du fort de Québec. Avec le consentement de M. de Lauzon, tous ces Français destinés à fonder l’établissement européen d’Onnontagué, quittèrent Québec le 17 mai 1656. <( Parmi eux, dit la Mère Marie de

l’Incarnation, il y avait quelques soldats de la garnison que M. Dupuis, honnête gentilhomme, s’était offert de conduire. Lorsqu’il me fit l’honneur de me dire adieu, il m’assura,

1. Les missionnaires qui furent envoyés chez les Iroquois sont les Pères Le Mercier, Mesnard, d'Ablon et Erémin. Le Père Chaumonot s’y trouvait déjà et le Père LeMoyne était en ambassade chez les Agniers. . .Le Père Ragueneau alla les rejoindre plusieurs mois plus tard. (C. de Rochemonteix.)

2ÔO

PAGES D’HISTOIRE

avec une ferveur qui ne ressentait point son homme de guerre, qu’il exposait volontiers sa vie et qu’il s’estimait heureux de mourir pour un si glorieux dessein. » Un missionnaire écrit de son côté : « Sortant du port, nous fûmes suivis des acclamations de quantité de peuples différents, qui bordaient le rivage, dont plusieurs nous regardaient d’un œil de compassion et d’un cœur tremblant, nous considérant comme autant de victimes destinées au feu et à la rage des Iroquois. »

En vertu du décret du 5 mars 1648, le prédécesseur du gouverneur en exercice était de droit membre du conseil de la colonie ; M. d’Ailleboust n’eut pas cependant à donner d’opinion sur l’opportunité d’envoyer ces courageux Français se fixer au milieu d’un pays où ils avaient tout à redouter; il était alors en France et n’en devait revenir que dans le courant de l’été de 1657, comme nous le verrons plus loin.

PAGES D’HISTOIRE

2ÔI

Encore les Iroquois. — Départ de M. de Lauzon. — M. de Charny, administrateur. — Départ de deux tribus huronnes pour le pays des Iroquois. — Le dernier voyage de M. d'Ailleboust en France. — Coup d’œil rétrospectif. — Les Sulpiciens et Montréal. — • La terre de Coulonge érigée en châtellenie. — Retour de M. d’Ailleboust.— Il accompagne les Sulpiciens et M. de Maisonneuve à Villemarie. — Départ de M. de Charny et son remplacement par M. d’Ailleboust.

LE départ des Français pour Onnontagué avait excité la jalousie des Agniers, qui voulaient les attirer chez eux. Ils attaquèrent le convoi que commandait M. Dupuy, feignirent ensuite de s’être trompés, puis se rendirent à l’île d’Orléans, où ils surprirent et tuèrent plusieurs Hurons et en emmenèrent quatre-vingt-cinq en captivité. Ils passèrent devant Québec dans quarante canots, sous les yeux de la population française etonnée et offensée. Rendus dans leur canton ils accordèrent la vie à leurs prisonniers, à l’exception de six qu’ils firent périr par le feu.

R’année 1656 se passa presque entière en massacres sur divers points, le Père Garreau et un parti d’Outaouas tombant sous la hache

PAGES D’HISTOIRE

et les balles des Iroquois. Ce fut pendant le cours de ces événements que M. de Lauzon, alors âgé de soixante-treize ans, accablé «d’humiliations et d’amertume », prit la résolution d’abandonner sa charge de gouverneur de la colonie. Il partit pour la France dans l’été de 1656 1, après s’être choisi un remplaçant dans la personne de son fils Charles de Lauzon de Charny, homme excellent, mais qui, lui aussi, n’avait aucune des qualités militaires devenues de stricte nécessité chez le chef de l’État dans la période critique que traversait la Nouvelle-France.

Le gouverneur intérimaire se sentit bientôt inférieur à la tâche qu’il avait assumée. Il lui fut donné de voir quelle imprudence on avait commise en permettant la création d’un établissement français chez les Onnontagués. Depuis lors les Iroquois se présentaient à Québec, allaient et venaient dans les campagnes environnantes comme s’ils eussent été dans leur propre pays; ils imposaient leurs volontés aux Hurons et n’attendaient que le

1. Rendu à Paris, M. de Lauzon se retira chez un de ses fils, chanoine de Notre-Dame. Il y mourut le 16 février 1666, âgé de près de quatre-vingt-trois ans.

moment choisi par eux pour se livrer à tous les instincts de leur sauvage barbarie.

