‹ Feuilles volantes et pages d'histoireChapitre 41 sur 47 · Re Père Simon ReMoyne · texte numérisé non relu

Re Père Simon ReMoyne

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patriotes ont pillé, ce que vous avez volé, depuis deux ans, dans les maisons françaises? Si tu veux la paix, faisons d’abord la guerre. Le Français ne sait ce que c’est que de craindre quand une fois la guerre est résolue. Tu demandes aux Algonquins et aux Hurons ce qu’ils ont dans leur cœur. Ton frère l’Onnontagué a tué les Hurons, et toi, tu venais pour massacrer les Algonquins ; et tu oses leur demander ce qu’ils ont dans leur cœur ! Ils souffrent que je te conserve la vie parce qu’ils m’obéissent, et, s’ils n’avaient pas de respect pour moi, le collier dont tu leur as fait présent aurait servi de licou pour t’étrangler. »

Ce langage si ferme du gouverneur eut pour effet d’intimider les ambassadeurs: ils ne demandèrent plus la mise en liberté de tous les prisonniers de leur tribu, mais simplement la permission de s’en retourner eux-mêmes dans leur pays. Ils firent deux autres présents à M. d’Ailleboust ; par le premier, ils lui promettaient de revenir au printemps et de ramener avec eux le P. LeMoyne, qui se trouvait alors dans leur canton ; par le second, ils s’engageaient à livrer à Québec, s’ils pouvaient les découvrir, les meurtriers des trois colons

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de Villemarie. Le gouverneur ordonna de les laisser partir.

Le 13 du mois suivant, M. d’Ailleboust se rendit au Petit-Cap, en compagnie de M. Guillaume Vignal, prêtre, délégué par l’abbé de Queylus pour y bénir l’emplacement de l’église connue plus tard sous le nom de V église de la bonne sainte Amie. M. d’Ailleboust posa la première pierre de l’édifice. Le terrain sur lequel il devait être érigé avait été donné par Etienne de Lessart b

1. Cette cérémonie religieuse du 13 mars 1658 fut le point de départ de manifestations de foi et de piété qui durent encore. Le nombre de pèlerins qui se sont rendus au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré dans le cours de l’année 1909 a été de 192,000.

Le bon M. Vignal, dont le nom figure à la première page de l’histoire du sanctuaire de Sainte-Anne-de- Beaupré, devait, trois ans plus tard, être mis à mort et dévoré par les Iroquois à peu de distance de l’Ile Sainte- Hélène. On lit dans les Annales de V Hôtel-Dieu de Montréal (manuscrit de Sœur Morin) : « Vers la fin de l’année 1661, M. Vignal fut tué par les Iroquois à deniilieue de l 'habitation, en un lieu appelé l’Ile à la Pierre, où il était allé afin d’en tirer d’une carrière qui est en ce lieu-là, pour bâtir le Séminaire (de Saint-Sulpice) dont il avait été fait économe après la mort de M. LeMaistre. M. Vignal ne fut pas seulement tué, mais ces malheureux firent rôtir ce qu’il y avait de chair en son corps et la mangèrent ».

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Le même jour, le gouverneur intérimaire visita les travaux de construction de plusieurs redoutes dont il avait ordonné l’érection sur la côte de Beaupré.

Conspiration. — Préparatifs de départ des Français de Gannentaha. — Un stratagème. — Fuite. — Débâcle. — A Montréal et à Québec. — L,e lendemain d’un festin. — Enlevés par un manitou !

Pendant que ces événements se passaient à Québec, d’importantes assemblées secrètes avaient lieu chez les Agniers et chez les Onnontagués. Il y fut décidé que si Ononthio mettait en liberté les Iroquois arrêtés par son ordre, on exterminerait aussitôt les cinquante-trois Français de Gannentaha ; que s’il refusait de les laisser aller, on tuerait seulement un certain nombre de ces Français et l’on mettrait les autres dans les liens afin de pouvoir les échanger contre les détenus iroquois incarcérés à Québec, aux Trois-Rivières

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et à Villemarie. Lorsque tous les prisonniers seraient délivrés, on commencerait une guerre générale d’extermination contre les Français, les Hurons et les Algonquins.

