M. de Queylus était déjà venu dans la colonie en
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sur lequel il avait traversé l’océan, s’étant immédiatement rendu à Québec et ayant annoncé l’arrivée de M. de Oueylus et de ses compagnons, le Père Dequen, supérieur des Jésuites, se rendit aussitôt auprès des nouveaux venus et les invita à le suivre à Québec pour y prendre quelques jours de repos, ce à quoi ils consentirent volontiers. Res missionnaires sulpiciens poursuivirent ensuite leur voyage jusqu’à destination.
Pas moins de quatorze Pères jésuites avaient séjourné à Villemarie pendant le court espace de quinze ans ; c’étaient les PP. Poncet, Dujubon, Dupéron, Dreuillettes, Buteux, Re- Jeune, Daran, Dequen, Albanel, Richard, Re- Moyne, d’Audeman, Bailloquet et Pijart. Ce dernier y avait rempli les fonctions curiales pendant sept années lorsqu’il fut remplacé par l’abbé Gabriel Souart, nommé curé par l’abbé de Queylus en vertu des pouvoirs à lui conférés par l’archevêque de Rouen.
M. Rouis d’Ailleboust, qui avait suivi les voyageurs jusqu’à Villemarie, revint à Québec dès le 12 septembre suivant (1657), appelé par M. de Charny à le remplacer comme gouverneur-général intérimaire de la Nouvelle-France.
Il arriva au château à huit heures du soir et
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« fit ce jour-là même acte de sa nouvelle charge ». Il était accompagné du P. Poncet et de M. de Queÿlus. Celui-ci demeura un an à Québec, où il remplit les fonctions curiales. Comme il n’y avait pas alors de presbytère, il se retira au château Saint-Louis, chez le gouverneur intérimaire, qu’il n’avait pas quitté depuis son départ de France fi
i. D'après le Jourrial des Jésuites du mois d'octobre 1657, Mme d’Ailleboust serait venue en possession de certaines lettres adressées par quelques Pères jésuites au major Eambert Closse, qui les aurait laissées sur une table par mégarde pendant une visite faite au Château, à Québec, — lettres dans lesquelles l'abbé de Queylus aurait été représenté comme faisant une guerre fâcheuse aux membres de la Compagnie de Jésus. De Journal ajoute que Mme d’Ailleboust communiqua ces lettres à son mari et à M. de Queylus lui-même, qui s’en montra fort mécontent. Disons d’abord que le Journal des Jésuites n’était pas destiné à être publié, et que les faits qui y sont consignés ne sont, dans certains cas, que de simples rumeurs rapportées de bonne foi. Etant donné le caractère honorable des parties en cause, il y a lieu de croire que les lettres en question ont pu être communiquées confidentiellement par Eambert Closse à Mme d’Ailleboust afin de l’engager à user de son influence pour faire cesser de regrettables malentendus. Mme d’Ailleboust aurait peut-être été justifiable de passer ces lettres à son mari dans un but de conciliation ; mais en faisant voir ces écrits à M. de Queylus, elle se serait montrée trop impulsive et aurait certainement manqué de prudence et de discrétion.
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M. de Charny-Lauzon partit de Québec le 18 du même mois (septembre 1657). Il devait revenir dans la colonie deux ans plus tard, mais cette fois revêtu de l’habit ecclésiastique et comme official du premier évêque de la Nouvelle-France.
Deuxième administration de M. d’Ailleboust. — Son attitude à l’égard des Onnontagués. — De Fort des Hurons. — Un triple assassinat. — Hallucination ou prodige. — M. d’Ailleboust fait incarcérer tous les Iroquois que l’on peut atteindre. — Trois ambassadeurs agniers. — Présents et discours. — Fier langage du gouverneur. — Ea première église de Sainte-Annede-Beaupré.
N des premiers actes de la deuxième adtni-
'w' nistration de M. d’Ailleboust fut le bannissement de trois individus — deux hommes et une femme — de mœurs plus'que douteuses. Jusqu’alors la population canadienne avait joui de la meilleure réputation, et cela grâce aux recommandations du cardinal de Richelieu, de Louis XIII et de la reine Anne d’Au-
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triche, relativement au choix des colons, grâce aussi à la prudence et aux sages initiatives des premiers seigneurs de la Nouvelle-France h Le 6 octobre 1657, on apprit à Québec le massacre du 3 août précédent, l’odieuse agression dont les Hurons de la tribu du Rocher avaient été l’objet de la part de ceux qui leur avaient offert une hospitalité prétendue fraternelle. Les Hurons de la tribu de la Corde se félicitèrent de n’avoir pas suivi les traîtres Onnontagués. Quant aux cinquante délégués iroquois établis temporairement dans leur voisinage, ils affectaient de faire peu de cas de ce tragique événement du 3 août et attendaient avec une apparente indifférence que le temps fût venu d’amener avec eux les Hurons, au nombre d’environ cent cinquante, restés auprès des Français. L’audace de ces délégués, qui persévéraient dans leur projet d’hivernage près de Québec, avait cela de bon qu’elle mettait à
1. On s’appliqua par la suite à se conformer à ces heureuses traditions. « Colbert veillait avec soin à ce que parmi les personnes choisies (pour peupler le Canada) il ne s’en trouvât aucune dont les mœurs eussent pu devenir, pour la colonie naissante, une cause de corruption et de décadence plutôt que d'accroissement. » (Ch. Gailly de Taurines — La Nation Canadienne.)