Pour comble d’épreuves, M. de Charny vit s’éteindre sa pieuse jeune femme, Louise Giffard, fille de Robert Giffard, seigneur de Beauport, qui expira à Québec le 30 octobre 1656, à l’âge de dix-sept ans. h Toute la colonie s’unit au deuil de M. de Charny, qui était universellement estimé.

Les Hurons des tribus de l’Ours, du Rocher et de la Corde s’étaient fixés à l’île d’Orléans, en 1651, avec la permission de M. d’ Ailleboust; au printemps de 1657, les Agniers sommèrent M. de Charny de permettre à la tribu de l’Ours de les suivre dans leur canton, disant au gouverneur que s’il 11’ouvrait pas les bras pour les laisser partir, les coups destinés aux Hurons pourraient bien l’atteindre lui-même. M. de Charny feignit de ne pas comprendre l’impertinente menace et leur répondit : « Ononthio aime les Hurons, mais ce ne sont plus des enfants au maillot. . . Ils peuvent aller où ils

1. Quinze jours auparavant, elle avait donné le jour à une petite fille, Marie, qui était encore à Québec en 1668, et se fit par la suite religieuse hospitalière à LaRochelle, en France.

PAGES D’HISTOIRE

voudront sans qu’Ononthio y mette d’empêchements : il ouvre ses bras pour les laisser aller ».

Les Ours partirent avec les Agniers.

Des gens de la tribu du Rocher, au nombre de cinquante, en comprenant les femmes et les enfants, durent suivre les Onnontagués, qui, le long de la route — le 3 août 1657 — assassinèrent une femme huronne, puis sept hommes de la même nation dont les femmes et les enfants furent réduits à l’esclavage \

Les Durons de la tribu de la Corde se refusèrent avec persistance à quitter les Français1 2.

Les Agniers reparurent dans l’été de 1657 pour emmener avec eux quelques Hurons de la tribu de l’Ours qui n’avaient pas suivi le gros de la « nation » quelques mois auparavant.

Une délégation d’Onnontagués arriva à son tour pour presser de les suivre les Hurons qui

1. Cette sanglante tragédie, racontée dans la Relation de 1657, eut lieu dans une île, non loin de Chouaguen (Oswego) . Rendus à destination, quelques Huronnes chétiennes furent brûlées vives ainsi qu'un certain nombre d’enfants hurons de trois à quatre ans.

2. Voir l’histoire détaillée de cette tribu dans l'ouvrage de M. l’abbé L. Lindsay intitulé : Notre-Dame de Lorette en la Nouvelle-Fra?ice.

PAGES D’HISTOIRE

se trouvaient encore à l’île d’Orléans. Ceuxci déclarèrent qu’ils ne partiraient pas avant le printemps suivant. Les Iroquois consentirent à ce délai et s’installèrent, au nombre de cinquante, auprès des habitations françaises avec un sans-gêne imperturbable pour y passer l’hiver. N’y avait-il pas, dans le canton d’Onnontagué, un groupe de Français complètement à leur merci1 ? N’avaient-ils pas constaté le sentiment de crainte qui animait M. de Charny ?... Ils se croyaient à l’abri de tout châtiment, pillaient les maisons isolées, enle-

1. D’habitation des Français au canton d’Onnontagué était située sur une éminence voisine du petit lac de Gannentaha, long de deux lieues et large d’une demilieue. Elle était située à environ cinq lieues de la bourgade principale des Onnontagués, et était entourée d’une palissade. On lui donna le nom de « Sainte-Marie-des- Iroquois ». De Montréal on se rendait à Gannentaha en passant par le lac Ontario et la rivière Chouaguen. Des Français avaient reçu des Onnontagués un accueil cordial. « Si, après tout cela, dit la Relation de 1657, ils nous trahissent et nous massacrent, je les accuserai non pas de dissimulation, mais de légèreté et d'inconstance, qui peut changer en peu de temps l’amour et la confiance de ces barbares en crainte, en haine et en perfidie. » Il n’en est pas moins vrai que l’on avait fait venir les Français à Onnontagué afin d’y attirer les Hurons, et, à un moment donné, de pouvoir exterminer les uns et les autres.

PAGES D’HISTOIRE

valent le bétail et ne craignaient guère plus les Français qu’ils ne redoutaient les Hurons.

Le successeur régulier de M. de Lauzon — Pierre de Voyer, vicomte d’Argenson — avait été nommé gouverneur-général du Canada dès le 26 janvier 1657 1 ; on l’attendait d’un jour à l’autre à Québec lorsque, dans l’été de cette même année, 011 apprit qu’il ne se rendrait à son poste que l’année suivante.