Plusieurs bandes de guerriers des cinq cantons se mirent immédiatement en campagne, mais on convint de différer l’égorgement des Français de Gannentaha pour ne pas compromettre le sort des prisonniers iroquois et exposer la vie des cinquante Onnontagués qui attendaient à Québec le retour du printemps pour amener avec eux ce qui restait de Hurons établis dans le voisinage.

Les missionnaires de Gannentaha furent avertis en secret de ce qui se tramait contre eux, et firent dire à leurs confrères dispersés dans les cinq cantons pour évangéliser les sauvages, de venir les rejoindre au plus tôt. En même temps le commandant Dupuy donnait les instructions nécessaires pour que la retraite secrète et rapide des Français pût être opérée d’un moment à l’autre, chaque jour pouvant amener une catastrophe.

L’établissement de Gannentaha comprenait une chapelle, un vaste bâtiment (magasin et arsenal) avec grenier, quelques maisons et autres dépendances, le tout entouré d’une pa-

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lissade pouvant, dans une certaine mesure, mettre les occupants à l’abri des indiscrétions ou des attaques du dehors. Quelques chiens y faisaient la garde, comme à Villemarie.

La retraite projetée ne pouvait s’effectuer que par eau. Il y avait à l’établissement quatre canots iroquois et quatre canots algonquins : on les fit mettre aussitôt en bon état ; mais ces embarcations étaient bien insuffisantes pour transporter les cinquante-trois occupants de la station, leurs provisions et leur bagage. Le commandant Dupuy fit transporter en secret dans le grenier du bâtiment principal tout le bois nécessaire à la construction de deux bateaux plats dans le genre de ceux dont on faisait usage sur la Loire, en France. L’ouvrage, commencé sans délai, fut bientôt terminé, et l’on n’attendait plus que le moment favorable pour quitter les lieux à l’insu des Iroquois, ce qui n’était pas chose facile.

On était à la veille de la débâcle générale du printemps ; la décharge du petit lac de Gannentaha x, de même que le milieu de la rivière Chouaguen, étaient libres de glace ; les bordages seuls adhéraient aux deux rives ;

i. Aujourd’hui Onondaga Lake.

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on pouvait donc risquer le départ ; mais comment détourner l’attention des sauvages établis près du fort et qui avaient l’habitude d’y entrer à toute heure du jour ? Un Français, qui était bien au fait des usages, du code d’honneur et des superstitions des Iroquois, suggéra un moyen d’échapper à leur attention qui réussit à merveille. Un de ses jeunes compagnons avait été adopté par un chef onnontagué du voisinage qui le traitait comme un fils ; de l’agrément du commandant Dupuy, il fut convenu que ce jeune Français s’efforcerait d’amener son père adoptif à donner un festin à tout manger. Pour atteindre ce but, le jeune homme déclara avoir eu un songe qu’il fallait effacer , sans quoi on le verrait mourir. « Dans ce songe, dit-il à son père, j’étais sur le point d’expirer lorsque, ayant donné un festin à tout manger, vous avez, par ce moyen, réussi à me ramener à la vie » ; et il ajouta qu’il se sentait déjà défaillir. De père lui dit aussitôt : « Eh bien ! je vais donner le festin • tu ne mourras pas ; fais dresser les chaudières.»

Tous les sauvages des environs furent immédiatement convoqués pour le « festin à tout manger », qui eut lieu le soir même (20

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mars 1658), les Français fournissant plusieurs porcs et quelques outardes pour contribuer, eux aussi, à effacer le songe, et les sauvages se chargeant du reste du menu \ On alluma les feux, et les chaudières, remplies de graisse, de viandes et de poissons de toutes sortes, commencèrent à bouillir. Quelques Français arrivèrent sur les lieux avec des flûtes, des trompettes et des tambours pour prendre part à la fête ; on se mit alors a danger, les blancs imitant les Peaux-Rouges, et les Peaux-Rouges imitant les blancs, tous lançant des cris perçants « tantôt de guerre, tantôt d’allégresse ». Les sauvages commencèrent bientôt à manger avec voracité, tandis que les Français continuaient à sonner de la trompette et à battre du tambour ; pendant ce temps, les autres Français demeurés dans le fort travaillaient à opérer, le plus silencieusement possible, le transport des embarcations légères, puis des bateaux plats, du lieu où ceux-ci avaient été construits jusque sur la rive du lac.

