Le Père Paul Ragueneau
PAGES D’HISTOIRE
canon jouant de tous côtés, et dans le Fort et sur les navires, faisait rouler son tonnerre sur les eaux et dans les grandes forêts du pays. Ayant pris possession du Fort, il rend visite à Notre Seigneur en l’église de la paroisse, puis en notre chapelle, et ensuite il se transporte à l’Hôpital, et de ia aux Ursulines. Voilà une belle journée. »
La journée qui suivit fut moins belle ; des femmes algonquines furent attaquées par des Iroquois et mises à mort près des habitations françaises, presque sous les yeux du gouverneur.
La colonie venait de traverser une période exceptionnellement difficile. Cent cultivateurs robustes arrivant de France avec le nouveau gouverneur auraient peut-être suffi a conjurer les deux fléaux dont on était menacé : la famine et les Iroquois. Ce qu’il aurait fallu, c’eût été un plus grand nombre d’hommes capables de cultiver la terre, capables aussi de défendre leurs vies et leurs moissons ; mais le temps n’était pas encore venu où notre ancienne mère-patrie devait enfin porter secours a ses courageux enfants d’outre-mer. Il y avait a craindre que la situation du pays, si critique qu’elle fût, ne vînt à s’aggraver encore ; uéan-
PAGES D’HISTOIRE
moins, ni M. d’Aillebonst ni sa vaillante femme ne songèrent à s’en retourner en France. Tous deux quittèrent leur résidence de Coulonge et partirent pour Montréal, le 21 août suivant, en compagnie de l’abbé de Queylus 1 et d’une soixantaine de colons.
1. « L'arrivée de M. d’Argenson à Québec fut bientôt suivie du départ de M. de Queylus de cette ville, occasionné par la cessation de ses pouvoirs de grand vicaire dans ce lieu. Quoique les Pères Jésuites l’eussent d’abord invité et pressé eux-mêmes d’y exercer ces pouvoirs contre sa propre résolution, ils comprirent bientôt qu’il eût été plus naturel de borner sa juridiction à l’île de Montréal et de laisser ailleurs les choses sur le même pied où elles avaient été jusqu'alors. Ils en écrivirent à l'archevêque de Rouen, qui se rendit à leur juste demande. Par de nouvelles lettres du 30 mars 1658, écrites en français, il déclara que désormais M. de Queylus exercerait dans l’île de Montréal seulement tous les pouvoirs de grand vicaire, et que le supérieur des Jésuites de la maison de Québêc continuerait à faire usage de ceux qu’il lui avait accordés auparavant. Il ajoutait qu'aucun des deux ne pourrait rien entreprendre dans le territoire de l'autre sans le consentement de celui-ci, à la charge pourtant d’administrer, chacun dans le lieu de sa juridiction, les sacrements aux fidèles qui iraient de Québec à Montréal ou de Montréal à Québec. M. de Queylus ne fut informé de ce nouvel arrangement que lorsque le P. Dequen lui fit signifier juridiquement ses lettres de grand vicaire, le 8 du mois d’août ; ce qui fut cause que, dans le premier moment, il eut le tort d’y objecter quelque prétendu défaut de forme ; mais M. d'Argenson l’ayant assuré
PAGES D’HISTOIRE
Il y avait juste quinze ans que Monsieur et Madame d’Ailleboust avaient fait pour la première fois le trajet de Québec à Villeinarie.
A peine arrivé à destination, M. d’Ailleboust, sur la demande que lui en fit M. de Maisonneuve, s’occupa de fortifier le point culminant du coteau Saint-Louis et de jeter les premières bases de la citadelle de Montréal, ainsi qu’il a été dit aux premières pages de cette monographie h L’année suivante il se trouvait à Québec et y rendait ses hommages à Monseigneur de Montmorency-Laval, récem-. ment arrivé dans la colonie * 2. Il fut mêmechoisi par l’illustre prélat et par M. d’Argenson pour décider entre eux comme amiable conp positeur sur un point de discipline3,
que la Compagnie de Montréal était informée de cette nouvelle disposition et qu’elle l’avait expressément agréée, M. de Queylus l’agréa aussitôt, et tout se passa avec douceur.” L’abbk Faucon .—Histoire de la Colonie française en Canada , vol. II, p. 299.
x. Voir ci-dessus, chapitre IV.