Telle était la situation embarrassante où se trouvait la colonie lorsque M. d’Ailleboust arriva de France, le 29 juillet 1657, après un séjour de plus d’une année dans son pays natal.

Avant de parler de ce deuxième et dernier voyage de M. d’Ailleboust en France, et pour en bien apprécier les motifs, il importe de remonter pour un instant aux origines mêmes de Villemarie.

Il paraît certain que la pensée première de l’établissement d’une colonie à Montréal surgit simultanément dans l’esprit de l’abbé Olier et de M. LeRoyer de la Dauversière avant même

1. Et ce « pour trois ans seulement, qui commenceront du jotir que le dit Sieur Vicomte d' Argenson arrivera à Québec ». (Teste de la commission du 26 janvier 1657.)

PAGES D’HISTOIRE

que ceux-ci ne se connussent l’un l’autre. L’historien Dollier de Casson rapporte que, lorsqu’ils se rencontrèrent pour la première fois, dans un hôtel, à Paris, « ils furent soudain éclairés d’un rayon céleste et tout à fait extraordinaire ; d’abord ils se saluèrent, ils s’embrassèrent, ils se connurent jusqu’au fond du cœur, comme saint François et saint Dominique, sans se parler, sans que personne leur eût dit mot et sans que jamais ils se fussent vus».

Après ces tendres embrassements, continue l’historien, M. Olier dit à M. de la Dauversière : « Je sais votre dessein, je vais le recommander à Dieu au saint autel ».

Le prêtre alla ensuite dire la messe, que le gentilhomme angevin entendit avec dévotion. L’action de grâce faite, M. Olier donna cent pistoles à M. de la Dauversière, lui disant : « Tenez, voilà pour commencer l’œuvre de Dieu ».

« L’œuvre de Dieu », c’est sur cette parole pleine de promesses que naquit l’entreprise de la fondation de Montréal b

1. Dès la première visite des chrétiens au pays d’Hochelaga, Jacques Cartier sanctifia les rives alors sauvages de Montréal par la lecture de la Passion du Sauveur des

PAGES D’HISTOIRE

Cette fondation fut une des œuvres les plus chères au cœur de l’illustre M. Olier. L’auteur de V Histoire de la colonie française en Canada n’hésite pas à affirmer que la fondation du séminaire de Saint-Sulpice à Paris, par M. Olier, et celle de l’hôpital de Saint-Joseph à La Flèche, par M. de la Dauversière, furent toutes deux faites en vue de favoriser l’établissement de Montréal \

Vers la fin de l’année 1655, M. de Chomedey de Maisonneuve, M. Louis d’Ailleboust, et M. Charles d’Ailleboust des Musseaux partirent pour la France afin de s’entendre avec les

hommes, et au berceau même de Villemarie un prêtre du Seigneur (le Père Vimont) se fit le prophète de ses grandes destinées.

1. Parlant du voyage en France entrepris par M. de Maisonneuve en 1655, M. Faillon écrit: « Il se proposait de demander l’érection d'un siège épiscopal en Canada, de presser M. Olier, qui avait déjà établi la Compagnie de Saint-Sulpice, formée en vue de Villemarie, d’y envoyer de ses prêtres qui fussent attachés, d'une manière fixe, au service de la colonie ; enfin de procurer qu’on donnât la conduite de l’ Hôtel-Dieu (de Montréal) à des Dames du nouvel institut de Saint-Joseph, formé depuis peu par M. de la Dauversière, également en vue de Villemarie : trois objets que la Compagnie de Montréal s'était proposés au commencement et qui avaient été retardés jusqu’alors par un concours de circonstances indépendantes de la volonté des Associés». — vol. II, page 268.

PAGES D’HISTOIRE

autres associés de la Compagnie de Montréal sur les mesures à prendre pour assurer la permanence de l’établissement de Villemarie et la réalisation des projets de M. Olier touchant le côté spirituel aussi bien que le côté temporel de l’entreprise. Le brave major Lambert Closse fut chargé du commandement de Montréal durant toute l’absence du gouverneur régional.

Le vénérable fondateur de Saint-Sulpice venait d’être frappé de paralysie lorsqu’il reçut la visite de ses co-associés du Canada; il exprima son regret de n’avoir pu se rendre luimême dans la Nouvelle-France et promit aux fondateurs résidants de Villemarie de leur envoyer quatre pretres pour la desserte permanente de l’île de Montreal.