La nuit était humide et sombre.

Les sauvages avaient avale morceaux sur

1. Le chien gras était un des aliments ordinaires des festins à tout manger.

morceaux durant plus d’une heure lorsqu’ils déclarèrent qu’il leur était impossible de manger davantage.

— « Je mourrai donc», dit le prétendu malade à son père adoptif. . . .

Esclaves de leurs préjugés superstitieux, les convives se remirent à manger. Peu après, sur un signe qu’on lui fit de l’intérieur du fort, le jeune homme dit : « Je me sens guéri ; je ne mourrai pas ; vous pouvez cesser de manger. Dormez bien, jusqu’à ce que la cloche de la prière se fasse entendre au lever du soleil. Je vais faire jouer d’un instrument de musique qui va nous donner de beaux rêves ».

Un Français prit alors une guitare, — un des instruments emportés de Québec par le Père Dablon, — et fit entendre une douce mélodie qui contribua à jeter dans un profond sommeil les sauvages déjà alourdis par les excès du festin et gavés jusqu’à la gorge.

Quelques minutes plus tard, les deux bateaux plats, suivis des huit canots d’écorce, prenaient le fil de l’eau, emportant les Français de la station, leurs armes, leurs provisions et tout leur bagage.

Les habitants du fort n’y avaient laissé que

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les chiens, les coqs et... (o gaite française!) quelques mannequins.

Il tombait en ce moment une neige floconneuse et molle qui fit disparaître immédiatement de la rive du lac toute trace du départ des fugitifs. Ceux-ci durent, de temps à autre, briser, en avant des bateaux, une glace légère, récemment formée, qui en arrêtait la marche. Ils furent obligés de faire plusieurs « portages » lono-s et difficiles et de sauter plusieurs rapides avant d’atteindre le lac Ontario, qu’ils trouvèrent en pleine débâcle, charroyant toutes les glaces des grands lacs. Vingt lieues de distance les séparaient du point de départ ; néanmoins, comme ils pouvaient à chaque instant voir arriver sur eux une bande d’Iroquois en furie, suivis peut-être de centaines d’autres, ils n’hésitèrent pas à lancer leurs embarcations au milieu des glaces flottantes, qui, parfois, se tassaient, se pressaient et s’élevaient en énormes monceaux, puis s’affaissaient soudain en creusant des abîmes. Ce fut avec des peines inouïes et en prenant d’incessantes précautions que, le 3 avril, ils purent enfin atteindre Montréal, où ils arrivèrent tous à la nuit tombante, à l’exception de trois dont l’embarcation heurta un rocher faisant barrage au milieu

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d’un rapide, et qui furent engloutis misérablement sous les flots \

M. de Maisonneuve et les habitants de Montréal furent aussi heureux que surpris de l’arrivée soudaine des missionnaires et de leurs compagnons. Le chef de l’expédition, M.

Dupuy, reçut en particulier les félicitations du gouverneur régional, qui lui offrit le commandement de la garnison de Villemarie comme assistant du major Lambert Closse dont la présence était presque constamment requise sur son fief, au nord de la petite rivière des Fonds * 2.

(1; Relations des Jésuites ; Lettres de Marie de V Incarnation ; Histoire et description générale de la Nouvelle-France du P. de Charlevoix, etc.