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l’abri d’avanies l’établissement de Sainte-Marie de Gannentaha.
En apprenant la trahison des Onnontagués, M. d’Ailleboust convoqua une assemblée des notables de Québec et fit aussi venir auprès de lui les Hurons et les Algonquins établis à proximité (21 octobre 1657). Après avoir conféré de la situation avec les uns et les autres, il déclara :
i° Que la paix était toujours censée régner entre Français et Iroquois, mais que, désormais, les Onnontagués seraient châtiés s’ils ne cessaient de commettre des déprédations dans le voisinage de Québec; 2° Que les Hurons et les Algonquins étant des amis et des alliés, il les défendrait contre les Iroquois en empêchant ceux-ci de leur faire aucun tort à la vue des habitations françaises ; 30 Que les sauvages alliés étaient libres d’attaquer les Iroquois partout ailleurs que dans les établissements français.
Ees Hurons de la tribu de la Corde craignaient toujours d’être obligés de suivre les Onnontagués le printemps suivant. M. d’Ailleboust les rassura. Il les prit tout spécialement sous sa protection et autorisa la construction, au sein même de Québec, d’un petit fort où
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Hurons et Algonquins pourraient se réfugier sous la garde des canons du château Saint-Louis.
Le « Fort des Hurons » fut commencé incessamment et bientôt terminé. C’était un ouvrage de forme quadrangulaire dont chaque face avait une étendue de cent cinquante pieds. Il était situé entre l’historique fort Saint-Louis et la grande église paroissiale qui devint plus tard la cathédrale de Québec.
La construction de ce refuge était à peine décidée que M. d’Ailleboust apprenait une nouvelle trahison des Iroquois qui mit le comble à son indignation. Son ami Jean de Saint-Père, greffier de Villemarie, avec qui il avait fait sa première traversée de l’Atlantique en 1643, venait d’être assassiné par des Onneyouts dans les circonstances les plus odieusement perfides.
Voici quelques détails sommaires sur ce lugubre événement :
Le 25 octobre 1657, un certain nombre d’Iroquois de la tribu des Onneyouts passèrent près de Villemarie et se rendirent jusqu’à la Pointe Saint-Charles, où ils entrèrent chez Nicolas Godé — un colon de la première heure — qui y construisait une maison avec l’aide de Jean de Saint-Père, son gendre, et de
Jacques Noël, son domestique. Ils furent reçus en amis par les Français, qui leur donnèrent à manger, ce dont ils parurent réjouis et reconnaissants. Les visites des sauvages étaient toujours très longues ; les Français laissèrent les nouveaux venus se reposer et voulurent se remettre à l’ouvrage : ils gravirent les degrés de l’échelle conduisant sur le toit de la maison sans emporter leurs armes avec eux, et se mirent en frais de travailler a la couverture du bâtiment. Les Iroquois, les voyant ainsi sans défense, trouvèrent le moment favorable pour se livrer à leurs instincts de lâche cruauté: chacun d’eux ayant choisi sa victime, ils saisirent leurs arquebuses et les déchargèrent sur les trois Français, quhls tuèrent sur place comme de vulgaires moineaux et firent ainsi tomber du toit et rouler à leurs pieds.
Aussi barbares que perfides, ces sauvages s’empressèrent d’arracher la peau du crâne a Nicolas Godé et à Jacques Noël ; puis ils coupèrent la tête de Jean de Saint-Père afin de ne pas briser sa belle chevelure, qu’ils voulaient exhiber triomphalement dans leur bourgade \
1. Godé, Saint-Père et Noël furent inhumés dans le même tombeau. Godé avait soixante-quatorze ans , Saint-Père en avait trente-neuf.