Les associés de la Compagnie commencèrent dès lors une série de démarches qui conduisirent à la concentration de tous leurs intérêts dans les mains des seuls membres de la Société de Saint-Sulpice, et cela afin d’assurer la continuité de l’œuvre commune selon l’esprit de ses fondateurs l.

x. Voir les documents relatifs à la tenure seigneuriale dans l'île de Montréal sous le régime français, aux ar-

PAGES D’HISTOIRE

M. d’Ailleboust prolongea son séjour en France jusqu’au mois de mai 1657. Quelques semaines avant son départ de Paris, la Compagnie de la Nouvelle-France lui fit remettre des lettres-patentes érigeant sa terre de Coulonge, près Québec, en fief et châtellenie, en reconnaissance de ses nombreux services. Voici le texte de cette pièce, dont l’original sur parchemin est conservé aux archives du séminaire de Québec :

Fa Compagnie de la Nouvelle-France. — A tous ceux présens et à venir, salut :

Désirant reconuoistre les bons services qu’elle a cy devant reçus et ceux qu’elle espère cy après recevoir du Sieur Louis d’Ailleboust, Escuyer, Directeur de la Traite de la Nouvelle-France, À ces CAUSES elle a érigé et érige la terre de Coulonge, seize à une lieue de Ouébecq, ses circonstances et dépendances, en tiltre de Chastellenye, avec justice haute, moyenne et basse, suivant la Coustume de Paris. Pour en jouir par luy et les siens ou ayaus cause, au dit tiltre de Chastellenye, mouvant par un seul hommage lige de Québecq,

cliives du registraire de la province de Québec. Voir aussi la législation canadienne 3 et 4 Victoria, chapitre 30; 8 Victoria, chapitre 42, et 18 Victoria, chapitre 3.

et que les terres qui se trouveront enclavées dans ses bornes relèveront de ladite Chastellenye et lui payeront les cens et rentes que la dite Compagnie s’était réservés. La consistance des Terres de Coulonge, bornées à l’Orient du Grand Fleuve Saint-Laurent, à l’Occident des Terres de la Coste Sainte-Geneviève, au Septentrion du Ruisseau Saint-Denys, et au Midy des Terres appartenant aux Sauvages et aux Mères Ursulines.

En tesmoin de quoy Nous avons fait apposer aux présentes le Sceau des armes de la dite Compagnie, et icelles fait signer par le secrétaire ordinaire d’icelle, le neufviesme jour d’avril mil six cent cinquante-sept.

Par Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France

(Signé) A. Cheffault.

(Le Sceau) Secrétaire.

(Au dos) LeiL publié et enregistré au registre des insignuations du greffe de la Senechaussêe de la Nouvelle -France, jurisdiction de Quêbecq , l'audience tenant le unziesme jour de janvier MVIe chiquante-huit , par moy greffier de la d. jurisdiction, SOUSSigné.

(Signé) PEUVRET,

Greffier .

M. Louis d’Ailleboust de Coulonge, comme l’appellent tous les historiens *, s’embarqua à Saint-Nazaire pour le Canada, le 17 mai 1657, avec M. de Maisonneuve, l’abbé Gabriel de Queylus (abbé de Loc-Dieu), premier supérieur de Saint-Sulpice de Montréal, nommé vicairegénéral de l’archevêque de Rouen 1 2, l’abbé Gabriel Souart, l’abbé Dominique Galinier et M. François d’Allet, diacre. Ces quatre derniers étaient envoyés par M. Olier, dont ils apprirent la mort quelques heures seulement avant de quitter la France.

La traversée fut extrêmement orageuse. Les voyageurs en destination de Montréal mirent pied à terre à l’île d’Orléans le 29 juillet. Ils comptaient prendre à cet endroit la barque qui devait les conduire à Villemarie ; mais M. d’Ailleboust, qui n’avait pas quitté le vaisseau

1. Dans le procès-verbal des délibérations de l’Ancien Conseil portant la date du 14 février 1658, Louis d’Ailleboust est appelé « Chevalier, seigneur de Coulonge et d'Argentenay, gouverneur et lieutenant-général pour le Roy en ce pays. » Dans toutes les pièces officielles de dates subséquentes conservées à l’ Hôtel-Dieu de Québec, le titre de «chevalier» est encore et toujours donné à Louis d'Ailleboust.

Page 1