2. Ainsi nommée dans un acte de Bénigne Basset, notaire royal, successeur de Jean de Saint-Père comme greffier de la juridiction de Montréal. Ta petite rivière des Fonds, appelée aussi ruisseau Saint-Martin, coulait du nord-est au sud-ouest et allait tomber dans la rivière Saint-Pierre (venant du sud-ouest) à l’endroit où celle-ci inclinait légèrement vers l’est pour aller se jeter dans le fleuve Saint-Laurent, aux portes du fort de Villemarie.

La rivière des Fonds avait environ vingt pieds de largeur en face du Champ de Mars actuel. On sait qu'elle est devenue le grand égout collecteur de la ville de Montréal. Avant sa transformation et son enfouissement sous la rue Craig, en 1843, il avait été question d’en

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Une partie des fugitifs fut logée au fort ; les autres se retirèrent à l’hôpital, où les missionnaires jésuites firent la connaissance des prêtres sulpiciens arrivés dans la colonie pendant leur absence.

Les arrivants de Gannentaha se remirent en route pour se rendre à Québec, mais seulement quatorze jours plus tard, lorsque le fleuve Saint-Laurent se fut complètement débarrassé des glaces qui l’emprisonnaient ou flottaient à sa surface.

changer le régime, c’est-à-dire de la faire couler en sens inverse et se déverser dans le Saint-Laurent au « pied du courant ». La rivière Saint-Pierre serait alors devenue sa tributaire. Le projet fut abandonné ; mais on lui donna quelque suite en 1S76, alors qu’on établit un nouveau tunnel de drainage sous la rue Craig, et que l’eau fut dirigée vers l'est jusqu'à la prison.

Pas moins de dix ponts reliaient les deux rives de la rivière des Fonds avant 1843. Leurs travées avaient une certaine ampleur, à cause de la crue des eaux du printemps.

L’historique rivière Saint-Pierre, qui venait de Lachine et allait se jeter dans le Saint-Laurent non loin de la douane actuelle, passait dans la cour de l’ancien collège de Montréal, près Griffintown, il y a soixante ans. L’hiver, les élèves de l’institution patinaient sur sa surface glacée. Toute trace de cette portion de la petite rivière Saint-Pierre disparut après le transfert des classes dans le nouveau collège, à la Montagne (janvier 1863).

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L’accueil fait aux héros de Sainte-Marie de Gannentaha fut aussi cordial à Québec qu’il l’avait été à Montréal. M. d’Ailleboust éprouva une vive satisfaction de savoir que les Français de la station d’Onnontagué n’étaient plus là comme autant d’otages, dans une situation inquiétante pour leur vie et de nature à mettre des entraves à sa politique. Leur retraite avait été couronnée de succès, et c’étaient maintenant les Français qui gardaient des Iroquois en otages ! Les rôles étaient diamétralement changés.

Le bien accompli par la mission iroquoise pendant sa courte existence ne se termina pas avec la retraite de Gannentaha : les néophytes des cinq cantons qui arrivèrent par la suite à Sillery et à la Prairie de la Magdeleine firent voir que les enseignements des Robes Noires n’étaient pas oubliés b

1. En 1661, «on apprit (à Québec) par quelques prisonniers qui s’étaient évadés des bourgades iroquoises qu’il y avait à Onnontagué une vingtaine de Français à qui on avait donné la vie, et qui y jouissaient même d’une assez grande liberté ; que dans ce même canton on avait converti une cabane en une chapelle, où un grand nombre de chrétiens, Français, Hurons, Iroquois et Algonquins, s’assemblaient régulièrement pour faire leurs prières;

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Au cours de cette mission les portes du ciel avaient été ouvertes à un grand nombre d’enfants, iroquois et luirons, et à plusieurs adultes. L,a Mère Marie de l’Incarnation écrivait à son fils, le 15 octobre 1657: «J’ai reçu de trop bonnes nouvelles des missions iroquoises pour 11e pas vous en faire part. J’ai appris depuis trois jours que le progrès de l’Evangile y est grand. Ee R. P. Ménard seul a baptisé à Onnevout et à Goyogouin quatre cents personnes. Les autres missionnaires en ont baptise a proportion dans les lieux de leur mission. »