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Les auteurs de ce triple assassinat prirent aussitôt la fuite, emportant avec eux les sanglants trophées témoignant de leur forfait. Il se produisit alors un phénomène étrange dont parlent plusieurs auteurs et qui nous paraît être un cas d’hallucination de l’ouïe. La vénérable Sœur Marguerite Bourgeois en fait mention en ces termes : « Les sauvages ayant emporté la tête de Saint-Père pour avoir sa belle chevelure, on rapporta peu de jours après que cette tête leur parlait. M. Cuillérier (qui, ayant été pris, était dans leur pays,) a attesté que cela était vrai ; d’autres ont assuré aussi que la tête parlait et que les sauvages l’ont entendue plusieurs fois. «
Dollier de Casson fait également mention de cette hallucination ou de ce prodige ; il dit que la tête de Saint-Père ajoutait à ses reproches la prédiction du triomphe définitif des Français sur leurs féroces ennemis.
Indigné de cet attentat du 25 octobre, M. d’Ailleboust ordonna d’arrêter et de faire prisonniers tous les Iroquois, à quelque tribu qu’ils appartinssent, qui se trouvaient alors à Québec, aux Trois-Rivières ou à Montréal.- Les Iroquois avaient cru s’assurer l’impunité en obtenant la création de l’établissement de
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Gannentaha ; mais leur diplomatie n’avait vu qu’un seul côté des choses ; le coup d’autorité de M. d’Ailleboust les prit par surprise et mit, au moins pour quelque temps, les Français établis dans leur pays à l’abri des pires éventualités. Un grand conseil fut tenu chez les Agniers ; on y décida d’envoyer à Québec des délégués chargés de présents 1 pour obtenir la mise en liberté des prisonniers ; après cela on exterminerait les Français de Gannentaha, puis on mettrait tout à feu et à sang dans la colonie canadienne. Pour l’heure présente on ne parlerait que de paix et d’amitié.
Trois jeunes gens de la tribu des Agniers, envoyés pour réclamer la mise eu liberté des prisonniers de leur nation, arrivèrent à Québec
1. Des présents diplomatiques des sauvages étaient invariablement des colliers de porcelaine faits de coquillages de couleurs variées, très polis, découpés par petits morceaux de grandeur uniforme, perforés au centre et reliés entre eux par des fils. Des grains de porcelaine étaient appelés êsurgni ou wampum par les sauvages ; on les remplaça par des grains de rassade de fabrique européenne. Des ésurgni authentiques venaient des côtes de la Floride ou du golfe du Mexique. Chaque collier donné en présent était le corollaire d’une « parole » — expression d’un regret, d’un désir, d’une promesse, d’un reproche, d’un sentiment d’amitié le plus souvent hypocrite.
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au commencement du mois de janvier 1658. M. d’Ailleboust ne les reçut que le 4 février suivant. Le plus âgé des trois était porteur de neuf colliers de porcelaine; il en présenta sept au gouverneur et les deux autres aux Hurons et aux Algonquins témoins de l’entrevue. Il protesta ignorer qui avait commis le triple meurtre de la Pointe Saint-Charles ; que ce pouvait être des Onnontagués, des Onneyouts, des Goyogouins ou des Tsonnontouans, mais non des Agniers. Il demanda au gouverneur (Ononthio) de mettre les détenus agniers en liberté et de leur donner ce qu’il leur fallait pour s’en retourner dans leur canton. Il interpella ensuite les Hurons et les Algonquins et leur dit : « Toi Huron, toi Algonquin, cache ta hache et ton couteau si tu en as, car tu ferais honte à Ononthio en me blessant dans sa maison. »
M. d’Ailleboust dit aux ambassadeurs iroquois qu’il leur répondrait quelques jours plus tard. Après s’être concerté avec les Français, puis avec les sauvages alliés présents à Québec, il convoqua les uns et les autres pour le 12 février dans une salle du château Saint-Louis, où les trois Agniers furent introduits. Le gouverneur avait écrit ce qu’il voulait dire aux
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délégués par l’intermédiaire d’un interprète. Voici les principales parties de sa fière réponse :
« C’est chose étrange que toi, i\gnier, tu me regardes comme un enfant. . . Tu me prends pour un chien. Quand on frappe sur un chien, il crie, il s’enfuit, et si on lui présente à manger, il revient et il flatte celui qui l’a frappé. Toi, Agnier, tu me tues: moi, qui suis Français, je crie : On m’a tué. Tais-toi, me dis-tu, nous sommes bons amis, et tu me jettes un collier de porcelaine comme en me flattant et en te moquant. Sache que le Français tirera raison de ta perfidie qui dure depuis trop longtemps. Il n’a qu’un mot à te dire, le voici : Fais satisfaction, ou dis qui a commis le meurtre. Tu sais bien que ton armée est en campagne, et cependant tu crois m’amuser avec un collier de porcelaine. Le sang de mes frères crie bien haut ; si bientôt je ne suis apaisé, je tirerai vengeance de leur mort. C’est Ondessonk 1 eu personne qne je veux voir. Tu es si effronté que tu oses bien redemander quelques haches et quelques haillons qu’on a pris à tes gens ; as-tu rapporté ce que tes com-