Les projets d’extermination tramés contre les Français de Gannentaha ne prirent pas ceux-ci par surprise. Les commencements de

que les Matrones, qui sont le corps principal de l’état, n’avaient point eu part à la conspiration qui avait obligé M. Dupuys à se retirer, et que pendant sept jours elles avaient pleuré avec leurs enfants le départ des missionnaires ; enfin que dans les cantons de Goyogouin et d Onnéyouth il y avait des chrétiens qui conservaient inviolablement leur foi.» (CharlKvoix. — Histoire et description générale de la Nouvelle-France) . La cabane convertie en chapelle dont il est question dans les lignes qui précèdent était la cabane même de Garakonthié, l’illustre chef iroquois qui fut baptisé à Québec par Monseigneur de Laval eh 1670.

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la mission avaient sans doute été de nature à faire naître de belles espérances ; mais, comme le fait remarquer le Père de Rocbemonteix, « une vague défiance restait au fond du cœur des missionnaires. . . Si l’ensemble de la population les accueillait ou paraissait les accueillir favorablement, ils étaient entourés de traîtres et de fourbes, de Hurons apostats qui semaient sur la Robe Noire les calomnies les plus odieuses, de capitaines et de sorciers, ennemis des Européens et hostiles aux enseignements de la Foi. Beaucoup n’admettaient pas le précepte qui défend la pluralité des femmes et la dissolution du mariage h -»

Avant que M. Dupuy eût donné l’ordre de préparer la retraite, neuf hommes de la garnison avaient fait connaître leur intention de s’en retourner à Québec. « Nous vivons, écrivait un missionnaire, la tête levée au milieu des dangers, au travers des injures, des huées, des calomnies, des haches et des couteaux avec lesquels on nous poursuit souvent pour nous mettre à mort. Nous sommes presque tous les jours à la veille d’être massacrés:

1. Les Jésuites et la Nouvelle-France au XV Ile siècle, vol. II, pages 148-149.

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quasi morientes , et ecce vivimus. . . Si Dieu qui nous a amenés dans cette Barbarie nous y fait égorger, qu’il soit béni à jamais ! C’est Jésus- Christ, c’est son Kvangile, c’est le salut de ces pauvres âmes qui nous tient et nous arrête presque au milieu des flammes. Nos yeux sont accoutumés à voir brûler et manger les hommes. »

Ca mission était maintenant dispersée, le fort de Gannentaha partiellement détruit.

Comme tous les événements de la vie, le stratagème du festin à tout manger avait eu son lendemain. Qui dira la stupéfaction des sauvages en constatant la disparition des Français? Un Onnontagué l’a racontée plus tard. La matinée était déjà avancée lorsqu’ils se réveillèrent de leur lourd sommeil, surpris de 11’avoir pas entendu la cloche de la prière. Le soleil faisait fondre la neige tombée pendant la nuit. Des jeunes gens voulurent pénétrer dans le fort, où nul bruit ne se faisait entendre ; ils frappèrent et n’eurent d’autre réponse que les aboiements des chiens ; ils escaladèrent alors les palis, puis' entrèrent dans la chapelle, le magasin, les maisons, les hangars. . . Us en sortirent bientôt, riant, criant, dansant comme s’ils eussent remporté une éclatante victoire

sur les « visages pâles ». Ils mirent ensuite le feu à l’établissement, qui, cependant, ne fut que légèrement consumé.

Mais comment expliquer la disparition des blancs? Les jeunes gens ne s’en inquiétaient guère. Les hommes mûrs cherchaient le mot de l’énigme. Les vieillards dirent sentencieusement : « Les Français ont des amis puissants : ils ont été enlevés par un grand manitou ! »

Ambassade iroquoise au château Saint-Rouis. — Arrivée à Québec du vicomte d'Argenson, quatrième gouverneur de la Nouvelle-France. — Départ de M. d’Ailleboust pour Villemarie. — Il commence les premiers travaux de la citadelle de Montréal. — Il revient à Québec en 1659. — Dollard et ses compagnons. — Mort de Rouis d’Ailleboust à Montréal, le 31 mai

LE Père Simon LeMoyne — Ondessonk — \ accompagné de trois nouveaux ambassadeurs agniers et d’un certain nombre d’autres

(1) Ce nom d’Ondessonk avait d’abord été porté par le Père Jogues, le jésuite martyr.

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indigènes, arriva à Québec le 21 mai 1658. Le lendemain le célèbre missionnaire «rapporta» au gouverneur «la voix des iVgniers, » qui demandaient, entre autres choses, la mise en liberté de leurs « neveux, » prisonniers chez les Français. M. d’Ailleboust fit inviter les - Pères Jésuites et les principaux parmi les blancs et les sauvages de se rendre au Château le surlendemain, 24 mai, pour y recevoir avec lui les représentants des Agnieronons, comme on disait alors.

Le château Saint-Louis était fièrement campé sur le sommet d’une colline que l’on gravit de nos jours au moyen d’un ascenseur. Sa célèbre galerie, qui donnait sur « le précipice,» avait plus de cent pieds de longueur et offrait un coup d’œil unique du côté du fleuve.

Au jour dit 011 vit arriver au fort et pénétrer dans la résidence officielle du gouverneur la pittoresque théorie des invités d’Ononthio. C’étaient des missionnaires à longue barbe, dont quelques-uns parlaient admirablement l’algonquin et l’iroquois, des colons et des traiteurs natifs de diverses provinces de France, des Hurons, des Algonquins, et enfin les délégués iroquois.

M. d’Ailleboust voulut remercier les am-

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bassadeurs de lui avoir ramené le P. LeMoyne. Empruntant les manières de parler et de faire des indigènes, il leur dit: «Pour graisser les pieds des conducteurs d’Ondessonk, je leur donne trois capots.» Il dit ensuite qu’il voulait établir une paix solide et durable entre Français et Iroquois et que, pour cela, il lui fallait s’entendre avec les anciens des cantons et non avec des jeunes gens dont on pourrait désavouer les agissements, comme on 1 avait déjà fait à plusieurs reprises. Il fit alors un autre présent et s’exprima en ces termes :

« J’ ôte la peur aux anciens qui craignent de venir à nous ; je fais disparaître les broussailles du chemin qu’ils suivront. »

M. d’Ailleboust renvoya ensuite les ambassadeurs avec deux prisonniers de leur nation, déclarant que les autres seraient gardes en otages, mais traités avec douceur : — « Ceux de tes neveux qui demeureront ici, dit-il, conserveront le feu que tu as allumé autrefois. » Faisant un dernier présent, le gouverneur ajouta : . . « Je ne parle plus ; lorsque les anciens viendront ici, je parlerai. »

Relatant cette entrevue du fort Saint-Louis, le P. Dequen s’exprime ainsi dans 1 <t Journal des Jésuites : « Pendant qu’on tenait conseil

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sur la galerie du fort, où se trouvèrent M. le Gouverneur, les PP. Supérieur \ Mercier, Chaumonot, Gabriel, Algonquins, Hurons et Iroquois, la dite galerie se rompit par le milieu; tout le monde tomba sans être blessé, à la réserve de deux ou trois. »

A quelques semaines de là, M. d’Ailleboust remettait les clefs du fort Saint-Pouis au successeur régulier de M. de Pauzon. « Pe n de juillet (1658), écrit le P. Ragueneau, arriva à Québec Monsieur le vicomte d’Argenson, envoyé par Sa Majesté et par Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France pour gouverner le pays. Aussitôt que son navire eut mouillé l’ancre, Monsieur d’Ailleboust, qui tenait sa place en attendant sa venue, l’alla saluer dans son abord, pendant que les habitants de Québec étaient en armes sur le quai. Monsieur d’Ailleboust étant sorti, se met à la tête des habitants, et Monsieur le Gouverneur, après avoir envoyé son Secrétaire pour faire ses compliments, mit pied à terre avec ses gens. Ils montent tous en bel ordre au Château. On lui présente les clefs à la porte. Pe

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